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vendredi, 28 septembre 2012

J-oo7 : la pluie ne meurt jamais (et ne suffit pas) - Bon baiser de Londres


Ça doit être ça. Lors des voyages qui ne doivent pas vraiment avoir lieu, le malin fait en sorte qu'il y ait un petit truc qui cloche, un petit grain sable. Ou un gros déluge. Genre t'es pas trop le bienvenu, mais essaie quand même... Ce voyage à Londres je l'avais prévu des mois à l'avance. Puis pour d'obscures raisons de santé j'ai dû y renoncer. Puis finalement si. Puis en fait non (grille en enfer, satanée secrétaire médicale du démon). Et puis miracle (de la cicatrisation rapide) j'étais bien dans l'Eurostar ce vendredi matin de septembre.

Bon, la seule et unique fois où j'étais allé à Londres auparavant, je te l'avais jamais raconté mais quelques heures après mon arrivée, les fameuses émeutes d'août 2011 commençaient à embraser la ville un peu partout, c'est dire si ce nouvel épisode londonien s'annonçait sous les meilleurs hospices. Tu comprendras donc que là je ne m'attendais pas exactement à ce que tout le plan se déroule sans accroc.

On avait loué un studio, on avait bien reçu la confirmation de la réservation par mail, que je n'avais évidemment pas lue, normal. Parce que si je l'avais lue à l'avance j'aurais sans doute constaté que l'adresse ne correspondait pas du tout au quartier prévu et qu'il était écrit "petits-déjeuners inclus" - ce qui, pour la réservation d'un studio, est assez original - et tout cela aurait été générateur de stress. Il était tellement plus apaisant de s'en rendre compte une fois le train lancé à fière allure vers l'infini et au-de la Manche et au delà.

Oui donc le studio ingénieusement réservé "avec une belle vue sur les toits de Londres" s'est avéré être une chambre d'hôtel avec une vue imprenable sur des voies ferrées un peu grise et leurs feux de signalisation un peu rouges. It sounds "different", you see. Mais ce qui est sympa dans cette histoire de réservation c'est que ni les honnêtes clients (nous), ni personne dans l'hôtel ne saurait dire d'où vient l'erreur. Franchement, depuis le temps que tu lis ce blog, tu crois que MOI (ou quelqu'un de mon entourage) je serais capable de faire une gaffe ou une étourderie ? soyons sérieux deux secondes.

Cela dit, rendons à César ce qui est à Attila, l'hôtel n'était pas si mal situé mais surtout le petit déjeuner claquait bien son teckel et ça, ça te rattrape bien un quartier un poil glauque et une station de métro à 12 km et demi (le plus "drôle" c'est de voir une fois revenu à Paris qu'il y avait une autre station moins éloignée de l'hôtel...). En plus dans ce mirifique buffet de petit-déjeuner y avait des dosettes de nutella et j'en ai volé une, pour la beauté du geste. Avec un petit stress au moment de quitter la salle du restaurant. Mais ouf, ils m'ont pas fouillé. J'étais un valeureux fugitif, mon trésor glissé subtilement dans la poche arrière de mon jean. Même le mec qui tournait la porte dans le hall n'y a vu que du feu. Un bien beau larcin que voilà. Mais c'est mal, attention.

C'est par hasard, lors d'un après-midi pluvieux poussant à faire connaissance avec quelques boutiques et grands magasins que chez Selfridge, au rayon lingerie de ces messieurs je suis tombé nez à nez avec le premier Jockstrap que je voyais de mes propres yeux so prudes, ever. Enfin, nez à nez... *petite moue*. Je ne pensais même pas qu'on pouvait en trouver dans ce genre d'endroits. Mais alors comment si peu de tissu peut générer autant de formes ? Noyé sous la perplexité de l'enigme, je repose l'objet du délit à sa place dans les rayonnages en pensant que j'irais à confesse sous peu.

J'ignorais encore naïvement que le soir-même j'allais tombé nez à nez pour la première fois de ma vie avec un monsieur en Jockstrap. Enfin, nez à nez... *petite moue (bis)*. Mais bon, tu comprendras naturellement que sur ce blog on fait la lumière sur certaines choses et pas sur d'autres. Je préciserais juste que le porteur de la chose semblait assez coutûmier de ce genre de situation. Tu te contenteras d'imaginer et même d'inventer ce que tu veux. Je te fais une confiance aveugle.

