vendredi, 31 juillet 2009

L'incident

J'avais préféré ne pas évoquer cet épisode difficile survenu au cours de mes vacances californiennes afin de ne pas réveiller la douleur psychologique qui sommeille en moi mais après mûre réflexion, je préfère ouvrir mon coeur dans ces colonnes et éviter ainsi le retour du refoulé dans quelques années (je m'y connais déjà un peu trop en matière de refoulé). Oui, bon, en fait c'est surtout le commentaire de Mr Cereal_Killer dans le billet précédent qui m'incite à parler.


C'était un bel après-midi de juillet 2009. Cereal_Killer et moi étions partis à l'assaut des plus belles plages de Californie.

 

N'écoutant que notre soif de soleil et d'embruns, la splendide voiture rouge longea (toutes vitres ouvertes) Santa Monica puis Malibu jusqu'à ce que nous trouvions un coin à notre convenance (avec quand même un parking à $25 incluant consommation de boissons fraîches et glaces, à ce prix là on avait intérêt à se trouver quelque chose à se mettre sous la langue). Jugeant le cadre, la luminosité et le sable dignes de notre présence, nous décidâmes de nous installer dans un coin tranquille pour, dans un premier temps, toiser les vagues du regard. Au bout de quelques minutes, pris par un accès de courage soudain, nous prîmes la périlleuse décision d'aller faire trempète.

 

C'est alors avec une fierté non feinte que je chaussai prestement mon short de bain rouge qu'on dirait trop qu'il a été porté en son temps par David Charvet lorsqu'il jouait les sauveteurs.

 

Et bien c'est fou comme c'est froid le pacifique, dans la vraie vie. Ils nous ont bien eus pendant toutes  ces années avec leurs séries télé où l'on ne voit même pas les gens frémir en entrant dans l'eau. Moi, bien sur, j'ai pris sur moi et j'y suis allé rapidement et sans difficulté mais pour Cereal_Killer, ce fut bien plus compliqué (NDLR : il est possible que pour des raisons d'image et de réputation, la réalité soit quelque peu déformée dans ce paragrahpe, mais nous ne dirons pas où exactement).

 

Rhoooooo..... c'est frrroooooaaaa.... c'est frrrroooaaaaaa.... mais au bout d'à peine quelques secondes (600 ?), nous parvenons à nous immerger totalement puis jouer avec les vagues. Sympa ces vagues, ça bouge bien (la vague californienne, c'est pas de la vague de PD). On barbotte, on s'amuse un petit moment. C'est alors que je la vis arriver. Elle n'était pas vraiment comme les autres. En plus de faire environ 14 mètres de haut, cette vague avait un air féroce et même impitoyable. Ayant décidé fermement de l'affronter sans sourciller, je me mis à courir le plus vite possible en direction de la plage (j'eus le temps de faire au moins deux grands pas). Mais que peuvent faire les gens comme moi face à un tel déferlement ? La vague avait décidé de se concentrer uniquement sur moi. Elle s'abattit sur sa proie dans un grondement terrible et malgré la robustesse de mes appuis, elle me fit basculer et m'emporta dans les abysses.

 

Quelques instants plus tard, c'est avec la plus grande dignité que je me retrouvai dans la position du "à quatre pattes" dans au moins 18 centimètres d'eau, haletant et le genou éraflé. J'avais survécu. Je venais de vaincre. Toutefois, je resterai pour longtemps marqué par cet évènement inattendu et il me fallut du réconfort ce jour là pour ne pas sombrer dans le mutisme et la dépression.

 

Je tenais à partager ce moment difficile avec vous car comme chacun le sait, ce qui ne me tue pas... euh, ce qui ne me tue pas me rend plus... plus vivant. Ou nan, ce qui... ce qui me rend plus fort me rend plus fort. Nan, euh... ce qui ... ah oui, voilà : plus c'est fort, plus c'est bon.

dimanche, 07 juin 2009

J'ai toujours préféré aux voisines les voisins

Ce matin, le soleil perce généreusement entre les arbres du Parc de Pignerolle. Le ciel bleu aidant, je me suis résolu à venir faire quelques foulées pour entamer ce dimanche avec bonne conscience, en plus d'être passé par le bureau de vote. Quelques mètres devant moi une brochette de trois joggueurs a fait de même. Leurs mollets ne laissent pas de place au doute : si je ne suis qu'un pratiquant occasionnel (et encore), eux sont des adeptes réguliers de la torture respiratoire en sous-bois.

