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vendredi, 06 septembre 2013

Les voleurs d'instants

 
 
Ce devait être le démarrage d'un scooter arrêté au carrefour. Le bruit me ramène, presque en sursaut, dans le lit de ce petit appartement du cinquième arrondissement. La couette était évidemment de trop pour cette nuit un peu chaude, mais il la voulait. L'obscurité étant devenue aussi relative que le silence, je parcours des yeux le plafond, les étagères ou se côtoient des quantités étonnantes de romans et de livres d'histoire. Un petit studio dans un vieil immeuble d'un quartier aisé, une décoration légèrement surannée, joliment contrastée avec le personnage.

Je cherche du regard un appareil qui réussira à me renseigner sur l'heure. Il est assez tôt encore pour que mon esprit ait envie de flâner entre son épaule et l'oreiller sans notion de contrainte. C'est le moment qui restera peut-être le plus marqué en moi. Petit matin d'un jour de semaine. Mardi, selon une rumeur persistante. Regarder dormir quelques temps encore celui qui était un inconnu dix heures auparavant. Les voitures passent semble-t-il dans un ballet déjà régulier au pied de l'immeuble. 

Il se met à bouger à son tour, se tourne vers moi, s'accroche un peu à mon torse, pose un baiser sur une épaule puis nous reprenons une pose improvisée mais confortable, d'un naturel difficile à expliquer. Mais je suis bien, et lui aussi, manifestement. Septembre. Après les petites virées d'été, la vie banale est revenue avec pourtant ses petits parfums d'escapades nocturnes aux lendemains hypothétiques. Son bassin appuyé contre le mien se meut encore un peu, comme pour singer le compte à rebours annonçant l'inévitable réveil. D'autres scooters passeront. Puis un baiser, deux, et peut-être même un peu plus que des baisers.

Soudain il est plus de huit heures, la douche est passée et je me saisis de ma besace avec en tête l'image de ces personnages de films ou de séries qui découchent et s'éveillent au petit matin pour reprendre au pas de course le bus ou le métro qui va les rattacher à la vie normale. Je souris intérieurement en me voyant en héros ordinaire de feuilleton retrouvant le quotidien après une de ces gourmandises inopinées. 

Dans quelques décennies je me rappellerai peut-être à nouveau ces doux matins volés à la routine, où je me suis laissé aller à croquer ces moments fugaces d'existence en regardant un amant de passage s'éveiller paisiblement contre moi.

samedi, 07 juillet 2012

Trois semaines, quelques poussières et puis...

 

And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

 

Le faire-part bleu et blanc arrivé il y a un petit moment déjà a fini d'annoncer la nouvelle. Son petit frère est né il y a quelques semaines. Chacun en est à son petit bonheur fugace, tout va pour le mieux du monde et tout le monde, justement, se réjouit du manque comblé. Tous sourient, comme si la vie était de fait réparée, comme si on repartait de zéro. On tourne la page comme si ces souffrances n'avaient été qu'un mauvais rêve dont on serait sorti, comme ça, avec les éclats de voix d'un nouveau bébé venu animer enfin la maison et la chambre qui les a attendus, elle en vain, puis lui avec succès.  

Il m'arrive d'avoir peur qu'on l'oublie. Je sais bien que ses parents ne l'oublierons pas, loin de là, mais au delà, que restera-t-il d'elle dans les mémoires de ceux qui n'ont pu suivre qu'à distance les récits tourmentés d'une agonie de trois semaines, et sont avant tout soulagés que la chambre soit désormais occupée ? Mon neveu n'aura pas à vivre le fardeau de deux existences pour une seule, et c'est mieux ainsi, mais comment éviter d'évoquer - au mieux - à la façon d'un fantôme discret celle qui l'a précédé ?

Y aura-t-il une place pour elle dans les albums photo ? Ce seront uniquement ses pas à lui qui fouleront le sol du jardin. Ce seront uniquement ses cris à lui qui résonneront dans nos oreilles, pour un gros bobo ou pour un petit caprice, pas ceux d'une grande soeur au silence contraint. Evidemment, chacun, se remet comme il peut et il n'est pas question de jeter la pierre à qui que ce soit. Simplement je me demande souvent si, dans dix ou vingt ans, lorsqu'on lui parlera de ces années, elle aura voix au chapitre, si elle fera pleinement partie de son histoire et de nos vies. 

Lorsqu'il m'arrive de tomber par hasard sur la chanson que ses parents avaient choisie pour elle pendant la grossesse ou sur celle que j'ai tant écoutée pendant les trois semaines où elle a vécu, de doux frissons, presque sereins, pourtant, font briller un peu mon regard. Je ne suis pas exactement triste - j'ai fini de l'être - mais j'ai peur qu'on l'oublie.

Je ne voudrais pas qu'on l'oublie, je ne voudrais pas qu'on l'oublie.

 

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And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

dimanche, 19 février 2012

Des cailloux plein les chaussures

 

Je me suis acheté hier une paire de chaussures. Exactement comme je les voulais, dans les moindres détails. Exactement l'image que j'ai envie de donner.

