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dimanche, 15 juillet 2012

Fleurs d'artifices (oh la belle jaune)

 

Ce samedi 14 juillet, j'étais invité chez sa sainteté le roi du jeu de mot (et du velouté de poireau sans poireau, #Hinhinhin) pour y admirer le feu d'artifice parisien. Au cours de ma longue formation de GensBienCommeIlFaut, Maman m'a plutôt fait comprendre que ça ne se fait pas trop d'arriver chez les gens en ayant invariablement les mains vides. D'ailleurs, ne dit-on pas "aux innocents les mains pleines" ? et bien si, on le dit - même si je ne sais pas trop pourquoi. Alors parfois je fais des efforts.

Des chocolats c'est pas trop de saison, et puis il faudrait bien un jour que je coupe le cordon avec la denrée nourricière originelle et ultime. Du vin, je ne sais plus trop choisir. J'ai bien pensé à de la bétadine mais il ne m'en reste plus qu'un flacon pour tenir jusqu'au prochain jour ouvré et comme ce samedi est férié, les meilleurs marchands de bétadine de Paris sont fermés. Et puis, j'ai eu cette idée saugrenue en passant devant une boutique restée ouverte malgré le grand bal costumé sur le thème des militaires qui se tient ce jour-même sur les champs. Un fleuriste. J'ai à peu près autant d'expérience en matière d'achat de fleurs sans l'aide d'un tiers qu'en saut à la perche.

Quand on sait que j'ai passé quatre étés de ma vie d'étudiant à travailler en pépinière ça peut faire sourire mais je sais que, tout comme moi, tu n'es pas d'un naturel moqueur (d'ailleurs pendant ces jobs d'été il m'arrivait parfois de conduire un tracteur, et ça aussi quand on me connait ça peut faire sourire). Evidemment, c'eût été trop simple, je n'allais pas me fournir chez le premier fleuriste venu, le risque d'être piégé par un vil marchant de verdure sans scrupule me poussait à la prudence. Je suis donc passé en me baladant au hasard devant un premier fleuriste ouvert, puis un deuxième, puis... et puis il s'est mis à pleuvoir et mon T-shirt blanc m'a violemment menacé de devenir tout transparent si je ne rentrais pas fissa chez le prochain vendeur de pétales sur tiges qui se présenterait devant mes yeux. Je me suis donc exécuté.

Ça y est je suis dans la boutique, tout va bien. TOUT-VA-BIEN. Mme Fleuriste se dirige dans ma direction sans toutefois me regarder, comme un vautour qui voudrait me faire croire qu'il ne m'a pas vu. Parce que le fleuriste est roi en sa boutique, il SAIT que si le client est entré, le client ne repartira pas les mains vides. Je prends néanmoins mon air assuré pour montrer à l'adversaire que je n'ai pas l'intention de me laisser impressionner.

 

- Le gentil client (ça c'est moi) : bon.. Bonjour, je serais intéressé par un des bouquets qui sont à l'extérieur et je me demandais si ...

- Le vautour (ça c'est elle) : Oui ben vous pouvez aller le chercher vous-même

- Le gentil client (ça c'est moi) : ... ... mmh. ... mm.

 

Je suis ressorti devant les vitrines de la boutique. Alors quel genre de truc je pourrais bien prendre... Un truc avec du rouge ce serait pas mal. Il y a trois bouquets qui se battent pour avoir mes faveurs. Au bout de quatre minutes intenses d'introspection, je me décide à faire appel à mon sens inné de la botanique pour choisir (am stram gram...) celui-là, avec des Lys. Et du jaune. Commence alors le plus grand dilemme de cette épreuve décidement pleine de sournoiseries : les bouquets sont disposés dans des grands pots contenant de l'eau. La grande question est donc : je prends juste le bouquet ou j'embarque le pot plein d'eau pour le ramener avec moi dans la boutique ? Nan mais c'est super compliqué comme truc. A croire que pour s'acheter des fleurs dans cette boutique un 14 juillet, il faut avoir fait pyrotechnique.