Les mollets sont savamment dessinés par l'effort, bien accordés avec les cuisses tout comme leurs bras que les manches courtes laissent découvrir au grand jour. Le bronzage est également de mise, cela va sans dire, on déplorera simplement que les shorts ne soient pas un peu mieux ajustés (le cycliste a parfois du bon ;-) ). Je reste un petit moment derrière le groupe qui a choisi d'adopter une allure très modérée me permettant de les conserver dans mon champ de vision à portée de tir. Pendant quelques temps, je me sens même mu par une énergie insoupçonnée qui me permet de suivre bien plus longuement que je ne l'aurais pensé (comme c'est étonnant ... serait-ce la pratique du badminton qui m'aurait donné ce nouvel allant ? ou bien ... ).

Quelques minutes plus tard, ma brochette de joggueurs empreinte un itinéraire différent du mien et, craignant de ne plus tenir très longtemps, je préfère ne plus les suivre (rester digne, en toute circonstance). Ce sont ensuite deux filles de mon âge qui trottinent devant moi. Elles aussi ont la silhouette sportive et joliment taillée, l'une d'elle particulièrement. Mais voilà, c'est différent, c'est moins... moins attrayant ? oui, je crois que je peux le dire ainsi.

Je me suis alors souvenu l'une des conversations du week-end dernier sur la découverte de nos attirances à l'adolescence. Je me suis souvenu ce jour de quatrième ou cinquième, je ne sais plus exactement. On était en cours de sport, dans les vestiaires, l'un des garçons avait sorti de son sac de sport un magazine de cul qui devait être New Look ou l'un de ses concurents. Je me rappelle alors la ruée des autres garçons vers les photos, une sorte de mélée de rugby catégorie ado boutonneux, je me rappelle être resté complètement perdu, consterné avec mon survêtement dans les mains, seul de mon côté du vestiaire alors que les autres paraissaient en ébullition.

Que dire ? que faire ? Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, que je ne parvenais pas à être comme les autres. Je me suis demandé si je devais faire semblant, si je devais moi aussi essayer de me méler à la cohue dans le but d'apercevoir un bout de sein que je trouverais de toutes façons sans intérêt. Dans le doute, je suis resté planté avec un sourire de façade faussement amusé et bien inutile puisqu'évidemment personne ne me prêtait attention, ils était bien trop occupés. Et puis je ne sais plus comment mais l'orage avait fini par passer, le déferlement d'hormones s'était calmé. Mais je n'ai jamais oublié ce moment, la toute première fois, je crois, que ma différence m'est apparue en pleine face, si évidente.

A la même époque, je me souviens qu'à chaque passage chez un marchand de journaux, j'essayais sournoisement de pointer mon regard dans les rayonnages les plus hauts, ceux où j'avais aperçu de temps à autres quelques clichés de garçons dénudés. Une fois, j'avais été interloqué par ce gros titre que j'étais parvenu à déchiffrer : "Les gars de la marine, on n'est pas tous des brutes". J'y avais pensé des semaines durant, essayant d'interpréter au mieux ce que cela pouvait bien vouloir dire exactement... Que c'est beau la naïveté lorsqu'on y repense dix ans plus tard.

Je me suis souvenu enfin ce jour d'été où pour la première fois de ma vie je m'étais autorisé à regarder des garçons dans la rue. C'était une libération, c'était un envol. C'était un jour de grand soleil et j'avais senti mon coeur battre lorsque sur la place du Ralliement, mes yeux s'étaient posés sur un T-Shirt blanc fort bien porté, et fort bien rempli.