C'est peut-être la nouveauté du célibat qui fait ça, j'avance sans la certitude du bienfondé d'aucune décision, aucun choix. Je crois savoir comme une évidence ce dont j'ai envie, ce qu'il me faut et l'instant d'après je me noie dans une marée de doutes et de questions - pas toutes existentielles, certes. Je m'étais pourtant promis de savoir nager avant 2012. Je finis néanmoins par réussir à refermer le couvercle et oublier un peu les questionnements, jusqu'à la fois suivante. Tu crois que c'est pas bien ? Moi je ne vis pas si mal en faisant ainsi. Une grande tradition familiale entretenue de mère en fils depuis pas moins de une génération.

Je traine depuis pas loin d'un mois une toux intermittente qui rode à la façon d'un garde un peu sadique pour sanctionner chaque écart, chaque prise de liberté. J'ai donc la voix un peu éraillée, ça ne me déplait pas complètement mais ça m'empêche de chanter à plein(s) poumon(s) mes chansons préférées sous la douche. Pendant ce temps je dors peu et mal, je me sens perpétuellement dans un état second entre une légère fièvre et un fond d'ivresse salement tenace. C'est génial. Je finirai peut-être bientôt par trouver cet état normal.

Je ne suis pas un adepte des grandes tergiversations ou séances de psychotage sur la vie, les autres, et moi dans tout ça, mais je ne sais plus exactement dans quelle direction ces chaussures neuves qui me plaisent tant doivent m'emmener. Ce n'est pas bien grave, c'est sans doute très passager mais c'est un peu désagréable de se sentir dans la peau d'une boussole fiévreuse qui cherche continuellement son nord. Chercher mon nord, c'est presque me regarder dans une glace, me demander qui je suis et ce à quoi j'aspire dans les semaines ou les mois à venir. Tu réalises un peu où j'en suis ? Et miroir mon beau miroir, ben il me dit quedalle, ce con. Le tien non plus, peut-être, ça me console de le penser.

En attendant j'hésite entre faire la marmotte et courir un peu dans tous les sens. Cela dit, la marmotte n'a pas beaucoup eu voix au chapitre pour le moment. Je erre, je crois trouver, je réfléchis, le doigt sur les lèvres. Et je me dis que, peut-être...

Je me suis acheté hier une paire de chaussures. Exactement comme je les voulais, dans les moindres détails. Exactement l'image que j'ai envie de donner. Elles me font un mal de chien. 

 


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dimanche, 29 janvier 2012

Un pied devant l'autre


Il est possible que tu ne comprennes pas grand chose à ce billet, ce n'est pas bien grave. Moi quand je comprends rien je dis oui en souriant bêtement, mon interlocuteur se sent valorisé et c'est déjà ça de gagné. Je te propose donc de faire pareil.


T'as remarqué comme j'ai rien raconté dernièrement ? Si si tu peux même le dire à voix haute : "bah dis donc Joss il se foule pas trop ces temps-ci, espèce de sale feignasse".

Pour me rattraper ce soir, pendant qu’un certain Nicolas S. devise gentiment de choses et d’autres sur les grandes chaines, moi je regarde sur Arte un documentaire qui montre des marmottes en train d'hiberner. Je crois que c'est ça que je veux. Me réincarner en marmotte. Elles dorment, elles se serrent les unes contre les autres, elles ont chaud. Elles oublient tout. Pendant trois mois. 'tain oui c'est ça que je veux, c'est ça ! En guise de terrier, je me contente de me brûler les pieds contre mon radiateur tout seul dans mon appartement, c'est moins réconfortant (mes chaussettes sont bien trop loin pour que j'aille les chercher). Pas une marmotte ni même rien qui puisse s'y apparenter de près ou de loin à portée de main. Mon mouton en peluche me fait la gueule parce que j'ai un peu oublié de l'épousseter ces trois derniers mois. M’en fous, il est gris.

Je crois déjà pouvoir dire que cette image de marmottes blotties les unes contre les autres va me hanter cette nuit. Pourquoi elles ? Et pas moi ? C'est vraiment dégueulasse. Je me repasse le film, comment en être arrivé là. De toute façon c'est mieux comme ça, c'était la décision à prendre et j'ai beau faire les gros yeux à mon mouton, je sais bien que ça ne changera pas grand-chose. Plutôt que remonter le fil, je pourrais aussi commencer à tricoter la suite. Il faudra bien. L’image du tricot est un peu étrange mais bon. Oh oui, un magnifique pull torsadé, rien que l’idée me met en joie.

