lundi, 18 novembre 2013

Résurgence

 

 

C'était la même rue - un passage en l'occurrence si tu veux les détails - et ça je le savais déjà. Et puis en levant le nez devant la porte en question j'ai réalisé que c'était le même immeuble. Je m'en suis un peu voulu de ne pas avoir fait le rapprochement avec le numéro.

Un beau jour de l'été 2008 (quasi sûr qu'il faisait beau. Mais si), je vivais encore à Mouetteland et j'avais franchi pour la première fois la porte de cet immeuble à la suite d'une rencontre si peu probable que les scénaristes de Plus Belle La Vie n'auraient pas osé l'écrire :

"- Et si on disait qu'il le reconnaitrait à la terrasse d'un café à l'autre bout de la France à partir de la demi photo qui est en ligne sur son blog et qu'après il le contacterait, mais trois mois plus tard seulement, et qu'ils se mettraient ensuite en couple ? Et que l'un des deux serait en fait parisien ? Pas mal, nan ?

- Ouais t'es mignon Jean-Pierre. Va prendre tes gouttes."

Et donc je suis là un peu connement devant cette porte à souffler pour réchauffer mes mains en attendant le message porteur du précieux digicode. C'est bête d'ailleurs, je crois presque pouvoir me rappeler celui d'il y a cinq ans. Je ne sais pas si chaque porte émet un son qui lui est vraiment propre lorsqu'on la pousse ou si j'exagère la sensation mais c'est comme ouvrir à nouveau les volets d'une maison de campagne que l'on retrouve des années après. La surprise de découvrir un endroit connu. Ah mais oui c'était comme ça, la petite marche, la lumière pas vraiment punchy.

A l'époque je fréquentais le cinquième étage. Je suis attendu cette fois au troisième. La cage d'escalier est toujours aussi glauque, mais elle a le charme de mes souvenirs un peu naïfs de l'époque. J'ai presque la conviction de reconnaitre le bruit des marches sous mes pieds, l'illusion de l'odeur de son appartement, le souvenir d'un verre de vin entre mes mains lorsqu'il terminait ses cigarettes à la fenêtre. Hélas je gravis trop vite les escaliers et me voici au troisième, devant le même genre de couloir un peu étroit. La porte de l'appartement s'ouvre avant que je n'ai le temps de projeter tout ce à quoi j'aimerais penser.

Quelques temps plus tard je sors à nouveau, je me remets à dévaler ces escaliers familiers un peu vite comme il y a cinq ans et pour faire comme si. Comme si j'allais encore remonter ces mêmes marches (avec lui ?) les bras chargés de sacs de courses. Pour jouer à me mentir quelques secondes.

 

Time is a liar...

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samedi, 02 novembre 2013

Chuchotements

 

 

La pluie frappe au carreau avec une force inhabituelle. Une petite ruse trouvée en s'aidant d'un vent complice - il est déjà novembre. Tapis sans doute pas très loin dans l'ombre de l'oreiller, veillant à la façon d'une fée pas si bienveillante, quelques petits démons rodent peut-être.

L'immeuble date des environs de 1850. En tout cas c'est ce que m'ont dit les voisins un soir où je les écoutais benoitement. J'avais probablement dû lever les sourcils en dessinant un joli O avec ma bouche, n'ayant aucune autre source d'information. L'hypothèse m'a paru plausible, appuyée par la qualité si relative du parquet. Je n'irai pas jusqu'à prétendre que mon parquet aurait pu assister aux aventures d'Adèle Blanc-Sec, mais ... oh et puis après tout. Je tapote sur mon clavier à la lueur de deux bougies que j'ai animées grâce à mon avant-dernière allumette - j'rai bien craquer la toute dernière au milieu de la rue pour la beauté du récit, mais il pleut.

Je me demande souvent ce qu'a pu abriter ma chambre dans ses autres vies. Avant de devenir le repère de gens plutôt aisés qu'il est aujourd'hui, le quartier a longtemps servi de dortoir à des populations d'ouvriers et d'artisans de Paris, que j'imagine levés continuellement bien avant le soleil dans le froid d'hivers aussi cruels qu'éternels. Vidocq est mort à moins de cinq minutes à pied d'ici, en 1857. Mon appartement existait donc vraisemblablement déjà, l'imaginaire ne peut pas en rester indemne. Occupé donc par tant de propriétaires et surtout locataires successifs, combien de rideaux posés sur la fenêtre avant le mien, combien de lits, de couples, de bougies presque renversées... à quoi pouvaient ressembler les premières ampoules ? le premier poste de télévision ? 

C'est tout un contingent au potentiel illimité de disputes, d'ambitions, d'étreintes, de cauchemars qui vient chatouiller les méninges. Et aussi, des décès, avec tout le cortège de complaintes et de souffrances qu'on ose envisager avec l'esquisse d'une grimace.

Alors, peut-être le long des parois y a-t-il un petit quelque chose, un souffle, un reste de passion, un chuchotement au moins. Un quelque chose qui fait danser les flammes des bougies parce qu'on a du mal à se convaincre qu'il ne resterait rien. Comment toutes ces existences pourraient-elles être restées stériles ? Et peut-être me regarde-t-on dans mon sommeil avec une moue douteuse sur le maillon que je suis dans l'histoire de ces deux pièces. L'idée prend brutalement l'allure d'une obsession et des doigts se posent presque sur le rebord de la couette, attendant que je trouve ledit sommeil pour guider mes songes nocturnes dans une direction ou une autre, la quiétude ou la tourmente. Les murs restent muets. Les menaces les plus glaçantes sont peut-être les plus sourdes.

Je guette pourtant avec presque un air de défi un bruit qui serait l'imitation habile d'un froissement, une alerte, un dessin dans les ombres. L'idée qu'il n'y aurait rien serait rassurante. Un peu décevante, aussi. Inconcevable ?

Les flammes dansent toujours. La pluie a cessé.

 

Cause in the dark, there's monsters, they cry alone

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lundi, 21 octobre 2013

Les amuseurs de Lune

 

 

La Lune avait allumé son disque quasi complet, scrutant ce début de soirée paisible. A quelques encablures du centre-ville, le parc avait fini par retrouver son silence nocturne. Plus un visiteur, plus un mouvement, plus ... rien.