Bon ben finalement la grognasse de devant, elle n'avance pas assez vite. Pour une fois, c'est moi qui dépasse. Ca me permettra de voir s'il n'y a pas d'autres jolies choses à aller voir plus loin.

mercredi, 08 avril 2009

Mon lapin, mon canard

Ce samedi dans la libraire où nous sommes entrés par hasard à la recherche d'un livre que nous finirons par ne pas trouver, je me suis attardé  quelques instants sans intention particulière dans le rayon des livres pour enfants et même pour les tout petits. Les personnages étaient des animaux. Il y avait Zou le zèbre, il y avait aussi des oiseaux, des chiens, des petits lapin. Ce sont des inepties, que l'on fait croire aux enfants, les lapins ne vivent pas dans les livres, ils vivent dans des clapiers. Et pas pour longtemps. Cette vérité m'est revenue en lisant un billet de Chondre.

Pendant les vacances scolaires, quand mon frère et moi allions passer une semaine chez ma grand-mère, j'aimais assez m'attarder devant le clapier des lapins. Il se trouvait tout au fond à droite quand on entre dans le jardin, au fond de la cour. Il n'était pas toujours plein, il y avait le plus souvent six ou huit adultes et quelques petits qui tournaient autour d'eux dans la paille qui ne couvrait pas toujours bien le ciment. J'ai n'ai jamais vraiment découvert le clapier, je ne m'en suis jamais étonné. Il était là bien avant moi, ses habitants aussi. Ah, ces mignons petits lapins, j'avais une préférence pour les marrons parce que les blancs ont parfois les yeux rouges et cela ne me plaisait que modérément. Je m'amusais de la nervosité dont certains faisaient preuve en parcourant le clapier dans la largeur et je m'étonnais de ces drôles de granulés que ma grand-mère leur donnait à manger.

Et puis parfois, ma grand mère ouvrait l'un des portes et en saisissait un. Et en quelques instants, le coup du lapin, le lapin inerte dans ses bras, ses yeux vides et figés. Dans mon souvenir tout s'enchaîne, le lapin mort suspendu au drôle d'outil qui permet de le peser et dans la foulée ma grand-mère en train de retirer la peau comme on enlèverait un pyjama... Et demain, sans doute, il sera dans les assiettes, le mignon lapin.

L'aîné de mes oncles paternels élevait des canards. Deux ou trois fois, je ne sais plus vraiment à quelle époque, mes parents nous avaient emmenés pour aller tuer les canards. Nous nous rendions dans une petite cour dans laquelle je me souviens ne m'être rendu qu'à ces occasions et alors le bal commençait entre coin-coin apeurés, coups de hache et plumes qui volent.

Mon oncle capturait un canard, lui maintenait le cou sur une souche de bois et le décapitait avec sa hache. J'étais toujours stupéfait de voir le canard sans tête courir dans tous les sens et battre des ailes pour tenter vainement de s'envoler jusqu'à finir par s'écrouler au bout d'une minute qui en paraissait plusieurs. Mort pour de bon, au milieu de son sang.

Ah c'était beau l'enfance !

Bon ben voilà les enfants. L'histoire est finie, maintenant il faut aller se coucher. Et faites de beaux rêves, surtout.

mardi, 27 janvier 2009

Les chaussures roses

Robert Post, Everything is fine

Le souvenir m'est revenu subitement ce week-end autour d'une conversation sans importance particulière. Il m'était totalement sorti de l'esprit depuis des années. Lorsque j'avais cinq ans (je me souviens, j'étais en dernière année de maternelle) j'ai chaussé pendant quelques mois une ravissante paire de baskets roses. Il s'agissait d'une paire de chaussures à scratch que j'avais choisies autant pour ce mode de fermeture que la teinte légèrement bonbonneuse. Je me rappelle avec une précision étonnante les réticences de ma mère dans le magasin, me demandant à plusieurs reprises si c'était vraiment cette paire que je voulais. J'imagine aujourd'hui toutes les pensées qui ont pu la traverser ce jour où le rose fit une intrusion si inattendue dans ma vie. Je me rappelle aussi les sourires de ma grand-mère et mes oncles et tantes lors des repas de famille qui ont suivi. Je ne saurais dire en revanche si je les avais portées à l'école, je n'en ai pas le souvenir. Je me rappelle enfin que du fait de leur couleur et aussi de leur texture, je les appelais "mes cochons" (tiens, voilà qui va encore ameuter des internautes aux mots clés imagés).

C'était une bien douce époque où je ne ressentais pas d'inhibition et n'étais pas encore convaincu par les intentions pressantes de mes parents de me voir vêtu de bleu ou de vert. A cet âge, l'essentiel de mes tourments était occasionné par la cantine de l'école.

