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lundi, 21 mars 2011

Lingualité

C'est une tomate-cerise, juste assez ferme et turgescente lors d'un déjeuner entre amis, c'est le contour lisse et parfait de mon stylo-bille en réunion, c'est la surface de mes dents après le brossage. Ma langue glisse dans un mouvement idéal pour quelques instants de perfection tactile.

De la même façon que je raffole du contact de mes lèvres sur les petits rubans de tissu de mon enfance, j'aime toucher et éprouver autant de sensations que possible avec ma langue. Je ressens quelque chose de profondément jouissif dans le fait de caresser avec la langue les surfaces lisses et nettes. Cela n'a rien d'extraordinaire ni de répréhensible, j'ai simplement deux habitudes que certains membres de mon entourage trouvent parfois originales lorsqu'elles sont poussées à l'extrême.

J'ai ainsi comme beaucoup de gens une très forte propension à porter à ma bouche des objets qui n'ont rien à y faire. Tous mes stylos y passent bien sur (et même une fois celui de mon directeur en pleine réunion, le mal était déjà fait lorsque je m'en suis aperçu). Il m'arrive donc à l'occasion de réaliser que je suis en train de léchouiller le manche de ma paire de ciseaux, les coins de mes télécommandes, l'anneau de mon porte-clés, un des boutons de ma chemise noire (la grise aussi), la partie rigide de mes écouteurs, le médaillon de ma chaîne de communiant (ça va de soi), toutes les surfaces accessibles de mes pots de yaourts et, naturellement, les branches de mes lunettes de soleil, l'anse de mes tasses ou encore, juissance intense, les petites cuillères. Le souvenir le plus génant que j'ai en tête au moment où je écris ce billet c'est le cordage de ma raquette de badminton en pleine séance lorsque je vivais à Mouetteland (j'ai arrêté bien vite dès que j'ai réalisé).

Lorsque j'étais à l'école ma langue passait déjà de longues heures en classe à explorer mes tubes de colle, mon équerre et la lame de mon taille-crayon (ouille à une reprise). Mon seul véritable mauvais souvenir du à cette manie remonte au jour où l'une des cartouches de mon stylo-plume a eu la bêtise de se percer. Je te déconseille vivement l'expérience. Vraiment.

Mon autre habitude, c'est la lenteur avec laquelle il m'arrive de manger certains fruits. Une tomate-cerise, un grain de raisin, des groseilles, ça ne se mange pas comme ça en deux coups de dents, c'est un triste gâchis de procéder de la sorte. Alors c'est plus fort que moi, je joue, je caresse, je presse contre mes joues, je fais tournoyer. Il arrive donc de temps à autres que l'on se moque de moi et même que l'on tente de chronométrer le temps qu'il me faut pour arriver au bout d'une figue ou d'une clémentine, ce que je trouve proprement scandaleux (les résultats sont classés secret-défense). J'ai beaucoup de mal à manger une framboise sans la décomposer en petits grains dans ma bouches. Je sais le faire discrètement bien sur, mais c'est fou comme ça peut s'étirer en longueur. Nan mais c'est vrai, si la nature a fait des framboises pré-découpées comme elles le sont, c'est sans doute pour une bonne raison, il faut la respecter.

J'ai du mal à mettre des mots sur ce qui me plaît tant dans le contact lingual. Il y a peut-être le plaisir de satisfaire une curiosité que le regard et le contact avec les doigts ne parviennent pas épancher, mais c'est aussi, ne le cachons pas, un contact particulièrement sensuel (pléonasme ?) que je trouve parfois presque excitant. Les lecteurs les plus férus de Psychologies Magazine y verront peut-être également une signification particulière au sujet de la relation à la mère (la tétée, la sussion...), je n'ai très honnêtement pas d'avis sur la question. Si mon égocentrisme lingual fait parfois sourire, ce n'est en rien un problème (non, je te vois venir, je n'ai quasiment eu de gastro de toute ma vie) et je n'ai surtout pas envie d'en "guérir". Qu'on laisse ma langue tranquille, c'est tout ce qu'elle et moi demandons, je n'ai plus huit ans pour qu'on me demande de retirer l'agrafeuse de ma bouche.

A n'en pas douter, l'un des plus beaux jours de la vie de ma langue est arrivé un mercredi de 1999 lorsqu'après un peu plus de deux interminables années de souffrance et de frustration ma dentiste m'a retiré mon appareil dentaire. Le chemin de fer enfin démantelé, ma langue ne savait plus où donner de la tête en redécouvrant si brusquement toute cette surface dentaire qui s'offrait à elle.

Ce vendredi, au restaurant, le serveur nous a apporté des sucettes avec l'addition. C'était Byzance. Tout seul, à pied dans les rues qui me ramenaient au bercail, je prenais mon pied avec ma langue.

lundi, 14 mars 2011

Mots manquants, syndrome et fuite

Ce soir, en rentrant chez moi j'ai constaté que l'effroyable fuite d'eau en provenance de l'appartement de ma voisine du dessus s'était tarie par un miracle non expliqué (à moins que ce ne soit l'opération du Saint-Esprit, dans ce cas, tout est clair). J'ai alors été pris d'une violente envie de partager ma joie sur Facebook. L'oeil encore frétillant et le coeur battant au rythme de cette bonne nouvelle je me suis saisi de mon clavier pour tapoter les premiers mots qui me sont venus à l'esprit avant de cliquer prestement sur envoyer. Emporté par mon enthousiasme, j'ai aussi copié ces quelques mots vengeurs pour les coller sur Twitter.

