mardi, 24 juin 2008

24 juin 2003

C'est un jour de grand soleil. Le grand jour tant attendu et aussi tant redouté depuis deux ans. L'échéance qui vous classe et vous aiguillera, en cas de bonne fortune, vers la réussite espérée ou en cas d'échec à la case départ (ce n'est pas tout à fait vrai, peut-être même pas du tout, mais c'est ainsi que j'avais envie de voir les choses à l'époque). Je suis venu, fébrile, comme bien d'autres, partagé entre un grand espoir et une angoisse évidente.

 

Je me rappelle m'être isolé au moment où on l'on commençait à voir les grandes feuilles de résultats affichées le long des fenêtres à l'heure annoncée. Les administrations sont cruellement ponctuelles ces jours-là. Il y a eu une première vague d'étudiants au comble du suspense qui ss sont approchés, j'ai choisi de ne pas en faire partie, pour repousser un peu plus l'échéance et aussi ne pas me mèler à la panique ambiante.

 

C'est un beau jour de juin. Je n'ai quasiment pas dormi la nuit précédente et c'était bien prévisible. Je suis redoublant, je n'ai donc pas droit à l'erreur. Selon l'usage, la sentance sera "admis" ou "exclu", à moins d'une hypothétique possibilité de tripler pas vraiment réjouissante. C'est l'évènement le plus stressant que je connaîtrai dans toute ma vie d'étudiant. J'ai franchement peur mais au fond de moi j'y crois.

 

C'est un moment que j'avais rêvé tant de fois. J'avais imaginé le sentiment de délivrance qu'on pourrait ressentir après deux années passées avec l'idée de ce concours toujours dans un coin de la tête. J'avais imaginé la soirée de fête qui allait pouvoir suivre, pour profiter du temps, laisser libre cours à sa joie et pouvoir envisager un été serein en attendant une rentrée studieuse mais détendue. J'avais imaginé dans quels endroits nous irions promener nos sourires et nos regards illuminés jusqu'à la fin du jour et bien après évidemment.

 

Les premiers rangs se sont dispersés entre éclats de joie et mines abbatues, le passage est ouvert devant moi pour que j'aille à mon tour consulter mon avenir placardé trois mètres devant mon nez...

 

Exclu.

 

Exclu. Exclu. Exclu. Il n'y a pas grand chose d'autre que ce terme rude sur la ligne en face de mon nom. Une moyenne et un classement honorables, pas si loin du numerus clausus fatidique. Mais exclu.

 

J'ai du mal à réaliser. Tous ces efforts, tous ces espoirs, ces projections. Exclu. C'est le sol qui se dérobe. Ce sont les regards de ceux qui sautent dans les bras les uns des autres juste à côté. C'est le soleil qui est devenu aggressif tout à coup. C'est l'envie d'aller se cacher. Mais ne pas rentrer pour retrouver des parents aussi inquiets. Ne pas rester pour éviter d'assister à de cruelles effusions de joie. Je suis allé m'asseoir sur l'un des petits coins de pelouse à l'ombre devant la fac avec d'autres déçus. Quelques mots pour montrer que le moral ne s'est pas totalement enfuit. Assis dans l'herbe, les doigts machinalement occupés à maltraiter quelques malheureux brins...

 

Nous sommes six ou sept, je ne sais plus trop. Les heureux élus sont conviés à une réunion. Nous commençons à discuter de ce qui va nous attendre, la solution de rattrapge qui nous est proposée dans l'établissement d'à côté et qui, moi, me convient tout à fait. Je sais donc que j'ai encore une seconde chance si je suis convaincant à l'entretien de recrutement programmé debut juillet, que tout n'est pas perdu.

 

Alors voilà, j'ai raté ce concours il y a cinq ans et je ne serai jamais pharmacien. Ce n'est pas bien grave, j'ai trouvé une autre voie en saisissant cette seconde chance. Simplement, cinq ans après, j'avoue nourrir un certain regret, un goût d'inachevé qui restera :

 

Je n'ai jamais connu ce moment de libération, cette journée que j'avais passé tant de soirées à appeler de mes voeux au fond de mon lit au moment de m'endormir. J'ai eu bien d'autres motifs de satisfaction par la suite en tant qu'étudiant et c'est bête mais je crois que, ce moment , il comptait aussi, rien que pour le souvenir.

