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dimanche, 24 juin 2012

Pour une fois je vais te parler de mes histoires de cul

 

Au moment où le Docteur A. m'a demandé à quand remontait ma dernière masturbation et si elle avait été douloureuse, je me suis dit que nous étions désormais assez intimes pour que je le désigne comme mon nouveau médecin traitant. J'étais allongé sur la table d'examen avec mon caleçon au niveau des genoux dans une position à peu près aussi agréable qu'une bonne friction au papier de verre. Depuis deux jours, je souffrais un peu le martyr dans une région que l'on peut localiser entre le bas des hanches et le haut des cuisses (enfin tu vois, quoi), plutôt à gauche, le tout accompagné d'une gentille fièvre sans savoir vraiment de quoi il retournait.

Heureusement le diagnostic du Docteur A. fut rapidement d'une limpidité rassurante : ce n'était pas des hémorroïdes. Donc c'était, euh... enfin... une... quelque chose, quoi. Ah tiens peut-être un abcès mais peut-être pas. Vingt minutes plus tard je quittais le cabinet avec une ordonnance riche des quatre premiers jours d'arrêt de travail de ma vie, un peu d'antalgiques, une cuillerée d'antibiotiques, une bonne dose d'anti-inflammatoires et "ce serait bien que dans deux jours, ça se soit amélioré, quand-même". J'étais donc reparti chez moi avec une confiance inébranlable en la certitude de ma guérison. D'ailleurs, une fois mes médicaments en poche, j'étais tellement tranquille sur le chemin du retour que j'avais pris le luxe de marcher à un train de sénateur apathique (cachectique ?), c'est bien simple, les grands-mères boitant avec leurs caddies à carreaux faisaient dix mètres pendant que j'en faisais trois. Ou deux.

Deux jours plus tard je faisais mon retour en fanfare dans le cabinet du Docteur A. Le Docteur A. me regarda esquisser deux pas dans le couloir avant de conclure "Ah visiblement, ça ne s'est pas arrangé". Et bien non, ça ne s'était pas arrangé. La fesse gauche avait pris un soin particulier à enfler, rougir et devenir toujours plus douloureuse. Et durcir, aussi. Avec un point particulièrement douloureux. De l'autre côté, la fesse témoin avait l'air plutôt discrète et d'une banalité consternante avec sa rondeur tellement plus consensuelle. Après quelques instants à se gratter la tête le Docteur A. se mis à prononcer le mot qui me fit grimper au rideau de l'horreur. Urgences. Urgences, UR-GEN-CES. Heureusement, il avait décidé dans un accès de bon sens de demander un avis plus éclairé par téléphone auprès d'une collègue un peu spécialisée dans le domaine qui nous concerne (on ne parle pas de migraine, pour ceux qui ne suivent pas trop). Cette consoeur allait évidemment raisonner le Docteur A. et me rassurer par la même occasion. Fin du coup de fil, la spécialiste est sûre d'elle, il faut filer aux urgences. Je suis aussi souriant que ma fesse gauche.

L'infirmière chargée du tri à l'entrée des urgences met un point d'honneur à ne pas alarmer les patients : grâce à un ton tout ce qu'il y a de plus monocorde et une distance parfaitement robotique à l'explication de tes symptômes et à la lecture du courrier rédigé par ton médecin (sur lequel il y a pourtant les mots URGENCE et CHIRURGIE dans la même ligne), tu finis par te demander si tu as vraiment plus qu'une entorse à un sourcil. Ma première fois aux urgences. Après une heure et demi d'attente, les seuls médecins que j'ai aperçus sont ceux de l'épisode de Greys Anatomy diffusé sur le téléviseur de la salle d'attente (quelle brillante idée). Un médecin et deux infirmières finiront toutefois par s'intéresser à moi. Enfin, à mes fesses. Le verdict est rapide, un abcès qui a été largement compliqué par une prescription d'anti-inflammatoires à très mauvais escient. La sanction est tout aussi rapide, il faudra passer par le bloc. C'est vraiment indispensable ? Bien sur que oui, Monsieur. Vous allez passer la nuit ici, vous serez opéré demain. La nuit aux urgences. Je repense alors à cette douce phrase entendue deux jours plus tôt : "ce serait bien que dans deux jours, ça se soit amélioré, quand-même". La nuit aux urgences de proctologie c'est cool, tu as (très très) mal, tu manges un simulacre de repas, tu dors pas très bien et tu as un voisin venu pour la même chose que toi qui te raconte toutes les horreurs qu'on va te faire subir, parce que lui... c'est sa troisième fois (HAAAAAAAAAAAAAA !!!!).

Le lendemain matin débute par une scène merveilleuse où une des infirmières (qui bosse pourtant, donc, dans un service de proctologie...) soulève le drap qui couvre mon postérieur et me gratifie d'un très rassurant "Oh la vache ! qu'est ce que vous devez douiller !!". "Si c'est pour dire des trucs comme ça, tu peux la fermer ta gueule, CONNASSE ". Moi qui avait plutôt l'habitude quand on découvre mes fesses qu'on me dise des trucs du type "Ah la vache qu'est ce qu'elles sont douces" (mais si !!), je suis un peu tombé de haut. Dix minutes plus tard, la proctologue entre avec majesté dans la pièce (enfin c'est ce que j'imagine, allongé sur mon brancard et les yeux braqués contre ce très joli mur blanc) avant de confirmer que c'est bien un gros abcès, que les anti-inflammatoires ont bien pourri le tableau, mais que je ne serai opéré que le lundi suivant (on est vendredi) parce qu'il n'y a pas de place malgré l'urgence. Elle se propose toutefois gentiment de finir de percer l'abcès et le vider en grande partie. J'hésite entre rire et pleurer. Et puis finalement, je me contente de hurler très très fort pendant l'acte... (non, ce n'est pas dans mes habitudes).

Pour en avoir le coeur net, je questionne tout de même Mme Procto sur les causes d'un tel... euh... "désagrément". Elle me répond dans un grand sourire, qu'il n'y a pas de prédispositions particulières, que j'ai juste eu un énorme coup de pas de bol (je t'interdis de dire "pas de cul") et que ça peut arriver à tout le monde (alors méfie toi, toi, derrière ton écran). J'avais donc à peu près autant de chances d'être estropié d'une fesse que de gagner au loto. Je suis ravi. 

Quatre heures plus tard, j'étais rentré chez moi et je marchais presque normalement. A ce moment, je prenais mon téléphone et je racontais en rigolant ce qui m'était arrivé. Ouais, je rigolais plutôt bien. Mais ça, c'était avant l'opération. Enfin, la première des deux opérations...

 

(peut-être to be continioud...)