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mardi, 20 mars 2012

Le fond du panier et les autres.

 

Je suis sorti du gymnase ce dimanche avec la satisfaction du devoir accompli. Après ces quatre heures à courir rageusement après un volant, j'avais mal aux jambes, aux épaules et aux bras mais je marchais fièrement sur le chemin du retour, aux côtés d'un de mes compagnons de sueur dans les environs de la Gare de Lyon. Je croisais les regards de tous ces même-pas-sportifs, revenus d'un week-end mollasson à Flémard-les-Ombrelles, trainant lamentablement leurs valises à roulettes alors que je portais encore avec force et vigueur mon sac d'où le manche de ma raquette dépassait bien assez pour justifier à lui seul la rougeur quelque peu exacerbée de mon visage. J'étais un soldat revenant du front, un héros. Pas moins.

Sur l'emploi du temps de ma classe de quatrième je crois que les cours de sport figuraient au menu du jeudi matin (ou le mardi mais je te l'accorde, on s'en fout un peu). Ce trimestre-là on faisait du basket dans une salle rutilante située à même pas cinq minutes du collège. Jouer au basket. Autant te dire que j'étais ravi comme un canari s'apprêtant à faire un séjour dans un micro-onde. Le volley passait encore, le hand je pouvais comprendre. Mais le basket. Pourquoi ? Pourquoi j'avais encore mérité un truc pareil ? Après la gym, l'endurance et même la lutte (!!?) l'année précédente. Mais au moins j'échappais encore cette année-là à la terrible piscine et, évidemment, rien ne pourrait déjà plus jamais égaler mon pire souvenir de sport au collège, cet entretien épouvantable avec Mme D. et ses dents. Comment peut-on exiger de quelqu'un qu'il soit adroit dans le maniement d'un ballon pesant dans les douze kilos et devant être lancé dans un cerceau de plomb ferraille (très certainement rouillé et infesté de tétanos) situé à six mètres d'altitude, le tout avec une demi douzaine de sauvages boutonneux prêts à toutes les bassesses pour t'arracher des mains ce ballon dont tu ne veux même pas ? Qu'ils le prennent. Et qu'ils s'étouffent avec si c'est possible.

La classe devait être divisée en six équipes. Je te fais grâce de ce moment merveilleux où les meilleurs en sport sont désignés pour choisir ceux qui seront leurs coéquipiers tout en essayant d'éviter autant que possible le fond du panier - c'est bien connu, les profs de sport sont des tortionnaires psychopathes et pervers qui ont toujours détesté les petits mecs et filles ayant un minimum le sens de la grammaire et pas trop celui du passement de jambe. La classe fut donc divisée en six factions qui allaient s'affronter vaillamment aux quatre coins de la salle de sport. Et le premier match débuta, j'étais très concentré. Vraiment très concentré. Tellement qu'à un moment j'ai réalisé que sur le terrain il y avait quelqu'un qui n'était pas de mon équipe, ni même de l'équipe adverse. D'ailleurs mon équipe entière avait disparu. La stupeur l'emporta rapidement sur une petite joie furtive. C'était souvent comme ça les sports d'équipe pour moi : je tentais de me concentrer avec tout le sérieux possible et je réalisais quelques minutes plus tard que mon esprit avait mis en œuvre malgré moi un stratagème de fuite imparable en me plongeant dans une espèce de demi sommeil apathique dont je finissais par sortir en sursaut, comme après un rêve vaporeux.

**Dans toute l'histoire de la littérature, je t'assure que le mot apathique n'a jamais été utilisé a aussi bon escient que dans cette dernière phrase.**

J'ai fini par réaliser que mon équipe avait donc terminé son match, quitté le terrain et débuté un autre match sur le terrain d'à côté sans  - un - que je m'en rende compte ni - deux - que personne d'autre ne s'aperçoive de mon absence. C'est dire si j'étais un maillon indispensable au bon fonctionnement de cette immense concentration de talents qu'était mon équipe. J'ai couru bien vite pour reprendre ma place quelque part entre un panier et une ligne blanche et je me suis mis à faire ce que je maitrisais le mieux à l'époque. La position statique. J'étais partagé entre une forte envie de rire et une véritable honte qui me faisait espérer très fort que personne n'ait rien vu. Le match s'est terminé peu de temps après mon entrée si brillante sur le terrain. Je crois me souvenir qu'on a gagné. Sans doute en bonne partie grâce à mon art de l'évitement. Une belle victoire d'équipe, quoi. Vive le sport et mes aptitudes hors-pair.

J'aurais rêvé de croiser un de mes profs de sport du collège aux abords de la Gare de Lyon ce dimanche. Par exemple Mme D. et ses dents, tiens. Je leur aurais raconté que j'ai compris, je leur aurais dit à quel point je sais désormais ce que ça fait, les endorphines, le plaisir de l'effort, de construire un point, de réussir un beau geste, pour soi ou pour son partenaire. Le plaisir. On se serait tapé dans le dos avec Mme D. et ses dents, et on aurait disserté elles et moi pendant trois quarts d'heure sur le désarroi de se sentir au fond du panier, le plaisir d'en sortir, le plaisir du sport, tout simplement, et aussi les bienfaits de l'orthodontie (dont je suis la preuve vivante et elles un peu moins). Et puis elles m'auraient filé un truc contre les courbatures et ça m'aurait pas fait de mal. Ouais, j'aurais pu m'en faire de bonnes copines. Limite, on aurait fini par se programmer une petite virée tranquille. A Flémard-les-Ombrelles.

mardi, 13 mars 2012

Mon meilleur profil

 