La lumière ressemble de façon troublante à celle d'une scène de bande dessinée qui se déroulerait la nuit. Et pour cause, les douze coups de minuit approchent dangereusement en ce soir d'octobre. On a rarement vu un pareil ciel obscur, aussi dégagé que la Lune semble pleine. L'ambiance du parc porte un délicieux parfum d'aventure. Une enquête ? un délit ? un secret ? une étreinte ? Comment pourrait-on croire qu'il ne va rien se passer d'un peu sulfureux, à la hauteur d'un petit roman qui débuterait une douce nuit d'octobre, tout près de la Maine ? Sur le parking une voiture gisait seule (abandonnée ?) lorsqu'elle fut rejointe par une autre à la conduite joyeusement pimpante. Deux silhouettes nuancées de gris (sur gris) en descendent, semblent échanger quelques mots puis se dirigent à une allure soutenue vers les profondeurs du parc.

Sur son perchoir la Lune doit probablement froncer un peu les sourcils pour y voir plus clair. Les silhouettes se glissent d'arbres en arbres, prenant une sorte de petit plaisir à vouloir se c... mais oui ! La Lune y voit vraiment clair, les deux promeneurs se cachent. Que font donc deux promeneurs à cette heure indue où le parc est dévolu aux oiseaux assoupis, aux chimères ou aux murmures de lutins ?

Ce parc est une petite collection de scènes juxtaposées les unes aux autres, après les allées de vivaces et le ruisseau, un troupeau de chênes d'un côté, des décors de pierres savamment agencées de l'autre, qui, avec cette lumière toute de gris vêtue, se parent d'une atmosphère un rien mystique. Il fait nuit mais on y distingue les choses et les êtres comme en plein jour. L'allée de pierres se termine par ce qui pourrait ressembler à la petite scène d'un théâtre antique. Les deux promeneurs s'y sont arrêtés sans vraiment pouvoir dire pourquoi. Alors les mains se touchent puis les bouches, et les deux silhouettes se frôlent, s'enlassent et s'appuient l'une contre l'autre.

La Lune fulmine après cette unique branche qui l'empêche de voir la scène dans sa totalité. Elle qui n'en finit plus de trouver les nuits si longues et si vides, elle écarquille autant que possible les yeux pour ne pas en perdre une miette. De caresses en baisers, il lui semble bien avoir vu quelques étoffes tomber au sol. Mais alors, mais alors ...

Parfois cueillis dans l'excitation de l'instant les promeneurs qui n'en sont plus vraiment jettent des regards alertes ou prêtent l'oreille. Mais en dehors de quelques voix lointaines rien n'approche, rien ne se faufile entre les herbes. Pas un mouvement, pas une lueur en dehors de cette Lune si lointaine et pourtant si présente. Rien d'autre que les vêtements gisant à leurs pieds n'a bougé depuis leur arrivée. Ce moment dure. Une durée difficile à quantifier parce que la montre n'est plus vraiment le centre de l'attention. Et puis une fin arrive, toutefois, dans un accord de respirations essoufflées. Alors chacun retrouve dans la pénombre son lot de vêtements qui jonchent l'herbe.

Derrière le léger voile de nuage qui commence à se tisser la Lune s'amuse comme une gamine contente de cette trouvaille venue égayer sa nuit. Elle s'est tant réjouie de voir son reflet joliment pal sur ces peaux tendres et dénudées. Le regard vif et espiègle elle regarde les deux silhouettes qui ont rebroussé chemin et tentent de retrouver les allées menant au parking.

Les promeneurs s'amusent de la situation et rient en scrutant la Lune, soudainement, drapée d'un petit voile. La luminosité du lieu est tombée avec la tension du moment. Il reste néanmoins une douceur rassurante comme un baiser lent et attentionné. Les acolytes regagnent le parking et passent non loin de l'autre voiture. A cet intant précis une nouvelle silhouette apparemment surprise et dérangée se relève en sursaut, fait le tour du véhicule et court se réfugier sur le siège conducteur. Les deux promeneurs ne manquent pas d'en sourire en regagnant, bras sur l'épaule, leur propre carosse.

Il parait même que, là-haut, la Lune a trouvé ça très cocasse.

mardi, 10 septembre 2013

Intéressant comme un jour de pluie

 

 

Et la pluie et la pluie et la pluie... Ah si y a un truc qui fait courir ces bandes de feignasses sur les trottoirs c'est bien la peur d'être mouillé.

J'étais presque essoufflé en arrivant à la station de métro.

Avec un regard implorant je peste si efficacement après cette pluie qui s'efforce d’arroser au karcher un peu plus que copieusement les géraniums à l'instant précis où je m'apprête à sortir du métro. Cette façon qu'a le ciel de vouloir en faire des tonnes pour montrer qu'il en a dans le pantalon et que c'est lui qui commande c’est un peu ridicule. Gros bof, va. On signale une douzaine de géraniums noyés Rue du Faubourg Poissonnière. Et deux disparus. Le Grand Rex est mouillé. Les clients qui sortent du Starbucks sont mouillés (bien fait pour eux). Mes pieds sont mouillés (consternation).

Une pause déjeuner de semaine, un détour (humide) pour faire l'acquisition d'une chemise pour un mariage à venir et d'un pantalon parce que la veille j'enviais furieusement celui de mon voisin de canapé et j'avais décidé que ce n'était pas acceptable. Quitte à être ici et mouillé, j'achèterai donc en sus un parapluie. Je connais assez la boutique. Ils ont cette habitude un brin manipulatrice et donc forcément détestable d'y laisser trainer à portée de naseau un parfum maison que j’aime beaucoup. C'est très agaçant, mais pas autant que cette manie de disposer les vêtements avec une logique qui échappe à la mienne. Il y a donc des chemises à cinq emplacements différents dans un espace pourtant pas immense. Ou peut-être six.

Je repère près de la caisse le coin des accessoires - les ceintures sont toujours forcées de composer avec les chaussettes, ce qui doit être un peu vexant - dans lequel je viendrai trouver au moment de partir un parapluie avec une petite remarque tellement pleine d'esprit et d’originalité à l’attention du vendeur "bah oui c'est de saison, hein".

Un prix pour la deuxième chemise achetée. Mon cœur balance, mais je me décide à décliner l’offre juste par esprit de contradiction. On ne m’aura pas comme ça.