 

(ceux qui ont connu la joie de ce moment peuvent s'exprimer, bien sur, je ne les maudirai pas. Enfin peut-être pas :D)

mercredi, 14 mai 2008

Andromède et le singe savant

Nous nous installons confortablement sur nos sièges dans la salle du planètarium. Difficile d'ignorer l'insupportable gamine la petite fille de huit-neuf ans assise jute derrière nous. Pas du genre discrète (ça existe encore les ondamania !!?) et peu avare en commentaires, la demoiselle a bien l'intention de faire savoir qu'elle sait une multitude de choses... A croire qu'elle a envie de doubler la voix de l'animateur.

Oui bon ça va, moi aussi je sais que c'est Mars, là, mais je le crie pas dans la salle non plus. Et puis est-ce que je m'amuse à étaler ma science comme ça, moaaaa ??? C'est fou comme les enfants qui veulent montrer qu'ils savent tout ont le dont de m'énerver...

 

J'ai 10 ans, je suis en CM2. Je suis ce qu'on peut appeler un bon élève. Mieux, en classe, je suis un stakhanoviste de la participation spontanée (deux ans après avoir délaissé la délation ;-) ), toujours prêt à répondre aux questions que l'instituteur, Monsieur C. n'avait pas encore posées, un vrai petit con, quoi.

Monsieur C. était un instituteur proche de la retraite, à la répartie facile et surtout fort grinçante. C'est un début d'après-midi, nous faisons un cours d'astronomie. Monsieur C. nous parle du soleil puis évoque les galaxies et les nébuleuses. Tout à coup je me sens comme investi d'une mission : enrichir le cours de mon indispensable grain de sable. Moi même, je me demande parfois comment je faisais, à dix ans, pour savoir autant de choses. Je lève la main au moment où il parle de la Voie Lactée. Il me donne la parole et, tout fier, je dis : "l'autre galaxie la plus proche de la nôtre, c'est Andromède".

Je suis toujours étonné de voir comme on peut être décontenancé et marqué par une réponse à laquelle on ne s'attend pas. Quinze ans après j'ai toujours le sentiment de sentir mes joues rougir au moment où il m'assène sa réponse.

"Non, ce n'est pas Andromède, c'est Orion. Mais de toutes façons on ne t'avait pas demandé de ramener ta science".

Je ne saurais dire combien de fois j'ai entendu cette phrase passer et repasser dans ma tête, pendant des mois. Et mes joues rougissent à n'en plus finir. Je voudrais tant n'avoir rien dit. Je voudrais tant ne pas avoir été là. Mais je l'ai dit et cette fois ma vanité a été fauchée en plein vol. Bravo Monsieur C., dans le mille.

Le cours se poursuit. Monsieur C. me laisse à mes joues écarlates et enchaîne à propos des nébuleuses. Il marque un temps d'hésitation. Il s'est trompé. La nébuleuse la plus proche c'est Orion et donc la galaxie la plus proche est bien Andromède. Il s'excuse aurpès de moi. Mais ce n'est évidemment pas ce qui compte.

J'ai comme une révélation de jour-là. Savoir plein de choses, c'est bien, avec une pointe d'humilité, c'est mieux. Il va sans dire que pendant tout le reste de l'année, Monsieur C. entendra bien moins souvent le son de ma voix. Avec les années, je crois que ce fut une bonne chose pour moi mais j'ai alors entamé une longue période pendant laquelle mes professeurs se plaindront de ne jamais m'entendre assez...

C'est encore le cas aujourd'hui. Le silence plutôt que la parole, la discrétion comme sécurité, à croire que cette petite phrase a changé tout un aspect de ma personnalité.