Je prends d'abord le bouquet seul. C'est un peu mouillé. J'hésite, ça leur rendrait peut-être service aux gens de la boutique si je leur ramenais le pot plutôt que laisser un pot vide exposé comme ça aux quatre vents. Donc j'embarque le pot. Puis je remets le pot. Puis je reprends le pot (j'ai toujours été un modèle en matière de prise de décision). A ce moment j'entends le vautour qui sort de son nid et qui vient me dire sur un ton très aimable :

 

- Ah mais oui mais non, vous laissez le pot à sa place, comment elles feraient les petites grand-mères âgées s'il fallait qu'elles prennent le pot ?

- Mais est-ce que c'est mon problème, à moi ? Ah euh oui.

 

Et bien, crois le ou non, elle s'est mise à me regarder comme un type qui ne sait pas acheter des fleurs. Nan mais la honte, quoi. Plus tard elle refusera même de me fournir une petite poche d'eau pour maintenir les tiges dans leur bouillon en me disant qu'avec ce genre de bouquet ça ne se fait pas. Elle me prenait vraiment pour radis. Alors que franchement, une heure plus tard, sur le chemin de la soirée, j'avais plutôt la classe avec mon bouquet si bien choisi. D'ailleurs si cette soirée fut une telle réussite ce n'est pas uniquement grâce à la qualité du repas, du feu d'artifice et des jeux de mots des convives ("J'ai la science infuse"... "comme Lipton"... "sachet-le") (euh...), c'est AUSSI grace à ce bouquet qui le lendemain encore me valait des textos de félicitation pour le parfum des lys (délices ?) qui s'en dégageait. ET OUAIS. Comme quoi j'ai bien eu raison de faire confiance à mon fameux sens de la botanique.

Nan, la plus grande fumisterie dans cette histoire, c'est quand même ce mec au look plutôt sympa qui m'a regardé avec mon bouquet à la main sur le boulevard Voltaire en me faisant un grand sourire et qui a vraiment dû croire que je suis un grand romantique.

Et demain, saut à la perche.

 


podcast

I want to buy you flowers, it's such a shame you're a boy...

samedi, 07 juillet 2012

Trois semaines, quelques poussières et puis...

 

And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

 

Le faire-part bleu et blanc arrivé il y a un petit moment déjà a fini d'annoncer la nouvelle. Son petit frère est né il y a quelques semaines. Chacun en est à son petit bonheur fugace, tout va pour le mieux du monde et tout le monde, justement, se réjouit du manque comblé. Tous sourient, comme si la vie était de fait réparée, comme si on repartait de zéro. On tourne la page comme si ces souffrances n'avaient été qu'un mauvais rêve dont on serait sorti, comme ça, avec les éclats de voix d'un nouveau bébé venu animer enfin la maison et la chambre qui les a attendus, elle en vain, puis lui avec succès.  

Il m'arrive d'avoir peur qu'on l'oublie. Je sais bien que ses parents ne l'oublierons pas, loin de là, mais au delà, que restera-t-il d'elle dans les mémoires de ceux qui n'ont pu suivre qu'à distance les récits tourmentés d'une agonie de trois semaines, et sont avant tout soulagés que la chambre soit désormais occupée ? Mon neveu n'aura pas à vivre le fardeau de deux existences pour une seule, et c'est mieux ainsi, mais comment éviter d'évoquer - au mieux - à la façon d'un fantôme discret celle qui l'a précédé ?

Y aura-t-il une place pour elle dans les albums photo ? Ce seront uniquement ses pas à lui qui fouleront le sol du jardin. Ce seront uniquement ses cris à lui qui résonneront dans nos oreilles, pour un gros bobo ou pour un petit caprice, pas ceux d'une grande soeur au silence contraint. Evidemment, chacun, se remet comme il peut et il n'est pas question de jeter la pierre à qui que ce soit. Simplement je me demande souvent si, dans dix ou vingt ans, lorsqu'on lui parlera de ces années, elle aura voix au chapitre, si elle fera pleinement partie de son histoire et de nos vies. 

Lorsqu'il m'arrive de tomber par hasard sur la chanson que ses parents avaient choisie pour elle pendant la grossesse ou sur celle que j'ai tant écoutée pendant les trois semaines où elle a vécu, de doux frissons, presque sereins, pourtant, font briller un peu mon regard. Je ne suis pas exactement triste - j'ai fini de l'être - mais j'ai peur qu'on l'oublie.

Je ne voudrais pas qu'on l'oublie, je ne voudrais pas qu'on l'oublie.

 

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And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow