dimanche, 07 juin 2009
J'ai toujours préféré aux voisines les voisins
Ce matin, le soleil perce généreusement entre les arbres du Parc de Pignerolle. Le ciel bleu aidant, je me suis résolu à venir faire quelques foulées pour entamer ce dimanche avec bonne conscience, en plus d'être passé par le bureau de vote. Quelques mètres devant moi une brochette de trois joggueurs a fait de même. Leurs mollets ne laissent pas de place au doute : si je ne suis qu'un pratiquant occasionnel (et encore), eux sont des adeptes réguliers de la torture respiratoire en sous-bois.
Les mollets sont savamment dessinés par l'effort, bien accordés avec les cuisses tout comme leurs bras que les manches courtes laissent découvrir au grand jour. Le bronzage est également de mise, cela va sans dire, on déplorera simplement que les shorts ne soient pas un peu mieux ajustés (le cycliste a parfois du bon ;-) ). Je reste un petit moment derrière le groupe qui a choisi d'adopter une allure très modérée me permettant de les conserver dans mon champ de vision à portée de tir. Pendant quelques temps, je me sens même mu par une énergie insoupçonnée qui me permet de suivre bien plus longuement que je ne l'aurais pensé (comme c'est étonnant ... serait-ce la pratique du badminton qui m'aurait donné ce nouvel allant ? ou bien ... ).
Quelques minutes plus tard, ma brochette de joggueurs empreinte un itinéraire différent du mien et, craignant de ne plus tenir très longtemps, je préfère ne plus les suivre (rester digne, en toute circonstance). Ce sont ensuite deux filles de mon âge qui trottinent devant moi. Elles aussi ont la silhouette sportive et joliment taillée, l'une d'elle particulièrement. Mais voilà, c'est différent, c'est moins... moins attrayant ? oui, je crois que je peux le dire ainsi.
Je me suis alors souvenu l'une des conversations du week-end dernier sur la découverte de nos attirances à l'adolescence. Je me suis souvenu ce jour de quatrième ou cinquième, je ne sais plus exactement. On était en cours de sport, dans les vestiaires, l'un des garçons avait sorti de son sac de sport un magazine de cul qui devait être New Look ou l'un de ses concurents. Je me rappelle alors la ruée des autres garçons vers les photos, une sorte de mélée de rugby catégorie ado boutonneux, je me rappelle être resté complètement perdu, consterné avec mon survêtement dans les mains, seul de mon côté du vestiaire alors que les autres paraissaient en ébullition.
Que dire ? que faire ? Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, que je ne parvenais pas à être comme les autres. Je me suis demandé si je devais faire semblant, si je devais moi aussi essayer de me méler à la cohue dans le but d'apercevoir un bout de sein que je trouverais de toutes façons sans intérêt. Dans le doute, je suis resté planté avec un sourire de façade faussement amusé et bien inutile puisqu'évidemment personne ne me prêtait attention, ils était bien trop occupés. Et puis je ne sais plus comment mais l'orage avait fini par passer, le déferlement d'hormones s'était calmé. Mais je n'ai jamais oublié ce moment, la toute première fois, je crois, que ma différence m'est apparue en pleine face, si évidente.
A la même époque, je me souviens qu'à chaque passage chez un marchand de journaux, j'essayais sournoisement de pointer mon regard dans les rayonnages les plus hauts, ceux où j'avais aperçu de temps à autres quelques clichés de garçons dénudés. Une fois, j'avais été interloqué par ce gros titre que j'étais parvenu à déchiffrer : "Les gars de la marine, on n'est pas tous des brutes". J'y avais pensé des semaines durant, essayant d'interpréter au mieux ce que cela pouvait bien vouloir dire exactement... Que c'est beau la naïveté lorsqu'on y repense dix ans plus tard.
Je me suis souvenu enfin ce jour d'été où pour la première fois de ma vie je m'étais autorisé à regarder des garçons dans la rue. C'était une libération, c'était un envol. C'était un jour de grand soleil et j'avais senti mon coeur battre lorsque sur la place du Ralliement, mes yeux s'étaient posés sur un T-Shirt blanc fort bien porté, et fort bien rempli.
Bon ben finalement la grognasse de devant, elle n'avance pas assez vite. Pour une fois, c'est moi qui dépasse. Ca me permettra de voir s'il n'y a pas d'autres jolies choses à aller voir plus loin.
13:23 Publié dans Homo-acceptation, Petits souvenirs et grands récits | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note
samedi, 16 mai 2009
Mais je n'en étais pas
Revenu au bercail pour le week-end, j'étais parti dans les rues d'Angers à la recherche du parfum qui m'accompagnera et me rendra irresistible pour les mois à venir, enfin, surtout en juillet (c'était couru d'avance, ce sera un Kenzo). J'entendais bien le bruit en centre-ville mais je n'avais réalisé de quoi il s'agissait. Et puis, au détour d'une rue, elle est là, face à moi.
Plus jeune, je l'avais redoutée, j'évitais soigneusement tout possibilité de la croiser, ne mettant jamais le nez en ville lorsque que je risquais de me retrouver en face d'elle. La simple idée de l'apercevoir me mettait nécessairement mal à l'aise, appuyant le doigt sur mes peurs et mes contradictions. La fuite était toujours la meilleure solution. Par conséquent, je n'avais donc jamais vu la Gay Pride dans les rues d'Angers.