Quelques minutes plus tard je me suis aperçu de la monstrueuse faute d'orthographe que j'ai ainsi joyeusement offerte en pâture aux vautours. Je te laisse juger par toi-même :

"Alors Moïse brandit sont bâton et la fuite d'eau de ma salle de bain s'interrompit #Miracle"

(Tu remarqueras que j'ai discrêtement souligné la lettre fautive afin que tu ne passes pas trois quarts d'heure à la rechercher. Je ne suis d'ailleurs pas du tout certain que ce soit la seule faute, je me demande même si on ne dit pas interrompît).

J'aurais vendu ma collection de fourchettes vietnamiennes pour pouvoir corriger cette faute immédiatement mais, hélas, des commentaires ayant déjà été déposés, il n'était plus possible de faire marche arrière. Et puis, il faut bien le dire, j'en ai un peu l'habitude. Mes phrases sont régulièrement truffées de fautes qui me font honte. Toutefois, si je ne suis pas avare en fautes d'orthographe banales, la bévue qui me guette le plus souvent c'est l'oubli de mots. J'en ai déjà parlé ici dans un billet assez ancien, j'ai toujours été plutôt bon en dictée mais dès qu'il s'agit de se concentrer sur le sens du texte et plus sur la mécanique de l'orthographe, mon esprit s'égare et la machine déraille. C'est donc d'autant plus criant lorsque l'on fait l'inventaire des mots manquants et en particulier lors de textes tapés. J'oublie d'ailleurs le plus souvent des mots importants qui donnent tout leur sens à mes phrases. Exemple dans un twitt où je parlais d'un billet écrit par Ubiquist en janvier, j'ai dit quelque chose comme :

"Je trouve que c'est réellement un très billet"

(voilà, ben merci d'être venu, hein)

Je pense qu'en compilant mes Twitts on arriverait sans doute à trouver des mots manquants dans un bon tiers d'entre eux. Je suis ainsi régulièrement la malheureuse victime des pires mauvaises langues de la toile, raillant les non-sens provoqués par mes omissions. Les plus médisants ont même baptisé cette tare le syndrome de Joss. Tu te doutes bien que j'encaisse de façon stoïque et exemplaire sans jamais chercher à répliquer, ce n'est pas mon geeennre...

Je ne sais pas exactement à quel moment c'est apparu. Je crois avoir le souvenir de ma mère fustigeant à l'occasion ce qu'elle qualifiait d'étourderies lorsqu'elle regardait mes devoirs mais cela n'était pas très fréquent. Il m'est arrivé quelques grosses gamelles au collège en orthographe mais là encore, rien de bien extraordinaire. Je me rappelle fort bien en revanche à la fin de mes études m'être pris une remarque salée par le correcteur d'un de mes rapports de stage m'accusant de ne pas me relire et qui avait conclu que mon niveau en français était mauvais. J'avais sans doute répondu quelque chose comme "oui, tu as raison, je suis une pauvre tâche" en opinant du menton.

Je ne compte plus depuis longtemps les fois où je me serais mordu les doigts de pieds (c'est une image, hein) en relisant des mails que je venais d'envoyer. On n'a pas encore inventé, le correcteur orthographique qui te souligne les mots que tu as oubliés, ce ne serait pas pourtant pas bien compliqué, chuis sûr. D'ici là, j'ai beau me relire à l'infini, il en reste toujours entre les mailles du filet alors que je suis pourtant assez bon pour corriger les textes écrits par d'autres. Tu n'imagines pas l'angoisse que je vis à chaque envoi de mail important au travail, relisant mot à mot chacun de mes paragraphes à la recherche de ... justement, à la recherche de ce qui n'est pas là. Et des mails importants, j'en écris bien assez comme ça. Jusqu'à maintenant - je touche du bois et de la peau de Schtroumpf - je suis toujours parvenu à éviter la catastrophe. J'imagine tout de même que si tu lis ce blog de façon plus ou moins régulière il t'est arrivé de te gausser en silence de mes oublis à répétition sans parler des atrocités orthographiques (vilain, vas !).

Je tente toujours d'y remédier mais les résultats ne sont pas vraiment probants. J'en arrive toujours à cette même conclusion pour me rassurer : quand je serai grand, je réussirai à écrire normalement, c'est certain. Hélas, en attendant de grandir, mes mots continuent à disparaître régulièrement et je n'ai toujours pas trouvé d'où vient la fuite.

vendredi, 04 mars 2011

Moquette, hôtesses et petits-fours

CIMG0147.jpgMadame la secrétaire d'état achève une introduction brillante et savamment construite mais sans surprise. L'assemblée réunie dans l'hémicycle déclenche alors une délicate salve d'applaudissement  et les "travaux" vont pouvoir débuter. En ce jour ensoleillé de mars, le Conseil Social, Economique et Environnemental accueille un colloque qui doit être tout ce qu'il y a de plus banal en ces lieux.