Bon là maintenant, dans la suite du documentaire, on voit des tortues qui tentent de se reproduire, ça aussi je... comment dire ? Oh des cerisiers en fleur ! Il y a toujours une grande ambivalence à l'idée d'envisager la suite dans ce genre de périodes. L'euphorie du champ des possibles oscille pernicieusement avec le vide. Ça va étrangement bien, puis, plus rien. Et puis le courant revient tout seul, sans doute quand les deux neurones se percutent accidentellement ou alors quand j’entrevois une belle suite - faite de pulls torsadés mais pas obligatoirement. Et même si les marmottes avaient l'air comblées de bonheur dans leur terrier, la petite voix du bon sens me dit que la méthode marmotte n'est pas le plus court chemin vers la jouissance ultime. Je serai donc fort, brave, conquérant et merveilleux. En plus d'être délicieusement drôle mais ça ce ne sera pas nouveau et tu le sais déjà. Euh... Un simplement hochement de tête suffira.

Je martèle donc à l'envie que le monde est à moi, l'avenir est entre mes mains et que je vais marcher fièrement dans les rues en essayant d’avoir l’air épanoui et dégourdi. Et c'est franchement pas le moment de dormir.

Brutalement je me rappelle qu’Evelyne Dhéliat - Sainte Evelyne, priez pour nous - nous annonce moins quarante-trois degrés pour la fin de la semaine prochaine. Et là, tout de suite, j'ai furieusement envie d'être une marmotte.

mercredi, 10 août 2011

Dis, Maman, tu te souviens...

Le temps était très incertain mais nous sommes partis malgré tout. J'avais envie de marcher, elle était d'accord pour m'accompagner. Elle avait proposé qu'on aille voir l'avancement des travaux sur le bord de la rocade qu'on connait si bien. Le chemin nous amenait à passer par les petites rues que nous empruntions en voiture tous les matins lorsqu'elle nous emmenait à l'école. Et même lorsqu'on allait faire les courses.

En chemin, ma mère me raconte les quartiers que nous traversons, la façon dont ils ont changé, la façon dont ils ont vieilli en vingt ans. Quelques banalités réconfortantes. Il y a une sensation étrange dans le fait de poser son regard au ralenti sur toutes ces maisons qui ont traversé les vingt dernières années avec plus ou moins de bonheur. Certaines façades n'ont pas bougé d'un iota. Le quartier de jeunes couples fraîchement installés est devenu un quartier de moins jeunes couples fraîchement retraités.

Et tout à coup, le souvenir, c'était là. Je me rappelle, j'étais en maternelle. C'est pile en passant devant cette maison que je m'étais aperçu dans la voiture que j'avais oublié de mettre mes chaussures avant de partir à l'école. J'avais pleuré. Ma mère avait refusé de faire demi-tour, ça me servirait de leçon. J'avais continué à pleurer. J'avais passé toute la journée à l'école en espadrilles. Et tellement pleuré. Mes espadrilles n'y avaient d'ailleurs pas survécu. On en a tant ri par la suite.

Et un peu plus loin dans cette rue que nous croisons, la fois où, assis le porte-bagage de son vélo, je n'avais pas vu que les rayons de la roue arrière découpaient consciencieusement le choux-fleur fraichement cueilli dans le jardin que je tenais à bout de bras (mais visiblement pas assez) dans un sac en plastique dont il dépassait. Elle avait dû s'arrêter pour ramasser les morceaux au milieu de la rue en me sermonnant copieusement pendant que je m'efforçais de regarder mes pieds.

Nous passons à proximité d'un cirque installé dans le coin le temps de ce week-end. Je lui demande si elle se rappelle que je n'ai jamais trop aimé les cirques. Elle me dit que pour sa part, étant petite, elle aimait voir la Piste aux étoiles à la télévision pour les clowns. Uniquement les clowns. Et pas les jongleurs, ni "ces chinois qui se tordent dans tous les sens". C'est impressionnant mais elles s'en contrefiche. Nous sommes d'accord. Ma mère a soixante ans et pour la toute première fois j'apprends qu'elle aimait les clowns lorsqu'elle était petite.

On avait fini par croire que la pluie nous laisserait tranquilles. Faussement. Elle nous pourchasse, à grands renforts de rafales. Les parapluies souffrent et nous grimaçons. Les parapluies se retournent et nous rions. La pluie nous tombe dessus mais ce n'est pas bien grave. Comme elle me l'a dit si souvent quand j'étais gamin, t'es pas en sucre, c'est pas trois gouttes qui vont te faire fondre. Nous revenons à la maison presque secs.

C'était une belle balade improvisée. C'était simple. Avant que mes parents ne me ramènent à la gare, je récupère une paire d'espadrilles que j'avais toujours gardée et je la glisse en douce dans ma valise.