Et là, on me demande mon style vestimentaire. Ça doit être quelque chose comme la quinzième question et j'en ai un peu ma claque de remplir ce profil. Je regarde prestement les possibilités de réponse. On a le choix entre une myriade de termes tous plus vendeurs les uns que les autres : casual, sportswear, streetwear, costume, "selon mon humeur" et bien d'autres, oubliés dans les limbes de ma mémoire. Il faut que je me creuse méchamment pour choisir au milieu de ça. Pour me faire une idée, je jette un oeil à mon armoire dont la porte est à demi ouverte. Aux premières loges, un vieux short mal plié menace de tomber d'un étage. Je vais cliquer sur casual, c'est moins risqué. Question suivante, mes qualités. J'hésite entre mon sens inné de la répartie lorsqu'il faut parler météo et ma connaissance inégalable des meilleures tubes de Sandy Valentino. Je décide de jouer la modestie en indiquant "je ne porte jamais de chaussettes blanches", ce qui est presque vrai. 

C'est toujours un peu pareil avec les profils. Toutes ces questions ça a tendance à me gonfler sévère au bout du deuxième espace vide à compléter pour m'inscrire auprès de ma nouvelle mutuelle alors imagine un peu quand c'est pour un site de rencontres. Je deviens une sorte de petit ado rebelle qui refuse de cracher le morceau pour un oui ou pour un non. Nan je te donnerai pas mon prénom. Nan je te dirai pas si ma famille est au courant de mon orientation sexuelle (d'ailleurs ça t'intéresse vraiment, sérieux ?). Nan je te dirai pas ce que j'ai fait comme études. Nan je te donnerai pas mon tour de taille.

Au terme d'intenses réflexions j'ai dû répondre à un petit quart des questions posées et j'estime que j'ai déjà donné beaucoup de moi. J'ai tout de même indiqué ma taille exacte sans mentir, rends-toi compte. Pour le reste, c'est des infos secrètes ça Monsieur, c'est un minimum si on veut garder une intimité. Je ne suis pas de ces gens qui racontent leur vie en large et en travers sur des chats ou des bl... ah. Mince.

Je réponds à une dernière question dont je me rappelle pas du tout le sujet, c'est dire si je suis concentré, et - alléluia - on m'annonce que mon profil est en ligne. Enfin, il manque une photo quand-même. Je regarde mes archives. Ça nan, ça nan, ça non plus, ça Oh-la-vache-surtout-pas, ça Oh-oui-je-me-rappelais-plus-de-cette-photo... Ouais je vais jouer à faire une photos en live avec ma webcam. Tout le monde doit bien faire comme ça, chuis sûr. Dix minutes plus tard je ris encore tout seul devant mon écran. Parce que je n'ai toujours pas découvert comment désactiver le flash. Je suis sur le point d'envoyer un texto d'appel détresse lorsque je finis par trouver. Le résultat est un peu naze mais je décide en accord avec moi-même que c'est déjà beaucoup d'efforts accomplis et que j'en ai un peu rien à foutre pour une première connexion.

J'indique à côté de mon statut : "je file chercher une vraie photo et je reviens" ce qui dans mon langage signifie très clairement quelque chose comme "me parle pas ce soir, fais comme si j'avais mes règles". Ben figure toi que y en a un qui n'a pas compris. Et hop, déjà, le lourd qui commence à essayer de me taper la discute. Je décide de réagir avec calme et discernement : prenons la fuite. Je claque mon écran sans répondre un seul mot mais en faisant quand même coucou avec la main - même si ma webcam est bien sur éteinte - parce que je ne suis pas un rustre.

Voilà pour cette première connexion puisque je viens d'éteindre mon ordinateur dans cette manœuvre tellement habile. Ah c'était bien. Rudement bien. C'était il y a une semaine et je n'y ai pas remis les pieds. Peut-être que ma photo aura été mise au rebus par un modérateur un peu inspiré. Je crois que j'ai pas trop l'intention de retourner voir.

Parce que parfois, les rencontres de la vraie vie, c'est un peu comme Particulier à particulier : ça marche ! Si si, je t'assure...

samedi, 03 mars 2012

Simone et les patates sans beurre


podcast

 

Je lui trouvais une drôle de façon de prononcer les mots, surtout les r. Ma mère avait décrété que c'était "l'accent du Jura". J'ai donc passé mon enfance à imaginer les gens du Jura parlant tous comme Simone, un verbiage un peu exotique qui avait tendance à me faire sourire (ne t'y trompe pas, cette phrase est pleine d'euphémismes). Simone était une ancienne collègue de ma mère, bien qu'âgée d'une trentaine d'années de plus. Par le hasard de quelques rencontres, Simone était surtout la mère de celle qui fût notre nourrice à mon frère et moi de nos trois mois à nos onze ans. Nous n'avons connu qu'une de nos grand-mères, et je ne sais plus exactement pourquoi ni même si elle le savait mais nous appelions Simone "la Mamie R." . 

Lorsque nous allions diner chez Simone et son mari, dans leur vieille maison bizarrement bâtie et régulièrement victime des caprices hivernaux de la Loire passant tout près, c'était tout un petit monde  étrange qui se mettait en mouvement devant mes yeux, un monde peuplé de la 4L de Simone, de la casquette inamovible de son mari Joseph, du chien Titus - éternel petit gueulard, d'un téléphone à cadran orange, du tupperware aux cacahouètes et des récits récurrents sur les inondations. Et même à cet âge, ce petit monde un peu espiègle, il me plaisait pas mal.