Une hôtesse toute de rose vêtue, droite comme la justice et souriante comme une station de RER un lundi matin, se tient à l'une des entrées pour barrer le passage à une armée de contrevenants éventuels. Le foulard rose de son uniforme méticuleusement ajusté apporte la note finale qui vient parfaire son élégance en allongeant sa silhouette.

L'absence d'expression, la rigueur et le statisme de ces hôtesses trouvent leur parfait antagonisme dans l'attitude fascinante de l'interprète pour la langue des signes à l'oeuvre à droite de la tribune. Elles sont trois à se relayer et assurer tour à tour l'essentiel du mouvement et de l'agitation dans la salle. Cette chorégraphie saccadée et théâtrale revêt un côté déroutant au milieu de tant de sérieux, de costumes cravates et de tailleurs. L'une d'elle a pris son rôle de divertisseur avec tellement d'application qu'elle a choisi de porter une sorte de leggings à motif léopard dont l'entrejambe vient joyeusement pendouiller à mi-cuisse.

La séance plénière (qui n'a rien de plus plénier que le reste de la journée) s'achève avec ce quatrième intervenant, une animatrice télé bien connue, et pour l'occasion très inspirée, puis va donc laisser la place aux fameuses tables rondes (qui n'ont rien de plus rond que le reste de la journée). Les intervenants se multiplient ce qui entraine nécessairement une petite confusion sur l'identité et le rôle de chacun mais le débat prend place malgré tout. Nous arrivons pour la première fois de la journée au moment où la parole est donnée à la salle. L'hôtesse quitte alors son rôle de plante décorative (mais rose) pour devenir un porte-micro doué d'une élégance et d'une patience sans faille. Ou presque. Alors que le président de l'association des collectionneurs de caniches vert-pomme en porcelaine du Bas-Poitou n'en finit pas de formuler son incompréhensible question, l'hôtesse commence à se tordre sur elle-même. La hanche part sur le côté, la jambe se crispe et un air légèrement agacé apparait sur les traits, elle perd en en élégance ce qu'elle gagne en humanité.

L'un des intervenants n'a pas saisi qu'avec certains micros, il est opportun de ne pas appuyer sur les P ou bien il s'amuse avec brio à faire sursauter la moitié de la salle à chaque phrase ou presque.

Alors que nous arrivons tant bien que mal au terme de cette matinée avec l'inévitable demi-heure de retard, chacun n'a plus en tête que le moment le plus gratiné de la journée : le buffet déjeunatoire. Cette pause tant attendue ("j'espère que cette fois on n'aura pas juste trois petits fours") est l'occasion de repérer les champions, ceux qui sont les plus ambitieux et les plus aguerris lorsqu'il s'agit de jouer des coudes. Ils sont les premiers sortis de la salle, ils sont les premiers à voir leur assiette bien garnie alors que les autres, eux, sont embourbés au milieu de la plèbe, là où les brochettes de charcuterie et les dés de saumon sont cruellement hors de portée.

Au même moment, les femmes, ces infatigables usines à urine, s'accumulent en une file pas très bien organisée et qui déborde de toutes parts devant la porte des toilettes qui leur sont réservées. Elles échangent des regards contrariés au sujet du buffet qui, pendant ce temps, défile sans elles.

Déjà les desserts font leur arrivée sur les tables. On entend alors une question à l'attention du serveur : "Les Paris-Brest, il sont faits avec de la crème au beurre ?" (oh non, juste avec des fruits et de l'eau, pensez-vous). Près de l'entrée, deux femmes sont totalement absorbées par leurs I-phone et un homme d'une petite cinquantaine à l'air un peu égaré demande à une troisième personne différente où se trouvent les toilettes. Un autre homme un peu plus jeune que la moyenne du jour semble regretter d'avoir mis un pull beige sans forme plutôt qu'une veste par-dessus sa chemise, ça lui aurait donné l'air d'autre chose qu'un stagiaire avec sa besace. Il regrettera sans doute toute à l'heure en se voyant dans un miroir de ne pas s'être coiffé avant de venir. Autour de la cohue qui se bouscule pour pour un éclair au chocolat ou une tartelette (les clémentines n'auront que peu de succès), des hommes en uniforme s'assurent que personne ne monte les escaliers permettant d'accéder à l'étage visiblement interdit aux manants. L'un d'eux, bras croisés, prend même une moue boudeuse qui le rend outrageusement sexy.

L'après-midi venant, les débats reprennent avec des rangs un peu plus clairsemés. Les cheveux sont coupés en quatre au sujet de la pertinence d'inclure les caniches nains au sein du corpus regroupant les quadrupèdes-de-petite-taille-mais-pas-trop (poney shetland compris). L'un des nouveaux intervenants a choisi (à dessein ?) de capter l'attention du public en usant de termes de son invention, mention spéciale au substantif FINITUDE. Malgré cette originalité bien sentie, on perçoit ça et là parmi les auditeurs quelques signes de lassitude. Celui-ci affuble son bloc-note d'un très joli croquis (mais, au juste, ça représente un cocotier ou bien un dromadaire ?). Même la chorégraphie des interprètes est devenue sans relief. Certains envient ce photographe fort bien habillé qui, lui, a la chance de pouvoir se dégourdir les jambes autant qu'il le souhaite.