 

Retour au planétarium. Jusqu'à la fin, elle poursuivra évidemment son petit numéro ignorant le souvenir qu'elle me rappelle. Je ne sais pas si elle trouvera un jour un Monsieur C. sur son chemin, je ne sais même pas si ce serait une bonne chose. Après tout, elle a bien le droit.

dimanche, 04 mai 2008

Trois radis

(le titre de ce billlet est paticulièrement vendeur, j'en ai parfaitement conscience)

Dimanche matin. Je suis rentré à Angers pour ce week-end de quatre jours, c'était la première fois que je revenais chez mes parents depuis cinq semaines. Je prépare mon petit-déjeuner dans la cuisine tout en discutant avec ma mère. Mon regard finit par se poser sur un coin de table où siègent encore trois queues de radis, vestiges probables de l'hétéroclite petit-déjeuner de mon père, pris un peu plus tôt alors que je profitais encore de ma couette.

J'ai la chance (je pense que c'en est une) d'avoir des parents à la main verte, adeptes du parre-terre de fleur et surtout du grand jardin potager. J'ai donc eu une alimentation riche en légumes divers et variés que beaucoup d'autres de ma génération ne connaissent que de façon lointaine et j'ai surtout eu cette riche habitude de voir nos repas familliaux décrire l'année au rythme des saisons.

C'est curieux comme trois queues de radis ont eu le don de faire voyager mes pensées ce matin. Je crois que je n'avais jamais réalisé à quel point les radis sont une évocation du printemps dans mon esprit. Soudainement, j'ai revu défiler les samedi matins de mai de mon adolescence. Ceux que je passais à dévorer dans L'Equipe les résultats des tournois de préparation à Roland Garros...

En mai 1998, au tournois de Berlin, une certaine Amélie Mauresmo créait la surprise. Plus tôt dans la semaine elle avait battu Lindsay Davenport et l'édition du samedi relatait sa victoire de la veille en quart de finale. Il me semble bien que c'était contre Barbara Paulus (j'irai vérifier tout à l'heure). Je me souviens encore que le samedi elle pousuivrait son parcours en battant Jana Novotna avant de s'incliner en finale le dimanche face à Conchita Martinez...

Mais pourquoi est-ce que je m'en rappelle si bien ? C'était il y a dix ans (...).

Je retourne aux radis. Nos repas du samedi midi en mai, les premiers de la saison que nous prenions dans le jardin, parfois accompagnés du barbecue. Le croquant du radis et la douceur du beurre, mais c'est aussi la qualité du pain qui faisait la réussite (ou non) de cette entrée en matière alimentaire. Les radis du jardin étaient l'entrée du samedi comme la tarte aux fraises de ma mère (à la délicieuse pâte sablée) était le dessert du dimanche. Et puis il y a toutes ces choses qui y sont associées, les jours de fête des mères, les dimanches d'élection, mes allergies au pollen, quelques pic-nic sous les maronniers...

En voyant ces restes de radis sur la table en ce dimanche matin, je suis un peu triste. Il y a maintenant trois mois que j'ai quitté la maison pour m'installer à un peu plus de deux heures de route.

C'est normal et c'est la vie qui veut ça, mais ça me fait un petit quelque-chose de savoir que désormais, les radis, ils les mangent sans moi.

lundi, 28 avril 2008

Un cor, une trompette, un poste

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27 avril 2008 
 
Un cor, une trompette et un poste de radio pour les accompagner. Ils ont tous deux la cinquantaine grisonnante et le sourire jovial. Nous sommes dans la ligne 12 du métro qui nous emmène vers Montparnasse et eux jouent un petit air joyeux et sympathique qui sert de générique de fin à notre week-end parisien...
 

Je garde un oeil sur les stations qui s'égrainent avant le cap fatidique tout en essayant de me remémorer chaque lieu traversé chaque moment vécu. Dans l'ordre chronologique d'abord...
 
L'arrivée à la gare et toi au bout du quai, ma toute première ascension dans la tour Eiffel ce vendredi, notre dîner sur les Champs, la promenade dans le 10ème vers l'hôtel...
 
Hélas, les stations défilent trop vite et je ne pourrai refaire en moi le film intérieur de nos deux jours avant la fin du trajet, j'essaie de ne garder que le meilleur.
 