Sinon aussi, j'ai bien joué à Mary Poppins pendant ces quatre jours entre Oxford Street et Leicester Square avec mon parapluie, du vent, de la pluie, du vent, de la pluie. Et figure toi qu'un parapluie qui prend l'eau, ça donne un parapluie mouillé 
(Attention, astuce-dignité n°43 : quand ton parapluie est tout mouillé, évite de le tenir entre tes jambes pendant que tu cherches quelque chose dans tes poches. Enfin je dis ça...). Et tant qu'on en est à parler de nos moutons, tu connais le parapluie magique ? Acheté 5 £ 99. Rouillé le lendemain. Si ça c'est pas un joli tour de passe-passe. Et 5 £ 99 le tour de magie personnalisé, moi je trouve ça plutôt honnête, malgré ce que d'aucun peut en penser. En tout cas, la magie aide à supporter le déluge, et il nous en fallu, du courage.

St Pancras, voyage retour. "Dernier rappel pour les voyageur à destination de Paris". Oui, on n'est pas surper en avance, ON SAIT. Passage de la sécurité. Le regardeur d'écran désigne à l'attention de sa collègue un bagage sur le tapis roulant pile au moment où ma besace passe dans la machine à regarder. Instant de stupeur. Non, ça va quand même pas me tomber dessus. Si ? Oh les cons. Une gentille dame s'approche, demande à qui est le sac ("nan mais c'est une besace, d'abooord !!") et annonce en me tutoyant qu'elle a la délicate mission de vider de la cave au grenier le contenu de mon innocent bagage après ouverture par mes soins. Instant de stress. Parce que bon, le dernier rappel pour les voyageurs à destination de Paris, c'était y a trois minutes et ma copine fouineuse elle a un peu l'air en mode JEnAiRienAFoutreQueTuSoisPresséMonCoco.

Et voilà, là, ça c'est exactement le moment où tu regrettes un peu d'avoir acheté des slips plus tôt dans la journée et, pour gagner de la place, de t'être débarrassé de leurs jolis emballages pour les jeter en vrac dans ta besace. Oui parce que la contrôleuse là, au milieu de ton écharpe, un bouquin, ton parapluie et une paire de chaussures, elle sort un slip, puis un deuxième, puis un troisième... et tu sais que ça va aller jusqu'à six et tu ne sais plus où te mettre parce que même la contrôleuse a un peu de mal à garder son sérieux. Et évidemment, d'aucun ne fait RIEN pour t'aider. Alors vraiment, je t'assure que j'étais prêt à tout avouer, même une bombe posée sous les arcades de Covent Garden pour éviter qu'elle fasse un commentaire lorsqu'elle a sorti la dosette de nutella si brillament volée deux jours plus tôt à l'hôtel. Curieux larcin. Pendant ce temps, il y a belle lurette que le dernier rappel s'est tu dans les haut-parleurs de St Pancras. Et contre toute attente, je peux enfin partir avec ma besace et mes slips encore plus en vrac qu'en arrivant. God save the nutella. Et on finira même par arriver à bon port.

Voilà, ça fait bientôt une semaine que je suis rentré. Toute à l'heure en fouillant dans le fond de ma besace j'ai retrouvé un objet curieux que je ne parvenais pas à identifier au toucher. Une dosette de nutella. Intacte. Délicieux larcin. Enfin sans doute.

C'était vraiment pour la beauté du geste.

mardi, 18 septembre 2012

La fille du calvaire

 

Elle est montée à la même station que moi. Filles du Calvaire. Même le lapin rose sur les autocollants des portes de la rame aurait sourcillé en voyant à quel point elle était apprêtée. Rien n'a été laissé au hasard. Toutes les chances de son côté, tous les atouts en avant. Peut-être un peu trop en avant, en fait. Disons qu'elle a fait de son mieux, et que... et que ça se voit.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?

 

Une main serrée contre l'anse de son discret sac à main, comme accrochée peut-être à un parent rassurant avant de se jeter à l'eau, elle semble chercher où mettre son autre main, visiblement de trop avec cet accoutrement aussi naturel pour elle que les cheveux bleus de ma voisine de siège. République. Elle doit s'appeler Camille. Ou Mathilde. Ce soir, donc, Camille a décidé de la jouer un peu vamp. Un peu pute, mais bon, c'est pour que Greg la remarque. Enfin. Ou un autre. D'ailleurs, son pote de la dernière fois, il avait l'air pas mal. Mais quelqu'un au moins. Avec deux-trois notions d'hygiène et qui n'habite pas chez son ex, pour changer. Camille a eu envie d'accrocher les regards un peu plus que les fois précédentes, alors oui cette jupe est un peu courte (un peu ?) et ce maquillage n'est pas un modèle de sobriété.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?


Strasbourg-St-Denis. Belle station pour discourir sur la sobriété du maquillage. Mais la sobriété ce soir ce n'est pas son mood. Pour une fois. La méthode bonne copine, ça fait quand-même deux ans qu'elle essaie, avec un succès mitigé. Enfin, les gens l'aiment bien, juste que souvent les mecs se rappellent pas son prénom et pour finir ça la gonfle un peu Math... Camille. Bonne Nouvelle. Elle a toujours aimé le nom de cette station. Une jolie cocasserie qu'on ait bien voulu donner un nom pareil à un arrêt de métro. Camille a presque brutalement le sourire aux lèvres. Elle s'amuse deux secondes à penser à ce qui viendrait à l'esprit de son père s'il la voyait ainsi affublée dans cette rame de métro. Oh et puis merde Camille a vingt-six ans. Et toujours pas de Greg. Ni même de Marcel ;) . La loose. Grands Boulevards. Elle compte les stations. C'est con, ça la rassure. Et oui, c'est con aussi, elle a besoin d'être rassurée, quand-même. Alors elle compte les stations et elle se passe la main dans les cheveux. Elle sait qu'il faut pas trop, mais au bout de la dix-huitième fois il y aura prescription.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?

 

Richelieu Drouot. Ses chaussures. Elle les a tant voulues. Tant admirées. Elle a défilé tant de fois avec devant sa glace en se disant que vraiment c'étaient LES BONNES. Elle s'est imaginée qu'un jour après six mois de convolage avec Greg (ou son pote, parce que bon le prince charmant n'existe pas donc ils doivent être nombreux...), et bien elle se dirait que ce serait un peu grâce à ces chaussures tout ça. Alors oui, Camille se trouve bêtement superficielle, comme toutes ces filles dont elle a tant aimé dire du mal depuis... Ah ben depuis toujours. Camille se mord la lèvre en pensant qu'elle est peut-être devenue une de ces filles dont on aime dire quelques méchancetés mais qu'elle s'en tape et que, finalement, ces filles ne sont peut-être pas seulement les bécasses sans imagination qui lui ont si souvent fait lever les yeux au ciel. Putain, tout ce temps à médire pour être peut-être à côté de la plaque. Si on lui rendait ce temps perdu elle pourrait reprendre ses études, tiens.

Opéra. Son sac parfaitement ajusté sur l'épaule, Camille est descendue, fière et convaincante. La fille du Calvaire longe le quai de la station en direction de la sortie. Son sac bringuebalant contre sa hanche, les jambes en coton - peut-être même une petite boule au ventre, va savoir - et les épaules chargées d'ambition. 

 

C'est un peu con, mais on a envie que ça marche pour elle. 

 

podcast

 

I got my bags packed,
my dresses ironed
I got my shoes ready by the door
I got my hands clean,
my lips red and my fingers done
I’ve got my best clothes on,
my best hair done

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

I’ve got my hopes up for the man i dream of
I got no tears in my serious eyes
I got plenty of ideas my dear
I got many things, many things in my head

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

I have my secrets to share My arms are ready to wrap around your neck
I have no fear of loosing this game
I have my future all figured out

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

vendredi, 07 septembre 2012

j.OSS 117 : Lisbonne, gare à l'écrevisse d'ébène - Bon baiser de Lisbonne (2)

 

Le sable est juste assez chaud pour brûler les pieds et me rappeler mes douceurs d'enfance, ces après-midi d'août sur les plages des Sables d'Olonne ou de Saint-Jean-de-Monts. Mes pieds ignorent encore naïvement ce qui les attend. Pour cette seconde tentative nous avons atteint la plage 19 grâce à une sympathique connaissance lisboète munie d'un moyen de locomotion furieusement rapide et pratique : une voiture. Une révolution.

Un soleil radieux arrose la plage de lumière, un petit vent espiègle fait flotter quelques serviettes, la mi-journée est prometteuse. Enfin, tu vois la carte postale, quoi, je vais pas te faire un dessin pendant quinze lignes non plus. Nous commençons discrètement mais surement à détailler la population variée et légèrement clairsemée. Il ne s'agirait pas de se laisser importuner par je ne sais quel individu mal intentionné.

Nous prenons le soleil depuis quelques temps. Notre accompagnateur portugais est parti prendre la température de l'eau lorsqu'il commence à s'approcher. Il, c'est celui que nous appellerons par la suite l'écrevisse d'ébène (ce nom de code est peut-être lié à l'état de son bronzage, aussi subtil qu'une bonne blague de Tonton Robert après un déjeuner trop arrosé). Comme une petite partie des occupants de la plage 19, l'écrevisse d'ébène à choisi d'être nu. Si c'est un camouflage, c'est un peu raté. Il passe à quelques mètres de nous et fait une remarque en français sur l'état d'avancement "relatif" de mon propre bronzage. Enfin je ne crois pas qu'il l'ait formulé exactement de cette façon, mais passons.

ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, la meilleure chose à faire était d'ignorer le chaland, et je suis assez bon dans le domaine, d'habitude. ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, il me suffisait de jouer au touriste néerlandais qui ne capte pas un mot. ET POURTANT, je savais bien qu'il me suffisait de fermer ma gueule. MAIS NON. J'ai répondu, de façon un peu cynique. "Et oui". Si le diable est dans les détails, la galère tient parfois en deux mots qui n'ont pourtant pas grand intérêt.

L'écrevisse d'ébène a entendu ces deux mots prononcés en français et s'approche dangereusement. Elle répète que vraiment, elle aime beaucoup mon bronzage "léger", bien plus que les peaux halées qui jalonnent cette plage. Je suis RA-VI. L'écrevisse est clairement arrêtée à côté de nous, elle finit même par s'asseoir. Nous sommes faits comme des rats.

L'écrevisse se présente, Marcel *. Il vit à Perpignan après avoir délaissé Paris il y a quelques années ("ah c'est intéressant..."). Impossible de lui donner un âge avec précision, le bronzage à outrance n'est pas vraiment l'ami des peaux matures et nous avons ici un bel exemple de bronzage Outrancier. Oui oui, avec un grand O. Notre fourchette d'estimation s'étale de 45 à pas loin de 60 ans. C'est large, ok (t'as déjà essayé de donner un âge à une écrevisse toi ?). Jusqu'ici notre ami Marcel est un peu lourd mais soyons honnête, rien de bien gênant.

Et puis Marcel qui est manifestement à l'affût d'un sujet de conversation vendeur jette un oeil sur mes pieds. Autant te dire qu'il est tombé raide dingue en pâmoison devant mes fiers petons.

- Tu as vraiment de très beaux pieds, Joss, on te l'a déjà dit ?"

- Nan, mais c'est vraiment le plus beau compliment qu'on m'ait jamais fait, merci Marceeel".

- Tu sais que j'aime beaucoup faire des massages de pieds ?

- Oh quelle chance, mais c'est prodigieusement merveilleux ! Ah.

Et voici donc notre ami Marcel l'écrevisse qui s'allonge nu dans le sable près de nous (AAAAAAAAAAHHH !!!), empoigne l'un de mes pieds et commence à le masser. A ce stade de la parade amoureuse, précisons que sur cette plage comme toute plage qui se respecte, mon pied est recouvert d'une petite couche de sable. Et les mains de Marcel aussi, comme ça c'est plus drôle. Et beaucoup plus désagréable. Tu vois une friction au papier de verre ? Ben c'est à peu près ça. Après une petite minute - j'ai toujours eu un patience d'ange - je parviens à préciser que ce n'est pas franchement agréable. Marcel interrompt la manoeuvre.

Il nous parle de son camping-car garé pas très loin (oh comme c'est pratique). Il nous explique aussi qu'il aime beaucoup plancher ("ça veut dire faire de la planche à voile"). Et qu'il y a des plages un peu plus au nord qui s'y prêtent parfaitement. Et d'ailleurs, une des choses qu'il aime le plus au Portugal, c'est plancher ("ça veut dire faire de la planche à voile"). D'ailleurs mercredi il ne sera pas là parce que les conditions météo seront parfaites pour aller plancher ("Enfin, faire de la pl... AH MAIS TA GUEEEUUUUUULE !!!"). Et puis Marcel finit par jeter un oeil à Mr D'aucun, mon voisin de droite. Il a de si beaux pieds lui aussi que Marcel se met à le complimenter sur ses attributs pédestres. Comme ça au moins y a pas de jaloux. Notre ami portugais revient parmi nous et regagne sa serviette sous le regard intéressé de Marcel, qui conclura que décidément nous formons tous trois une belle brochette de pieds.

Il nous demande ce que nous faisons à Lisbonne, il nous précise qu'il s'est couché à 7 heures le matin même après avoir découvert un sauna vraiment très sympa. Un ange passe. Puis un troupeau d'anges. Marcel s'en remet à une valeur sûre question sujet de conversation : le bronzage. Il se trouve trop bronzé. Il me demande si j'aimerais être aussi bronzé que lui. D'un élan du coeur profondément sincère je réponds "non, surtout pas". Il nous demande si en se mettant de l'écran total il va pouvoir débronzer plus vite. Même mon flacon de crème solaire lève les yeux au ciel de consternation. A ce moment je me dis que plus tard, on en rira. Si si, on en rira. Allez, courage.

Sentant que la partie n'est pas franchement gagnée, Marcel tente une nouvelle stratégie et décide de miser sur la sensualité : "j'adore me rouler dans le sable". Joignant le geste à la parole, Marcel se roule effectivement nu dans le sable à quelques mètres de nous. Je lutte contre les spasmes et les convulsions. C'est trop d'émotions pour moi. D'aucun et moi partons tester l'eau, laissant très courageusement notre pote portugais seul avec Marcel (comment ai-je pu croire que je ne serais pas puni un jour ou l'autre pour avoir fait une chose pareille ?). 

Nous revenons quelques temps plus tard. L'envahisseur est toujours là. Nous saurons un peu plus tard que Marcel aura tenté de masser les pieds de notre hôte et aura essuyé un refus en déclarant "j'aime qu'on me resiste". Aaah Subtilité, quand tu nous tiens... Je passerai pudiquement sur le moment où l'écrevisse d'ébène nous questionne sur notre vie sentimentale et nous demande s'il peut s'inscrire sur la liste d'attente. Je m'allonge comme pour dormir. Je sens un doigt effleurer mon pied. Je déplace mon pied. Je sens à nouveau un doigt effleurer mon pied. Je déplace à nouveau mon pied. Marcel anticipe mon éventuelle plainte : 

- Tu sais, il y a pas longtemps j'ai massé les pieds d'un mec hétéro. Un chanteur. Au début il ne voulait pas se laisser faire et puis finalement, il a beaucoup apprécié.

- Ah. Il a bien de la chance.

- Quoi ?

- Je disais "Ah, il bien de la chance".

Un ange passe. Suivi par une ribambelle d'autres anges. Dans un éclair soudain de lucidité, nous entendons l'écrevisse d'ébène dire : "bon je vais peut-être vous laisser tranquille, je vous embête ?". Puis l'écrevisse s'éloigne lentement. Puis revient, pour préciser "ça y est je me suis enduit d'écran total, je pense que ça pourra pas me faire de mal, hein". Mon flacon de crème solaire étouffe un gémissement soudain. Un régiment d'ange passe. Marcel finira par repartir. Je crois qu'on l'a eu à l'usure. Ou au court-bouillon. 

Le reste de l'après-midi s'écoulera contre toute attente dans une douceur et une tranquilité réjouissantes. A tel point que je ne vais pas te le raconter. Nous décidons de partir au moment où j'aperçois non loin le gang des cinq twitteux parisiens qui prend possession de la plage... pile à l'heure à laquelle nous sommes arrivés la veille à la descente du petit train, comme c'est surprenant ;D

 

* Pour des raisons évidentes de JenAiRienAFoutre, le prénom n'a pas été modifié. Marcel s'appelle bien Marcel.

dimanche, 02 septembre 2012

Indiana Joss et et les aventuriers de la plage perdue - Bon baiser de Lisbonne (1)

 

On n'était pas vraiment pressé. La seule aventure au programme de la journée c'était d'aller à la plage 19, un endroit réputé pour ... euh ... la qualité de ... son sable. Une broutille pour des aventuriers de notre trempe au milieu de ces vacances lisboètes qui avaient débuté dans la sérénité et la douceur malgré une rencontre périlleuse avec l'infâme Fcranky. Nous sommes partis en tout début d'après-midi.

Le voyage débute par une sage escapade dans le métro de Lisbonne jusqu'à la gare de Caïs do Sodre.  Nos indicateurs nous avaient orientés vers des pistes différentes pour la suite du trajet, l'un nous parlant d'un train, l'autre d'un bus. Nous savions donc que nous allions devoir exploiter au mieux notre sens aigu de la déduction et notre débrouillardise face à ces plans de transports en commun par toujours très bavards et ces bornes de paiement pas vraiment accueillantes pour identifier le chemin le plus rapide. Bref, on s'adresse à un marchand de journaux. Qui ne parle pas anglais mais parvient à nous faire comprendre que nous devons prendre un bateau (!?). Quelques instants plus tard nous faisons donc face à un guichet pour y quérir les billets nous permettant de rejoindre l'autre rive du Tage. La préposée à la vente des tickets nous indique avec une certitude implacable qu'après la traversée en bateau, il nous faudra trouver le bus 124 et l'emprunter jusqu'à son terminus, Costa do Caparica. Elle précise aussi que nous faisons la queue à son guichet pour rien, mais passons.

Nous embarquons donc, la mine songeuse et l'esprit embué, à bord d'un frêle esquif pouvant transporter à peine un demi millier de personnes pour traverser le Tage, ce fleuve sauvage et imprévisible, infesté des sardines et morues grelhados les plus féroces d'Europe. Au cours de cette traversée risquée et riche en rebond... - ah non en fait - nous commençons à repérer avec finesse d'autres voyageurs étant eux-mêmes probablement en quête de cette fameuse plage 19. Dans le milieu des agents secrets on appelle ça le Gaydar, je crois. Grâce au courage et à l'abnégation qui nous animent, nous tenons jusqu'au bout de la traversée. Hélas, il nous faut peu de temps pour perdre la trace des autres chercheurs de plage 19 qui semblent s'éparpiller vers d'autres lignes de bus,  nous prenons prudemment place à bord du bus 124. Assis, tout à l'avant et à droite du bus, nous sommes idéalement placés pour contempler la côte que nous allons longer tout en jetant de temps à autres des regards dédaigneux à ces manants restés piteusement debout. Mais aucun autre voyageur susceptible de rejoindre la plage 19. "C'est étrange...".

Et le trajet du bus 124 débute. Et le trajet du bus 124 dure. Et le trajet dure. dure. dure. dure. "J'en ai un peu plus je vous l'mets quand même ? : dure dure dure", presque une heure au cours de laquelle nous n'apercevons absolument rien qui puisse s'apparenter de près ou de loin à une plage ou de la mer. D'ailleurs, si nous quittons le bus 124 à un moment c'est avant tout parce que le chauffeur nous  indique que c'est le terminus. Deux fois. Nous sommes donc à Costa do Caparica. C'est... c'est... pas exactement comme on se l'était imaginé...

Ultime étape du périple, trouver le petit train desservant les dix-neuf plages de Costa da Caparica les unes après les autres, la plage 19 étant la dix-neuvième, comme c'est bien pensé. Nous trouvons la première plage mais point de train, pas vraiment d'idée de ce à quoi il peut ressembler. Pendant ce temps, la météo prend grand soin de se gâter et les nuages épars font place à un plafond sombre et généreux diffusant même un brouillard de plus en plus intense. Un barman nous renseignera avant même la fin de notre question, le train se trouverait après le dernier bar de la longue qui s'étale sous nos yeux. A croire que des gens lui demandent régulièrement comment accéder à la plage 19, comme c'est surprenant.

Après le dernier bar de l'interminable série en question le long de ce début de plage se trouve en effet un petit train digne des parcs d'attractions gentiment désuets dont les rails s'enfoncent à perte de vue au loin dans le sable, pour ce que le brouillard nous laisse entrevoir. Le brouillard qui justement n'en finit pas de s'épaissir. Devant nous une petit brochette de voyageurs attend patiemment que l'engin veuille bien se mettre en branle. Nous finissons par prendre place sagement. Nous avons quitté notre point de départ il y a maintenant deux heures trente. Une broutille, on disait. A quelle heure le train démarre ? Aucune idée, aucun moyen de le savoir.

Contre toute attente, le chauffeur finit par faire rugir le moteur de la bête et nous partons à un rythme modeste droit vers cette barbe à papa de brouillard qui se fait une joie de tout masquer aux alentours. Sur la droite, on ne voit plus la mer, on distingue simplement le sable à quelques mètres. Sur la gauche, rien, aucune idée de ce qu'il peut y avoir. Devant et derrière, les rails se perdent rapidement dans la purée de pois. Tu le sens bien le décor digne d'une bon film fantastique ? Après quelques minutes, une bruine légère vient compléter le tableau. Nous grelottons copieusement sur les bancs de bois de notre drôle d'embarcation de fortune.

Commence alors à trotter dans mon esprit le fameux syndrome de Keskejefailà. Devant nous un touriste italien cherche à nous faire la conversation, il commence par nous demander à quelle plage nous nous rendons. Il a compris. Nous avons compris qu'il a compris. Il a compris que nous avons compris qu'il a compris. Je crois qu'on s'est fait un copain. En plus, on a de la chance, il est aussi perdu que nous. Nous arrivons à plage 10. Le train s'arrête. Tous le monde descend pour s'assoir dans un autre train sur la voie d'à côté. On a froid, on ne voit plus rien, on n'est pas encore sûrs d'arriver à bon port. Mais l'essentiel c'est de ne pas penser que nous atteignons désormais les trois heures de trajet, que nous ne sommes pas arrivés et qu'il va bien falloir penser au trajet retour. Non non, on n'y pense pas du tout... Une broutille je te dis.

Et pourtant, à force de courage et détermination, le petit train avale le plages les unes après les autres et aussi incroyable que cela puisse paraître nous finissons par deviner dans la brume un petit panneau rouge portant fièrement le numéro 19. La population descendant à cet arrêt laisse encore moins de doute sur le lieu. Nous gagnons la plage assez vite (parce que bon, douze degrés en débardeur ça encourage à se remuer un peu).

Et puis comme dans les meilleures productions hollywoodiennes un petit miracle se produit. Le sable est agréable, la plage est assez belle et on a même l'impression que le temps commence à s'éclaircir. Vingt minutes plus tard les héros ont leur récompense. Le vent nous balaie gaiement les nuages et le soleil nous réchauffe tout ça. La plage 19 s'offre joliment aux regards gourmands qui la parcourent avec ses quelques bonnes surprises. C'est un bel après midi qui débute sous le soleil, aux environs de 17h30.

Finalement, c'était pas si compliqué tu vois. Il reste plus qu'a faire la broutille en sens inverse et nous serons déjà revenus. Un vrai bonheur.

Nous allons même revenir le lendemain avec un moyen de locomotion autrement plus rapide. Mais attention aux rapaces et autres écrevisses, la plage 19 n'est pas toujours fréquentée par les personnes les plus subtiles qui soient...

 

... to be continioud