Je ne sais pas vraiment pourquoi mais je garde surtout des souvenirs du rituel figé de l'apéritif du samedi soir (pas de mauvais esprit, s'il te plait). Joseph était à mes yeux un personnage mystérieux et taciturne, il m'effrayait un peu malgré son gabarit assez modeste, alors qu'il m'aurait suffi de lui souffler dessus pour le faire trébucher mais, que veux-tu, j'étais naïf. Joseph avait eu quelques problèmes avec l'alcool par le passé et s'était résigné depuis à boire un sempiternel soda jaune fluo auquel mon frère et moi avions droit également. C'était le seul endroit où nous buvions cette chose étrange, légèrement acide mais finalement pas si mauvaise et je ne suis pas certain d'en avoir bu ailleurs par la suite. La teinte d'une jaune furieusement vif me paraissait même à l'âge de six ans aussi naturelle que la couleur d'un bon liquide vaisselle des années 80. 

Une fois les boissons servies (mes parents et Simone se servaient, je crois, un verre de vin cuit ou du guignolet), le vieux Joseph allait chercher les cacahouètes. Chaque fois les mêmes cacahouètes, chaque fois rangées dans la même boîte en plastique de type tupperware avec le même couvercle rouge, imperméable aux années et même aux inondations. Je trouvais dans les mains âgées de Joseph une application presque cérémonieuse à ouvrir la boite et la présenter (aux enfants) comme le précieux trésor qui va les occuper quelques temps. Et ça marchait... Et puis l'attention de Joseph était aussi pour Titus, le petit cabot geignard qui tournait sans cesse autour de la table et ne tolérait pas le moindre bruit venant de l'extérieur. Il y avait des coups de pieds qui se perdaient, moi je te le dis.

L'année de mes cinq ans (ou six, j'ai le droit d'avoir un doute, hein), une fois où nous dinions chez eux, Simone avait dit en apportant le plat de résistance qu'elle avait ajouté à ses légumes des patates exprès pour moi parce que les enfants aiment tellement les patates. A l'époque, pour moi, le summum de la gastronomie étaient les patates au beurre de ma grand-mère, choses que l'on appelle plus conventionnellement des pommes de terre rissolées lorsqu'on est adulte et qu'on ne fait pas partie de ma famille. Je me rappelle avoir donc imaginé que Simone allait me servir des patates au beurre identiques à celles de ma grand-mère, normal, c'était pour ME faire plaisir.

Mes espoirs furent à la hauteur de ma déception. C'est étrange parce que si elle n'avait rien dit de particulier, je sais que j'aurais mangé mes légumes sans broncher parce que c'était la politique habituelle de la famille. Oui, mais elle l'avait dit. Elle avait mis un point d'honneur à insister sur ses patates. J'ai donc très certainement décidé d'accorder à ma dégustation la même importance, une plate indifférence l'aurait déçue, elle n'a pas été déçue. J'étais d'ordinaire très sage et consensuel lorsque nous sortions et il était hors de question de faire le difficile, mais je crois que cette déception était au-delà du supportable. J'ai mangé une bouchée, le verdict était implacable. Ce n'était PAS des patates au beurre. Je suis monté sur ma chaise et j'ai asséné avec un petit air qui devrait être un poil énervant : "elles sont pas bonnes tes patates, moi j'aime que les patates au beurre". 

Ma mère, pour qui ce genre de comportements était totalement prohibé, n'a jamais oublié la honte d'avoir engendré un enfant aussi effronté et diabolique qui l'a traversée à ce moment (en même temps qu'une probable envie de me coller une gentille torgnole). Elle se confondait en excuses pendant que - garnement jusqu'au bout des ongles - j'avais quitté cette table et ces assiettes aux patates même pas beurrées pour aller vaquer à d'autres occupations bien plus dignes d'intérêt. Simone s'est contentée de rire, sans doute parce que, elle, elle savait se tenir. Cette anecdote nous a beaucoup marqué ma mère et moi je ne saurais dire combien de fois on se l'est raconté, ni combien de fois elle s'est excusée.

Aussi, lorsque j'ai eu ma mère au téléphone l'autre soir, elle a commencé la conversation par "il faut que je te dise, ce matin on était à l'enterrement de la Mamie aux patates aux beurre". Le chien Titus, le soda jaune, le téléphone orange et presque l'odeur de leur maison sont remontés à mon esprit, si vite qu'ils étaient là dans la pièce avec moi. Ce n'était pas triste, Simone est décédée à 91 ans après plusieurs années difficiles entre les mains d'Alzheimer, il faut reconnaître qu'il y a des décès plus difficiles à accepter, mais c'était quelque chose de sentir tout ce pan de souvenirs qui sont là et se rassemblent instantanément au passage d'une petite vague de frissons entre mes épaules. C'était une galerie de personnages, d'objets ou de sensations que l'on accroche comme ça, comme les perles d'un même collier. Comme si j'avais dépoussiéré, le temps de ce coup de fil un peu malheureux, un vieil album de photos que j'aurais ouvert en me disant "ah oui, le chien il s'appelait Titus je crois, et il passait son temps à gueuler sur tout et n'importe quoi...". Et vingt ans plus tard, tout ce petit monde espiègle, même révolu, il me plait autant.

Simone s'appelait en vérité Marguerite mais pour une raison que j'ignore elle se faisait appeler par cet autre prénom et pour moi elle restera Simone, la mamie R. au volant de sa drôle de 4L, avec ses grands éclats de rire, la tête penchée en arrière et son accent amusant, la mamie aux patates au beurre (qui n'en avaient pas) (nan mais !). 

lundi, 27 février 2012

Le marchand de sable, ce petit con

  

Ce soir je me couche tôt. Je me glisse avec élégance et raffinement sous la couette avec, sur la table juste à côté, ce bouquin que je fais semblant de lire depuis bientôt trois mois (j'en suis à la page 22, je me rappelle absolument pas de quoi ça parle). Je me force à éteindre l'ordinateur (la quatrième tentative d'auto-persuasion est la bonne) et je ferme presque complètement le rideau derrière lequel la guirlande de noël de mes voisins situés en vis à vis continue à clignoter chaque nuit comme si sa vie en dépendait.

Je suis bien, je suis détendu, je respire, je n'ai plus qu'une chose à faire, fermer mes paupières et sourire béatement à la vie en attendant les premières pelletées du marchand de sable. Il va venir, il va venir. Je le sens, il est là, tout près, il me chatouille les méninges. Le bruit du frigo. Il en fait du bruit ce frigo. Tiens, depuis combien de temps mon bidon de lait est ouvert ? Est-ce qu'il m'en reste un autre en réserve ? Faut p'tête que j'aille faire les courses dès demain soir. Ouais mais j'aurais pas le temps. Ouais mais il me faudrait des éponges neuves aussi. J'ai eu trop de mal à gratter les restes des oeufs brouillés de ce matin. Une plaie à nettoyer ces oeufs brouillés. 'Tain ça y est j'ai fini d'avoir envie de dormir. Connards d'oeufs brouillés. J'ai cru que j'en viendrai pas à bout et là encore il m'empêchent de dormir.

Machinalement je déplace le rideau pour voir si la guirlande clignote toujours. Cette gourdasse clignote toujours. On est fin février. Une guirlande avec des ampoules jaunes, bleues, vertes et rouges. Normal. Ces voisins doivent être des psychopathes qui veulent jouer avec mes nerfs. Je les imagine rire derrière leur guirlande. Objet de Satan. Je referme le rideau. Je tente d'oublier. Leur donner de l'importance, c'est leur donner gain de cause. Je suis bien, je suis détendu, je respire, je n'ai plus qu'une chose à faire, fermer mes paupières et sourire béatement à la vie en attendant les premières pelletées de ce salaud de marchand de sable.

Mes pieds sont lourds, mes jambes sont lourdes, mon corps est lourd, mes bras sont lourds. Je suis bien, je sens que ça vient. Ma couette repose lourdement sur moi. Mais pas assez. Cet oreiller me gène. Il vaut pas un traversin. Je sens que je vais à nouveau militer pour la réhabilitation du traversin. Il reste encore des combats justes et nécessaires dans ce bas monde. Le traversin est tellement plus adapté. Je récupère mon traversin dans mon armoire. Il me vengera des oeufs brouillés. Je me réinstalle. Ah oui je suis mieux là. Ah oui je sens que ça vient, ça vient. Je respire. C'est bon ça vient.

Je me sens décrocher comme dans un rêve. Comme dans mon rêve de la semaine dernière. Celui où j'ai rêvé que je tombais et je finissais par atterrir dans la maison de mes parents. Dans le lit de ma chambre d'adolescent. Mais j'avais changé la tapisserie. Pourquoi ne pas avoir gardé la tapisserie jaune ? Pour la remplacer par du bleu et du vert. Une hérésie. Dans ce rêve mes parents ont vraiment fait n'importe quoi de cette maison. Je repense au billet que j'ai écrit il y a un an sur ce que mes parents ont changé dans la maison. Et à ce que je pourrais y ajouter encore. Je me promets de retourner voir l'empreinte de pas de la chienne sur le vieux dallage la prochaine fois. J'essaie me de rappeler quelques souvenirs avec cette chienne. Juste à côté du bac à sable. Putain de sable. Et son marchand.

Il est deux heures. Le marchand de sable est un enfoiré. La guirlande clignote toujours. J'ai faim. Je mangerais bien des oeufs brouillés.

dimanche, 19 février 2012

Des cailloux plein les chaussures

 

Je me suis acheté hier une paire de chaussures. Exactement comme je les voulais, dans les moindres détails. Exactement l'image que j'ai envie de donner.

C'est peut-être la nouveauté du célibat qui fait ça, j'avance sans la certitude du bienfondé d'aucune décision, aucun choix. Je crois savoir comme une évidence ce dont j'ai envie, ce qu'il me faut et l'instant d'après je me noie dans une marée de doutes et de questions - pas toutes existentielles, certes. Je m'étais pourtant promis de savoir nager avant 2012. Je finis néanmoins par réussir à refermer le couvercle et oublier un peu les questionnements, jusqu'à la fois suivante. Tu crois que c'est pas bien ? Moi je ne vis pas si mal en faisant ainsi. Une grande tradition familiale entretenue de mère en fils depuis pas moins de une génération.

Je traine depuis pas loin d'un mois une toux intermittente qui rode à la façon d'un garde un peu sadique pour sanctionner chaque écart, chaque prise de liberté. J'ai donc la voix un peu éraillée, ça ne me déplait pas complètement mais ça m'empêche de chanter à plein(s) poumon(s) mes chansons préférées sous la douche. Pendant ce temps je dors peu et mal, je me sens perpétuellement dans un état second entre une légère fièvre et un fond d'ivresse salement tenace. C'est génial. Je finirai peut-être bientôt par trouver cet état normal.

Je ne suis pas un adepte des grandes tergiversations ou séances de psychotage sur la vie, les autres, et moi dans tout ça, mais je ne sais plus exactement dans quelle direction ces chaussures neuves qui me plaisent tant doivent m'emmener. Ce n'est pas bien grave, c'est sans doute très passager mais c'est un peu désagréable de se sentir dans la peau d'une boussole fiévreuse qui cherche continuellement son nord. Chercher mon nord, c'est presque me regarder dans une glace, me demander qui je suis et ce à quoi j'aspire dans les semaines ou les mois à venir. Tu réalises un peu où j'en suis ? Et miroir mon beau miroir, ben il me dit quedalle, ce con. Le tien non plus, peut-être, ça me console de le penser.

En attendant j'hésite entre faire la marmotte et courir un peu dans tous les sens. Cela dit, la marmotte n'a pas beaucoup eu voix au chapitre pour le moment. Je erre, je crois trouver, je réfléchis, le doigt sur les lèvres. Et je me dis que, peut-être...

Je me suis acheté hier une paire de chaussures. Exactement comme je les voulais, dans les moindres détails. Exactement l'image que j'ai envie de donner. Elles me font un mal de chien. 

 


podcast

 

mardi, 07 février 2012

Fièvre. Mais pas malade, hein.

 

Je sors tout juste de ce week-end de frimâts (Éveline Dhéliat - Sainte-Éveline - ne s'était donc pas trompée) où une folle et douce fièvre s'est emparée ténébreusement de mon corps. Un samedi soir dément où la température est montée en flèche jusqu'au petit matin. Le genre de soirée qui te laisse cloué au lit au réveil, un peu hagard et plus vraiment certain du déroulement des quelques heures précédentes. Ni de son bienfondé (j'ai vraiment marché une heure dehors par moins 43 alors que j'aurais pu prendre le métro ?). Je mets un pied hors du lit avec le courage d'une huître en face d'un ouvre-boite. Je le remets illico à sa place, sous la couette. Au prix d'un effort terrible je parviens à apercevoir l'heure sur le réveil. 8h30. Bénédiction, je peux à nouveau sombrer dans le marasme et les profondeurs. Jusqu'à 8h45. Misère.

Et soudain, ce dur moment où tu commences à réfléchir en te demandant si ce qui pourrait ressembler à de la fièvre combiné à un affreux mal de gorge débutant et quelques courbatures ça et là pourraient être les symptômes d'une quelconque maladie balbutiante. Hors de question. Ou alors, peut-être. Oui mais quel genre de maladie ? Le mildiou ? le Phylloxera ? Le cancer de la prostate ? Impossible. Je ne suis pas malade, je ne suis pas malade.

L'un des avantages de faire du sport c'est que tu peux toujours chercher à nier l'évidence en soutenant mordicus que cette sensation de courbatures n'est pas liée à un quelconque état grippal, non. Juste à un manque d'échauffement lors de l'une des trois séances hebdomadaires de badminton (oui, je t'ai dit que j'en faisais trois fois par semaine ?). Je finis par me lever courageusement en faisant comme si je ne tremblais pas et je parcours le long chemin qui me sépare de la salle d'eau. Quelques contractions abdominales permettent de ne presque pas tousser, c'est signe que tout va bien. Je fais bien attention à ignorer le placard dans lequel se trouve mes comprimés de paracétamol : chercher à se soigner, ce serait déjà commencer à accepter la maladie, IL NE FAUT PAS. Pourquoi pas voir un médecin pendant qu'on y est.

Je vis donc ma vie d'un dimanche normal en n'étant pas malade, en ne tremblant presque pas et en ne ressentant pas du tout ce besoin de réduire mes gestes à leur strict minimum. Et comme je ne suis pas malade, je pousse le vice en allant évidemment à ma séance de badminton du dimanche. Et là, j'aurais peut-être pas dû... Ouais parce que j'ai fait des blagues vraiment minables. Mais vraiment, hein. Limite je me serai pris pour Ditom. Le soir venu, le tremblement est devenu un état normal et accepté (Allo ? Parkinson ?). Cette douleur dans la gorge c'est sans doute parce que j'ai dormi dans une mauvaise position la nuit dernière, il n'y a pas d'autre explication.

Lundi matin. Horreur et damnation, le malin s'empare de moi et mes mains me font avaler du paracétamol. Les contractions abdominales ne suffisent plus complètement à m'empêcher de tousser toutes les minutes, je redoute que mes collègues ne commencent à s'imaginer quelque chose. Lundi après-midi, c'est un peu pire. Lundi soir, à un concert je fais presque bonne figure et je ne crois pas avoir contaminé la moitié de la salle, que je sache (cela dit, cher voisin de droite, si tu me lis, n'hésite pas à te manifester, je suis en général plus en forme qu'hier soir).

Mardi. Mes collègues s'obstinent à croire que je ne suis pas en forme olympique. Il se murmure même par endroits que je serais "souffrant". Balivernes. On finit toutefois par me proposer gracieusement quelques menus traitements (les joies de travailler dans le milieu hospitalier). De bonne grâce et pour ne pas froisser les bonnes volontés, je finis par accepter ledit traitement. La petite vacherie dans ces moments-là c'est de ne pas savoir si un comprimé est effervescent ou à avaler directement. Comme je suis ingénieux je décide de plonger le comprimé dans un gobelet d'eau, je verrai bien ce qu'il adviendra. Cet imbécile de comprimé se réduit en une poudre informe qui vient tapisser le fond du gobelet sans que je ne puisse la diluer ni l'atteindre. Le fameux fléau des gobelets trop étroits. Heureusement, comme je ne  manque pas d'idées - ni de classe - je pense intelligemment à découper le gobelet avec des ciseaux pour en lécher le fond, avec toute l'élégance possible. C'était pas mauvais.

M'enfin quatre heures après ce premier comprimé, ça ne va franchement pas mieux. C'est bien la preuve que je ne suis pas malade. Ou à la rigueur juste le mildiou.

dimanche, 29 janvier 2012

Un pied devant l'autre


Il est possible que tu ne comprennes pas grand chose à ce billet, ce n'est pas bien grave. Moi quand je comprends rien je dis oui en souriant bêtement, mon interlocuteur se sent valorisé et c'est déjà ça de gagné. Je te propose donc de faire pareil.