Il y a nos deux matins ensoleillés, et, au détour d'une rue, ma question innocente "Ah tiens ça a l'air bien cette chose, là, on dirait que c'est le bout d'une église qu'on aperçoit, non ? on pourra s'en approcher tout à l'heure ? ..." Ce bout d'église qui était en fait l'un des clochers de Notre Dame... notre petit trajet à St Michel, notre pause au bord de la Maine Seine, le diner à Montmartre, la petite croisière improvisée à la dernière minute...
 
Le musiciens se sont décidés, assez pour ce wagon, comme à l'habitude, il vienne réclamer à leur petit auditoire une éventuelle récompense avant d'aller dans la voiture suivante exercer leurs talents. La fin du trajet sera privée de musique, vite, je retourne fouiller dans mes souvenirs les instants que je veux graver le plus intensément...
 
Ce petit déjeuner en terrasse au soleil tout près du forum des Halles en ce charmant dimanche matin. Je crois que c'est là mon meilleur moment du week-end... Et puis nos nombreux trajets dans le métro, mes commentaires éclairés sur les affiches du spectacle de Jean-Luc Lemoine, la dernière pause aux Tuileries, La course pour avoir le dernier métro à la Concorde vendredi soir...
 
Je me sers un peu plus près de toi, ma main contre toi. Il ne reste quasiment rien du trajet de métro, les deux jours touchent à leur fin alors que nous entrons dans la gare où nous devrons nous séparer à nouveau.
 
J'ai joué au touriste et j'aimé ça. Deux jours avec toi, un grand beau temps, mais le temps toujours si court. Le plaisir d'y être allé et la tristesse de repartir.
 
Paris. Et l'envie d'y retourner. 
 

dimanche, 06 avril 2008

Dimanche...

Lorsque j'étais enfant, il y avait un moment de la semaine que je détestais. Le dimanche soir. Avec mes parents et mon frère nous regardions Maguy sur france 2 antenne 2. Savourer amèrement les derniers moments du défunt week-end tandis qu'une pointe de cafard monte sournoisement en moi dès le début du générique. Je voulais que l'épisode n'ait pas de fin, je voulais pouvoir rester là sur le canapé et oublier qu'il y aurait un lendemain. Cette série, grand chef d'oeuvre audio-visuel s'il en est, faisait résonner en moi des sentiments ambivalants. Elle était à la fois le motif du dernier rassemblement familial sur le canapé et le déclencheur de toutes les angoisses qui allaient commencer à me ronger une fois l'épisode achevé.
 
(autre souvenir du même accabit : l'insupportable générique de 7 sur 7, si si rappelez-vous)
 
Pourtant lorsque j'étais enfant je me plaisais beaucoup à l'école. J'étais plutôt un bon élève, content de venir à l'école mais le temps de chaque week-end je réapprenais à m'attacher à la maison familiale au point de ne plus vouloir m'en détacher à l'arrivée du moment fatidique.
 
Chaque semaine je sentais le moral baisser au ryhtme que le dimanche déclinait avec bien sur une accentuation notoire les dimanches de temps gris et pluvieux. Cafard, bourdon, spleen et blues se donnaient alors rendez-vous pour venir hanter ma nuit et tourmenter mon sommeil dès lorsque j'éteignais la lumière...
 
Il y a longtemps que je n'avais ressenti ça. Et bien ce soir, j'y suis (tiens bah ça remonte pas le moral d'écrire ça...).
 
Ma consolation, c'est que, comme au temps de mon enfance, le dimanche aura une fin, le cafard et ses complices devront retourner se cacher.

jeudi, 17 janvier 2008

Chemins croisés, à quarante ans de distance

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Chemins Privés, François Boivin. 
 