Il est 16h45, l'heure à laquelle théoriquement nous devrions tous être en train de faire la queue devant le vestiaire avec nos petits cartons oranges en main mais non, on ne parvient d'ailleurs pas encore à savoir si le bout du tunnel est proche. Et puis, miracle, par une pirouette très habile, la maitresse de cérémonie trouve les mots pour conclure à une vitesse défiant les lois du colloque. Je me saisis de ma besace et je réajuste une énième fois mon pull beige avant de dévaler les escaliers en me disant que, décidément, les colloques ce n'est pas ma tasse de thé.

dimanche, 27 février 2011

Caleçon, gravité et ce-qui-devait-arriver

entrer des mots clefsIl y a quelques mois, alors qu'une grave pénurie commençait à sévir dans mon armoire, j'ai entrepris de faire souffler un vent de nouveauté dans ma garde-robe en matière de sous-vêtements. Les conseils avisés de mon entourage parisien et quelques passages en magasin m'ont permis de reconstituer rapidement un stock décent et assez innovant question coloris. Un léger bouleversement pour moi.

Comme la plupart des garçons je suppose, j'ai porté comme sous-vêtement uniquement des slips pendant toute mon enfance et le début de mon adolescence. Je ne saurais pas vraiment dire ce qui l'a décidée mais un jour ma mère a subitement entériné que l'hégémonie du slip avait vécu et qu'il était temps de grandir. C'est ainsi qu'un vendredi soir en rentrant des courses hebdomadaires ma mère m'annonça entre deux tranches de jambons fumé sans couenne et un lot de trois tubes de dentifrice dont le troisième était gratuit qu'elle m'avait acheté deux caleçons. Une révolution. Je devais avoir treize ou quatorze ans. Mon enfance venait de s'écrouler froidement, gisant sans vie à mes pieds. J'allais porter des caleçons comme on en voit dans les publicités à la télé. Des caleçons. Comme les adultes.

A un âge où mon ambition était de paraître aussi semblable aux autres que possible, je crois bien que je ne m'étais encore jamais posé la moindre question au sujet de ces vêtements auxquels je confiais mon intimité. Ma mère toute-puissante (...) faisait les achats, je n'avais jamais trouvé matière à tergiverser.

Je m'étais donc saisi des deux précieux vêtements et, le soir venu, j'en étais à me demander lequel du blanc ou du noir, j'allais revêtir en premier pour ma séance d'essayage solitaire. Il s'agissait de deux caleçons assez lâches même si le tissu était de type extensible, pas de boxer pour cette première fois. C'est le noir qui recueillit mes préférences. L'emballage montrait comme souvent l'anatomie ventrale d'un mannequin que je trouvais fort agréable à observer. Dans un cérémonial discret, j'enfilai le vêtement noir et découvris alors une sensation toute nouvelle due à l'absence quasi-totale de maintien qu'offrent les caleçons flottants. Le vêtement était bien là mais, contrairement au slip, la gravité était souveraine. J'étais donc face au miroir de l'armoire de ma chambre, vêtu d'un banal tee-shirt et de mon tout premier caleçon.

Et ce qui devait arriver arriva (1) : le contact inédit de ce tissu agréable sur ma peau d'adolescent me mis rapidement en émoi (j'ai toujours été quelqu'un de très tactile). Il n'est pas utile que je te fasse un dessin pour que tu comprennes ce qui se passa exactement après les premiers instants. La gravité devint donc toute relative.

Et ce qui devait arriver arriva (2) : ma mère, pour une raison que je ne me rappelle absolument pas, entra dans ma chambre et constata donc que j'étais en train de procéder aux essayages (tu seras un homme mon fils). Quelle chance que j'ai toujours eu l'habitude à cet âge de porter des tee-shirt bien trop grands, celui-ci masquait complètement les effets que la nouveauté tactile produisait sur moi.

Et ce qui devait arriver arriva (3) : ma mère, prodigieusement curieuse (contrairement à ses habitudes), souhaitait en savoir plus et me demanda de lui montrer comment ce caleçon m'allait. A ce moment, pris au dépourvu, j'ai légèrement relevé mon tee-shirt en lui tournant le dos afin qu'elle puisse au moins voir l'arrière alors que mon coeur commençait sérieusement à s'emballer. Toujours présente dans l'entrebâillement de la porte et ne reculant devant rien, elle alla encore plus loin "Et devant, ça fait comment ?"

Il arrive parfois des instants qui durent une éternité. Ces instants où tu réalises qu'on t'a posé une question depuis quatre secondes, tu n'as toujours pas répondu et tu ne sais d'ailleurs absolument pas ce que tu vas répondre. Cette scène est pour moi un bel exemple. J'ai fini par me résigner et pivoter lentement en relevant l'avant de mon tee-shirt, les joues prêtes à rougir, voyant l'instant d'horreur arriver au ralenti. Ooooh-Moooon-Dieu.

Et ce qui devait arriver arriva (4) : la porte de ma chambre se referma instantanément et sans un mot. J'étais à nouveau seul.