Demain, dix ans après, ma mère va de nouveau être hospitalisée pour un cancer. J'aimerais être un clown.

lundi, 16 mai 2011

Des chaussures de grands

C'était décidé. Après des mois à ne porter - y-compris au travail - que des chaussures légères de post-adolescent opiniâtre, j'allais me remettre dans le droit chemin en achetant un truc qui donnerait à mes pieds ce qu'il faut de sérieux et de crédibilité. Je savais exactement dans quelle boutique j'allais trouver mon bonheur compte-tenu du budget non-astronomique que j'avais choisi d'y mettre. L'intervention fut programmée un samedi après-midi d'avril avec en témoin Monsieur Rouge-Cerise qui n'avait rien d'autre à faire que perdre son temps de toutes façons

Nous avons tout d'abord arpenté courageusement dans les deux sens une grande rue parisienne dans laquelle je suis pourtant CERTAIN d'avoir déjà fréquenté ladite boutique (mais si). Au troisième passage il m'a fallu accepter la funeste cruauté du destin. Ma-boutique-à-chaussures était très officiellement devenue feu-ma-boutique-à-chaussures. Nourri par l'espoir et l'ambition je ne me laissais toutefois pas abattre par cette épreuve et je choisissais dans l'instant une solution de repli en allant dans une enseigne bien connue située près de chez moi.

Je suis entré d'un pas ferme et décidé vers cette nouvelle vie qui attendait mes pieds. Cela dit, plus j'approchais des rayons chaussures pour grandes personnes adultes et matures de sexe masculin, plus mes pas se faisaient lourds et contraints. Chaque enjambée était plus courte que la précédente et je commençais à faire quelques détours dont la logique peut paraître obscure. Au fond de la boutique, le mur aux chaussures grises, noires et marrons pour grandes personnes sérieuses me regardait avec un air froid et menaçant. D'un point de vue extérieur, je devais avoir l'air aussi confiant et déterminé qu'un poulet d'élevage en face d'un fer à repasser prêt à l'emploi.

En matière de chaussures d'adulte j'ai toujours eu une tendresse pour le mocassin. Le mocassin c'est gentil, c'est printanier et c'est léger. Autant te dire que depuis au bas mot cinq ans je n'ai porté que ça et des petites baskets de ville qu'on peut même pas faire du sport avec. Evidemment je venais pour autre chose et je devais laisser derrière moi ces habitudes rassurantes même si dès le premier regard j'avais repéré une paire de mocassins et une autre de baskets qui m'iraient comme des gants et qui essayaient déjà de me faire du pied.

Mais revenons à nos sérieux moutons. Il est peu de dire que ce que j'avais en face de moi me plongeait dans des abîmes de perplexité. Soyons lucides, des chaussures à bout pointu, c'est exactement ce qu'il me faudrait. Soyons factuels, des chaussures à bout pointu, c'est ... pointu. Pour la forme je chausse celle qui me déplait le moins. Un cuir gris verni assez clair avec un liserêt blanc en bas qui souligne joliment la silhouette. Soyons honnêtes, une fois chaussée, elle me va plutôt bien. Très bien, même. Mais me voir dans le miroir avec une de ces chaussures à mon pied droit me fait basculer dans quelque chose qui s'apparenterait à un nouveau paradigme.

Je vois dans ces chaussures la tentative de me voler un peu de ce qui me reste de fraîcheur ou d'espièglerie contre le monde qui m'entoure. C'est comme ranger dans un placard des jouets qu'on aime encore mais dont on a peu honte parce qu'on a passé l'âge qui est écrit sur la boite en carton. Et j'avoue que ça me fait de la peine. Je prends sur moi, elles sont objectivement belles, elles me vont bien, Rouge-Cerise me le confirme. Elles rentrent sans problème dans mon budget, la taille est la bonne. Je n'ai plus qu'à me résigner et l'affaire est dans le sac, je vais porter des chaussures de grands. Comme un petit garçon qui porterait sa première cravate. La chaussure gauche est cependant pas mal abimée sur le dessus. Je demande à la vendeuse un autre exemplaire dans la même taille. Elle n'en a pas, il n'y en a pas. Avec un soupir boudeur et résigné je me tourne à nouveau vers le mur du fond.

Trois minutes plus tard je ressors avec une boîte contenant cette paire de baskets dont le motif est si bien assorti avec le bermuda que je porte cet après-midi-là qu'on les croirait faites du même tissu. Rouge-Cerise conclue à juste-titre en twittant : "@Joss_davril a failli acheter des chaussures d'adulte. Et puis finalement non"

Loin de moi l'idée de croire que cette chaussure abimée était un signe ou quelque chose de semblable et je me mettrais bien une bonne paire baffes pour ça, mais je dois dire qu'en ressortant avec mes chaussures de gamins sous le bras, je me sentais soulagé.

Enfin c'est promis, c'est évident, avec ma prochaine paire de chaussures, je sauterai le pas.