Une chemise. Deux chemises. Pragmatisme 1, Esprit de contradiction 0. Mais un jour je me vengerai.

Oh un pantalon. Oh des bretelles. Oh un pantalon à Bretelles. Pas vraiment comme celui de mon voisin de la veille. Mieux. Mieux, je vous dis. Et pas si ch... Mieux. Oh un tee-shirt avec une typo délurée mais pas trop. Oh un autre. Bon allez juste un. Parce que je suis déluré, mais pas trop. Cabine d’essayage. Je suis merveilleux, c’est magique. L’étiquette de la chemise annonce en grandes pompes « S Extra-slim fit ». Je suis S-extra-slim-fit compliant. Je suis extra-content fit. Et même pas un vendeur dans le coin pour remarquer à quel point ça me va trop bien, le S extra-slim fit. Sans doute trop occupé à agencer les parapluies, parce que c’est de saison, hein.

Je jette un dernier au regard à cet autre tee-shirt qui restera sur les étagères alors que je me dirige fièrement vers la caisse. Le client qui vient d’entrer est charmant. La vendeuse l’est moins : oui j’ai vu que cette chemise est extra-slim fit, oui je l’ai essayée. Oui. Bah quand-même. Ce client est décidément charmant. La vendeuse ne l'est toujours pas : oui je l’ai essayée et elle m’allait très bien. Très.

La station de métro était à trente mètres. Je suis trempé. A cause de ce client trop charmant et cette vendeuse pas assez, les parapluies sont restés tranquilles au sec, avec les ceintures et les chaussettes. Et le ciel en a vraiment dans le pantalon. Ou il a une grosse vessie.

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vendredi, 06 septembre 2013

Les voleurs d'instants

 
 
Ce devait être le démarrage d'un scooter arrêté au carrefour. Le bruit me ramène, presque en sursaut, dans le lit de ce petit appartement du cinquième arrondissement. La couette était évidemment de trop pour cette nuit un peu chaude, mais il la voulait. L'obscurité étant devenue aussi relative que le silence, je parcours des yeux le plafond, les étagères ou se côtoient des quantités étonnantes de romans et de livres d'histoire. Un petit studio dans un vieil immeuble d'un quartier aisé, une décoration légèrement surannée, joliment contrastée avec le personnage.

Je cherche du regard un appareil qui réussira à me renseigner sur l'heure. Il est assez tôt encore pour que mon esprit ait envie de flâner entre son épaule et l'oreiller sans notion de contrainte. C'est le moment qui restera peut-être le plus marqué en moi. Petit matin d'un jour de semaine. Mardi, selon une rumeur persistante. Regarder dormir quelques temps encore celui qui était un inconnu dix heures auparavant. Les voitures passent semble-t-il dans un ballet déjà régulier au pied de l'immeuble. 

Il se met à bouger à son tour, se tourne vers moi, s'accroche un peu à mon torse, pose un baiser sur une épaule puis nous reprenons une pose improvisée mais confortable, d'un naturel difficile à expliquer. Mais je suis bien, et lui aussi, manifestement. Septembre. Après les petites virées d'été, la vie banale est revenue avec pourtant ses petits parfums d'escapades nocturnes aux lendemains hypothétiques. Son bassin appuyé contre le mien se meut encore un peu, comme pour singer le compte à rebours annonçant l'inévitable réveil. D'autres scooters passeront. Puis un baiser, deux, et peut-être même un peu plus que des baisers.

Soudain il est plus de huit heures, la douche est passée et je me saisis de ma besace avec en tête l'image de ces personnages de films ou de séries qui découchent et s'éveillent au petit matin pour reprendre au pas de course le bus ou le métro qui va les rattacher à la vie normale. Je souris intérieurement en me voyant en héros ordinaire de feuilleton retrouvant le quotidien après une de ces gourmandises inopinées. 

Dans quelques décennies je me rappellerai peut-être à nouveau ces doux matins volés à la routine, où je me suis laissé aller à croquer ces moments fugaces d'existence en regardant un amant de passage s'éveiller paisiblement contre moi.

lundi, 28 janvier 2013

Vulgaire, indigne et outrancier


Je n'ai pas de souvenir de mes premières petites virées à l'église, j'étais évidemment bien trop jeune. Ce n'était pas tous les dimanches et la fréquence était même assez aléatoire. Parfois trois dimanches de suite, parfois rien pendant deux mois, je crois que cela dépendait des envies de ma mère et du besoin en main d’oeuvre urgente que requérait la situation du jardin potager. Il y avait cependant les quelques grandes étapes immanquables qui jalonnent l'année des chrétiens lambda (les rameaux, Pâques, la Toussaint et autres Pentecôte...). Pendant l'office j'aimais beaucoup parcourir du regard les voutes des églises où nous allions - celles des communes où habitaient ma grand-mère et mes oncles et tantes, en plus de la nôtre. 

Je n’ai pas le souvenir qu’un jour on ait discuté à la maison du « Pourquoi ». Pourquoi nous allions à la messe ? C’était quoi être chrétien ? C’était ainsi, c’était tout. Et nous devions être d’accord avec tout ce qui était dit dans le micro. C’était ainsi, c’était tout.

C’était simple et reposant, quand on y pense. On écoutait, on pensait « amen » à tout et on ne (se) posait pas de question. En dehors des textes gravés dans le marbre et repris d'une année sur l'autre, il y avait bien les sermons des prêtres qui orientaient leurs pensées et celles de l'assistance dans une direction ou une autre, mais pour quel débat ? quelle réflexion ? Amen. Bref, mon frère et moi n'avions pas grand-chose de plus à faire qu’attendre la fin en nous occupant comme nous le pouvions. Étant rarement en panne d'imagination, je trouvais toujours de quoi faire, mais la substantifique moëlle des discours proférés au micro ne parvenait pas vraiment à pénétrer mes jeunes méninges. Ecouter passivement, c'était ça, être chrétien ? Pour beaucoup oui, manifestement.

Bien plus tard, alors que je devais avoir une vingtaine d’années, mon père dit au milieu d’une conversation au sujet de l’armée : « dans l’armée on dit toujours que chercher à comprendre, c’est déjà commencer à désobéir ». Je lui ai répondu qu’on pouvait en dire autant de l’église. Après un petit silence, il m’a donné raison. Mais quelles questions lui-même s’était-il posé ? Mon père nous a raconté à plusieurs reprises comment, dans sa jeunesse, la messe – en latin – était l’immuable passage obligé de chaque dimanche, il nous disait alors à quel point cela lui apparaissait comme une pénitence dénuée de sens. Mais pourquoi diable faire le choix de poursuivre ? Pourquoi maintenir sa propre progéniture dans le même tunnel sans en expliquer à un moment la moindre raison ? Ce serait simplement un comportement moutonnier qui viserait à éviter les questions aux réponses embêtantes ? Je n'ai pas trouvé d'explication.

Au début du printemps, il y avait toujours ce moment grandiloquent de la veillée Pascale avec le récit de la Genèse. Pour la faire courte et en zappant les effets spéciaux : il y eut quelques soirs, il y eut quelques matins (sept pour être exact), Dieu ajouta de-ci de-là la terre, le ciel, les oiseaux et les hommes, puis il vit que cela était beau. J’avais neuf ans et mon grand questionnement à moi c’était « oui, mais, ET LES DINOSAURES ? ». Mais je n’ai jamais posé la question, parce qu’on ne posait pas de question. Et au fond, peut-être que je savais. Mais dans quelle mesure on devait prendre ces récits comme quelque chose de symbolique ? Dans quelle mesure mes parents entendaient cela comme quelque chose de symbolique ? Et les autres gens qui ne mouffetaient pas plus dans les rangées autour de nous, ça voulait dire quoi pour eux ?

Peut-être se dit-on au début qu’un enfant est trop jeune (à juste titre ?) pour qu’on lui explique ? Peut-être est-il trop difficile de saisir ou cerner le moment idéal pour en parler avec un enfant ? Peut-être se dit-on que le catéchisme est là pour ça ?

J'étais dans une école publique en primaire. Lorsque j'étais en CE2, un garçon de ma classe m'avait demandé ce qu'était le catéchisme, et pourquoi moi j'y allais et pas lui. A cet âge on ne m'avait donc jamais expliqué ce que voulais dire être chrétien et j'ignorais même que j'en étais un. J'avais donc répondu à ce garçon à l'étrange question que les gens normaux allaient au catéchisme, que lui n'était visiblement pas normal et que s'il n'y allait pas c'était sans doute un choix de ses parents et qu'il devait leur demander. J'avais tout de même ajouté qu'au cathé on parlait de la vie de Jésus. Il savait de qui il s'agissait, c'était bien la preuve que j'avais raison.

J’ai beau chercher dans mes souvenirs de catéchisme, je ne trouve pas : je voudrais trouver à quel moment on m’aurait expliqué le rôle de la messe, celui de la foi, et dieu dans tout ça. Evidemment j'ai recollé les morceaux un à un mais j'ai trouvé des réponses seulement à partir du moment où je me suis dit qu'il fallait se poser des questions. La petite communion et peut-être même la profession de foi (assez mal nommée, en l'occurrence) étaient déjà passées par là.

A l'occasion je me rappelle avoir entendu mon père dire que ça ne nous ferait pas de mal d'aller à la messe le dimanche suivant. Pas de mal ? Pas de bien ? Je ne comprenais pas. Je crois que mes parents se sont un peu désolés puis résignés avec le temps de ma désaffection progressive (et celle de mon frère un peu plus brutale...) pour l’église. Mais jamais ils n’ont cherché à argumenter autrement qu’avec des « ce serait quand même bien que… ». Alors pourquoi s'obstiner à fréquenter l'église si l'on est pas en mesure d'en tirer ses propres enseignements ? Parce que c’est fédérateur ? Parce que c’est rassurant ? Parce que cela renforce le sentiment de faire partie d’une communauté ? Parce que c’est (c’était ?) l’un des moyens de socialisation les plus efficaces et respectables ?

Jamais je n’ai su si mes parents, les autres membres de ma famille ou même mon entourage plus large ont suivi un cheminement qui leur est propre, si leur foi a connu des hauts et des bas, ou ne serait-ce que des questionnements. Je ne sais pas que ce qui les anime, ce qui les pousse à croire ou en tout cas à se comporter comme tel, en dehors d'un héritage reçu assez passivement. Une fois, simplement, il a été question de "parfois c'est la seule chose à laquelle se raccrocher". Appeler le seigneur essentiellement lorsque tu te sens au bord du précipice, tu considères que c'est une façon pertinente et intègre de concevoir une croyance ? moi pas vraiment. Alors il restera un flou perpétuel sur l'absence de prise de conscience et de recul critique à mes yeux.

Hier 27 janvier un abbé a trouvé bon d'annoncer sur Twitter que tout à l'opposé de celle du 13 janvier qui était bon enfant et joyeuse, la manifestation en faveur de la loi pour le mariage pour tous allait être "vulgaire, indigne et outrancière". Il était 12h17, la manifestation qu'il stigmatisait ainsi n’avait pas encore débuté.

J’ai donc grandi en allant à la messe assez régulièrement, en côtoyant ses textes comme une chanson que l’on entendrait chaque jour à la radio pendant des années. Les valeurs de l'église (que je pense avoir tout de même intégrées avec le temps) ne me semblent pas exactement en adéquation avec les propos de notre ami abbé ici évoqués (attention, un euphémisme s'est peut-être caché dans cette phrase). Je suis loin de penser que le point de vue de mon pote l'abbé est partagé par une large majorité de ceux qui peuplent encore les églises le dimanche matin et je ne doute pas que ceux qui s'opposent à la loi en question le font parfois avec des idées et des arguments autrement plus nuancés et respectables.

Toutefois, lorsque je vois le peu de réflexion et de recul que prennent une partie des gens sur ce qu'on leur récite le dimanche matin, je ne peux m'empêcher d'être un peu amer à l'idée qu'il y ait des gens de l’église, formés par elle et pour elle, pour dire que la manifestation d’hier était "vulgaire, indigne et outrancière" et qu'il y ait aussi une assistance pour écouter ces prises de position sans la moindre remise en question.

"Vulgaire, indigne et outrancière" pense donc joyeusement Monsieur l'abbé Amar. Heureux les simples d’esprits...

mercredi, 10 octobre 2012

Souvenirs à touiller

 

La machine à café de mon turbin fait des siennes. Elle fait surtout de la rétention de touillettes, la garce. Un scandale de plus dans ce monde ravagé par les affres du socialisme. Pendant quelques temps, trois gobelets garnis de touillettes prêtes à être saisies trônaient sur la machine à café pour palier au refus obstiné de celle-ci de nous ravitailler.

Et puis plus rien. Plus de touillettes, la misère absolue. Et puis système D : des touillettes en bois. Oui, la machine à café nous délivre désormais pour une raison qui échappe à tout entendement des touillettes en bois, répliques exactes des bâtonnets des glaces - à la pistache - de mon enfance. Je suis revenu dans mon bureau, devant mon poste informatique. La touillette se nappe copieusement de mousse. Puis je la passe machinalement contre ma langue. C'est un peu rugueux, c'est exactement comme les bâtonnets des glaces de mes sept ans. Exactement.

Mon frère les aime à la vanille, au café ou à la noisette. Moi je les aime à la pistache, pour pas faire comme lui. Et surtout parce que c'est vert, et maman a décidé de m'attribuer la couleur verte, pour ma serviette de table, pour mon gant de toilette, pour ma brosse à dents... J'ai tout en vert. Même la boite pour ranger mon savon dans ma trousse de toilette quand on partira en vacances. Ça me donne envie qu'on parte bientôt. J'ai décidé que mon Bioman préféré ce serait le vert. Et je le dis pas parce qu'ils vont se moquer mais j'ai été un peu déçu de voir que le Bisounours vert c'est celui avec un trèfle sur le ventre. Je trouve ça nul, un trèfle, alors que ça aurait pu être un dragon ou un éclair. Et donc ma glace, c'est la pistache. J'aime bien le goût mais de toute façon c'est la couleur qui compte. En tout cas c'est meilleur que la menthe, et puis la menthe c'est pour les sirops. Je crois que Maman préfère la pistache aussi. Papa, il s'en fout. A la vitesse à laquelle il mange les glaces, le parfum ça compte pas trop, d'abord. Quand je serai grand je pense que je mettrai du parfum dans un flacon avec une étiquette verte et j'offrirai des bijoux avec des émeraudes.

Le semaine dernière mon frère a dit qu'il en avait marre qu'on achète de la pistache et qu'il fallait arrêter. Ça m'a mis très en colère. Moi je dis rien quand on achète ses parfums à lui. C'est vraiment dégueulasse. J'ai eu envie de demander qu'il ait pas de cadeau à noël. Comme ça il comprendrait ce que c'est de priver les autres de ce à quoi ils ont droit. J'ai droit à mes glaces à la pistache. Heureusement Maman n'a pas cédé, elle a repris celles à la pistache. Je me suis retenu de lui tirer la langue.

Les après-midis d'été, j'aime bien aller manger ma glace dans le jardin. Je le dis à personne mais j'ai mon petit parcours, je passe près du barbecue qui continue à refroidir, ensuite je vais sous la balançoire et puis j'aime bien aller mettre une main dans la haie qui sépare le jardin de chez le voisin. Papa regarde le début de l'étape du Tour de France. J'aime casser le chocolat autour pour voir la glace. J'aime bien ce vert-là en ce moment. On m'a dit que c'était "vert tendre". Je crois que c'est bien. Et puis j'aime sentir les dernières petites parcelles de goût de pistache sur le bâtonnet. Jusqu'au bout. Quitte à ce que le bâtonnet soit un peu ramolli sur les bords. Pour finir, avant d'aller regarder le Tour de France avec Papa et mon frère, j'aime bien faire des dessins dans les cendres du barbecue avec mon bâtonnet.

Le bâtonnet continue à tracer des sillons. Quelque-part, sans doute, les douze coups de minuit ont dû sonner. Les cendres sont devenues une mousse un peu marronnasse, le barbecue est un petit gobelet de plastique. Le bâtonnet s'obstine à n'être qu'une touillette de bois et il n'y aura pas de Tour de France avec Papa. La touillette a un goût de café tenace. J'ai comme une douce envie de pistache sur le bout de la langue.

 

...à l'âge de raison, dans mes tennis à velcro, 

je regarde le monde les genoux mercurochromes...


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vendredi, 28 septembre 2012

J-oo7 : la pluie ne meurt jamais (et ne suffit pas) - Bon baiser de Londres


Ça doit être ça. Lors des voyages qui ne doivent pas vraiment avoir lieu, le malin fait en sorte qu'il y ait un petit truc qui cloche, un petit grain sable. Ou un gros déluge. Genre t'es pas trop le bienvenu, mais essaie quand même... Ce voyage à Londres je l'avais prévu des mois à l'avance. Puis pour d'obscures raisons de santé j'ai dû y renoncer. Puis finalement si. Puis en fait non (grille en enfer, satanée secrétaire médicale du démon). Et puis miracle (de la cicatrisation rapide) j'étais bien dans l'Eurostar ce vendredi matin de septembre.

Bon, la seule et unique fois où j'étais allé à Londres auparavant, je te l'avais jamais raconté mais quelques heures après mon arrivée, les fameuses émeutes d'août 2011 commençaient à embraser la ville un peu partout, c'est dire si ce nouvel épisode londonien s'annonçait sous les meilleurs hospices. Tu comprendras donc que là je ne m'attendais pas exactement à ce que tout le plan se déroule sans accroc.

On avait loué un studio, on avait bien reçu la confirmation de la réservation par mail, que je n'avais évidemment pas lue, normal. Parce que si je l'avais lue à l'avance j'aurais sans doute constaté que l'adresse ne correspondait pas du tout au quartier prévu et qu'il était écrit "petits-déjeuners inclus" - ce qui, pour la réservation d'un studio, est assez original - et tout cela aurait été générateur de stress. Il était tellement plus apaisant de s'en rendre compte une fois le train lancé à fière allure vers l'infini et au-de la Manche et au delà.

Oui donc le studio ingénieusement réservé "avec une belle vue sur les toits de Londres" s'est avéré être une chambre d'hôtel avec une vue imprenable sur des voies ferrées un peu grise et leurs feux de signalisation un peu rouges. It sounds "different", you see. Mais ce qui est sympa dans cette histoire de réservation c'est que ni les honnêtes clients (nous), ni personne dans l'hôtel ne saurait dire d'où vient l'erreur. Franchement, depuis le temps que tu lis ce blog, tu crois que MOI (ou quelqu'un de mon entourage) je serais capable de faire une gaffe ou une étourderie ? soyons sérieux deux secondes.

