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dimanche, 02 septembre 2012

Indiana Joss et et les aventuriers de la plage perdue - Bon baiser de Lisbonne (1)

 

On n'était pas vraiment pressé. La seule aventure au programme de la journée c'était d'aller à la plage 19, un endroit réputé pour ... euh ... la qualité de ... son sable. Une broutille pour des aventuriers de notre trempe au milieu de ces vacances lisboètes qui avaient débuté dans la sérénité et la douceur malgré une rencontre périlleuse avec l'infâme Fcranky. Nous sommes partis en tout début d'après-midi.

Le voyage débute par une sage escapade dans le métro de Lisbonne jusqu'à la gare de Caïs do Sodre.  Nos indicateurs nous avaient orientés vers des pistes différentes pour la suite du trajet, l'un nous parlant d'un train, l'autre d'un bus. Nous savions donc que nous allions devoir exploiter au mieux notre sens aigu de la déduction et notre débrouillardise face à ces plans de transports en commun par toujours très bavards et ces bornes de paiement pas vraiment accueillantes pour identifier le chemin le plus rapide. Bref, on s'adresse à un marchand de journaux. Qui ne parle pas anglais mais parvient à nous faire comprendre que nous devons prendre un bateau (!?). Quelques instants plus tard nous faisons donc face à un guichet pour y quérir les billets nous permettant de rejoindre l'autre rive du Tage. La préposée à la vente des tickets nous indique avec une certitude implacable qu'après la traversée en bateau, il nous faudra trouver le bus 124 et l'emprunter jusqu'à son terminus, Costa do Caparica. Elle précise aussi que nous faisons la queue à son guichet pour rien, mais passons.

Nous embarquons donc, la mine songeuse et l'esprit embué, à bord d'un frêle esquif pouvant transporter à peine un demi millier de personnes pour traverser le Tage, ce fleuve sauvage et imprévisible, infesté des sardines et morues grelhados les plus féroces d'Europe. Au cours de cette traversée risquée et riche en rebond... - ah non en fait - nous commençons à repérer avec finesse d'autres voyageurs étant eux-mêmes probablement en quête de cette fameuse plage 19. Dans le milieu des agents secrets on appelle ça le Gaydar, je crois. Grâce au courage et à l'abnégation qui nous animent, nous tenons jusqu'au bout de la traversée. Hélas, il nous faut peu de temps pour perdre la trace des autres chercheurs de plage 19 qui semblent s'éparpiller vers d'autres lignes de bus,  nous prenons prudemment place à bord du bus 124. Assis, tout à l'avant et à droite du bus, nous sommes idéalement placés pour contempler la côte que nous allons longer tout en jetant de temps à autres des regards dédaigneux à ces manants restés piteusement debout. Mais aucun autre voyageur susceptible de rejoindre la plage 19. "C'est étrange...".

Et le trajet du bus 124 débute. Et le trajet du bus 124 dure. Et le trajet dure. dure. dure. dure. "J'en ai un peu plus je vous l'mets quand même ? : dure dure dure", presque une heure au cours de laquelle nous n'apercevons absolument rien qui puisse s'apparenter de près ou de loin à une plage ou de la mer. D'ailleurs, si nous quittons le bus 124 à un moment c'est avant tout parce que le chauffeur nous  indique que c'est le terminus. Deux fois. Nous sommes donc à Costa do Caparica. C'est... c'est... pas exactement comme on se l'était imaginé...

Ultime étape du périple, trouver le petit train desservant les dix-neuf plages de Costa da Caparica les unes après les autres, la plage 19 étant la dix-neuvième, comme c'est bien pensé. Nous trouvons la première plage mais point de train, pas vraiment d'idée de ce à quoi il peut ressembler. Pendant ce temps, la météo prend grand soin de se gâter et les nuages épars font place à un plafond sombre et généreux diffusant même un brouillard de plus en plus intense. Un barman nous renseignera avant même la fin de notre question, le train se trouverait après le dernier bar de la longue qui s'étale sous nos yeux. A croire que des gens lui demandent régulièrement comment accéder à la plage 19, comme c'est surprenant.

Après le dernier bar de l'interminable série en question le long de ce début de plage se trouve en effet un petit train digne des parcs d'attractions gentiment désuets dont les rails s'enfoncent à perte de vue au loin dans le sable, pour ce que le brouillard nous laisse entrevoir. Le brouillard qui justement n'en finit pas de s'épaissir. Devant nous une petit brochette de voyageurs attend patiemment que l'engin veuille bien se mettre en branle. Nous finissons par prendre place sagement. Nous avons quitté notre point de départ il y a maintenant deux heures trente. Une broutille, on disait. A quelle heure le train démarre ? Aucune idée, aucun moyen de le savoir.

Contre toute attente, le chauffeur finit par faire rugir le moteur de la bête et nous partons à un rythme modeste droit vers cette barbe à papa de brouillard qui se fait une joie de tout masquer aux alentours. Sur la droite, on ne voit plus la mer, on distingue simplement le sable à quelques mètres. Sur la gauche, rien, aucune idée de ce qu'il peut y avoir. Devant et derrière, les rails se perdent rapidement dans la purée de pois. Tu le sens bien le décor digne d'une bon film fantastique ? Après quelques minutes, une bruine légère vient compléter le tableau. Nous grelottons copieusement sur les bancs de bois de notre drôle d'embarcation de fortune.

Commence alors à trotter dans mon esprit le fameux syndrome de Keskejefailà. Devant nous un touriste italien cherche à nous faire la conversation, il commence par nous demander à quelle plage nous nous rendons. Il a compris. Nous avons compris qu'il a compris. Il a compris que nous avons compris qu'il a compris. Je crois qu'on s'est fait un copain. En plus, on a de la chance, il est aussi perdu que nous. Nous arrivons à plage 10. Le train s'arrête. Tous le monde descend pour s'assoir dans un autre train sur la voie d'à côté. On a froid, on ne voit plus rien, on n'est pas encore sûrs d'arriver à bon port. Mais l'essentiel c'est de ne pas penser que nous atteignons désormais les trois heures de trajet, que nous ne sommes pas arrivés et qu'il va bien falloir penser au trajet retour. Non non, on n'y pense pas du tout... Une broutille je te dis.

Et pourtant, à force de courage et détermination, le petit train avale le plages les unes après les autres et aussi incroyable que cela puisse paraître nous finissons par deviner dans la brume un petit panneau rouge portant fièrement le numéro 19. La population descendant à cet arrêt laisse encore moins de doute sur le lieu. Nous gagnons la plage assez vite (parce que bon, douze degrés en débardeur ça encourage à se remuer un peu).

Et puis comme dans les meilleures productions hollywoodiennes un petit miracle se produit. Le sable est agréable, la plage est assez belle et on a même l'impression que le temps commence à s'éclaircir. Vingt minutes plus tard les héros ont leur récompense. Le vent nous balaie gaiement les nuages et le soleil nous réchauffe tout ça. La plage 19 s'offre joliment aux regards gourmands qui la parcourent avec ses quelques bonnes surprises. C'est un bel après midi qui débute sous le soleil, aux environs de 17h30.

Finalement, c'était pas si compliqué tu vois. Il reste plus qu'a faire la broutille en sens inverse et nous serons déjà revenus. Un vrai bonheur.

Nous allons même revenir le lendemain avec un moyen de locomotion autrement plus rapide. Mais attention aux rapaces et autres écrevisses, la plage 19 n'est pas toujours fréquentée par les personnes les plus subtiles qui soient...

 

... to be continioud

dimanche, 15 juillet 2012

Fleurs d'artifices (oh la belle jaune)

 

Ce samedi 14 juillet, j'étais invité chez sa sainteté le roi du jeu de mot (et du velouté de poireau sans poireau, #Hinhinhin) pour y admirer le feu d'artifice parisien. Au cours de ma longue formation de GensBienCommeIlFaut, Maman m'a plutôt fait comprendre que ça ne se fait pas trop d'arriver chez les gens en ayant invariablement les mains vides. D'ailleurs, ne dit-on pas "aux innocents les mains pleines" ? et bien si, on le dit - même si je ne sais pas trop pourquoi. Alors parfois je fais des efforts.

Des chocolats c'est pas trop de saison, et puis il faudrait bien un jour que je coupe le cordon avec la denrée nourricière originelle et ultime. Du vin, je ne sais plus trop choisir. J'ai bien pensé à de la bétadine mais il ne m'en reste plus qu'un flacon pour tenir jusqu'au prochain jour ouvré et comme ce samedi est férié, les meilleurs marchands de bétadine de Paris sont fermés. Et puis, j'ai eu cette idée saugrenue en passant devant une boutique restée ouverte malgré le grand bal costumé sur le thème des militaires qui se tient ce jour-même sur les champs. Un fleuriste. J'ai à peu près autant d'expérience en matière d'achat de fleurs sans l'aide d'un tiers qu'en saut à la perche.

Quand on sait que j'ai passé quatre étés de ma vie d'étudiant à travailler en pépinière ça peut faire sourire mais je sais que, tout comme moi, tu n'es pas d'un naturel moqueur (d'ailleurs pendant ces jobs d'été il m'arrivait parfois de conduire un tracteur, et ça aussi quand on me connait ça peut faire sourire). Evidemment, c'eût été trop simple, je n'allais pas me fournir chez le premier fleuriste venu, le risque d'être piégé par un vil marchant de verdure sans scrupule me poussait à la prudence. Je suis donc passé en me baladant au hasard devant un premier fleuriste ouvert, puis un deuxième, puis... et puis il s'est mis à pleuvoir et mon T-shirt blanc m'a violemment menacé de devenir tout transparent si je ne rentrais pas fissa chez le prochain vendeur de pétales sur tiges qui se présenterait devant mes yeux. Je me suis donc exécuté.

Ça y est je suis dans la boutique, tout va bien. TOUT-VA-BIEN. Mme Fleuriste se dirige dans ma direction sans toutefois me regarder, comme un vautour qui voudrait me faire croire qu'il ne m'a pas vu. Parce que le fleuriste est roi en sa boutique, il SAIT que si le client est entré, le client ne repartira pas les mains vides. Je prends néanmoins mon air assuré pour montrer à l'adversaire que je n'ai pas l'intention de me laisser impressionner.

 

- Le gentil client (ça c'est moi) : bon.. Bonjour, je serais intéressé par un des bouquets qui sont à l'extérieur et je me demandais si ...

- Le vautour (ça c'est elle) : Oui ben vous pouvez aller le chercher vous-même

- Le gentil client (ça c'est moi) : ... ... mmh. ... mm.

 

Je suis ressorti devant les vitrines de la boutique. Alors quel genre de truc je pourrais bien prendre... Un truc avec du rouge ce serait pas mal. Il y a trois bouquets qui se battent pour avoir mes faveurs. Au bout de quatre minutes intenses d'introspection, je me décide à faire appel à mon sens inné de la botanique pour choisir (am stram gram...) celui-là, avec des Lys. Et du jaune. Commence alors le plus grand dilemme de cette épreuve décidement pleine de sournoiseries : les bouquets sont disposés dans des grands pots contenant de l'eau. La grande question est donc : je prends juste le bouquet ou j'embarque le pot plein d'eau pour le ramener avec moi dans la boutique ? Nan mais c'est super compliqué comme truc. A croire que pour s'acheter des fleurs dans cette boutique un 14 juillet, il faut avoir fait pyrotechnique.

Je prends d'abord le bouquet seul. C'est un peu mouillé. J'hésite, ça leur rendrait peut-être service aux gens de la boutique si je leur ramenais le pot plutôt que laisser un pot vide exposé comme ça aux quatre vents. Donc j'embarque le pot. Puis je remets le pot. Puis je reprends le pot (j'ai toujours été un modèle en matière de prise de décision). A ce moment j'entends le vautour qui sort de son nid et qui vient me dire sur un ton très aimable :

 

- Ah mais oui mais non, vous laissez le pot à sa place, comment elles feraient les petites grand-mères âgées s'il fallait qu'elles prennent le pot ?

- Mais est-ce que c'est mon problème, à moi ? Ah euh oui.

 

Et bien, crois le ou non, elle s'est mise à me regarder comme un type qui ne sait pas acheter des fleurs. Nan mais la honte, quoi. Plus tard elle refusera même de me fournir une petite poche d'eau pour maintenir les tiges dans leur bouillon en me disant qu'avec ce genre de bouquet ça ne se fait pas. Elle me prenait vraiment pour radis. Alors que franchement, une heure plus tard, sur le chemin de la soirée, j'avais plutôt la classe avec mon bouquet si bien choisi. D'ailleurs si cette soirée fut une telle réussite ce n'est pas uniquement grâce à la qualité du repas, du feu d'artifice et des jeux de mots des convives ("J'ai la science infuse"... "comme Lipton"... "sachet-le") (euh...), c'est AUSSI grace à ce bouquet qui le lendemain encore me valait des textos de félicitation pour le parfum des lys (délices ?) qui s'en dégageait. ET OUAIS. Comme quoi j'ai bien eu raison de faire confiance à mon fameux sens de la botanique.

Nan, la plus grande fumisterie dans cette histoire, c'est quand même ce mec au look plutôt sympa qui m'a regardé avec mon bouquet à la main sur le boulevard Voltaire en me faisant un grand sourire et qui a vraiment dû croire que je suis un grand romantique.

Et demain, saut à la perche.

 


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I want to buy you flowers, it's such a shame you're a boy...

samedi, 07 juillet 2012

Trois semaines, quelques poussières et puis...

 

And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

 

Le faire-part bleu et blanc arrivé il y a un petit moment déjà a fini d'annoncer la nouvelle. Son petit frère est né il y a quelques semaines. Chacun en est à son petit bonheur fugace, tout va pour le mieux du monde et tout le monde, justement, se réjouit du manque comblé. Tous sourient, comme si la vie était de fait réparée, comme si on repartait de zéro. On tourne la page comme si ces souffrances n'avaient été qu'un mauvais rêve dont on serait sorti, comme ça, avec les éclats de voix d'un nouveau bébé venu animer enfin la maison et la chambre qui les a attendus, elle en vain, puis lui avec succès.  