Je suis resté presque assommé par ce moment d'intimité que je n'aurais tellement pas voulu partager. C'était terrible. C'était tellement honteux. J'avais une furieuse envie de tout rembobiner. Les slips ce n'était pas si mal, après tout. Je me suis rassuré en me disant qu'elle aussi avait du se trouver très mal à l'aise et qu'elle devait d'ailleurs regretter cette curiosité soudaine. Comme prévu nous n'en avons jamais reparlé, l'incident était clos.

Après quelques années de réflexion, je me dis cependant qu'elle est tout de même gonflée, ma mère. Après avoir tant insisté pour voir mon caleçon, elle a quitté la pièce sans même me dire ce qu'elle en pensait.

Et là, dans ma nouvelle garde-robe, j'ai plein de trucs sympa à lui montrer.

samedi, 19 février 2011

Table basse, portillon et petits pincements



CIMG0136.jpgC'est fou tout ce que mes parents ont changé dans la maison depuis que je l'ai quittée il y a un peu plus de trois ans. Ils ont fait installer des volets roulants électriques parce que c'est tellement plus pratique. Ils ont fait refaire la salle de bain de fond en comble, ma mère en rêvait depuis si longtemps "et puis ces sèche-serviette c'est vraiment bien pensé ". La cuisine est désormais équipée d'une batteries de petits appareils électriques dont je serais à peine capable de te dire le rôle exact. Toutefois, au milieu de ces appareils modernes trône toujours ce grille-pain dont ma mère avait fait fondre une partie du plastique il y a quelques années, un jour où elle avait introduit du papier alu à l'intérieur pour ne faire griller qu'une face de son pain (mes talents culinaires sont un précieux héritage).

Mes parents ont aussi eu l'idée saugrenue de remplacer la table basse du salon, support de nos gribouillages d'enfants (aaaah le jour où j'avais entrepris de redécorer le canapé à coups de feutres...), par cet autre meuble qui me fait bondir chaque fois que mon regard se pose dessus. Notre table à nous avait tellement plus de charme avec sa surface pas vraiment plane et ses pieds grossièrement taillés. "Ah oui mais tu vois, celle-là elle a deux grands tiroirs, c'est tellement mieux pour ranger les télécommandes ". Mes parents ambitionnent de coloniser MA chambre pour y installer la leur ce qui me laisse une impression mi-figue mi-raisin. Elle y a déjà posé une horrible paire de rideaux, signe avant-coureur de l'inexorable invasion. Je pense parfois avec amusement aux quelques surprises qu'ils auront le jour où il se décideront à vider méticuleusement le placard que je garde encore copieusement rempli. 

Ils ont également fait refaire la toiture, ils ont remplacé le portillon qui avait du mal à tenir debout et s'apprêtent à changer le papier-peint du séjour (ça, au moins, je ne saurais leur en tenir grief). Chaque fois que je reviens ici le temps d'un week-end, je débarque à taton en cherchant d'un regard presque craintif, lesquels de mes souvenirs matériels ils auront eu l'idée de faire disparaître ("on a mis ton ancien bureau dans l'autre chambre puisqu'il ne sert plus à rien "). Mes parents font vivre comme il se doit leur maison, en entretenant d'une main de maître tout ce qui, de-ci de-là, pourrait donner des signes de fatigue et je ne peux que les en féliciter. C'est sans conteste la meilleure chose à faire même si, à chaque nouveauté, j'ai le sentiment qu'on nous arrache un lambeau d'histoire familiale.

Je me réfugie dans le petit jardin dont l'aménagement n'a jamais cessé de s'étoffer avec le temps et je console tous ces pincements avec un solide frisson de réconfort: sur le ciment de la terrasse, à travers une flaque d'eau, je distingue encore facilement l'empreinte de patte que la chienne de mon enfance avait laissé malicieusement le jour où mes parents avaient coulé le ciment, quelques années avant ma naissance.

 

Françoise Hardy, La maison où j'ai grandi

vendredi, 11 février 2011

Doux Prince

J'étais en CM1, une institutrice avec laquelle nous avions cours deux heures dans la semaine en plus de notre sinistre enseignante attitrée était absente (parce qu'elle avait dû se blesser avec une craie ou se fouler le chignon ou quelque chose de la sorte). Je me rappelle donc que nous avions eu un cours avec sa remplaçante, juste un cours. Dans mon souvenir, elle avait les cheveux courts et blonds, légèrement roux, peut-être. Je suis incapable de dire comment je le sais mais c'était un cours d'histoire, j'en suis certain. 

Je ne me rappelle pas grand chose de cette leçon en dehors du moment où Madame Cheveux-court a fait l'appel. Elle a passé en revue chacun de mes petits camarades sans faire un pli et puis, au moment de prononcer mon prénom, elle a fait quelque chose que j'ai interprété comme une grimace en s'étonnant : "Ah tiens mais qu'est ce c'est que ce prénom ? ça vient d'où ?". Je sais qu'à ce moment je suis devenu rouge et j'ai bredouillé quelque chose qui n'avait pas vraiment de sens et devait d'ailleurs être parfaitement inaudible, la laissant manifestement convaincue de l'exotisme prodigieux de mon prénom. Et je me suis senti coupable. Même pas capable d'avoir un prénom normal. Je m'en suis voulu et j'en ai voulu (pendant des années) à mes parents. Mais enfin pourquoi avaient-ils eu cette idée saugrenue de m'appeler comme ça, saperlipopette ? 