 

(Pour aller avec ce billet, Adulescent d'Aldebert, ça change de l'Eurovision, tu vas voir)

lundi, 18 avril 2011

Fourmis, barbotage et angoisse

Une armée de féroces fourmis a entrepris il y a quelques jours de conquérir le monde. Pour parvenir a ses fins, elle avait manifestement choisi de coloniser comme premier bastion la machine à café située dans le hall d'accueil de mon lieu de travail. Cette stratégie s'est révélée toutefois assez peu fructueuse. Plusieurs d'entre elles ont en effet été répérées alors qu'elle étaient visiblement parties en mission-éclaireur dans un gobelet de capuccino sans sucre. Pas malines, les fourmis. La tentative de putch a ainsi rapidement été détectée et un employé de l'équipe d'entretien est intervenu en urgence à grands renforts d'eau de javel. Je ne suis pas particulièrement convaincu que l'eau de javel soit l'arme la plus adaptée mais elle a toutefois eu son petit effet sur l'envahisseur qui est rapidement retourné jouer à GI Joe dans son bac à sable.

L'effet secondaire de cette intervention fut l'ambiance olfactive du lieu pendant une petite demi-journée. Rien qu'en traversant le hall, je suffoquais presque sous le poids des souvenirs d'angoisse qui me parcouraient malgré moi (foutue programmation neuro-linguistique). Le hall sentait la piscine à plein nez. Je dirais même plutôt qu'il puait la piscine. Affreusement.

ligne d'eau.jpegMon premier souvenir de piscine remonte à l'école primaire. Je devais être en CE1, l'époque bénie où je commençais ma politique de délation qui aurait fait la fierté des meilleures recrues de la Stasi. Mon souvenir est assez précis, affublé de mon sac à dos dont j'avais vérifié pas moins de soixante-deux fois le contenu, je descendais du car et j'entrais avec mes petits camarades dans ce bâtiment à la forme étrange et dont l'odeur venait instantanément alerter mon esprit.

Le vestiaire était un premier supplice. Ils s'agissaient de vestiaires collectifs dans lesquels il fallait se mettre nu devant les autres élèves. Etant d'une pudeur maladive dans mon enfance, je le vivais comme une intrusion cruelle et contrainte, je crois ne pas exagérer en disant que le passage du vestiaire me traumatisait. Le stress était à son apogée. Il y avait tout ce bruit, des cris d'enfants, ces couloirs immenses, la première douche qui déjà me coupait violemment la respiration et cette odeur insupportable qui me donnait l'impression de ne respirer qu'à moitié un air malsain. J'arrivais avec ma serviette autour du bassin, déjà presque essoufflé. Je ne redoutais pas les exercices en petit bassin, j'y avais pris mes repères et je savais que j'y survivrais sans grande difficulté mais chaque semaine, la boule au ventre rodait dans mes entrailles en prévision du final effrayant. Chaque séance ou presque - en tout cas c'est ainsi que je me le rappelle - devait s'achever par un passage dans le terrible "deux mètres". Un grouffre. Probablement aussi haut que l'école entière avec ses deux étages.

Je me revois à chaque fois tenter l'impossible. Y croire. Se lancer. S'agiter. Suffoquer. Choir. Se débattre. Perdre le contrôle. Se contracter. Se sentir défaillir. Agripper piteusement le rebord. Essuyer des regards moqueurs. Essayer à nouveau. Echouer. Essayer à nouveau. Echouer.

Echouer. Ressortir de l'eau honteusement à l'autre bout du bassin parcouru à la façon d'un chemin de croix. Eviter de croiser les regards. Rejoindre le vestiaire aussi vite que possible. Prendre mon courage à deux mains pour ce second supplice du vestiaire et remonter dans le car avec un soulagement relatif : c'est terminé. En redoutant la prochaine séance.

De mon point de vue, le maitre-nageur avait autant d'empathie pour les élèves ne sachant pas nager qu'un marteau pour un clou en porcelaine. La cerise aigre sur le calvaire est arrivée lors d'une séance, en CM1, où j'avais aperçu mon institutrice en train de rire en me regardant alors que je me débattais autant que je le pouvais au milieu du raz de marée. J'étais ressorti avec l'envie de pleurer de rage mais j'étais resté stoïque par orgueil. Avec le recul, à l'heure où je t'écris, j'ai une petite envie de prendre ma plus belle plume et lui adresser un courrier gentiment salé (Mme Jubien-Neau, si tu me lis...). Par la suite j'ai rencontré un peu plus de succès dans mes essais en matière de natation au lycée (tout est TRES relatif), mais je n'ai jamais remis les pieds dans une vraie piscine depuis 1999.

Il y a quelques semaines je me suis dit que, quitte à faire du sport, je me lancerais bien le défi... j'ai même commencé à en parler autour de moi. Et puis, finalement, ce jour où l'odeur de javel a envahi le hall avec toute sa cohorte de souvenirs pesants et de sensations traumatisantes je me suis dit que reprendre le badminton est vraiment la meilleure chose qui pourra m'arriver.