Par un complet hasard, j'ai eu l'occasion de lire ces derniers jours un livre écrit par un homme qui a passé son enfance dans une propriété toute proche du hameau où vivaient mes grands-parents maternels. Ceux-ci ont d'ailleurs travaillé pour les parents de cet homme pendant de nombreuses années. Aujourd'hui agé de 65 ans, il raconte dans ce livre de nombreux épisodes de sa vie à travers des nouvelles souvent cocasses, parfois très touchantes. L'ordre de ces nouvelles ne respecte pas la chronologie, on se prend ainsi au jeu amusant de recoller un à un les morceaux de sa vie et brosser une sorte de portrait intemporel.
 
Ce livre est bien écrit, il est bourré d'émotion, de sourires, de moments tendres. Mais surtout, ce livre me parle à moi, différemment du lecteur lambda. Il décrit entre autres des lieux dans lesquels j'ai passé tant d'après-midi de vacances, dans lesquels je me suis promené tant de fois... quarante ans après lui. Ce livre est aussi et surtout peuplé de personnages qui ont été cités si souvent dans les conversations de familles de mon enfance. J'y ai même retrouvé des expressions que je n'avais entendu ailleurs que dans la bouche de ma grand-mère, décédée il y a un peu plus de trois ans.
 
Je n'ai jamais rencontré cet homme qui vit aujourd'hui dans le sud de la France mais lorsque j'étais enfant, j'ai souvent vu sa mère, aujourd'hui décédée, et sa tante dont il parle abondamment dans le livre.
 
C'est une sensation vraiment étrange que de lire dans un livre les impressions ressenties par un autre sur des personnes ou des lieux que l'on connait soi-même. Bien sur, je ne prétends pas avoir un point de vue comparable mais je me suis amusé à retrouver derrière ses mots bien des choses que ma mère m'a confiées par ailleurs et d'autres que j'ai constatées par moi-même.
 
Et puis il y a une chose en particulier qui m'a ramené à mes propres souvenirs, un parrallèle amusant que je voulais rapporter ici. Il raconte que sa mère conduisait dans le village la 5CV familiale, notamment pour le déposer parfois à l'école, alors qu'elle n'avait pas le permis (il précise d'ailleurs "heureuse époque").
 
Il ne le saura jamais mais, quarante ans plus tard, je devais avoir 6 ans, sa mère conduisait toujours, et cette fois, c'est moi qui était sur la banquette arrière de sa voiture (une AX en lieu et place de la 5CV ) aux côtés de mon frère, ma grand-mère était assise sur le siège passager. Elle se gare le temps d'un petite course dans une rue en pente du village, nous laissant tous les trois dans la voiture et oubliant de serrer le frein à main... Nous avions commencé à descendre la pente lorsque mon frère bondit sur le frein à main.
 
L'histoire ne dit pas si dans les quarante années d'intervalle elle avait passé le fameux permis.
 
J'ai aimé ce livre parce qu'en quelque sorte il a fait revivre ma grand-mère dont j'avais l'impression qu'elle était à côté de moi pendant ma lecture. J'ai aimé ce livre parce que je me suis revu enfant, écoutant les conversations d'adultes entre ma grand-mère et sa mère, je me suis revu accompagnant ma grand-mère pour nourrir les chiens de ses deux tantes, souvent absentes. J'ai aimé ce livre parce qu'il m'a paru juste et sincère et aussi pour tant de choses qu'il raconte avec malice.
 
A vrai dire j'hésite presque à contacter l'éditeur pour demander une adresse où lui envoyer un message de remerciement. Mais je ne saurais pas trop quoi dire. Ca n'aurait peut-être pas de sens. Je ne sais pas.

jeudi, 10 janvier 2008

Traumatisme noisetien

Oui, j'ai décidé une nouvelle fois de profiter de ce blog pour régler mes comptes avec mon moi profond et bidouiller mon autothérapie... (je vous avais déjà parler de Oui-oui et le crabe dans Oui-oui à la plage et de mon petit poney, ici)

Vous allez le voir dans ces lignes, Casse-Noisette et moi, c'est une histoire douloureuse. (et pas que pour les noisettes ;-)) 

Dans mon collège, les profs avaient pour habitude de demander aux élèves de dessiner une petite page de présentation pour leurs cahiers de chaque matière. Pas grand-chose bien sur mais au moins écrire joliment le nom de la matière sur la première page, agrémenté d'une touche de couleur ou de style qui voudra bien attester d'un minimum de bonne volonté. Un truc à la con, quoi.