Il m'arrive d'avoir peur qu'on l'oublie. Je sais bien que ses parents ne l'oublierons pas, loin de là, mais au delà, que restera-t-il d'elle dans les mémoires de ceux qui n'ont pu suivre qu'à distance les récits tourmentés d'une agonie de trois semaines, et sont avant tout soulagés que la chambre soit désormais occupée ? Mon neveu n'aura pas à vivre le fardeau de deux existences pour une seule, et c'est mieux ainsi, mais comment éviter d'évoquer - au mieux - à la façon d'un fantôme discret celle qui l'a précédé ?

Y aura-t-il une place pour elle dans les albums photo ? Ce seront uniquement ses pas à lui qui fouleront le sol du jardin. Ce seront uniquement ses cris à lui qui résonneront dans nos oreilles, pour un gros bobo ou pour un petit caprice, pas ceux d'une grande soeur au silence contraint. Evidemment, chacun, se remet comme il peut et il n'est pas question de jeter la pierre à qui que ce soit. Simplement je me demande souvent si, dans dix ou vingt ans, lorsqu'on lui parlera de ces années, elle aura voix au chapitre, si elle fera pleinement partie de son histoire et de nos vies. 

Lorsqu'il m'arrive de tomber par hasard sur la chanson que ses parents avaient choisie pour elle pendant la grossesse ou sur celle que j'ai tant écoutée pendant les trois semaines où elle a vécu, de doux frissons, presque sereins, pourtant, font briller un peu mon regard. Je ne suis pas exactement triste - j'ai fini de l'être - mais j'ai peur qu'on l'oublie.

Je ne voudrais pas qu'on l'oublie, je ne voudrais pas qu'on l'oublie.

 

podcast


And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

dimanche, 24 juin 2012

Pour une fois je vais te parler de mes histoires de cul

 

Au moment où le Docteur A. m'a demandé à quand remontait ma dernière masturbation et si elle avait été douloureuse, je me suis dit que nous étions désormais assez intimes pour que je le désigne comme mon nouveau médecin traitant. J'étais allongé sur la table d'examen avec mon caleçon au niveau des genoux dans une position à peu près aussi agréable qu'une bonne friction au papier de verre. Depuis deux jours, je souffrais un peu le martyr dans une région que l'on peut localiser entre le bas des hanches et le haut des cuisses (enfin tu vois, quoi), plutôt à gauche, le tout accompagné d'une gentille fièvre sans savoir vraiment de quoi il retournait.

Heureusement le diagnostic du Docteur A. fut rapidement d'une limpidité rassurante : ce n'était pas des hémorroïdes. Donc c'était, euh... enfin... une... quelque chose, quoi. Ah tiens peut-être un abcès mais peut-être pas. Vingt minutes plus tard je quittais le cabinet avec une ordonnance riche des quatre premiers jours d'arrêt de travail de ma vie, un peu d'antalgiques, une cuillerée d'antibiotiques, une bonne dose d'anti-inflammatoires et "ce serait bien que dans deux jours, ça se soit amélioré, quand-même". J'étais donc reparti chez moi avec une confiance inébranlable en la certitude de ma guérison. D'ailleurs, une fois mes médicaments en poche, j'étais tellement tranquille sur le chemin du retour que j'avais pris le luxe de marcher à un train de sénateur apathique (cachectique ?), c'est bien simple, les grands-mères boitant avec leurs caddies à carreaux faisaient dix mètres pendant que j'en faisais trois. Ou deux.

Deux jours plus tard je faisais mon retour en fanfare dans le cabinet du Docteur A. Le Docteur A. me regarda esquisser deux pas dans le couloir avant de conclure "Ah visiblement, ça ne s'est pas arrangé". Et bien non, ça ne s'était pas arrangé. La fesse gauche avait pris un soin particulier à enfler, rougir et devenir toujours plus douloureuse. Et durcir, aussi. Avec un point particulièrement douloureux. De l'autre côté, la fesse témoin avait l'air plutôt discrète et d'une banalité consternante avec sa rondeur tellement plus consensuelle. Après quelques instants à se gratter la tête le Docteur A. se mis à prononcer le mot qui me fit grimper au rideau de l'horreur. Urgences. Urgences, UR-GEN-CES. Heureusement, il avait décidé dans un accès de bon sens de demander un avis plus éclairé par téléphone auprès d'une collègue un peu spécialisée dans le domaine qui nous concerne (on ne parle pas de migraine, pour ceux qui ne suivent pas trop). Cette consoeur allait évidemment raisonner le Docteur A. et me rassurer par la même occasion. Fin du coup de fil, la spécialiste est sûre d'elle, il faut filer aux urgences. Je suis aussi souriant que ma fesse gauche.

L'infirmière chargée du tri à l'entrée des urgences met un point d'honneur à ne pas alarmer les patients : grâce à un ton tout ce qu'il y a de plus monocorde et une distance parfaitement robotique à l'explication de tes symptômes et à la lecture du courrier rédigé par ton médecin (sur lequel il y a pourtant les mots URGENCE et CHIRURGIE dans la même ligne), tu finis par te demander si tu as vraiment plus qu'une entorse à un sourcil. Ma première fois aux urgences. Après une heure et demi d'attente, les seuls médecins que j'ai aperçus sont ceux de l'épisode de Greys Anatomy diffusé sur le téléviseur de la salle d'attente (quelle brillante idée). Un médecin et deux infirmières finiront toutefois par s'intéresser à moi. Enfin, à mes fesses. Le verdict est rapide, un abcès qui a été largement compliqué par une prescription d'anti-inflammatoires à très mauvais escient. La sanction est tout aussi rapide, il faudra passer par le bloc. C'est vraiment indispensable ? Bien sur que oui, Monsieur. Vous allez passer la nuit ici, vous serez opéré demain. La nuit aux urgences. Je repense alors à cette douce phrase entendue deux jours plus tôt : "ce serait bien que dans deux jours, ça se soit amélioré, quand-même". La nuit aux urgences de proctologie c'est cool, tu as (très très) mal, tu manges un simulacre de repas, tu dors pas très bien et tu as un voisin venu pour la même chose que toi qui te raconte toutes les horreurs qu'on va te faire subir, parce que lui... c'est sa troisième fois (HAAAAAAAAAAAAAA !!!!).

Le lendemain matin débute par une scène merveilleuse où une des infirmières (qui bosse pourtant, donc, dans un service de proctologie...) soulève le drap qui couvre mon postérieur et me gratifie d'un très rassurant "Oh la vache ! qu'est ce que vous devez douiller !!". "Si c'est pour dire des trucs comme ça, tu peux la fermer ta gueule, CONNASSE ". Moi qui avait plutôt l'habitude quand on découvre mes fesses qu'on me dise des trucs du type "Ah la vache qu'est ce qu'elles sont douces" (mais si !!), je suis un peu tombé de haut. Dix minutes plus tard, la proctologue entre avec majesté dans la pièce (enfin c'est ce que j'imagine, allongé sur mon brancard et les yeux braqués contre ce très joli mur blanc) avant de confirmer que c'est bien un gros abcès, que les anti-inflammatoires ont bien pourri le tableau, mais que je ne serai opéré que le lundi suivant (on est vendredi) parce qu'il n'y a pas de place malgré l'urgence. Elle se propose toutefois gentiment de finir de percer l'abcès et le vider en grande partie. J'hésite entre rire et pleurer. Et puis finalement, je me contente de hurler très très fort pendant l'acte... (non, ce n'est pas dans mes habitudes).

Pour en avoir le coeur net, je questionne tout de même Mme Procto sur les causes d'un tel... euh... "désagrément". Elle me répond dans un grand sourire, qu'il n'y a pas de prédispositions particulières, que j'ai juste eu un énorme coup de pas de bol (je t'interdis de dire "pas de cul") et que ça peut arriver à tout le monde (alors méfie toi, toi, derrière ton écran). J'avais donc à peu près autant de chances d'être estropié d'une fesse que de gagner au loto. Je suis ravi. 

Quatre heures plus tard, j'étais rentré chez moi et je marchais presque normalement. A ce moment, je prenais mon téléphone et je racontais en rigolant ce qui m'était arrivé. Ouais, je rigolais plutôt bien. Mais ça, c'était avant l'opération. Enfin, la première des deux opérations...

 

(peut-être to be continioud...)

dimanche, 20 mai 2012

Antiquité médicale

 

Le Docteur Y. rédige son certificat avec une application toute cérémonieuse. Jamais un médecin n'aura écrit de missive aussi lisible sous mes yeux. Une jolie calligraphie surannée comme la feuille de soins qu'il me tend, rendant inutile et obsolète la recherche laborieuse de ma carte vitale.

Le Docteur Y. consulte sans rendez-vous les samedis matins. Ça m'arrange bien. Il était hors de question que je m'engage à rencontrer un médecin inconnu à un jour et une heure donnés depuis le traumatisme de la première fois où j'ai pris rendez-vous avec un médecin après mon arrivée à Mouetteland. En voyant mon prénom, ledit médecin s'était persuadé que je devais avoir huit ans grand maximum. J'en avais vingt-six. Il avait préparé des jouets et était arrivé dans la salle d'attente en disant "Enfant d'Avril. ? .... ah... euh... pardon... Monsieur d'Avril". Evidemment je n'avais pas manqué de m'installer près des jouets en passant. Je ne suis pas rancunier, c'est juste que j'aime bien me venger.

Le petit risque dans un créneau de consultation sans rendez-vous c'est de faire la queue quelques temps (trois heures ?) dans la salle d'attente, aussi, d'aucun m'avait conseillé de venir tôt. Il est 9h03 lorsque j'entre dans la salle d'attente, trois personnes me dévisagent avec des regards qui disent sans ambiguïté : "on était là avant toi, petit con. Fais gaffe." Je n'ai pas fait trois pas dans la pièce que la plus âgée des deux dames a déjà glissé dans l'oreille mollement compatissante de son mari que je n'ai pas sonné avant d'entrer dans la salle d'attente. Je suis probablement un délinquant qui vient semer le trouble dans ce cabinet de gens convenables. Je finis de me battre avec le fil de mes écouteurs et je prends place sur un vieux fauteuil de velours rouge grinçant tout ce qu'il peut au moment où je m'assois, je réalise alors le petit saut dans le temps que je viens de faire.

La pièce est à l'image de ces vieux fauteuils qui la peuplent. Une vieille table cachée par un étalage assez impressionnant de magazines, un vieux bureau abîmé, un tapis dont la jeunesse remonte peut-être au beau milieu des trente glorieuses. Contre la fenêtre un amoncellement de vieux cartons laisse dépasser un contenu joyeusement hétéroclite. On tient sans doute là le "placard" du cabinet. Dans la pièce voisine on entend presque distinctement une conversation qui doit être celle du Docteur Y. avec son premier patient du jour. Avec un peu plus de curiosité je parviendrais à connaître l'objet de la consultation.

Un nouveau patient fait son entrée dans la pièce, lui non plus n'a pas sonné. Je jette un regard de défi à la surveillante en chef des entrées et sorties. Rien. Cette femme n'est même pas capable de jouer son rôle jusqu'au bout, c'est pathétique. Le Docteur Y. apparaît une première fois dans la pièce pour raccompagner un patient vers la sortie alors que la surveillante et son mari se lèvent prestement parce que c'est leur tour à eux. Le Docteur Y. est petit, vraiment petit (je sais de quoi je parle), et son âge ne dépareille pas avec la décoration de l'endroit.

Le couple de sexagénaires est entré dans la salle d'examen. Derrière le mur épais comme une affiche précisant que la consultation sur rendez-vous est à trente euros (ah quand même), nous entendons très distinctement Monsieur nous parler de ses problèmes de diarrhées. Des diarrhées récurrentes, entendons nous bien. Ça tombe bien, on entend très bien. Heureusement, il n'a pas mal au ventre et il mange toujours assez bien. J'imagine sa femme assise bien droite hochant la tête par moment. A ma droite l'autre patiente - petite quarantaine et sac the Kooples serré contre les jambes - attend en faisant la moue. La moue à gauche. La moue à droite. La moue au milieu. Elle regarde le type un peu bizarre arrivé juste après elle (moi) qui pioche un à un des magazines posés sur la table, en regarde la tranche et les repose.

Mon occupation préférée dans les salles d'attente c'est de regarder les dates des magazines que le médecin / coiffeur / toiletteur / redresseur de torts met à la disposition des ses usagers. Et là je dois dire que je suis un peu déçu. Rien de plus ancien que 2011. Moi qui trouvais qu'un bon vieux Modes et travaux de 1987 aurait si bien trouvé sa place sur cette table. Je suis perdu au milieu de mes réflexions face à un magazine de presse automobile que je découvre lorsque je suis sorti de mes rêvasseries par le mot "mycose" prononcé très distinctement de l'autre côté des affiches tarifaires. Je souris intérieurement à l'idée d'être ausculté avec les mêmes outils que Monsieur Sexagénaire dans quelques minutes.

Parce que mon tour finira par venir et même dans pas si longtemps. Franchir cette petite porte c'est faire encore un pas supplémentaire dans le temps. Je regrette de ne pas avoir eu plus de temps pour détailler le mobilier de la pièce. Une pièce que je te propose d'appeler la chambre puisque, justement, elle comporte un lit. Oui, la table d'auscultation est un lit. Un lit, avec de vrais draps, posé sur un tapis encore plus ancien que celui de la salle d'attente. Nous nous asseyons face à face dans deux fauteuils et le Docteur Y. me propose de faire connaissance avec une chaleur et une gentillesse presque déconcertantes. Le Docteur Y. me plaint pour mon métier qu'il juge bien difficile, j'évite de lui dire qu'en ce moment l'emploi en question me prend tant de temps que mon blog en pâtit sérieusement. Après quelques banalités au cours desquelles je m’aperçois qu’il ne manque pas d’humour, débute "l'auscultation" (les guillemets ne sont pas fortuits).