Au moins, sur un terrain de bad et raquette en main, je sais que je ne risque pas de ressembler à une fourmi buvant la tasse au milieu d'un gobelet de capuccino sans sucre.

lundi, 04 avril 2011

Des couleurs, un boxer et des chaussettes

Je t'ai raconté ici il y a un peu plus de deux ans que j'ai porté dans mon enfance une ravissante paire de baskets roses. L'expérience a duré quelques mois probablement (je n'ai pas de souvenirs si précis) avant que le rose ne soit reconnu comme follement dangereux et donc banni de ma garde-robe au grand soulagement manifeste de mes parents. A la réaction des gens de mon entourage j'avais fini par entrapercevoir que quelque chose clochait dans cet assortiment singulier de couleurs. J'ai compris plus tard que le rose n'était pas exactement en odeur de sainteté parmi les vêtements d'un garçon et je me suis rapidement fait une règle d'or d'afficher mon dédain pour la couleur des filles (rose, corde à sauter et dinette : même combat). J'entends encore ma mère me disant il n'y a pas si longtemps en passant devant une vitrine "ah non, toi, on sait bien qu'il ne faut pas te proposer de rose".

Avec les années, j'ai appris à choisir des teintes discrètes pour mes vêtements parce qu'il était tellement plus avisé de ne jamais être pointé du doigt pour quelque raison que ce soit et les tons les plus voyants étaient naturellement prohibés parce que jugés comme inconvenants (dans la toute première version de Bioman, la force jaune c'était une fille, que je sache !!). Lorsque j'avais dix-huit ou vingt ans ma mère désespérait de me voir constamment vêtu de noir, de gris ou de beige. Une fois ou deux j'avais tout de même été capable de faire preuve d'une audace dépassant l'entendement en portant du rouge bordeaux très sombre. Les autres couleurs me sautaient tellement aux yeux, c'en eut été presque indécent.

Je suis incapable d'expliquer pourquoi mais un jour dans une boutique j'avais craqué. Sur une lubie déraisonnée j'avais acheté un tee-shirt rouge vif et le vendeur avait eu la bêtise de me laisser faire. Impossible d'imaginer plus sanguin. Je l'avais essayé dans ma chambre en rentrant et j'avais trouvé que vraiment, c'était trop. Je l'ai remis au placard et il m'a fallu plus d'un an avant de l'en sortir. La première fois que je l'ai porté j'étais arrivé en cours presque tremblant à l'idée d'imaginer qu'évidemment tous les regards allaient se fixer et se figer sur moi, jaugeant et critiquant à n'en pas douter cette excentricité malvenue. Contre toute attente, j'ai survécu (si !). Ce rouge faisait toutefois encore largement exception au milieu de mon camaïeu de gris (large palette allant de la souris à l'anthracite).

Et puis quelques années plus tard encore, alors que j'avais commencé à mener une existence un peu moins conventionnelle, je me rappelle avoir été attendri (et charmé, aussi) à Nantes par un couple de garçons se tenant tendrement la main dans une salle de cinéma. L'un d'eux portait un sweat à capuche jaune qui lui allait à merveille. J'ai fini mon observation en me disant qu'il avait des traits assez proches des miens et que, finalement, le jaune n'était peut-être pas une couleur ennemie. C'était décidé, j'allais tenter sous peu de me convertir à la couleur des vainqueurs du tour de France. Et je l'ai fait. Un tee-shirt pour débuter. C'était une petite victoire, j'en étais si fier.

De jaune en jaune, je me suis constitué une panoplie quasi-complète avec en point d'orgue un bermuda citron du plus bel effet qui pas plus tard que samedi (les beaux jours arrivent), semblait encore surprendre certains clients de chez Monoprix. Pour te donner une idée, avec ce bermuda, nul besoin de gilet de sécurité. Mais point de rose. C'est encore trop, bien trop.

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Ce week-end, j'ai fêté en grande pompe et joyeux comité mes vingt-huit ans. A douze dans ma chambre on était laaaaarges. Le temps des cadeaux arrivé, j'ai découvert dans un paquet la lumineuse paire de chaussettes puis le bonbonneux boxer que tu peux voir sur le cliché ci-contre. Comme je le devinais à l'évidence, ces chaussettes me vont comme un gant. Je vais ainsi pouvoir illuminer tactilement parquets et moquettes avec grâce et raffinement. Le boxer, lui, c'est une sorte de révélation.

Les joyeux auteurs de cette surprise, que je remercie vivement, ne mesuraient peut-être pas toute l'étendue de la richesse de ce cadeau. Ce cadeau d'anniversaire, c'est en quelque sorte une revanche, la revanche de ces chaussures d'enfant, cachées honteusement dans un placard parce que pas assez consensuelles.

 

(Pour marquer le coup de cette revanche, il se murmure même qu'il existe quelque part une ou deux traces photographiques de mon premier essayage.)

vendredi, 25 mars 2011

Une passe, un crochet et on a marqué

Ce vendredi soir, pour raisons professionnelles, je suis privé de sortie. Avant de prendre un bouquin en fin de soirée, je vais nécessairement trainer sur internet et je vais nécessairement laisser la télévision en presque sourdine. J'aime lui laisser jouer ce rôle de discrète décoration sonore. Par élimination, ou plutôt par dépit, ce sera un match de foot, ça fait si longtemps. Je sais bien toutefois que je finirai par couper le son puisque, par nature, les commentaires me sont insupportables (je serai tellement meilleur avec un micro).

stade.jpg

La première fois que je suis allé au stade je devais avoir dix ou onze ans, c'était un match du championnat de D2 (oui, à l'époque on disait D2). Je me rappelle avoir été fasciné par les projecteurs et dérangé par le bruit presque incessant de certains autres spectateurs. Et puis j'avais bien aimé mon sandwich, aussi. Je crois qu'on avait fait match nul mais, si je l'ai su, c'est essentiellement parce que j'avais entendu mon frère le répéter à ma mère lorsque nous sommes rentrés. Pendant des années j'ai entendu mon père raconter à qui voulait l'entendre ce fameux soir où, décidément, j'avais tant aimé regarder les projecteurs.

J'ai grandi avec un père et un frère passionnés de foot et, quoiqu'on en pense, ça laisse des traces culturelles. Au boulot ou en famille je suis tout à fait capable de tenir une conversation solide et étayée sur le sujet. Contrairement à bon nombre d'autres sports, le foot n'a jamais suscité chez moi le moindre intérêt mais, après avoir dû tant de fois me taire parce qu'on annonçait les scores à la radio ou parce que Miss Potiche 97 allait procéder au tirage au sort des trente-deuxièmes de finale de la coupe du Bas-Poitou, j'ai fini par intégrer un certain nombre de choses. C'est un peu comme entendre chaque jour la même chanson pendant des mois, même si on ne la trouve pas attrayante pour deux sous (ni même trois, en l'occurence), on finit par connaître les paroles sur le bout des doigts. Il y a quelques semaines, alors que je peinais à trouver le sommeil, je me suis pris au jeu de lister dans mon esprit les joueurs de la fameuse équipe de France de 98. J'en ai retrouvé dix-sept sur les vingt-deux avant de m'en remettre à compter les moutons.

Comme beaucoup, j'ai de douloureux souvenirs des séances de foot au collège. Nous étions deux compagnons de galère à faire tapisserie au fond du terrain, entre honte et détachement. Je le prenais malgré tout déjà avec une certaine dérision. Moi j'attendais surtout que la prof d'histoire-géo nous rende enfin le contrôle d'il y a deux semaines et que j'étais certain d'avoir si bien réussi. Pour le reste, les autres garçons semblaient se bousculer à l'autre bout du terrain, grand bien leur fasse. Curieusement, je me souviens pourtant avoir réussi à l'adolescence quelques gestes techniques qui tenaient du miracle. Une fois, en Angleterre j'avais réussi à mon grand étonnement à dribbler un copain de mon correspondant qui - ébahi, mais pas autant que moi - a fini par me surnommer Cantona. C'est là le seul fait de gloire de ma carrière. Mais au moins, j'en ai un.

Je suis souvent consterné de voir l'importance que le foot peut avoir dans l'actualité. 12 000 morts dans un tremblement de terre en Asie cette nuit, MAIS, l'Olympique Lyonnais s'est qualifié hier soir pour les quarts de finale de la ligue des champions. Youpi. 

L'âge (et surtout l'homo-acceptation) venant, on finit par trouver à ce sport un autre attrait (là je te dis ça parce que Gourcuff vient de tirer un corner). Au moment où je t'écris, je viens d'avoir un flash. Je me revois, à dix-huit ans, me repassant à n'en plus finir une interview de joueurs réalisée dans les vestiaires à la fin d'une vidéo enregistrée par mon père. On y voyait très distinctement une belle brochette de torses et même une paire de fesses puis un joueur cachant juste trop tard l'essentiel de sa virilité avec sa main. J'en étais tout ému. Avais-je vraiment bien vu ? Il valait mieux que je revois une fois de plus la vidéo pour en être pleinement certain.

Je suis retourné au stade un nombre de fois bien trop important pour que je puisse les compter. J'ai même fini par faire assez bien semblant de me prendre au jeu parce que je savais que c'était une bonne chose pour contrecarrer certaines rumeurs ou idées tellement révoltantes et infondées que je commençais à envisager dans mon dos (tu vas au foot, tu seras un homme mon fils). Et puis, aller au stade, c'était quand même avoir une vie, quelque chose à raconter le lundi matin. Parce que bon, à dix-huit ou vingt ans, regarder France 2 les soirs de week-end, c'était un peu la honte.

Ah tiens, la France mène deux-zéro. Je ne m'en suis pas rendu compte, j'étais distrait, comme lorsque j'avais dix ans. Et puis, c'est vrai, j'ai coupé le son.

 

Pour ceux qui auront reconnu le titre de ce billet, cette musique dont l'intro me donne toujours quelques frissons.

dimanche, 27 février 2011

Caleçon, gravité et ce-qui-devait-arriver

entrer des mots clefsIl y a quelques mois, alors qu'une grave pénurie commençait à sévir dans mon armoire, j'ai entrepris de faire souffler un vent de nouveauté dans ma garde-robe en matière de sous-vêtements. Les conseils avisés de mon entourage parisien et quelques passages en magasin m'ont permis de reconstituer rapidement un stock décent et assez innovant question coloris. Un léger bouleversement pour moi.

Comme la plupart des garçons je suppose, j'ai porté comme sous-vêtement uniquement des slips pendant toute mon enfance et le début de mon adolescence. Je ne saurais pas vraiment dire ce qui l'a décidée mais un jour ma mère a subitement entériné que l'hégémonie du slip avait vécu et qu'il était temps de grandir. C'est ainsi qu'un vendredi soir en rentrant des courses hebdomadaires ma mère m'annonça entre deux tranches de jambons fumé sans couenne et un lot de trois tubes de dentifrice dont le troisième était gratuit qu'elle m'avait acheté deux caleçons. Une révolution. Je devais avoir treize ou quatorze ans. Mon enfance venait de s'écrouler froidement, gisant sans vie à mes pieds. J'allais porter des caleçons comme on en voit dans les publicités à la télé. Des caleçons. Comme les adultes.

A un âge où mon ambition était de paraître aussi semblable aux autres que possible, je crois bien que je ne m'étais encore jamais posé la moindre question au sujet de ces vêtements auxquels je confiais mon intimité. Ma mère toute-puissante (...) faisait les achats, je n'avais jamais trouvé matière à tergiverser.

Je m'étais donc saisi des deux précieux vêtements et, le soir venu, j'en étais à me demander lequel du blanc ou du noir, j'allais revêtir en premier pour ma séance d'essayage solitaire. Il s'agissait de deux caleçons assez lâches même si le tissu était de type extensible, pas de boxer pour cette première fois. C'est le noir qui recueillit mes préférences. L'emballage montrait comme souvent l'anatomie ventrale d'un mannequin que je trouvais fort agréable à observer. Dans un cérémonial discret, j'enfilai le vêtement noir et découvris alors une sensation toute nouvelle due à l'absence quasi-totale de maintien qu'offrent les caleçons flottants. Le vêtement était bien là mais, contrairement au slip, la gravité était souveraine. J'étais donc face au miroir de l'armoire de ma chambre, vêtu d'un banal tee-shirt et de mon tout premier caleçon.

Et ce qui devait arriver arriva (1) : le contact inédit de ce tissu agréable sur ma peau d'adolescent me mis rapidement en émoi (j'ai toujours été quelqu'un de très tactile). Il n'est pas utile que je te fasse un dessin pour que tu comprennes ce qui se passa exactement après les premiers instants. La gravité devint donc toute relative.

Et ce qui devait arriver arriva (2) : ma mère, pour une raison que je ne me rappelle absolument pas, entra dans ma chambre et constata donc que j'étais en train de procéder aux essayages (tu seras un homme mon fils). Quelle chance que j'ai toujours eu l'habitude à cet âge de porter des tee-shirt bien trop grands, celui-ci masquait complètement les effets que la nouveauté tactile produisait sur moi.

Et ce qui devait arriver arriva (3) : ma mère, prodigieusement curieuse (contrairement à ses habitudes), souhaitait en savoir plus et me demanda de lui montrer comment ce caleçon m'allait. A ce moment, pris au dépourvu, j'ai légèrement relevé mon tee-shirt en lui tournant le dos afin qu'elle puisse au moins voir l'arrière alors que mon coeur commençait sérieusement à s'emballer. Toujours présente dans l'entrebâillement de la porte et ne reculant devant rien, elle alla encore plus loin "Et devant, ça fait comment ?"

Il arrive parfois des instants qui durent une éternité. Ces instants où tu réalises qu'on t'a posé une question depuis quatre secondes, tu n'as toujours pas répondu et tu ne sais d'ailleurs absolument pas ce que tu vas répondre. Cette scène est pour moi un bel exemple. J'ai fini par me résigner et pivoter lentement en relevant l'avant de mon tee-shirt, les joues prêtes à rougir, voyant l'instant d'horreur arriver au ralenti. Ooooh-Moooon-Dieu.

Et ce qui devait arriver arriva (4) : la porte de ma chambre se referma instantanément et sans un mot. J'étais à nouveau seul.

Je suis resté presque assommé par ce moment d'intimité que je n'aurais tellement pas voulu partager. C'était terrible. C'était tellement honteux. J'avais une furieuse envie de tout rembobiner. Les slips ce n'était pas si mal, après tout. Je me suis rassuré en me disant qu'elle aussi avait du se trouver très mal à l'aise et qu'elle devait d'ailleurs regretter cette curiosité soudaine. Comme prévu nous n'en avons jamais reparlé, l'incident était clos.

Après quelques années de réflexion, je me dis cependant qu'elle est tout de même gonflée, ma mère. Après avoir tant insisté pour voir mon caleçon, elle a quitté la pièce sans même me dire ce qu'elle en pensait.

Et là, dans ma nouvelle garde-robe, j'ai plein de trucs sympa à lui montrer.