Cela dit, rendons à César ce qui est à Attila, l'hôtel n'était pas si mal situé mais surtout le petit déjeuner claquait bien son teckel et ça, ça te rattrape bien un quartier un poil glauque et une station de métro à 12 km et demi (le plus "drôle" c'est de voir une fois revenu à Paris qu'il y avait une autre station moins éloignée de l'hôtel...). En plus dans ce mirifique buffet de petit-déjeuner y avait des dosettes de nutella et j'en ai volé une, pour la beauté du geste. Avec un petit stress au moment de quitter la salle du restaurant. Mais ouf, ils m'ont pas fouillé. J'étais un valeureux fugitif, mon trésor glissé subtilement dans la poche arrière de mon jean. Même le mec qui tournait la porte dans le hall n'y a vu que du feu. Un bien beau larcin que voilà. Mais c'est mal, attention.

C'est par hasard, lors d'un après-midi pluvieux poussant à faire connaissance avec quelques boutiques et grands magasins que chez Selfridge, au rayon lingerie de ces messieurs je suis tombé nez à nez avec le premier Jockstrap que je voyais de mes propres yeux so prudes, ever. Enfin, nez à nez... *petite moue*. Je ne pensais même pas qu'on pouvait en trouver dans ce genre d'endroits. Mais alors comment si peu de tissu peut générer autant de formes ? Noyé sous la perplexité de l'enigme, je repose l'objet du délit à sa place dans les rayonnages en pensant que j'irais à confesse sous peu.

J'ignorais encore naïvement que le soir-même j'allais tombé nez à nez pour la première fois de ma vie avec un monsieur en Jockstrap. Enfin, nez à nez... *petite moue (bis)*. Mais bon, tu comprendras naturellement que sur ce blog on fait la lumière sur certaines choses et pas sur d'autres. Je préciserais juste que le porteur de la chose semblait assez coutûmier de ce genre de situation. Tu te contenteras d'imaginer et même d'inventer ce que tu veux. Je te fais une confiance aveugle.

Sinon aussi, j'ai bien joué à Mary Poppins pendant ces quatre jours entre Oxford Street et Leicester Square avec mon parapluie, du vent, de la pluie, du vent, de la pluie. Et figure toi qu'un parapluie qui prend l'eau, ça donne un parapluie mouillé 
(Attention, astuce-dignité n°43 : quand ton parapluie est tout mouillé, évite de le tenir entre tes jambes pendant que tu cherches quelque chose dans tes poches. Enfin je dis ça...). Et tant qu'on en est à parler de nos moutons, tu connais le parapluie magique ? Acheté 5 £ 99. Rouillé le lendemain. Si ça c'est pas un joli tour de passe-passe. Et 5 £ 99 le tour de magie personnalisé, moi je trouve ça plutôt honnête, malgré ce que d'aucun peut en penser. En tout cas, la magie aide à supporter le déluge, et il nous en fallu, du courage.

St Pancras, voyage retour. "Dernier rappel pour les voyageur à destination de Paris". Oui, on n'est pas surper en avance, ON SAIT. Passage de la sécurité. Le regardeur d'écran désigne à l'attention de sa collègue un bagage sur le tapis roulant pile au moment où ma besace passe dans la machine à regarder. Instant de stupeur. Non, ça va quand même pas me tomber dessus. Si ? Oh les cons. Une gentille dame s'approche, demande à qui est le sac ("nan mais c'est une besace, d'abooord !!") et annonce en me tutoyant qu'elle a la délicate mission de vider de la cave au grenier le contenu de mon innocent bagage après ouverture par mes soins. Instant de stress. Parce que bon, le dernier rappel pour les voyageurs à destination de Paris, c'était y a trois minutes et ma copine fouineuse elle a un peu l'air en mode JEnAiRienAFoutreQueTuSoisPresséMonCoco.

Et voilà, là, ça c'est exactement le moment où tu regrettes un peu d'avoir acheté des slips plus tôt dans la journée et, pour gagner de la place, de t'être débarrassé de leurs jolis emballages pour les jeter en vrac dans ta besace. Oui parce que la contrôleuse là, au milieu de ton écharpe, un bouquin, ton parapluie et une paire de chaussures, elle sort un slip, puis un deuxième, puis un troisième... et tu sais que ça va aller jusqu'à six et tu ne sais plus où te mettre parce que même la contrôleuse a un peu de mal à garder son sérieux. Et évidemment, d'aucun ne fait RIEN pour t'aider. Alors vraiment, je t'assure que j'étais prêt à tout avouer, même une bombe posée sous les arcades de Covent Garden pour éviter qu'elle fasse un commentaire lorsqu'elle a sorti la dosette de nutella si brillament volée deux jours plus tôt à l'hôtel. Curieux larcin. Pendant ce temps, il y a belle lurette que le dernier rappel s'est tu dans les haut-parleurs de St Pancras. Et contre toute attente, je peux enfin partir avec ma besace et mes slips encore plus en vrac qu'en arrivant. God save the nutella. Et on finira même par arriver à bon port.

Voilà, ça fait bientôt une semaine que je suis rentré. Toute à l'heure en fouillant dans le fond de ma besace j'ai retrouvé un objet curieux que je ne parvenais pas à identifier au toucher. Une dosette de nutella. Intacte. Délicieux larcin. Enfin sans doute.

C'était vraiment pour la beauté du geste.

mardi, 18 septembre 2012

La fille du calvaire

 

Elle est montée à la même station que moi. Filles du Calvaire. Même le lapin rose sur les autocollants des portes de la rame aurait sourcillé en voyant à quel point elle était apprêtée. Rien n'a été laissé au hasard. Toutes les chances de son côté, tous les atouts en avant. Peut-être un peu trop en avant, en fait. Disons qu'elle a fait de son mieux, et que... et que ça se voit.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?