T'as remarqué comme j'ai rien raconté dernièrement ? Si si tu peux même le dire à voix haute : "bah dis donc Joss il se foule pas trop ces temps-ci, espèce de sale feignasse".

Pour me rattraper ce soir, pendant qu’un certain Nicolas S. devise gentiment de choses et d’autres sur les grandes chaines, moi je regarde sur Arte un documentaire qui montre des marmottes en train d'hiberner. Je crois que c'est ça que je veux. Me réincarner en marmotte. Elles dorment, elles se serrent les unes contre les autres, elles ont chaud. Elles oublient tout. Pendant trois mois. 'tain oui c'est ça que je veux, c'est ça ! En guise de terrier, je me contente de me brûler les pieds contre mon radiateur tout seul dans mon appartement, c'est moins réconfortant (mes chaussettes sont bien trop loin pour que j'aille les chercher). Pas une marmotte ni même rien qui puisse s'y apparenter de près ou de loin à portée de main. Mon mouton en peluche me fait la gueule parce que j'ai un peu oublié de l'épousseter ces trois derniers mois. M’en fous, il est gris.

Je crois déjà pouvoir dire que cette image de marmottes blotties les unes contre les autres va me hanter cette nuit. Pourquoi elles ? Et pas moi ? C'est vraiment dégueulasse. Je me repasse le film, comment en être arrivé là. De toute façon c'est mieux comme ça, c'était la décision à prendre et j'ai beau faire les gros yeux à mon mouton, je sais bien que ça ne changera pas grand-chose. Plutôt que remonter le fil, je pourrais aussi commencer à tricoter la suite. Il faudra bien. L’image du tricot est un peu étrange mais bon. Oh oui, un magnifique pull torsadé, rien que l’idée me met en joie.

Bon là maintenant, dans la suite du documentaire, on voit des tortues qui tentent de se reproduire, ça aussi je... comment dire ? Oh des cerisiers en fleur ! Il y a toujours une grande ambivalence à l'idée d'envisager la suite dans ce genre de périodes. L'euphorie du champ des possibles oscille pernicieusement avec le vide. Ça va étrangement bien, puis, plus rien. Et puis le courant revient tout seul, sans doute quand les deux neurones se percutent accidentellement ou alors quand j’entrevois une belle suite - faite de pulls torsadés mais pas obligatoirement. Et même si les marmottes avaient l'air comblées de bonheur dans leur terrier, la petite voix du bon sens me dit que la méthode marmotte n'est pas le plus court chemin vers la jouissance ultime. Je serai donc fort, brave, conquérant et merveilleux. En plus d'être délicieusement drôle mais ça ce ne sera pas nouveau et tu le sais déjà. Euh... Un simplement hochement de tête suffira.

Je martèle donc à l'envie que le monde est à moi, l'avenir est entre mes mains et que je vais marcher fièrement dans les rues en essayant d’avoir l’air épanoui et dégourdi. Et c'est franchement pas le moment de dormir.

Brutalement je me rappelle qu’Evelyne Dhéliat - Sainte Evelyne, priez pour nous - nous annonce moins quarante-trois degrés pour la fin de la semaine prochaine. Et là, tout de suite, j'ai furieusement envie d'être une marmotte.

vendredi, 13 janvier 2012

Deux.


(attention, cette fois, c'est un peu mièvre, un tout petit peu...)


podcast

 

On doit se retrouver quelque part auprès du Château. Je ne connais pas très bien l'endroit, j'aperçois un rempart et, de peur de le perdre, je m'empresse bien vite de le longer. Dans le mauvais sens. Je finirai par faire un tour quasi-complet de l'enceinte (pas vraiment un must see...). C'est une manifestation qui rassemble en ce dimanche après-midi des voitures anciennes - et même un peu plus qu'anciennes pour certaines. Beaucoup de gens déambulent - en famille pour une bonne partie - dans leurs manteaux d'hiver, offrant ainsi une palette variée allant du noir au gris foncé. Les attroupements s'attardent devant des modèles joyeusement anachroniques aux lignes exotiques et aux tableaux de bords gentiment désuets. La bande originale de La Délicatesse qui se joue encore dans mes écouteurs fait un peu écran entre le monde et moi.

Je commence à les chercher du regard. Une minute. Deux minutes. Je commence à fulminer doucement. J'aperçois enfin le plus grand des deux à une petite quarantaine de mètres puis l'autre tout proche à ses côtés alors que tant de spectateurs qui piétinent ça et là nous séparent encore. Je me dirige lentement dans leur direction sans toutefois les quitter du regard.

Trente mètres. Comme chaque fois ils se tiennent la main dans une attitude si naturelle que, semble-t-il, rien ne parait étrange à personne aux alentours. Pas même une grand-mère à caniche pour leur jeter un regard assassin. Je me demande si comme moi les passants ressentent cette sorte de douce sérénité qui se dégage, comme s'il flottait autour d'eux un parfum d'évidence. J'avance toujours au rythme d'un flâneur distrait. On pourrait croire à une publicité, une belle image de propagande créée de toute pièce pour montrer à quel point un couple de garçons trouve facilement sa place parmi la plèbe, même un jour de sorties familiales. Ils se regardent, ils échangent quelques mots, se déplacent à leur tour et examinent une à une les voitures qui se présentent à leur yeux avec des gestes qui semblent accompagner des commentaires imagés et chaque fois leurs mains se retrouvent.