Je me souviens que je répondais aux sourires des gens étonnés par mes chaussures avec un même sourire, pour leur dire oui c'est moi qui les ait choisies. Fièrement. J'étais un enfant des plus souriant. Et bavard, aussi.

Et puis, je ne sais plus vraiment à quel moment mais les choses ont tourné du tout au tout. Mes chaussures roses ont fini au placard de la même façon qu'on y cache un petit coussin au ruban de satin. Je suis devenu taciturne et follement introverti. Le rose a été banni de mon monde. Comme si avec le temps j'avais appris à me cacher, pour des années. Et aujourd'hui encore, même si le rose a été réhabilité, il subsiste toujours cette perpétuelle habitude de se cacher.

I remember I was young, Not that i'm old, but I was young
I have lost all my sense, I'm a bit wiser, but lost my sense...

I remember I was a smile, Now I hide, I used to smile
It is because of all hurry i have learned, To live by...

samedi, 17 janvier 2009

De rouge et de satin

Autour du pouce, entre les doigts, le long du menton, contre les lèvres.

Lorsque j'étais gamin, ma mère m'avait confectionné un petit coussin grand comme le poing et elle avait cousu le long d'un des bords un ruban de satin mauve (tiens donc...) qui formait des boucles dans lesquelles je pouvais glisser mes doigts. J'ai gardé mon petit coussin pendant des années, chérissant  intensément le plaisir de frotter mes doigts contre le satin, c'était le plus grand plaisir que pouvait m'apporter le sens du toucher. Ma mère remplaçait le ruban de temps à autres lorsqu'il montrait des signes de grande fatigue. Elle s'était même amusée une fois à le glisser dans mon cartable au moment de partir à l'école et j'avais été tout surpris de le trouver en classe même si je m'étais évidemment empressé de le cacher aux yeux de tous. L'adolescence arrivant, je m'étais résolu à contre coeur à remiser mon coussin au placard parce que ce n'était plus de très bon ton et j'ai fini par l'oublier.

Je devais avoir vingt ans, le voisin de mes parents était venu apporter un petit sachet de dragées, reste d'un baptême dans sa famille, le petit sac était fermé par ruban de satin beige. Je m'en étais donné à coeur joie durant une quizaine de jours avant de l'égarer à mon grand damme.

Quelques temps plus tard, mes doigts ont même mené une double vie. La semaine, ils caressaient le petit ruban bleu qui avait servi à ceinturer mon diplôme de maîtrise le jour de la cérémonie de remise et, le week-end, ils couraient le long des rubans blanc qui décoraient les rideaux de l'appartement de Monsieur Hérisson alors que je me tenais le long de la fenêtre à regarder le boulevard. J'ai gardé le ruban bleu avec moi, le perdant de temps en temps et le retrouvant à nouveau jusqu'à cet automne où il semble s'être définitivement volatilisé.

Et puis en décembre... Il décorait une boîte de chocolats appartenant à mon cher et tendre, un large ruban rouge. Sur la table de chevet pendant la nuit, sur mes genoux lorsque je conduis, au fond de ma poche en réunion, il ne me quitte plus (et j'embête ceux que cela fait sourire, vous n'avez qu'à regarder dans quelle catégorie ce billet est classé...)

Et j'éprouve toujours le même plaisir à le passer entre mes doigts, comme à l'époque du ruban mauve de mon petit coussin disparu.

mardi, 06 janvier 2009

Photos de classe

Après y avoir été farouchement opposé, après y avoir été froidement indifférent, après avoir été vaguement intéressé, j'ai fini par céder à la frénésie ambiante et j'ai déposé il y a quelques semaines mes premiers clics sur facebook (oui, je sais, on va me détester) en prenant bien soin de n'y laisser que le strict minimum (pas d'adresse, pas de numéro de téléphone, pas de photo comprométante et, comme sur ce blog, absolument rien sur ma vie professionnelle). Sans réellement être emballé, j'ai été agréablement surpris d'apprendre ce que quelques anciennes connaissances sont devenues, sans plus.

