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mardi, 10 septembre 2013

Intéressant comme un jour de pluie

 

 

Et la pluie et la pluie et la pluie... Ah si y a un truc qui fait courir ces bandes de feignasses sur les trottoirs c'est bien la peur d'être mouillé.

J'étais presque essoufflé en arrivant à la station de métro.

Avec un regard implorant je peste si efficacement après cette pluie qui s'efforce d’arroser au karcher un peu plus que copieusement les géraniums à l'instant précis où je m'apprête à sortir du métro. Cette façon qu'a le ciel de vouloir en faire des tonnes pour montrer qu'il en a dans le pantalon et que c'est lui qui commande c’est un peu ridicule. Gros bof, va. On signale une douzaine de géraniums noyés Rue du Faubourg Poissonnière. Et deux disparus. Le Grand Rex est mouillé. Les clients qui sortent du Starbucks sont mouillés (bien fait pour eux). Mes pieds sont mouillés (consternation).

Une pause déjeuner de semaine, un détour (humide) pour faire l'acquisition d'une chemise pour un mariage à venir et d'un pantalon parce que la veille j'enviais furieusement celui de mon voisin de canapé et j'avais décidé que ce n'était pas acceptable. Quitte à être ici et mouillé, j'achèterai donc en sus un parapluie. Je connais assez la boutique. Ils ont cette habitude un brin manipulatrice et donc forcément détestable d'y laisser trainer à portée de naseau un parfum maison que j’aime beaucoup. C'est très agaçant, mais pas autant que cette manie de disposer les vêtements avec une logique qui échappe à la mienne. Il y a donc des chemises à cinq emplacements différents dans un espace pourtant pas immense. Ou peut-être six.

Je repère près de la caisse le coin des accessoires - les ceintures sont toujours forcées de composer avec les chaussettes, ce qui doit être un peu vexant - dans lequel je viendrai trouver au moment de partir un parapluie avec une petite remarque tellement pleine d'esprit et d’originalité à l’attention du vendeur "bah oui c'est de saison, hein".

Un prix pour la deuxième chemise achetée. Mon cœur balance, mais je me décide à décliner l’offre juste par esprit de contradiction. On ne m’aura pas comme ça.

Une chemise. Deux chemises. Pragmatisme 1, Esprit de contradiction 0. Mais un jour je me vengerai.

Oh un pantalon. Oh des bretelles. Oh un pantalon à Bretelles. Pas vraiment comme celui de mon voisin de la veille. Mieux. Mieux, je vous dis. Et pas si ch... Mieux. Oh un tee-shirt avec une typo délurée mais pas trop. Oh un autre. Bon allez juste un. Parce que je suis déluré, mais pas trop. Cabine d’essayage. Je suis merveilleux, c’est magique. L’étiquette de la chemise annonce en grandes pompes « S Extra-slim fit ». Je suis S-extra-slim-fit compliant. Je suis extra-content fit. Et même pas un vendeur dans le coin pour remarquer à quel point ça me va trop bien, le S extra-slim fit. Sans doute trop occupé à agencer les parapluies, parce que c’est de saison, hein.

Je jette un dernier au regard à cet autre tee-shirt qui restera sur les étagères alors que je me dirige fièrement vers la caisse. Le client qui vient d’entrer est charmant. La vendeuse l’est moins : oui j’ai vu que cette chemise est extra-slim fit, oui je l’ai essayée. Oui. Bah quand-même. Ce client est décidément charmant. La vendeuse ne l'est toujours pas : oui je l’ai essayée et elle m’allait très bien. Très.

La station de métro était à trente mètres. Je suis trempé. A cause de ce client trop charmant et cette vendeuse pas assez, les parapluies sont restés tranquilles au sec, avec les ceintures et les chaussettes. Et le ciel en a vraiment dans le pantalon. Ou il a une grosse vessie.

19:00 Publié dans Blablablog | Lien permanent | Commentaires (4)

vendredi, 06 septembre 2013

Les voleurs d'instants

 
 
Ce devait être le démarrage d'un scooter arrêté au carrefour. Le bruit me ramène, presque en sursaut, dans le lit de ce petit appartement du cinquième arrondissement. La couette était évidemment de trop pour cette nuit un peu chaude, mais il la voulait. L'obscurité étant devenue aussi relative que le silence, je parcours des yeux le plafond, les étagères ou se côtoient des quantités étonnantes de romans et de livres d'histoire. Un petit studio dans un vieil immeuble d'un quartier aisé, une décoration légèrement surannée, joliment contrastée avec le personnage.

Je cherche du regard un appareil qui réussira à me renseigner sur l'heure. Il est assez tôt encore pour que mon esprit ait envie de flâner entre son épaule et l'oreiller sans notion de contrainte. C'est le moment qui restera peut-être le plus marqué en moi. Petit matin d'un jour de semaine. Mardi, selon une rumeur persistante. Regarder dormir quelques temps encore celui qui était un inconnu dix heures auparavant. Les voitures passent semble-t-il dans un ballet déjà régulier au pied de l'immeuble. 

Il se met à bouger à son tour, se tourne vers moi, s'accroche un peu à mon torse, pose un baiser sur une épaule puis nous reprenons une pose improvisée mais confortable, d'un naturel difficile à expliquer. Mais je suis bien, et lui aussi, manifestement. Septembre. Après les petites virées d'été, la vie banale est revenue avec pourtant ses petits parfums d'escapades nocturnes aux lendemains hypothétiques. Son bassin appuyé contre le mien se meut encore un peu, comme pour singer le compte à rebours annonçant l'inévitable réveil. D'autres scooters passeront. Puis un baiser, deux, et peut-être même un peu plus que des baisers.

Soudain il est plus de huit heures, la douche est passée et je me saisis de ma besace avec en tête l'image de ces personnages de films ou de séries qui découchent et s'éveillent au petit matin pour reprendre au pas de course le bus ou le métro qui va les rattacher à la vie normale. Je souris intérieurement en me voyant en héros ordinaire de feuilleton retrouvant le quotidien après une de ces gourmandises inopinées. 

Dans quelques décennies je me rappellerai peut-être à nouveau ces doux matins volés à la routine, où je me suis laissé aller à croquer ces moments fugaces d'existence en regardant un amant de passage s'éveiller paisiblement contre moi.