C'est peut-être une auscultation d'un autre temps, où l'on écoute le coeur et la respiration du patient avec un stéthoscope sans même lui demander de retirer un quelconque vêtement. La médecine est un art, soit. Je crois que j'aurais payé pour savoir ce que le Docteur Y. a bien pu entendre de mon coeur et mes poumons à travers mon pull et mon Tee-shirt. En guise de pesée, il se contente de me demander si des gens de mon entourage m'ont fait remarqué récemment que j'avais pris ou perdu du poids. Deux questions plus tard il décrète que je suis définitivement apte. C'était bien la peine que je mette une culotte propre.

Il n'y aura donc pas de carte vitale, ni même d'ordinateur - auraient-ils vraiment leurs places dans cet endroit ? - et je repars avec dans ma poche un certificat à l'image du Docteur Y. et son cabinet. Gentiment désuet mais pas dénué de charme. Un nouveau bon de trente ans et je suis dans la rue.

Je suis presque soulagé qu'il n'ait pas remarqué mon mal de gorge. Je crois que je suis une cause perdue pour la médecine et le bon sens commun.

mardi, 08 mai 2012

La fin des haricots.


Si tu es un de mes voisins, je te conseille de ne pas lire ce billet, ça vaudra mieux pour tout le monde et les paillassons seront bien gardés.


J'avais une terrible envie de te parler de ma consommation déraisonnée de rillettes de thon Petit N*avire et puis je me suis dit que ce ne serait peut-être pas très vendeur pour la promotion de ma petite personne. 

Ce matin je quittais mon appartement, j'avais tourné la clé dans la serrure, j'étais prêt ouvrir la porte et sortir et puis... un bruit sur le palier. Un bruit suspect et effrayant. Comme un voisin qui serait en train de descendre l'escalier. J'ai immédiatement coupé ma respiration et je suis resté parfaitement immobile dans la position du héron jusqu'à ce que la menace s'éloigne. Plus le temps passe, plus j'éprouve une réticence presque phobique à l'idée de croiser mes voisins dans les escaliers. Mes voisins de palier qui m'ont invité une fois chez eux et à qui je n'ai jamais relancé la pareille parce que ça me fait peur, mes voisins du dessus, - dont celui qui me demande à chaque fois comment se passent mes études et qui a bien compris que je fais du "bibinton" parce qu'il me voit souvent avec ma raquette - et mes voisins du dessous qui chantent de l'opéra sous la douche. Non pas que je ne les aime pas, hein. Mais je ne sais pas quoi leur dire... Jamais.

En général, je fais ma vie tranquille dans les escaliers, je pense à vingt-trois choses en même temps et voilà qu'un voisin surgit sur mon palier sans prévenir. Chaque fois c'est courage fuyons dans mon cerveau. Je me retrouve avec autant de répartie que la boite de haricots verts extra fins qui se trouve dans le fond de mon sac de courses et qui n'a qu'une envie : aller se cacher dans un placard.

- Le voisin : bonjour ! vous allez bien ? ("tu vas bien ?" pour la version voisin de palier sensible)

- La boite de haricots verts : 'jour ... ... oué ... ... et bonne s...

- Le voisin : Ah vous rentrez des courses ?

- La boite de haricots verts : ... oué ... faut bien manger, hein... et bonne soi...

- Le voisin : vous avez vu ce temps un peu ? c'est quand même dingue, ça.

- La boite de haricots verts : ... oui ben oui alors... je ... un peu pressé... et bonne soir...

- Le voisin : Oh ça avec ce temps faut pas s'étonner qu'on soit mal fichu. Bon bah bonne soirée, hein.

- La boite de haricots verts : Oué. bonne soi...

Je déteste au plus haut point parler de banalités dont tout le monde sait que c'est uniquement pour meubler la conversation. Oui je sais parler météo si je veux. Et même bien mieux que Monsieur ToutLeMonde grâce à mon éducation familiale. J'ai peur que mes voisins finissent par me prendre pour un garçon un peu simple. Pas trop dans le bon sens du terme, tu vois. Mais me résoudre à dire du mal de la pluie et du beau temps sans apporter quoi que ce soit de pertinent, c'est au-dessus de mes forces. Peut-être que je m'aime trop pour m'abaisser à ce genre de choses (ah c'est intéressant ça...)

Cela dit, encore plus que devoir meubler une conversation dont chacun sait qu'elle ne mènera pas plus loin que le local poubelle, je déteste être pris au dépourvu en face de gens que je connais peu. Et si le voisin me demandait quelque chose que je ne veux pas ou, pire, que je ne comprends pas (dans ce cas je dis toujours oui en souriant bêtement même si je sais que ça risque d'être à mes dépens). Et si le voisin ne riait pas à la blague un peu nulle que je vais finir par faire pour alimenter cette foutue conversation parce que, c'est sûr, je me connais, ça va m'échapper à un moment. Et si le voisin commençait à se dire que j'ai l'air bien gentil mais un peu bizarre *sourire entendu*. Et si le voisin s'imaginait - à tort - que je suis un psychopathe qui a peur de croiser ses voisins... Tu comprends un peu mon raisonnement ? Voilà toute la subtilité de ma méthode boite de haricots verts.

Le souci c'est que les voisins ça reste amusant et sympathique mais ils ne sont pas les seuls mécréants à me mettre dans cet état. Je n'évoquerai pas ici quelques déboires professionnels. Aucun problème avec les gens que je connais bien, je suis capable de dire des horreurs avec un petit sourire narquois et un brin provoquant mais l'inconnu me paralyse. Tu vois, par exemple, samedi soir il y avait un mec plutôt à mon goût avec sa chemise sympa qui était venu danser avec moi un peu plus tôt et qui en toute fin de soirée est revenu me prendre par la taille pour m'entrainer et faire quelques pas avec lui. A ce moment, la boite de haricots verts extra fins a repris fermement les commandes de mon cerveau à distance depuis le placard où elle était sagement rangée avec ses copines, et rien.

J'ai souri bêtement et je crois que j'ai vaguement fait non de la tête (extra fins, tu parles...). Parce que j'avais peur, parce qu'il allait me prendre pour une tâche, parce que je n'avais aucune idée de ce que j'allais bien pouvoir dire. Dans une vie idéale je lui aurais dit "attends mon coco, laisse moi vingt minutes, le temps que je t'écrive un billet avec deux-trois blagues moyennes et je reviens, au pire tu trouveras que j'ai un peu d'autodérision".

Soyons lucides deux secondes. On est dans la nuit de samedi à dimanche, il est 5h45, on danse depuis un peu plus de quatre heures. Qui peut prétendre avoir l'air brillant, digne et alerte ? D'aucuns diront que je dois m'en sortir à peu près aussi bien que n'importe qui ( *cri du coeur ON/*  ET MEME MIEUX !!!   *cri du coeur OFF/* ). Et pourtant je me suis caché derrière la boite de haricots et lui est allé conté fleurette à quelqu'un d'autre. Il avait bien raison.