 

Une main serrée contre l'anse de son discret sac à main, comme accrochée peut-être à un parent rassurant avant de se jeter à l'eau, elle semble chercher où mettre son autre main, visiblement de trop avec cet accoutrement aussi naturel pour elle que les cheveux bleus de ma voisine de siège. République. Elle doit s'appeler Camille. Ou Mathilde. Ce soir, donc, Camille a décidé de la jouer un peu vamp. Un peu pute, mais bon, c'est pour que Greg la remarque. Enfin. Ou un autre. D'ailleurs, son pote de la dernière fois, il avait l'air pas mal. Mais quelqu'un au moins. Avec deux-trois notions d'hygiène et qui n'habite pas chez son ex, pour changer. Camille a eu envie d'accrocher les regards un peu plus que les fois précédentes, alors oui cette jupe est un peu courte (un peu ?) et ce maquillage n'est pas un modèle de sobriété.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?


Strasbourg-St-Denis. Belle station pour discourir sur la sobriété du maquillage. Mais la sobriété ce soir ce n'est pas son mood. Pour une fois. La méthode bonne copine, ça fait quand-même deux ans qu'elle essaie, avec un succès mitigé. Enfin, les gens l'aiment bien, juste que souvent les mecs se rappellent pas son prénom et pour finir ça la gonfle un peu Math... Camille. Bonne Nouvelle. Elle a toujours aimé le nom de cette station. Une jolie cocasserie qu'on ait bien voulu donner un nom pareil à un arrêt de métro. Camille a presque brutalement le sourire aux lèvres. Elle s'amuse deux secondes à penser à ce qui viendrait à l'esprit de son père s'il la voyait ainsi affublée dans cette rame de métro. Oh et puis merde Camille a vingt-six ans. Et toujours pas de Greg. Ni même de Marcel ;) . La loose. Grands Boulevards. Elle compte les stations. C'est con, ça la rassure. Et oui, c'est con aussi, elle a besoin d'être rassurée, quand-même. Alors elle compte les stations et elle se passe la main dans les cheveux. Elle sait qu'il faut pas trop, mais au bout de la dix-huitième fois il y aura prescription.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?

 

Richelieu Drouot. Ses chaussures. Elle les a tant voulues. Tant admirées. Elle a défilé tant de fois avec devant sa glace en se disant que vraiment c'étaient LES BONNES. Elle s'est imaginée qu'un jour après six mois de convolage avec Greg (ou son pote, parce que bon le prince charmant n'existe pas donc ils doivent être nombreux...), et bien elle se dirait que ce serait un peu grâce à ces chaussures tout ça. Alors oui, Camille se trouve bêtement superficielle, comme toutes ces filles dont elle a tant aimé dire du mal depuis... Ah ben depuis toujours. Camille se mord la lèvre en pensant qu'elle est peut-être devenue une de ces filles dont on aime dire quelques méchancetés mais qu'elle s'en tape et que, finalement, ces filles ne sont peut-être pas seulement les bécasses sans imagination qui lui ont si souvent fait lever les yeux au ciel. Putain, tout ce temps à médire pour être peut-être à côté de la plaque. Si on lui rendait ce temps perdu elle pourrait reprendre ses études, tiens.

Opéra. Son sac parfaitement ajusté sur l'épaule, Camille est descendue, fière et convaincante. La fille du Calvaire longe le quai de la station en direction de la sortie. Son sac bringuebalant contre sa hanche, les jambes en coton - peut-être même une petite boule au ventre, va savoir - et les épaules chargées d'ambition. 

 

C'est un peu con, mais on a envie que ça marche pour elle. 

 

podcast

 

I got my bags packed,
my dresses ironed
I got my shoes ready by the door
I got my hands clean,
my lips red and my fingers done
I’ve got my best clothes on,
my best hair done

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

I’ve got my hopes up for the man i dream of
I got no tears in my serious eyes
I got plenty of ideas my dear
I got many things, many things in my head

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

I have my secrets to share My arms are ready to wrap around your neck
I have no fear of loosing this game
I have my future all figured out

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

vendredi, 07 septembre 2012

j.OSS 117 : Lisbonne, gare à l'écrevisse d'ébène - Bon baiser de Lisbonne (2)

 

Le sable est juste assez chaud pour brûler les pieds et me rappeler mes douceurs d'enfance, ces après-midi d'août sur les plages des Sables d'Olonne ou de Saint-Jean-de-Monts. Mes pieds ignorent encore naïvement ce qui les attend. Pour cette seconde tentative nous avons atteint la plage 19 grâce à une sympathique connaissance lisboète munie d'un moyen de locomotion furieusement rapide et pratique : une voiture. Une révolution.

Un soleil radieux arrose la plage de lumière, un petit vent espiègle fait flotter quelques serviettes, la mi-journée est prometteuse. Enfin, tu vois la carte postale, quoi, je vais pas te faire un dessin pendant quinze lignes non plus. Nous commençons discrètement mais surement à détailler la population variée et légèrement clairsemée. Il ne s'agirait pas de se laisser importuner par je ne sais quel individu mal intentionné.

Nous prenons le soleil depuis quelques temps. Notre accompagnateur portugais est parti prendre la température de l'eau lorsqu'il commence à s'approcher. Il, c'est celui que nous appellerons par la suite l'écrevisse d'ébène (ce nom de code est peut-être lié à l'état de son bronzage, aussi subtil qu'une bonne blague de Tonton Robert après un déjeuner trop arrosé). Comme une petite partie des occupants de la plage 19, l'écrevisse d'ébène à choisi d'être nu. Si c'est un camouflage, c'est un peu raté. Il passe à quelques mètres de nous et fait une remarque en français sur l'état d'avancement "relatif" de mon propre bronzage. Enfin je ne crois pas qu'il l'ait formulé exactement de cette façon, mais passons.

ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, la meilleure chose à faire était d'ignorer le chaland, et je suis assez bon dans le domaine, d'habitude. ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, il me suffisait de jouer au touriste néerlandais qui ne capte pas un mot. ET POURTANT, je savais bien qu'il me suffisait de fermer ma gueule. MAIS NON. J'ai répondu, de façon un peu cynique. "Et oui". Si le diable est dans les détails, la galère tient parfois en deux mots qui n'ont pourtant pas grand intérêt.

L'écrevisse d'ébène a entendu ces deux mots prononcés en français et s'approche dangereusement. Elle répète que vraiment, elle aime beaucoup mon bronzage "léger", bien plus que les peaux halées qui jalonnent cette plage. Je suis RA-VI. L'écrevisse est clairement arrêtée à côté de nous, elle finit même par s'asseoir. Nous sommes faits comme des rats.

L'écrevisse se présente, Marcel *. Il vit à Perpignan après avoir délaissé Paris il y a quelques années ("ah c'est intéressant..."). Impossible de lui donner un âge avec précision, le bronzage à outrance n'est pas vraiment l'ami des peaux matures et nous avons ici un bel exemple de bronzage Outrancier. Oui oui, avec un grand O. Notre fourchette d'estimation s'étale de 45 à pas loin de 60 ans. C'est large, ok (t'as déjà essayé de donner un âge à une écrevisse toi ?). Jusqu'ici notre ami Marcel est un peu lourd mais soyons honnête, rien de bien gênant.

Et puis Marcel qui est manifestement à l'affût d'un sujet de conversation vendeur jette un oeil sur mes pieds. Autant te dire qu'il est tombé raide dingue en pâmoison devant mes fiers petons.

- Tu as vraiment de très beaux pieds, Joss, on te l'a déjà dit ?"

- Nan, mais c'est vraiment le plus beau compliment qu'on m'ait jamais fait, merci Marceeel".

- Tu sais que j'aime beaucoup faire des massages de pieds ?

- Oh quelle chance, mais c'est prodigieusement merveilleux ! Ah.

Et voici donc notre ami Marcel l'écrevisse qui s'allonge nu dans le sable près de nous (AAAAAAAAAAHHH !!!), empoigne l'un de mes pieds et commence à le masser. A ce stade de la parade amoureuse, précisons que sur cette plage comme toute plage qui se respecte, mon pied est recouvert d'une petite couche de sable. Et les mains de Marcel aussi, comme ça c'est plus drôle. Et beaucoup plus désagréable. Tu vois une friction au papier de verre ? Ben c'est à peu près ça. Après une petite minute - j'ai toujours eu un patience d'ange - je parviens à préciser que ce n'est pas franchement agréable. Marcel interrompt la manoeuvre.

Il nous parle de son camping-car garé pas très loin (oh comme c'est pratique). Il nous explique aussi qu'il aime beaucoup plancher ("ça veut dire faire de la planche à voile"). Et qu'il y a des plages un peu plus au nord qui s'y prêtent parfaitement. Et d'ailleurs, une des choses qu'il aime le plus au Portugal, c'est plancher ("ça veut dire faire de la planche à voile"). D'ailleurs mercredi il ne sera pas là parce que les conditions météo seront parfaites pour aller plancher ("Enfin, faire de la pl... AH MAIS TA GUEEEUUUUUULE !!!"). Et puis Marcel finit par jeter un oeil à Mr D'aucun, mon voisin de droite. Il a de si beaux pieds lui aussi que Marcel se met à le complimenter sur ses attributs pédestres. Comme ça au moins y a pas de jaloux. Notre ami portugais revient parmi nous et regagne sa serviette sous le regard intéressé de Marcel, qui conclura que décidément nous formons tous trois une belle brochette de pieds.

Il nous demande ce que nous faisons à Lisbonne, il nous précise qu'il s'est couché à 7 heures le matin même après avoir découvert un sauna vraiment très sympa. Un ange passe. Puis un troupeau d'anges. Marcel s'en remet à une valeur sûre question sujet de conversation : le bronzage. Il se trouve trop bronzé. Il me demande si j'aimerais être aussi bronzé que lui. D'un élan du coeur profondément sincère je réponds "non, surtout pas". Il nous demande si en se mettant de l'écran total il va pouvoir débronzer plus vite. Même mon flacon de crème solaire lève les yeux au ciel de consternation. A ce moment je me dis que plus tard, on en rira. Si si, on en rira. Allez, courage.

Sentant que la partie n'est pas franchement gagnée, Marcel tente une nouvelle stratégie et décide de miser sur la sensualité : "j'adore me rouler dans le sable". Joignant le geste à la parole, Marcel se roule effectivement nu dans le sable à quelques mètres de nous. Je lutte contre les spasmes et les convulsions. C'est trop d'émotions pour moi. D'aucun et moi partons tester l'eau, laissant très courageusement notre pote portugais seul avec Marcel (comment ai-je pu croire que je ne serais pas puni un jour ou l'autre pour avoir fait une chose pareille ?). 

Nous revenons quelques temps plus tard. L'envahisseur est toujours là. Nous saurons un peu plus tard que Marcel aura tenté de masser les pieds de notre hôte et aura essuyé un refus en déclarant "j'aime qu'on me resiste". Aaah Subtilité, quand tu nous tiens... Je passerai pudiquement sur le moment où l'écrevisse d'ébène nous questionne sur notre vie sentimentale et nous demande s'il peut s'inscrire sur la liste d'attente. Je m'allonge comme pour dormir. Je sens un doigt effleurer mon pied. Je déplace mon pied. Je sens à nouveau un doigt effleurer mon pied. Je déplace à nouveau mon pied. Marcel anticipe mon éventuelle plainte : 

- Tu sais, il y a pas longtemps j'ai massé les pieds d'un mec hétéro. Un chanteur. Au début il ne voulait pas se laisser faire et puis finalement, il a beaucoup apprécié.

- Ah. Il a bien de la chance.

- Quoi ?

- Je disais "Ah, il bien de la chance".

Un ange passe. Suivi par une ribambelle d'autres anges. Dans un éclair soudain de lucidité, nous entendons l'écrevisse d'ébène dire : "bon je vais peut-être vous laisser tranquille, je vous embête ?". Puis l'écrevisse s'éloigne lentement. Puis revient, pour préciser "ça y est je me suis enduit d'écran total, je pense que ça pourra pas me faire de mal, hein". Mon flacon de crème solaire étouffe un gémissement soudain. Un régiment d'ange passe. Marcel finira par repartir. Je crois qu'on l'a eu à l'usure. Ou au court-bouillon. 

Le reste de l'après-midi s'écoulera contre toute attente dans une douceur et une tranquilité réjouissantes. A tel point que je ne vais pas te le raconter. Nous décidons de partir au moment où j'aperçois non loin le gang des cinq twitteux parisiens qui prend possession de la plage... pile à l'heure à laquelle nous sommes arrivés la veille à la descente du petit train, comme c'est surprenant ;D

 

* Pour des raisons évidentes de JenAiRienAFoutre, le prénom n'a pas été modifié. Marcel s'appelle bien Marcel.