Le deuxième lundi suivant la rentrée de 6è nous voici correctement installés dans la salle dévolue aux cours de musique. C'était le deuxième et dernier cours de notre après midi (qui se terminait à 15h40, le bon temps). Le prof commence à passer dans les rangs pour jeter un oeil sur nos pages de présentation. Subitement, il me vient une interrogation. Tiens je me rappelle absolument pas comment je l'ai faite, moi, ma page de présentation... Mais alors vraiment pas... Le trou de mémoire...

Le prof a commencé par la rangée où je me trouve alors que je commence à m'agiter pour trouver mon cahier. Il est à deux mètres devant moi lorsque je saisis le cahier en question, un peu paniqué par mon absence total de souvenir au sujet de cette page. Il en termine avec mon voisin de devant et se tourne vers moi au moment même où j'ouvre mon cahier pour y découvrir une première page remarquablement...

remarquablement blanche !! mais... mais c'est horrible ! c'est une catastrophe... Je vais mourir écrasé par la honte et la culpabilité. Moi, 11 ans, qui suis toujours si parfait, j'ai complètement oublié. Si ma page est blanche, je sens bien que mes joues sont rouges, très rouges. Le prof n'est pas content. Et moi, j'aimerais me cacher sous la table. Me mettre des giffles. Comment j'ai pu oublier de faire ça ? Pourquoi je l'ai pas noté dans mon cahier de texte ?

Nous sommes deux dans la classe à avoir commis cet impair. Je m'en veux. Affreusement. Le prof de musique va me cataloguer comme cancre. Il va en parler à ses collègues, ils vont se moquer de moi, le prof de musique va me prendre en grippe pour toute l'année. Pire c'est le seul prof de musique du collège, il va me prendre en grippe pour quatre ans. Mais qu'est-ce que je vais devenir...

Contre toute attente, et malgré un effroyable sentiment de honte, je parviens à survivre à ces minutes douloureuses, et le cours se poursuit. Ce jour-là, nous écoutons le thème de Casse-Noisette. Et moi pendant ce temps, je suis toujours rouge. Je rumine intérieurement, contre moi. Il n'y a rien de plus de la part du prof qu'un regard neutre et l'obligation de faire la page pour la semaine suivante mais moi je m'en veux déjà tellement.

Et depuis, parfois je m'étonne de voir à quel point on peut associer des sentiments à certaines sensations. Comme si ma culpabilité s'était imprimée sur la musique de Casse-Noisette. Parce qu'ensuite, pendant des années, à chaque fois que j'ai entendu les quelques notes qui entament le thème de casse-noisette, j'ai toujours été pris d'une angoisse immédiate et injustifiée. C'était toujours cette histoire de page blanche qui venait me rappeler mon oubli. Cette musique me met mal à l'aise, elle me donne le cafard, l'envie de chercher un endroit où me cacher.

Aujourd'hui ça me fait rire de voir à quel point ça me perturbait cette histoire d'oubli. J'étais vraiment un petit con, en fait :-D . Le pire c'est que j'ai cru pendant longtemps que le prof de musique me détestait juste pour ça.

Alors donc je profite de ce blog pour clamer haut et fort que cette page de présentation je m'en balance (oh la la, comme j'y vais fort !!!). Et je me libère aujourd'hui de ce fardeau qui m'a accablé si longtemps.

Voilà, ça c'est fait... suite des travaux psychologiques prochainement. (y a du boulot...)

jeudi, 08 novembre 2007

Rêve sur catalogue

67a0428aecbe7bb4d55a4adcb0fe3d97.jpgAh novembre ! le mois du catalogue de jouets. Tant d'heures passées à feuilleter, à contempler, à imaginer.

Toujours le même déroulement. Le première pages dévolues aux peluches. Pas grand intérêt mais je les regarde malgré tout parce qu'il serait tout de même fort regrettable de passer à côté de quelque chose d'intéressant, on sait jamais ce qui peut se cacher entre deux gros ours (et puis c'est mignon des fois, mais ne le répétez pas, hein).