Vingt mètres. Je repense aux si rares fois où il m'est arrivé de tenir moi aussi quelqu'un par la main - essentiellement dans les rues de Lyon - avec toute l'ambivalence que cela suscitait en moi. Je m'étais senti fort, j'étais fier d'en être capable, de regarder les gens en face, affirmer qui j'étais. Et j'étais fier, aussi, de celui aux côtés duquel je marchais. Et pourtant j'avais si peur. J'avais peur de croiser un regard réprobateur, j'avais peur de faire des vagues, j'avais peur qu'on se retourne pour pointer vers lui et vers moi un doigt malveillant. Peur d'être cloué au pilori. Pour deux mains jointes. Eux semblent ne même pas envisager ce genre de préoccupations. On dirait le geste normal, évident, simple.

Dix mètres. Ils poursuivent une discussion émaillée de sourires qui semble traiter des deux voitures qui les entourent. Les cabriolets paraissent recueillir leurs faveurs, comme pour la majorité des gens présents ce dimanche. Je m'écarte de l'allée centrale pour rester dans ma lune quelques secondes de plus et ainsi profiter encore un peu de mon poste d'observation. Presque un petit pincement.

Cinq mètres. Ils sont là à contempler avec une attention toute particulière l'une des voitures exposées : un petit roadster anglais que j'imagine sorti tout droit des années soixante avec sa belle robe vert foncé, deux places, et ce look typiquement british. Ils sont penchés vers l’habitacle, à faire peut-être quelques hypothétiques projets de week-end cheveux aux vents lorsque la belle saison sera venue.

Deux mètres. Je suis derrière eux, je peux les entendre se parler. Cette voiture et eux, dans un autre décor, on en aurait fait une jolie scène de cinéma, à Deauville, au Touquet ou en haut de belles falaises, avec un vent léger et un soleil tendre.

Un mètre. On n'arrête pas les colombes en plein vol, il faut sans doute attendre qu'elles se posent. L'un d'entre eux finit par me voir, et me sourit.

dimanche, 08 janvier 2012

Je jette, je jetterai, je vais jeter. Un jour.

 

Sur mon petit meuble noir, entre les cure-dents et le rouleau de sopalin, Carlotta me regarde avec son espèce de petit sourire perfide. Elle sourit, cette blondasse, parce qu'elle sait. C'est plus fort que moi.

Carlotta est arrivée dans mon appartement par l'intermédiaire d'une galette. Belle prouesse. Je connais son nom uniquement car il est écrit sur son socle. Après quelques recherches ayant nécessité d'intenses réflexions puis un sens aigu de la déduction, je suis parvenu à identifier Carlotta, elle est un personnage du film Un Monstre à Paris. C'est fou, la couronne accompagnant la galette dans laquelle Carlotta a voyagé est précisément à l'effigie de ce même film. Je ne sais pas exactement de quoi Carlotta est faite (probablement une porcelaine de grande qualité) mais j'imagine qu'elle a été fabriquée en compagnie des autres personnages dudit film à la demande d'un éminent fabriquant de galettes qui devait manquer cruellement d'inspiration. Je visualise avec fébrilité l'angoisse vécue par Carlotta au moment de son grand plongeon dans le bain de frangipane puis ses sueurs inquiètes lors de la cuisson.

Un soir du début de semaine, la pile de galettes située en tête de gondole d'un rayon quelconque s'est mise à me faire de l'oeil alors que je passais oisivement au milieu de mes courses, à la recherche d'un bidon de lessive. Ou d'une boite de petit pois avec des carottes mais pas trop grandes, je ne sais plus. Quelques heures plus tard, Carlotta échappait par chance au couteau investigateur avant de se réchauffer lors d'un bref passage au four (cette fois rien n'a brûlé, Dieu existe donc bel et bien). Quelques coups de dents encore et Carlotta émergeait d'un long sommeil sous les manifestations de joie du roi de la soirée qui n'avait eu de cesse de répéter qu'il serait très contrarié si la fève n'échouait pas entre ses mains. La soirée passa, le roi s'est éclipsé provisoirement et voici cette pimbêche de Carlotta qui fait la fière et qui me nargue honteusement avec sa moue énervante et son regard narquois.

Carlotta est peut-être ici pour un petit moment. J'éprouve en effet une légère difficulté à jeter. Tout récemment, j'ai dû prendre sur moi pour jeter des kiwis qui avaient élu domicile dans mon frigo depuis septembre. Leur achat datant de plus de trois mois j'avais décrété qu'ils n'étaient plus comestibles. Mais les jeter, c'est presque les tuer, quand-même. J'avais opté pour les laisser vivre une vie paisible et sans histoire dans mon frigo, à tel point qu'ils étaient devenus des éléments de décors plutôt discrets et finalement sympathiques : ça fait toujours bien de dire "Ah moi tu sais, mon frigo est plein à craquer avec tous les fruits que je mange" ou encore "Et oui, moi j'ai TOU-JOURS des kiwis sous la main, c'est tellement sain, quatre mois que j'en ai chez moi sans discontinuer ! ". Il m'a fallu prendre mon courage à deux mains pour les déposer dans le grand sac en plastique afin de leur éviter la même fin tragique que mes dernières tomates devenues bleues à force de patienter dans le tiroir du bas de ce même réfrigérateur. Je me suis senti assez fier, tout de même, d'être parvenu à les jeter. Une vraie victoire.

Mais la difficulté est bien plus grande lorsque l'objet concerné incarne un personnage, aussi pimbêche-blonde-à-prénom-italien soit-il. Il m'a fallu plus de six mois pour mettre au rebut un schtroumpf brillamment trouvé dans un Kinder*Surprise. Je me rappelle encore le moment funeste où le couvercle de ma poubelle s'est refermé une dernière fois sur ce pauvre petit Schtroumpf terrorisé. Je me suis senti l'âme d'un assassin. Un tueur de Schtroumpf. Moi.

C'est plus fort que moi, je ne peux occulter le fait que le personnage a suivi un parcours, qu'il a des émotions, des souvenirs, des intentions, et qu'il me regarde, là, tantôt moqueur, tantôt implorant. Il prend mon appartement pour un refuge protecteur et on me demande de le pousser à une mort certaine en me débarassant de lui. Je me refuse à être le bourreau de ces petites vies espiègles et innocentes.

Et Carlotta ? A-t-elle des enfants ? Un amant éploré ? Je fais les cents pas dans mon séjour. Je la jetterai. Demain.

Ça aussi, tu crois que c'est grave Grand-Schtr... Oh mon dieu.

vendredi, 30 décembre 2011

Le livreur, cet être mystérieux et insaisissable

 

Pour les incultes qui n'ont pas lu mon billet précédent, j'étais ces jours-ci dans un état second lié à l'excitation bien légitime de recevoir un colis comportant un cadeau en provenance de chez Téléshopping (ahem). Le transporteur missionné par Pierre Bellemare et ses sbires ayant des façons de faire un peu curieuses (pas de livraison possible sur le lieu de travail, pas de livraison le samedi, impossible de laisser le colis dans une poste ou un point relais), nous avons programmé un "rendez-vous" ce vendredi 30 décembre à mon domicile puisque je m'étais donc résigné à consacrer cette journée à l'attente merveilleuse de ce si beau colis.

L'heure du rendez-vous est ma foi plutôt large : "entre 8h et 19h". Certaines mauvaises langues iraient jusqu'à prétendre que le terme "rendez-vous" est un tout petit peu galvaudé mais tu sais que ce n'est tellement pas mon genre de dire ce genre de choses. Du coup, ça me laisse le temps de faire plein de trucs utiles du type rester chez moi, faire mon lit, regarder si la voisine d'en face a décidé d'arrêter de fumer (apparemment pas trop), compter mes chaussettes, refaire mon lit, tomber en pâmoison devant l'émission présentée par Sophie Davant (nan mais comment on peut produire des émissions pareilles ?) ou encore ranger mes cure-dents dans mon pot à cure-dents (et rerefaire mon lit, aussi).

Et pendant ce temps je me prends à rêver de ce moment d'extase où le livreur viendra avec son air assuré et son uniforme de sauveur faire d'une pierre deux coups : d'une me remettre enfin ce cadeau dont je me languis depuis des semaines, de deux me délivrer de chez moi parce que, un 30 décembre, j'ai un peu autre chose à faire que rester enfermé telle Raiponce dans mon donjon. Je me tire un peu les cheveux par solidarité avec ladite Raiponce, ça peut peut-être m'aider.

15h12. Délivrance, on sonne à l'interphone. Youpitralala. Terrible fausse joie, ce ne sont que deux blogueurs - un grand que je rencontre pour la première fois et une sale petite teigne que je connais un peu plus - qui passent me faire coucou puisque je ne n'ai pas pu déjeuner avec eux (à cause d'une sombre histoire de livraison, vois-tu...). Je suis extrêmement déçu que ce ne soit qu'eux mais je prends sur moi et je ne fais presque pas la gueule. Je leur sers tout de même un café bien dégueulasse, ça leur fera les pieds. Hélas, ma bonté n'ayant d'égal que mon génie et ma vivacité d'esprit, je ne peux m'empêcher de leur offrir avec ce café les meilleurs Pim's de toute l'Ile de France. Au moins. C'est le plus petit des deux qui le dit, enfin, à peu de choses près. Le grand ne bronche pas trop contre mon café, je crois qu'il est un peu impressionné par les carrures si larges et l'humour tellement fin de ses deux interlocuteurs.

L'heure tourne et mes deux distracteurs trouvent des prétextes plus ou moins douteux pour me fausser compagnie (soit disant que l'un des deux avait un train à prendre). Je me retrouve esseulé et abandonné à mon triste sort. 17h30, la mort dans l'âme je me décide à manger une compote de pommes. 18h, toujours aucune nouvelle du sous-traitant de Pierre Bellemare, je me permets un petit coup de fil pour m'assurer qu'on ne m'a pas oublié. "Oui oui je vous confirme qu'une livraison est prévue chez vous le 30 décembre, ça peut être jusqu'à 19h30 ce soir, le livreur va probablement passer".

18h30, rien. 19h, rien. 19h30, j'assassine sauvagement le dernier Pim's que j'avais gardé pour l'occasion. 19h42, je rappelle le transporteur. La livraison est toujours prévue chez moi le 30 mais il se trouve aussi que le colis a été renvoyé chez l'expéditeur le 28 parce que l'adresse n'était "pas accessible" (!?!). La livraison du 30 était donc par définition totalement impossible mais le transporteur ne m'a pas prévenu alors qu'il est en possession de mon numéro de téléphone **Rire Nerveux**. Je visualise de façon subliminale toutes ces choses que j'aurais pu / dû faire aujourd'hui. **ReRire Nerveux**

Je me console un tout petit peu en pensant que demain, malgré les 3200 choses que j'ai à faire, lorsque j'irai jouer au badminton (avec mon tout nouveau sac Fred Perry qu'il est vraiment trop beau), je frapperai dans le volant en imaginant que c'est la tête du livreur et je vengerai alors toutes les Raiponces du monde. Toutes. Et mêmes celles qui n'existent pas encore. Le tout pour un Sèche-linge Express. **Toussottement**

 

PS : tu veux savoir qui est ce transporteur si performant afin d'éviter de faire comme Pierre Bellemare et donc ne surtout pas travailler avec eux ? Je ne suis pas rat, je te dis de qui il s'agit : Adrexo. Voilà, c'est dit, je me sens mieux.