Et puis hier, un des mes amis de longue date a mis en ligne quatre photos de classe sur lesquelles je figure (en entier !) et que je n'avais pas vues depuis... en fait il y en deux que je n'avais jamais vues depuis l'année où elles ont été prises (1994, ça commence à dater).

Euh... mais enfin, vous êtes sûrs que c'est moi, là, parce que j'ai comme un doute. Mais j'avais vraiment un pull comme ça ? Mais c'est abominable, c'est affreux ! Mettre ces photos en ligne est une ignominie !! un scandale !! Je me vengerai !!

Et je redécouvre des visages, des expressions, des sourires aussi. Des coiffures improbables, de curieux vêtements (je n'oserai pas me moquer des lunettes, et pourtant, il y a de quoi). Le temps de la soirée, une vielle connaissance perdue de vue vient laisser un commentaire, puis une autre. Et c'est une conversation qui se noue presque par commentaire interposés entre personnes qui se sont perdues de vue depuis presque dix ans. Elle est partie vivre à Paris, s'est mariée cette année, a un fils de deux mois et elle se moque du sourire niais qu'elle a sur la photo. Il vit sur la côte Atlantique, est en vacances en Espagne. Elle vit en Belgique, elle raille sa coiffure sur l'une des photos, on ne peut pas lui donner tort. C'est une conversation étrange mais plutôt réjouissante. On ne se connaît pas vraiment, on ne se connaît plus, mais c'est plaisant. Il est rapidement question de se revoir, voeu pieux peut-être sans lendemain, on se demande où l'on est, ce que l'on fait, de joyeuses banalités en somme, mais l'échange porte une jolie spontanéité.

Les choses en resteront peut-être là, mais hier, le temps de cette discussion improvisée, je me suis dit que facebook avait tout de même quelques bons côtés. Puis je regarde une fois de plus ces photos, et je me dis que j'ai tout de même gagné à grandir...

dimanche, 28 décembre 2008

Mlle l'intello

Mercredi soir, à la messe de Noël pour laquelle je n'ai pas pu être présent, mes parents ont aperçu Mlle l'intello.

Mlle l'intello était dans ma classe au collège, elle n'a jamais su que mes parents l'ont toujours appélée ainsi. Cette dénomination dédaigneuse lui a été attribuée un soir de réunion de parents d'élève, alors que le prof parlait des filières d'apprentissage (BEP, CAP...), sa mère assise à côté d'elle juste devant ma mère s'était tournée vers elle, le regard plein de fierté en disant: "mais tu sais, ces choses là ce n'est pas pour toi, toi tu es une intellectuelle". Une petite phrase lancée comme ça sans intention particulière je crois mais qui a eu pour effet de révulser ma mère, d'autant plus que la mère de Mlle l'intello est institutrice.

Mes parents ont été choqués par cette phrase pas franchement respectueuse il est vrai pour ceux qui font le choix du travail manuel (l'apprentissage n'est pas toujours un choix, loin de là, je le sais bien). Je les comprends, mais j'ai un peu de mal avec leur rancoeur vis à vis de cette pauvre fille qui n'y est pour rien si sa mère ne jure que par les études bien menées. Mais voilà, depuis ce soir-là, cette fille  avec qui je m'entendais plutôt bien est devenue "Mlle l'intello".

Par la suite, à chaque fois que je ramenais un bulletin à la maison, j'avais droit de la part de ma mère à un cynique "et l'intello, elle a eu combien, elle ? plus que toi ?". Le fait est qu'au collège puis au lycée, je me défendais plutôt bien question notes et même si Mlle l'intello portait assez bien son surnom, mes résultats étaient un peu meilleurs que les siens. Pour le plus grand plaisir de ma mère, cela va de soi. Avec le temps, le note reporting était devenu une corvée et j'ai fini par mentir en disant que je ne connaissais pas les notes de Mlle l'intello.

Ma mère était toute fière. J'avais parfois l'impression d'être l'objet de son succès par procuration, mon fils, ses notes. Parce que ma mère a été ouvrière sans l'avoir choisi. Parce que ma mère n'a pas eu le droit d'apprendre un métier comme elle l'aurait voulu sans même penser à faire des études. Ma mère était fière sans pour autant jamais dénigrer les métiers manuels qui ont fait sa vie, et que mon frère a choisi également, en y mettant un point d'honneur. Et pourtant, son fils était tout de même meilleur que l'intello. Pour ma mère, il s'agissait là d'une grande victoire sur l'autre connasse la vie. Ces comparaisons m'ont toujours mis mal à l'aise parce que moi, je n'étais pas fier de moi, de mon comportement, de mon physique...