Mais, c'est dans l'air du temps, le changement c'est maintenant (si si rappelle toi). J'ai innové en faisant mes courses avant-hier et je peux te dire que la ratatouille Ca*ssegrain est une tuerie. C'est donc décidé, la prochaine fois c'est la ratatouille qui parlera, et, foi de courgette, ça ne se passera pas comme ça. La boite de haricots verts extra fins, TA GUEULE.


Après la lecture de ce billet, tu peux admirer l'extrême finesse de son titre. Et ouais.

lundi, 16 avril 2012

La fin du bal

 

Dimanche. Quelques pas parcourus sous la fraîcheur de ce matin juste naissant, au terme de cette soirée étirée jusqu'à l'inconvenance. Il est un peu plus de six heures. Bientôt sept en fait. Et le jour commence sérieusement à poindre, un jour un peu étrange, quasiment stérile : il fait jour et pourtant rien ne vit ou presque, les cafés du onzième arrondissement n'ont même pas encore étalé leurs terrasses, il n'y a dans les rues que quelques passants bien pressés, comme moi, de regagner leurs pénates.

Le déroulement de la soirée s’est improvisé à la dernière minute pour se terminer sur une piste de danse à la population largement masculine et sensible. Et puis dès les premières minutes il y a eu cette fille que j’ai trouvée épatante. La trentaine, peut-être, d'origine asiatique avec une coiffure, une robe et une gestuelle tout-droit sorties des années soixante et, surtout, ce sens du rythme fascinant. La vitesse à laquelle ses bras s'agitent, ses rotations habilement maîtrisées, tout porte à maintenir mon regard fixé vers elle. J'aime regarder les gens danser, enfin ceux qui savent. J'ai toujours trouvé que la limite entre un déhanchement admirable et des gesticulations ridicules était très ténue. Elle est un pantin dynamique aux mains d'un chorégraphe diablement inspiré. J’aime par-dessus tout l’indifférence qu’elle semble adresser à ceux qui trouvent son style peu académique. Je crois que j'aurais passé la nuit à la regarder si on ne m'avait pas entrainé vers d'autres occupations.

J'aimerais parfois être un observateur extérieur pour me faire un avis sur ma propre façon de danser. Je crois faire plutôt dans la demi-mesure et je finis toujours par singer plus ou moins ce que font les gens qui m’entourent. En moins coordonné sans doute, c’est pour ma petite touche perso. Et puis de toute façon, il faut dire qu’aux heures de pointes l’affluence limite grandement les initiatives qui nécessiteraient un tant soit peu de place et c’est peut-être mieux ainsi. Mon gabarit n’aide pas énormément à repousser les autres gesticulateurs assaillants. Il est vrai aussi que danser à quelques mètres du bar n’est pas la plus brillante des idées que nous ayons eues, je suis un suiveur lamentable. Après une petite demi-heure de gesticulations, je dénombre pas moins de deux mains qui sont venues se déposer sur mon postérieur. C’est correct. Deux mains de femmes. C’est un peu vexant.

A quelques mètres, les jeux de regards, les autres mains aventureuses et les tentatives un peu timides, un peu hésitantes jouent leur bal comme dans chaque soirée de ce type. Quelques coups d’œil encore permettent d’identifier deux ou trois fauves à l’affût. Il y a ce garçon à la chorégraphie pas exactement subtile qui n'a de cesse de fixer des cibles à travers toute la piste de danse, se déplacer à vive allure dans leurs directions et se présenter devant elles pour, à l’occasion, retirer son tee-shirt comme il offrirait un bouquet de fleurs (ou d’orties, peut-être). C’est d’un romantisme relatif. Je ne suis pas sûr qu’un militant distribuant des tracts pour Philippe Poutou aurait essuyé plus de refus que lui. J’admire toutefois son courage et son abnégation (les mauvaises langues parleraient plutôt d’acharnement pathétique mais comme tu le sais je ne mange pas de ce pain-là).

Les musiques passent (les saladiers de bonbons, aussi), les groupes se font, se défont. On me marche sur les pieds pour la vingt-troisième fois. Et la soirée se poursuit sans grande histoire. Même pas un truc drôle à raconter, même en exagérant un peu. Bon, j’ai retrouvé par hasard un pote pas vu depuis quelques mois et ça m’a fait plaisir mais ça tu t’en fous un peu.

Fin de soirée, la piste s’est largement clairsemée. Nous arrivons à ce moment un peu cruel où il semble que seuls les invendus de la nuit rodent encore près des enceintes. Ce garçon à la chemise rayée, pourtant si charmant, continue à tourner, à esquisser des gestes qui avec un peu de mauvaise foi peuvent s'apparenter à des pas de danse. Et puis quelqu'un s'approche de lui, lui prend la main et les gestes suivant ressemblent à un début de romance, comme dans les comédies romantiques, comme dans les rêves échafaudés par les célibataires pleins d’espoir qui arpentent ces soirées. En tout cas, depuis le poste d’observation, la parade semble se dérouler assez bien. Quelques minutes plus tard, un baiser puis un autre et une belle étreinte accompagnée de gestes sans ambiguïté. Au coup d'œil suivant, l'un et l'autre ont disparu, en route peut-être pour une partie de bridge endiablée ou je ne sais quelle autre occupation à leur goût.

La soirée - encore au cœur de la nuit noire et complète – continue à s’étirer toujours plus à l'intérieur de cette grande salle sombre et bruyante, il suffit pourtant de faire quelques mètres pour voyager dans le temps. Derrière la porte, en effet, il n'est plus question de soirée et les boulevards encore vides s'étirent déjà langoureusement sous la lueur timide de cette grisaille débutante. En un instant, la fraîcheur de ce matin d’avril finit d’éteindre les dernières braises de la nuit.

Le temps de me remémorer ces quelques morceaux d’amusement, j'ai gravi les escaliers de mon immeuble. Il est sept heures. Le onzième arrondissement s’éveille, je vais tenter de faire le contraire. Je tire les rideaux pour faire comme si le jour n'était qu'une menace encore assoupie. J'adresse une prière à St Marchand-De-Sable, j’essaie de me convaincre que je vais passer une nuit tranquille et reposante, que je suis La Belle au bois dormant. 

Avril est distrayant mais garde un certain goût d’inachevé. Il fera jour dem... ah. Oui.


podcast
 

lundi, 09 avril 2012

Me against les Buttes-C.


Km 0. A peine revenu de mon week-end de Pâques en famille je décide de m'attaquer à mon premier footing de 2012 avec pour but de vérifier si ma quasi première année de badminton a fait exploser évoluer mes capacités cardio-pulmonaires. Et puis après tout, ça y est, c'est la saison pour exhiber mes mollets de compet'. L'objectif est de parcourir au moins X tours du parc des Buttes-C. (sauras-tu reconnaître quel parc se cache derrière ce mystérieux pseudonyme ?). Florence + The Machine, Adam Levine, VV Brown, Yuksek et quelques autres se sont réunis dans une playlist au bout de mes écouteurs pour me donner du coeur à l'ouvrage. J'entame les hostilités avec confiance, force et courage. En commençant pas la descente, quoi.