Pendant des années j'ai détesté mon prénom. Je le percevais comme une sorte d'énigme se posant à tout ceux que je rencontrais car une partie non négligeable d'entre eux semblaient redécouvrir la lune la première fois qu'ils l'entendaient ou le lisaient, la palme arrivant lorsqu'il leur fallait l'écrire. Je crois que mon pire souvenir à ce sujet, c'est cette élève anglaise du collège de la banlieue de Manchester où j'étais parti pour une semaine en cinquième, incapable de prononcer ces même-pas trois syllabes malgré ses multiples et courageuses tentatives. Mon prénom était imprononçable pour un non francophone. Alors là, c'était le pompon.

Mais pourquoi ne m'avaient-ils pas appelé Julien, David ou Matthieu, comme tout le monde ? Dans le but évident de m'énerver encore plus, ma mère étalait au contraire sa fierté de voir qu'elle avait réussi à me donner un nom qui faisait de moi un exemplaire quasi unique puisque personne ne s'appelait comme moi à l'exception d'un ou deux joueurs de foot ou de vagues connaissances éloignées (le beau frère du voisin de la cousine Gisèle, éventuellement). Jamais par exemple, on n'entendait que le petit Joss, quatre ans, s'était perdu et attendait ses parents à la caisse de SuperU. Jamais.

L'autre type de réaction auquel j'étais régulièrement confronté, c'était "Ah ! avec un prénom comme ça, tu es forcément un petit Breton". Et bien non. Et là encore, j'en voulais à mes parents. Mais pourquoi vouloir faire croire faussement aux gens que je venais de Bretagne. Ils me faisaient sciemment passer pour un imposteur, nom d'une pipe en bois !!

Au lycée, j'ai même eu l'idée qui allait me permettre de me débarrasser de ce fardeau : sitôt le début de mes études arrivé, j'allais me faire appeler par l'un de mes deux autres prénoms. Mon troisième prénom dont j'étais en revanche plutôt fier allait ainsi sauver mon existence (en me rendant tellement plus beau, drôle et intelligent) : j'allais donc me faire appeler Raphaël (quatre consonnes et trois voyelles...). Et puis, vas savoir pourquoi, je n'ai jamais mis ce plan à exécution. Ma solution de secours est donc restée à l'état de quelques lettres imprimées silencieusement sur mes papiers d'identité.

Je crois que j'ai cessé d'avoir un avis négatif sur mon prénom lorsque j'ai compris que, non, le bonheur ne réside pas dans le confort tranquillisant qui vise à se fondre dans la masse. Et puis, il y a quelques années, à la faveur d'une conversation sur internet, mon copain de l'époque m'a donné la signification de mon prénom en breton, chose que je n'avais jamais eu la curiosité d'aller chercher moi-même. Doux Prince. Je dois dire que j'ai trouvé très classe. Et puis ça me va si bien. Nan, c'est vrai, quoi, Doux Prince, ça claque son teckel, comme diraient les gens qui s'expriment avec éloquence et raffinement. 

Et puis récemment des gens ont eu l'idée heureuse d'aller regarder l'influence des prénoms sur les personnalité sur des sites internet d'une immmmmense valeur scientifique et de m'en faire part. Tu sais, ce sont ces sites reconnus (par moi) d'utilité publique en matière de Dis-moi-ton-prénom-je-te-dirai-qui-tu-es. Les sites les plus fiables sont formels. Je le savais pertinemment mais évidemment lorsque j'avance moi même les arguments, je ne peux être aussi crédible que des sources reconnues comme des références indubitables. Et donc voilà, tu ne pourras pas dire le contraire puisque ce sont eux qui le disent. Je te laisse juger par toi-même à la lumière des lignes extraites de la page décrivant les Joss que je te rapporte ici fidèlement :

"Ce sont des hommes séduisants et d'un commerce agréable, puisque sociables, communicatifs, gais et souriants. Leurs qualités sont habituellement : sensibilité, émotivité, tact, tolérance... Ils sont aussi idéalistes de nature, parfois même avec un certain esprit réformiste. Ils aiment que tout le monde soit heureux autour d'eux."

C'est édifiant, non ? Bien sur que oui. J'en arrive donc, enfin, à la conclusion que je recherchais : c'est scientifiquement prouvé, je suis A-DO-RA-BLE.

Et voilà, CQFD. Merci Papa. Merci Maman.

dimanche, 30 janvier 2011

Prêt à porter, Artaban et petite boulette

Le vendeur est un adversaire fourbe que j'ai toujours du mal à affronter. Qu'il essaie de me faire acheter une paire de chaussettes ("parce qu'on en a toujours besoin, vous savez"), un abonnement à Connais-Ton-Métier-Magazine, ou une garantie de 2 ans pour cette télévision que je viens d'acheter ("parce que même si c'est du matériel de qualité, avec l'électronique on ne sait jamais"), le vendeur a longtemps réussi à me mettre mal à l'aise. Il me pousse dans mes retranchements, il me fait bredouiller comme un petit garçon qui baisse les yeux au moment de dire non comme si c'était avouer une bêtise alors que ma gestuelle trahit mon indécision.

Evidemment depuis que je suis grand, je sais fixer mon interlocuteur trop insistant avec ce qu'il faut de fermeté artificielle pour lui faire comprendre qu'il peut se la garder, sa deuxième chemise en poil de serpillère qui m'irait si bien. Toutefois, je déteste toujours ces instants où le regard inquisiteur cherche à trouver en moi l'étincelle de doute prometteuse et je m'arrange toujours pour éviter ou abréger ce genre d'échanges. En quelque sorte, je crois que le vendeur fait remonter en moi tout un flot de confiance défaillante à l'heure de dire NON, vas jouer ailleurs. Enfin, ta gueule, quoi.

Hier, j'étais à la recherche d'un pull avec col en V, gris ou éventuellement noir. Une furieuse rareté. Un défi de taille comme tu peux le supputer. J'ai découvert tout près de chez moi il y a peu de temps la rue aux mille et une boutiques de prêt à porter masculin qui peuvent toutes ou presque proposer ce genre de denrées. Bien évidemment, je garde à l'esprit le passage de la joute verbale face au vendeur. D'une certaine façon, je prépare le terrain en repérant autant que possible la boutique, les articles potentiellement intéressants et le vendeur ennemi avant de m'engouffrer dans l'antre du commerce et de la fourberie.

Cette fois-ci j'ai été comme happé. Je m'étais attardé devant une vitrine qui semblait correspondre à mes attentes et l'ennemi est venu directement sur le trottoir pour amplifier son racolage. Une fois à l'intérieur, il a tenté de refermer le piège sur moi à grands renforts de "et cet autre pull", "et ces costumes", "et cette veste". Le perfide manipulateur tentait l'humour, la création de besoin et même le jugement. Mais je tenais bon. Enfermé dans la cabine d'essayage je repoussais avec une répartie inspirée et plutôt drôle ses légères remarques sur mon manque d'enthousiasme manifeste. J'avais moi-même trouvé dans les rayonnages le modèle et les tailles qu'il me fallait, l'affaire allait être rondement menée. J'ai simplement connu une hésitation au moment de me décider entre noir et gris foncé. J'ai répondu un non ferme et affirmé à chacune de ses allusions, j'aurais presque pu hausser le ton je crois. J'en suis ressorti assez fier. Très, même.

De retour chez moi c'est donc fier comme Artaban (un jour il faudra que je cherche qui est ce fameux Artaban) que j'ai essayé une nouvelle fois devant le miroir ce pull que j'avais si vaillamment conquis. Et c'est étrange comme ce pull ne me fait du tout la même silhouette que dans la boutique. D'ailleurs c'est curieux, les manches sont beaucoup plus longues. Un rapide coup d'oeil sur l'étiquette et un flash back plus tard, l'amertume me gagne... Trop occupé à répondre à l'ennemi je n'ai pas pris la peine d'essayer le coloris que j'ai fini par choisir et j'ai comme qui dirait mélangé les étiquettes. Voici donc le petit Artaban vêtu d'un magnifique pull en taille XL, parfait pour le réchauffer jusqu'aux genoux lors des longues soirées d'hiver.

J'ai d'abord pensé que ce n'était pas possible, tout simplement, il devait y avoir une explication, mon pull allait rétrécir à mon prochain claquement de doigts et retrouver sa taille idéale. J'ai ensuite regardé méticuleusement le miroir en me demandant si tout de même, je ne pourrais pas le porter ainsi (... ahahahahah ...). En tout cas, il était hors de question que j'y retourne. Nan mais la honte, quoi. J'ai cherché à qui je pourrais bien le refiler. Après un quart d'heure à faire les cent-pas, j'ai fini par me convaincre de l'abominable réalité : j'allais devoir retourner dans la boutique, expliquer mon erreur à l'ennemi, espérer qu'il veuille bien procéder à l'échange (l'article étant en solde, rien l'y oblige) et faire face au sourire forcément amusé qu'il allait m'adresser. C'est donc Artaban pas fier du tout qui est retourné dans la boutique en entamant la conversation par "Heu, vous allez rire... enfin... , j'espère...".

L'échange s'est passé comme une lettre à la poste. J'ai occupé une partie de ce dimanche à me passer la main sur la poitrine (discrètement, hein) pour caresser ce pull si doux qui me va si bien. Affronter le vendeur deux fois, ça en valait en bien la peine. Une fois de plus, je suis un peu le roi du monde.

mercredi, 26 janvier 2011

Trois pas en avant, pour prendre le temps, d'imaginer...

Paris Combo, Sous la Lune

La machine à laver a terminé son ron-ron trop sonore et j'ai largement eu le temps d'aller déposer son contenu frais et humide (quelle chienne de vie) sur les bras du séchoir. La télévision est close, les voisins en sourdine et le boulevard tout proche ne font pas plus de bruit que le mouton en peluche qui surplombe l'un des petits meubles de ma chambre. La chanteuse de Paris combo est seule à habiller de son cette soirée tamisée.

Je promène un regard inquisiteur sur mon petit appartement. Le regard critique et sans pitié constatera qu'un brin de ménage ne sera pas un luxe dans les jours à venir. Toutefois chaque chose me semble gentiment à sa place, même ces deux livres à l'équilibre précaire ou cette casquette posée un peu par hasard sur le chevalet. C'est en quelque sorte comme si ce joyeux désordre - relatif-  avait un sens, mon joyeux désordre. Mon petit appartement et ses vingt-quatre mètres carrés qui font sourire les provinciaux est agencé à ma guise avec sa décoration pas vraiment aboutie et même cette porte de placard que l'habitant des lieux va devoir SERIEUSEMENT penser à réparer.

Il reste des choses à faire et à arranger dans mon appartement comme dans ma vie. Mais, à ce jour, mon petit appartement me plait tel qu'il est.

Appuyé contre l'une des fenêtres je cherche vainement la lune du regard et je lève mon mug à ma première année parisienne qui sera bouclée demain. En souhaitant qu'il y en ait tant d'autres comme celle-ci. Aussi riches, aussi fortes.

lundi, 17 janvier 2011

Ce que je ne serai pas

Lenka, Anything I'm not

Lorsque j'étais petit et que les Milky Way étaient encore ce qui se faisait de meilleur sur terre (avec la glace à la pistache), j'avais l'habitude de passer de grandes périodes à rêvasser à ce que serait mon avenir. A l'heure où l'enfance permet encore l'espoir de tous les possibles je me suis imaginé devenir tant de choses, comme bien d'autres enfants, sans doute. Dans les scénarios les plus probables j'allais devenir scientifique de renom, instit ou lanceur de javelot (ou Chevalier du zodiaque, éventuellement).

Plus tard, l'âge de raison venant, je me suis vu chimiste, les nouveaux gels douche qui rendent beau et bronzé, ce serait moi. Ou journaliste, tiens. Quoi qu'il en soit, j'allais forcément recueillir l'admiration évidente d'un entourage qui se féliciterait en permanence d'avoir le bonheur de me connaître. J'allais devenir grand et populaire (ça ce sera pour le lycée, sans doute), et j'aurais une répartie si facile et furieusement aiguisée. Je me suis vu écrire, aussi. J'allais remplir des pages et des pages d'histoires ou de chroniques dont des centaines de lecteurs allaient se délecter.

Mais une fois encore, la vie, cette garce, en a décidé autrement : la chimie c'est vraiment beaucoup trop chiant dans la vraie vie (crois moi, je sais de quoi je parle). Le champ des possibles se réduit au rythme des pages de calendrier qui s'amoncellent dans la corbeille et les rêves se font moins ambitieux (trouver un polo en solde à ma taille, ce serait tellement merveilleux).

Les autres ont souvent ce petit quelque chose que j'aurais aimé moi même avoir, une stature, une aisance naturelle, un boulot passionnant (au moins en apparence). Il est toujours aisé de jalouser la réussite de son voisin de palier ou au moins ce garçon dans le métro qui, lui, parvient à porter un bonnet tout en restant si élégant. Le métier qui me permet de gagner ma croûte et mon bermuda jaune que le monde entier m'enviera un jour prochain ne fait pas partie de la liste des souhaits énoncés dans mes vertes années, il en est d'ailleurs assez éloigné (j'aurais voulu être violoncelliiiiiiste). 

Je liste alors avec une pointe de regret un peu piquant toutes ces choses que j'ai égrainées dans mes pensées d'enfant et à côté desquelles on finit par passer. Parce qu'il faut bien se rendre à l'évidence : je ne serai jamais lanceur de javelot. Non, n'insiste pas.

dimanche, 09 janvier 2011

Considération royale (mais brève)

Je ne comprends pas. Hier soir encore on me vénérait, on m'affirmait couronne à l'appui que j'étais roi. On m'a laissé choisir une reine (au demi regard de braise), on m'a pris en photo dans les postures les plus élégantes qui soient, on s'est prosterné devant moi en me promettant monts et merveilles (ça je l'ai rêvé peut-être, je ne sais plus).

Ce week-end se passait selon les règles du protocole d'une façon tout à fait conforme au standing qu'une personne de mon rang est en droit d'exiger. J'ai fréquenté vendredi un haut-lieu gastronomique en compagnie de personnes aussi exquises que distinguées (à l'exception notable d'un convive ne sachant manifestement pas se tenir en société avec de grandes personnes). J'ai poursuivi en côtoyant samedi un autre interlocuteur de qualité en cours de journée avant d'être couronné en grandes pompes et à grand renfort de frangipane et pâte feuilletée par l'élite des soirées mondaines parisiennes. Cette soirée de couronnement s'est achevée fort tard dans la nuit, eut égard aux contraintes imposées par le protocole. J'ai conclu ce dimanche avec d'autres festivités dont on pourra dire qu'elles étaient dignes de ma présence.

Je m'insurge donc contre cette ineptie absurde et révoltante selon laquelle il faudrait tout de même que j'aille travailler demain. C'est intolérable. C'est injuste. Mes droits de souverain sont bafoués, je compte bien les faire valoir. A quoi bon être roi si c'est pour être traité comme le premier roturier venu ? D'ailleurs j'exige qu'on m'apporte ma camomille au lit sans plus tarder.

Je le demande donc expressément ici : qui est prêt à venir me soutenir et assurer ma défense ?

Et qu'on amène la chaise à porteeeuuurs !!