Les années passant, Mlle l'intello et moi nous sommes logiquement perdus de vue et je n'ai eu que de très brèves nouvelles par personnes interposées. Je sais simplement qu'elle s'est mariée cet été. Alors mercredi soir lorsque j'arrivais et que mes parents rentraient de la messe, ma mère m'a dit "tiens il y avait l'intello avec ses parents ce soir. Tu sais pas ce qu'elle devient ?"

J'ai répondu que non, je ne savais pas. Parce que je n'ai pas eu envie de lui dire, tu sais, elle s'est mariée cet été, et moi, ça ne m'arrivera pas. Et pourtant, aujourd'hui, je suis bien plus fier de ce que je suis. Mais il lui faudra tant de temps pour partager mon avis.

dimanche, 21 décembre 2008

Rive Sud

Lorsque j'étais enfant, ma mère, comme beaucoup, recevait en décembre de la part du CE de son entreprise des bons d'achats pour Noël. Pour l'essentiel de ce qui m'intéressait, c'est à dire les jouets, ces bons étaient valables dans le centre commercial Rive Sud. C'est un centre commercial légèrement excentré au sud de la ville dans lequel nous nous rendions assez peu souvent. Justement, nous nous y rendions surtout pour cette raison bien précise, les bons de Noël.

Rive Sud. Les semaines précédentes, j'avais harcelé de questions ma mère chaque soir lorsqu'elle rentrait du travail pour savoir quand elle aurait les fameux bons. Et puis enfin, l'évènement finissait par se produire aux alentours du dix ou douze décembre, alors que j'avais eu largement le loisir d'apprendre par coeur les catalogues de jouets qui m'étaient passés entre les mains pendant la quinzaine précédente. J'avais passé de longues et bonnes soirée à les feuilleter en m'imaginant dans les rayons concernés ce fameux soir de décembre où les précieux sésames seraient enfin en possession de mes parents. C'était un soir en semaine, souvent un jeudi, on y allait après manger, c'était l'un des rituels des préparations des fêtes...

J'y suis revenu il y a peu avec ma mère pour des achats de décoration et je lui ai même fait la remarque, "tu vois, on revient là en décembre, comme quand j'étais petit...". J'ai aimé voir que cela n'a pas vraiment changé. Et surtout, j'ai aimé me dire si pour moi, les choses ont logiquement tourné, il y a encore des enfants qui attendent, l'oeil brillant, que leurs parents les emmènent à Rive Sud pour des achats dont ils se souviendront eux aussi.

Parce qu'au délà du cadeau, c'est le souvenir du moment qui reste, des années après. (et je commence à entendre au loin les clochettes qui tintinabulent...)

mercredi, 19 novembre 2008

Papa est à côté

Moi, j'ai dix ans, presque onze et je suis en CM2. Ma vie se résume en grande partie à l'école, j'aime bien l'école, tout y va bien. Je suis un petit gamin plutôt dégourdi. Il y a bien deux-trois truc qui me chagrinent mais sans trop d'importance. Comme par exemple le fait que les autres de la classe, ils grandissent plus vite que moi ces derniers temps et je me retrouve dans les plus petits, pas grave, je grandirai plus tard, je les rattraperai j'suis sûr. Mais sinon, ça va bien, d'autant plus qu'on en a fini avec la piscine à l'école pour cette année et c'est très bien, ça. Et puis j'aime bien mon instituteur (même si il est un peu dur, parfois). J'ai plein de copains, je me plais pendant les cours (je trouve ça facile), je me plais pendant les récréations, je me régale de chocolats et de distractions qui m'intéressent, que demander de mieux ? Ah si, tiens, une meilleure cantine. Il y aura juste l'entrée en sixième dans quelques mois mais ça, j'y pense pas trop.