Km 0,4. Trop facile. Je vole sur la piste comme un kenyan des hauts plateaux, je regarde les promeneurs du parc avec un air serein et assuré. Ouais, chuis un runner, moi.

Km 0,9. Je me dis que tiens j'aurais peut-être pu penser à ne pas respirer n'importe comment. Ça commence à me piquer dans le bas du poumon gauche. Mais je suis fort, brave et courageux. Au diable cette petite douleur de rien du tout. D'ailleurs dans mes écouteurs, les Brigittes m'ordonnent (en me vouvoyant) de me battre, d'être un voyou, un loubard. Et ça marche.

Km 1,1. On me la fait pas à moi. Cette douleur n'est pas un point de côté banal, c'est la fédération péruvienne de magie vaudou qui s'amuse à persécuter à l'aide d'un marteau-piqueur le poumon gauche d'une pauvre petite poupée à mon effigie. La douleur est intense et je grimace un peu mais je m'accroche, je suis 1m66 de courage et d'abnégation. Je tenirai, je tenirai.

Km 1,qqch. J'entame la montée. Je visualise la petite poupée entre les mains de ces salauds de péruviens et je lui envoie tout le soutien possible. Ces saletés de Joggeurs chevronnés montent comme des flèches. Je me vengerai. Un jour. De toute façon, Florence + The Machine me rappelle de regarder le paysage, c'est important aussi.

Km x,2. Je commence à me sentir mieux. Les péruviens lâchent l'affaire apparemment. Ils ont compris à qui ils ont à faire. Je me permets même de doubler d'autres gens qui courent, rends-toi compte. Je visualise désormais les monceaux de chocolats ingurgités hier et inconsciemment mes jambes se mettent à tricoter plus rapidement.

Km x,9. Petit moment de silence entre deux chansons dans mes écouteurs. Je réalise le bruit que je fais en respirant. Je comprends mieux les regards interloqués de certains marcheurs au passage de cette si belle imitation de la Bête du Gévaudan.

Km y,4. J'arrive à nouveau en haut de la côte avant de basculer dans les débuts de la descente. La magie des endorphines commence à opérer et Revolver se présente dans mes écouteurs, je suis à nouveau le garçon aux semelles de vent.

 

Wind Song
podcast

Je vais, je cours, je vole. Je tire la langue, je fais des moulinets des bras pour montrer à quel point je suis frais et décontracté. Je sens bien l'admiration dans les yeux des promeneurs. Je vois même que certains se sentent coupables de ne faire que marcher. 

Km y,8. Les péruviens sont de retour au début de la côte. Je suis héroïque mais je ralentis le rythme. Qui n'était pourtant déjà pas bien méchant. Dans un virage à droite, une poussette tente de me dépasser en me faisant l'intérieur. Péruviens ou pas, je décide que ce n'est pas possible, je fais une queue de poisson à la poussette. Cet affront me donne l'énergie pour rallier une nouvelle fois le haut de la côte.

Km z,0. J'entame le Xième tour avec l'espoir de parvenir à mes fins et en me disant que je vais pouvoir me la péter un max une fois l'exploit accompli. D'ailleurs, c'est bien la seule chose qui me donne envie de continuer. Les péruviens me tenaillent. Ils prennent plaisir à pincer chacune des parties du corps de la pauvre petite poupée avec des tessons de bouteilles. Je poursuis malgré tout. Et dire que tous ces gens autour de moi ignorent ce combat que je suis en train de mener.

Au prix d'efforts colossaux et d'une lutte sans merci contre les services secrets péruviens je parviens à terminer ce Xième tour et je me permets même de faire un peu de zèle en continuant encore pendant quelques centaines de mètres (de descente). Je décide toute de même de mettre un terme à ce footing parce que pour une première c'était pas trop mal (et puis bon, ça commence à bien faire).

Je marche fièrement dans les allées avant de me rapprocher de la station de métro. A quelques mètres de moi une fille fait semblant d'être essoufflée et en rajoute des tonnes en grimaçant. Ces gens qui se sentent obligés de tout exagérer à la limite de la mauvaise foi ça m'insupporte au plus haut point.

Nan, parce que, venir courir au Parc des Buttes-C., c'est sportif, c'est vrai, mais c'est quand-même pas le Pérou (HinHinHin...).

lundi, 02 avril 2012

Et bah on retourne la chaise...

 

L'autre soir, au concert d'Aldebert au Casino de Paris, le hasard des placements libres m'a assis à côté d'une dame qui doit avoir à peu de choses près l'âge de ma mère. J'ai passé les premières minutes à me dire que c'était un peu la honte ultime avant de retourner ce constat en auto-congratulation : oui, moi je vais voir des spectacles qui parlent à tous et pas seulement aux bobos parisiens trentenaires (ou en passe de l'être, dans un an et un jour exactement) (comme ça tu sauras quoi me souhaiter demain). Elle avait l'âge de ma mère mais elle en avait aussi la coiffure et le look, avec toutefois un jovial embonpoint en supplément. Dès le début du concert j'ai perçu cette femme comme une rivale. La bougresse en connaissait un rayon sur les paroles des chansons, elle chantait couplets et refrains avec une assiduité quasi-parfaite. Hey oh, Jacqueline, la personne qui connaît les chansons par coeur dans ce genre d'endroits, c'est moi et moi seul, C'EST CLAIR !?

L'humiliation véritable est arrivée sur une chanson de l'avant-avant-...-avant-avant dernier album sur laquelle j'ai séché lamentablement alors que j'entendais Jacqueline appuyer ses paroles avec perfidie pour montrer sa supériorité suffisante. Je crois que j'étais vexé. Cette femme est un monstre.

Pour connaître aussi bien ces paroles, cette femme a probablement une vie lamentablement désoeuvrée dans laquelle elle ne trouve rien d'autre à faire qu'apprendre par coeur des albums entiers de chanteurs à texte. Jacqueline est manifestement délaissée par son mari, oubliée par ses enfants. Une femme frustrée qui croit trouver des compensations en se réfugiant dans des textes musicaux qu'elle mémorise tel un robot, pathétique. J'éprouve à ce moment une certaine pitié pour Jacqueline, et je la regarde chanter avec une intention presque bienveillante.

Et vient le morceau suivant, La Dame aux Camels Light. Pour mon plus grand plaisir Jacqueline reste muette dès les premières lignes alors que je connais la totalité sur le bout des doigts. Au diable la bienveillance, pensons d'abord à la vengeance. Je me rapproche d'elle de quelques centimètres et je penche légèrement la tête dans sa direction pour qu'elle entende clairement que JE maîtrise le sujet mieux qu'elle. Oui ma petite Jacqueline, tu as trouvé ton maître aujourd'hui, t'as encore du boulot ma cocotte. A la fin de la chanson je me tourne pour la toiser avec un air de défi. Cette connasse me répond par un sourire. Je crois que j'ai à faire à une détraquée. Ma mère avec vingt kilos de plus et en version détraquée. Sympa ce concert.