Les jouets pour les tout-petits. Pffff... ce que ça peut être inintéressant. Nan mais vraiment. Cette espèce de grenouille, là, elle est moche en plus. Ils peuvent pas leur faire des jeux normaux aux petits ? A croire que non, des jeux de construction débiles, des personnages diformes. Une honte. Oh tiens, un camion avec des voitures, ça a l'air pas mal. A mince, celui d'à côté vient de voir quelle page je suis entrain de regarder... vite, on tourne.

Alors là, c'est le pompon. Le pire qu'on puisse envisager. Les jouets de filles. N'importe quoi. C'est vraiment nul les filles pour avoir envie de jouer avec ça. En fait j'aime bien m'attarder sur les pages de jouets de filles pour mieux apprécier la suite. Une sorte de calvaire qui me ferait mériter la qualité des pages suivantes. Et puis je peux me gausser. Elles ont vraiment l'air cruche ces gamines en photo à jouer avec la première poupée venue. Et vas y que j'habille ma poupée, et que je chante dans un faux micro tout rose (nan mais t'as déjà vu un micro rose à la télé ? RI-DI-CULE), et vas y que je me fais une fausse mèche de cheveux. On atteint le paroxisme avec les fausses poussettes et les dinettes. Y a pas à dire, les filles c'est vraiment nul.

A mesure que les poupée défilent, je tourne les pages de plus en plus lentement en me disant que chacune d'elles me rapproche un peu plus des choses sérieuses. Enfin, un peu de bleu. Les jouets pour garçons.

Attention, ne nous égarons pas, il faut savoir conserver un minimum de discernement, tout n'est pas intéressant dans ces pages, loin de là. Passons rapidement sur les figurines pour les gamins, les trucs un peu bête. Les déguisements aussi, c'est pas bien. Et là, enfin, voici la pages des robots. Les Tranformers. Le bonheur. Tout simplement. Vraiment, ça valait la peine de passer par les pages filles pour en arriver là. Les voitures aussi sont pas mal. Je regarde tout, je retiens par coeurs, je compare. Ah vraiment, ils savent faire des trucs pas mal, moi je dis. Je tourne une page, je reviens en arrière. Il y a aussi les circuits de voitures. Toujours intéressant de regarder les tracés, deviner les modèles de voiture. Les légos, aussi, enfin ceux pour les grands de neuf ou dix ans comme moi, hein. Je contemple. Mon regard s'évade un peu puis retourne au catalogue. Hélas les pages dignes d'intérêt ne sont pas nombreuses. Une fois les voitures télécommandées passées, nous arrivons dans les articles de sports pour footeux décérébrés.

On enchaîne alors des pages plus ou moins bonnes. Les loisirs créatifs, certains sont pas mal mais c'est quand même beaucoup pour les filles (et puis les filles, c'est nul). les jeux de société, ça se regarde. Les trucs de musique, j'y comprends pas grand-chose. Quelques jeux vidéos, pour les plus grands.

Et puis les dernières pages avec ces concours toujours aussi débiles. Tu fais un dessin d'un animal ou quelque chose d'autre, tu le déposes dans un magasin et tu peux participer à un concours avec 5000 peluches à gagner. D'abord mes dessins, je les garde pour moi et en plus je ne vois vraiment pas où est-ce que je pourrais ranger ces 5000 peluches si je gagnais le concours. Simplement, je m'interroge tout de même, j'essaie d'imaginer la taille du camion qui viendrait me livrer toutes mes peluches. Enfin bon, passons.

Verdict, il est plutôt pas mal ce catalogue. Je le mets de côté, je le rangerai sous ma table de nuit toute à l'heure pour le relire demain soir.