En fait, il y a juste un truc qui me fait un peu peur mais ne le répétez surtout pas parce que personne n'est au courant. Ca arrive le soir. Moi, le soir, je vais me coucher juste après la météo, ça doit être vers huit heures et demie je crois. A cette heure-là, Maman est en bas dans la cuisine, mon frère a le droit de regarder un peu la télévision ou parfois il termine ses devoirs (ça a l'air vachement dur d'être en quatrième). Et puis Papa, et bien soit il est aussi en bas avec eux soit il est dans leur chambre juste à côté de la mienne les soirs où il se couche tôt (d'ailleurs, il se couche tôt beacoup plus souvent depuis que mes parents on acheté une télé pour leur chambre). Et moi j'aime mieux quand il est à côté comme ça. Parce qu'en fait, même si je suis un grand (dix ans, presque onze) j'ai un peu peur quand je suis tout seul en haut le soir. J'ai peur qu'il y ait quelqu'un caché dans l'une des pièces (oui, on sait jamais, hein). J'ai peur aussi qu'il se passe un truc comme dans l'émission Mystère dont je vois les bande-annonces dans la journée et que certains copains me racontent le midi à la cantine. J'y pense de plus en plus et ça commence à m'inquiéter sérieusement ces trucs-là.

Alors maintenant, souvent au moment de la météo, je m'approche discrètement de Papa, je lui demande l'air de rien "Dis Papa, est-ce que tu vas au lit tôt ce soir ?". Souvent, il dit oui, ça me fait plaisir, ou plutôt ça me réconforte. Et puis la semaine dernière, il m'a dit un truc du genre "mais oui, je me couche tôt, comme ça t'auras pas peur". Ca m'a vexé. J'ai répondu "mais naaaan" et puis je suis monté sans plus de commentaire, tout seul comme un grand. Ca m'a pas empêché d'avoir peur ce soir-là, mais j'ai pris sur moi. Heureusement, ce soir, Papa est allé au lit tôt, il est à côté, je vais pouvoir être tranquille. J'aime m'endormir bercé par le son de la télévision dans la chambre voisine.

... Elle était tout de même chouette mon enfance.

 

Elodie Frégé, Aldebert, Vincent Baguian, J'ai peur du noir

dimanche, 10 août 2008

Souvenir olympique, champion de la cracotte

Lorsque j'étais enfant, nous passions un temps fou devant la télévision. D'ailleurs je ne vois pas comment nous aurions pu y passer plus de temps. Pendant les vacances d'été, la précieuse machine était allumée dès notre réveil pour ne s'éteindre qu'au moment d'aller se coucher. Et plus particulièrement, nous regardions du sport à la télévision (que voulez-vous, c'est mon grand frère qui tenait la télécommande). En dehors de quelques livres parcourus, de quelques sorties dans le potager ou d'une semaine passée certaines années sur des plages de Vendée, mes étés étaient avant-tout emplis de Tours de France, de championnats d'athlétisme et d'olympiades...

Pendant l'été 92 j'avais neuf ans. Allez savoir pourquoi, mon grand souvenir des jeux de Barcelone c'est moi, le matin, attablé à mon petit déjeuner à côté de mon frère. Nous, notre bol de chocolat, nos cracottes et les éliminatoires d'aviron à l'écran (c'était tout de même autrement plus agréable que l'équitation en épluchant les seaux de petits-pois...). Se lever, descendre les escaliers, allumer la télévision et entamer les croustillantes hostilités.

Et bien tu n'imagines pas, cher lecteur, à quel point le geste qui mène le deux-de-couple à la qualification vers la finale trouve son reflet dans le geste du bras qui consiste à beurrer consciencieusement la cracotte. Tout un art. Une cadence à trouver. Un geste répété des milliers de fois. Ne pas déborder, ne pas surtout pas casser la cracotte, cela demande de la rigueur et de la précision. Il fallait avoir tout beurré sans que le chocolat n'ait refroidi et avant que les courses les plus intéressantes ne soient pas passées. Je termine mon chocolat au moment même où le quatre-sans-barreur australien remporte facilement sa série. Bravo à eux, bravo à moi. J'avais atteint un niveau de maîtrise dont je n'étais pas peu fier. En écrivant ces lignes, il me vient l'envie de reprendre la compétition, là.

Bon allez, y a quoi comme épreuve à la télé demain matin vers 8-9 heures ? (et oui, cette semaine, je suis en vacances :D )

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