L'une des chansons suivantes (Mon Homonyme) issue du dernier album raconte l'acceptation difficile de son homosexualité par un homme qui évoque notamment quelques souvenirs de son adolescence.

J'ai parfois l'impression d'avoir passé la totalité des dimanches midis de mon enfance et mon adolescence dans ces repas de famille s'étirant méchamment sur l'après midi. Les conversations passaient en revue tous les clichés indispensables du repas de famille avec une légère tendance obsessionnelle dans le cas qui me concerne : la météo, les 35h, la météo, les retraites, la météo, le salaire des joueur de foot, la météo, le sermon du curé le matin-même et la météo de la semaine prochaine. Et puis parfois, la conversation déviait sur les pédés. Il était alors question du neveu d'une collègue de la tante Monique qui venait d'avouer l'atroce vérité à sa mère. Tout le monde s'accordait à dire que c'était terrible pour les parents. Oui c'est bien pour les parents que c'était le plus dur, après tout. Et puis ces hommes qui s'embrassent, Tonton Jean-Claude en avait vus pas plus tard que six mois auparavant, c'est vraiment dégoutant.

Heureusement, pour détendre un peu l'atmosphère Tonton Didier en avait toujours une bonne à raconter sur les pédés : "On est dans une salle pour un spectacle, il ne reste plus qu'une place de libre, il y a quatre pédés qui arrivent pour s'asseoir dans le public, comment va-t-on pouvoir faire ?" (la réponse, c'est le titre de ce billet). J'avais 17 ans. Toute la tablée était écroulée de rire. Moi pas trop. Mais j'ai quand-même souri pour la forme. La prochaine fois je te raconterai comment on fait la différence entre un jeune et un vieux pédé. Tu verras, c'est sympa aussi.

Jacqueline connait si bien les paroles de cette chanson que je me tais pour l'écouter sur cet extrait de couplet :

Nous en sommes encore là je regarde mes pieds,

Deux enfants de la honte nous renvoient le passé,

Cette voix qui résonne, C'est la voix des parents,

Cette voix qui vous somme, Ne sois pas différent.

J'écoute Jacqueline, cette femme qui a l'âge et un peu l'allure de ma mère, prononcer ces mots parmi la foule et j'en ai quelques frissons. Aussi détraquée qu'elle soit, Jacqueline fait preuve de bien plus d'ouverture d'esprit que mes parents, mes oncles et tantes et l'arbre généalogique réunis. Si Jacqueline a des enfants, je me prends presque à les jalouser. Plus tard dans le concert nos bras se touchent, elle me jette un sourire furtif que je finis même par lui rendre. Allez, sans rancune Jacqueline, t'es une fille bien, je crois. Même si t'es une détraquée.

lundi, 26 mars 2012

Variation sur les nouilles et les saladiers.

 

(je suis assez fier de mon titre, c'est déjà ça)

Ce soir, je fais de la grande gastronomie. Des pâtes. Enfin des torsades comme c'est écrit sur le paquet, c'est classe de dire "je prépare des torsades", ça peut surtout laisser songeur quelqu'un qui fera semblant de comprendre de quoi je parle. Je n'ai pas encore choisi comment je vais les accommoder mais c'est un détail. Et puis mon frigo est plein à craquer de denrées qui vont se battre pour recueillir mes faveurs (les bananes sont toutefois hors concours, il est des expériences qu'il ne faut vivre qu'une fois). Je retire la casserole du feu, je vide, j'égoutte, je goutte. Du travail de pro. Les meilleures pâtes du quartier, à n'en pas douter. Le chinois d'en bas peut crever de jalousie. Je les mets à refroidir dans un saladier de plastique que je pose là où je trouve de la place pendant que je vais vaquer des occupations importantes ("oh et si je passais mon doigt sur ce meuble pour faire des dessins dans la poussière ?").

Je suis donc en pâmoison devant mon range-cure-dents lorsqu'un petit signe vient m'alerter. Je suis d'une vigilance admirable. Aussi, à peine l'odeur du plastique fondu arrivée à mes narines, j'interviens prestement en fondant sur le plan de travail comme une nuée de chèvres sur un bol de Chocapics (c'est la première image qui m'est venue à l'esprit, c'est comme ça). Je réagis donc avec l'agilité d'une chèvre (oui oui, une chèvre) pour sauver la situation et mettre mon saladier de plastique à l’abri de cette vilaine plaque électrique que ne je sais quel idiot du village a laissée allumée. C'est comme ça, chat échaudé craint le gâteau au chocolat pas très cuit.

Le bilan de l'incident est assez lourd, la plaque électrique souffre de légères contusions, les pâtes sont indemnes mais assez choquées psychologiquement et surtout le saladier grièvement blessé est immédiatement envoyé en soins intensifs, le pronostic vital est engagé. Je mets en route la procédure d'urgence vitale qui consiste à soupirer piteusement en regardant l'heure avant d'annoncer très solennellement "heure du décès, 20h17". Il est ensuite transféré à la morgue - un sac en plastique à côté de ma poubelle - parce que je ne peux tout de même pas me résoudre à le jeter si froidement dans ma poubelle comme une vulgaire lingette nettoyante parfumée à la pomme Granny Smith. Une petite pensée émue pour ce jour où j'ai acheté ce magnifique lot de quatre saladiers en plastique emboitables à moitié prix. Je venais de m'installer à Mouetteland, j'étais jeune et plein d'avenir, encore loin de penser que je serai un jour parisien. Je suis un peu triste. Pas autant toutefois que le jour où j'ai cassé mon mug jaune, mais pas loin.

Je me jure de réussir un festin en sa mémoire. Il devrait s'agir d'une farandole de torsades au filet de thon (en boite) et petits champignons (de Paris) accompagnée d'une touche de crème et son assaisonnement de poivre fin. Je suis presque prêt pour top chef. Au moins pour les noms des plats. Ce sera un délice, un enchantement. Coup de fil. L'invité attendu ne viendra pas ce soir. Cette soirée est un grand succès. C'était bien la peine de me lancer dans des projets aussi pharaoniques. J'étais tout de même allé jusqu'à ouvrir une boîte de thon, bordel. La prochaine fois, j'ouvrirai un paquet de chips.

Vingt et une heures trente, je déguste ma merveille avec un oeil sur top chef pour m'assurer que mon plat a l'air bien meilleur que leurs obscures productions douteuses. Je suis avachi avec une remarquable élégance et nerveux comme un plat de nouilles, cette soirée est une franche victoire sur la vie. Mon saladier n'aura pas péri en vain. Les gens se seraient battus pour manger mes pâtes, s'ils avaient su. C’était, c’était… presque aussi bon que le titre de ce billet.

La prochaine fois j’essaierai de caser les chèvres dans mon titre, ce sera un billet encore meilleur (mais bien sur que si, c'est possible). 

 

...En fait je suis vraiment triste pour mon saladier. C'est con, hein ?