 

***

 

Pour finir, petit constat amusant. Hier soir, je me suis mis à feuilleter un catalogue comme à la bonne époque. Alors c'est plus moderne qu'il y a quinze, ans, forcément. Mais ça a très peu changé en définitive. Le même ordre de présentation et les même types de jouets pour la plupart. Et puis les filles, c'est toujours aussi nul. :-D

 

dimanche, 28 octobre 2007

Comme un baiser victorieux

C'était une fin d'après-midi, après ma journée de cours, j'étais dans le bus qui me ramenait chez moi. J'étais vers le milieu du bus, débout contre une fenêtre du côté droit. Le bus arrive au petit rond-point qui fait face à l'entrée de l'université catholique. C'est un endroit cosmopolite sorte de symbole de l'ouverture de la ville sur l'étranger. On peut y trouver toutes les langues, toutes les origines. Devant l'entrée se trouve une petite place triangulaire dont la pointe vient border le rond-point.

Comme à l'habitude les gens se croisent et défilent sur le triangle. Le Bus commence à s'écarter pour sortir du rond-point. Il y a une demi-douzaine de passants, silouhettes vétues de noir du fait de la saison encore fraîche. Des piétons traversent et obligent le bus à s'arrêter tout à côté du triangle. Et tout à coup elles sont là sur la petite place à quelques mètres du trottoir, à quelques mètres du bus.

L'une s'était approchée de l'autre rapidement. Elle avait approché son visage tout près. Si près, ça en devient étonnant.

Elles devaient avoir un peu plus de vingt ans, plutôt jolies. Le bus voyait surtout le visage de celle qui s'était approchée. Et puis comme une piqûre soudaine dans l'habitude de mon trajet quotidien, elles se sont embrassées. Le bus était toujours à l'arrêt, comme captivé par l'entorse aux règles de bonne conduite dont il était témoin. Le bus est pris au dépourvu, surpris. L'une d'elles se retourne et remarque l'étonnement qu'elle vient de susciter. Alors, heureuse de son petit effet, elle allume son plus grand sourire et se met à lever les bras en direction du bus comme pour faire partager sa joie et sa fierté.

Le bus n'avait encore jamais assisté à un baiser entre filles, ni entre garçons d'ailleurs. Il a été parcouru pas un léger murmure, il a rougi discrètement puis il a repris son chemin. Et il s'est mis à sourire.

dimanche, 07 octobre 2007

Retour aux sables

J'ai passé les premières vacances dont j'ai de véritables souvenirs aux Sables d'Olonnes. 1987 et 88. J'avais donc cinq ans la dernière fois. Je n'y étais jamais retourné jusqu'à hier. Dix-neuf ans.

 

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J'en ai toujours gardé des souvenirs très précis et même détaillés. L'appartement où nous logions, avec le lit superposé. La plage. Les promenades le soir sur le port. Les sardines que mon père se préparait pour le petit-déjeuner. L'interminable collection de bâtiments qui faisaient face à la mer. Le lait à la fraise que je buvais à la paille le soir (pourquoi uniquement aux Sables? je ne sais pas). Le bruit des moteurs du passeur qui nous permettait de passer d'un côté à l'autre du port sans avoir à tout contourner. Et puis et puis... le phare rouge et le phare vert. Ceux de l'entrée du port, évidemment. J'avais cinq ans et j'étais omnubilé par ces deux phares, leur couleur peut-être. A la maison, ma mère avait décidé que le vert serait ma couleur (serviettes, brosse à dents...) donc le phare vert, il était en quelque sorte un peu à moi. Je faisais une fixation. Je voulais aller les voir tous les jours (je n'étais pas un enfant très difficile à satisfaire).

Hier je suis donc revenu promener mon regard sur ces mêmes endroits. Et j'ai repensé à la note précédente et au commentaire sur l'occasion de retrouver son âme d'enfant. Hier j'ai retrouvé les couleurs des deux phares, j'ai entendu à nouveau le passeur qui fait toujours son devoir en chantonnant le même refrain et je me suis même amusé à me rappeler le goût du lait à la fraise.

Merci à ceux qui m'ont proposé cette journée. Merci à celle qui m'a persuadé d'y aller. 

(c'est sûr, c'est pas avec du lait à la fraise que mes moustaches allaient pousser :-D).

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