Je me souviens l'avoir croisée sciemment en 2007 à Nantes, cette fois nous étions deux et je me sentais plus fort pour aller l'épier, ne serait ce que par intérêt anthropolgique. Je me rappelle y avoir été très attendri par un couple de jeunes filles dans les bras l'une de l'autre, regardant passer le cortège en silence, l'oeil brillant et le sourire aux lèvres. Je me souviens aussi avoir été charmé par ce garçon d'à peu près mon âge qui m'avait remis un tract relatant les émeutes de Stonewall. Cela dit, en dehors de quelques minutes passées (caché ?) sous le drapeau Arc-en-ciel, j'étais resté un simple passant à l'air vaguement intéressé.
Aujourd'hui je suis à nouveau ce passant anonyme qui ne fait que regarder en conservant ces distances. Je les regarde tout de même en souriant aux regards que je croise mais je ne parviens pas à faire plus. Je m'étonne de leur nombre, je m'étonne de leur jeunesse également (ils ont 15 ans à tout casser, ces deux là...).
Une perverse curiosité (ou curieuse perversité ?) m'amène à faire quelques détours dans les rues que je connais bien pour être sûr de croiser par le plus grand des hasards le cortège une ènième foi. Tous ces visages me sont rigoureusement inconnus, je ne connais aucun gay à Angers. C'est un peu dommage, c'est comme ça.
L'un des animateurs prend le micro et s'adresse aux participants. Ils étaient selon les organisateurs 900 au départ et plus de 1500 au plus fort de l'après midi, un record pour ce qui constitue la dixième édition (on attendra pour connaître les chiffres de la police...). Je trouve cela plutôt réconfortant de voir ce bon millier de personnes motivées et enjouées, le tout dans une ambiance visiblement simple et conviviale. Mais je n'en étais pas.
18:16 Publié dans Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
mardi, 27 janvier 2009
Les chaussures roses
Robert Post, Everything is fine
Le souvenir m'est revenu subitement ce week-end autour d'une conversation sans importance particulière. Il m'était totalement sorti de l'esprit depuis des années. Lorsque j'avais cinq ans (je me souviens, j'étais en dernière année de maternelle) j'ai chaussé pendant quelques mois une ravissante paire de baskets roses. Il s'agissait d'une paire de chaussures à scratch que j'avais choisies autant pour ce mode de fermeture que la teinte légèrement bonbonneuse. Je me rappelle avec une précision étonnante les réticences de ma mère dans le magasin, me demandant à plusieurs reprises si c'était vraiment cette paire que je voulais. J'imagine aujourd'hui toutes les pensées qui ont pu la traverser ce jour où le rose fit une intrusion si inattendue dans ma vie. Je me rappelle aussi les sourires de ma grand-mère et mes oncles et tantes lors des repas de famille qui ont suivi. Je ne saurais dire en revanche si je les avais portées à l'école, je n'en ai pas le souvenir. Je me rappelle enfin que du fait de leur couleur et aussi de leur texture, je les appelais "mes cochons" (tiens, voilà qui va encore ameuter des internautes aux mots clés imagés).
C'était une bien douce époque où je ne ressentais pas d'inhibition et n'étais pas encore convaincu par les intentions pressantes de mes parents de me voir vêtu de bleu ou de vert. A cet âge, l'essentiel de mes tourments était occasionné par la cantine de l'école.
Je me souviens que je répondais aux sourires des gens étonnés par mes chaussures avec un même sourire, pour leur dire oui c'est moi qui les ait choisies. Fièrement. J'étais un enfant des plus souriant. Et bavard, aussi.
Et puis, je ne sais plus vraiment à quel moment mais les choses ont tourné du tout au tout. Mes chaussures roses ont fini au placard de la même façon qu'on y cache un petit coussin au ruban de satin. Je suis devenu taciturne et follement introverti. Le rose a été banni de mon monde. Comme si avec le temps j'avais appris à me cacher, pour des années. Et aujourd'hui encore, même si le rose a été réhabilité, il subsiste toujours cette perpétuelle habitude de se cacher.
I remember I was young, Not that i'm old, but I was young
I have lost all my sense, I'm a bit wiser, but lost my sense...
I remember I was a smile, Now I hide, I used to smile
It is because of all hurry i have learned, To live by...
21:45 Publié dans Homo-acceptation, Petits souvenirs et grands récits | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
mardi, 11 novembre 2008
Joss découvre la vie : Le crime est notre affaire, Têtu...
Le week-end dernier, j'ai poursuivi mon apprentissage intensif de la vie grâce aux deux jolis jours passés à Paris chez mon chéri à moi.
J'avais prévu de vous parler de Têtu en premier mais je me suis aperçu que j'avais en définitive pas mal de choses à raconter sur le sujet, je vais donc débuter par le contenu cinématographique de ces deux jours : nous avons choisi d'aller voir Le Crime est notre affaire.
Je n'avais pas vu les autres aventures du couple Beresford dans Le fil à la patte Mon petit doigt m'a dit, j'avais toutefois déjà aprécié L'heure zéro, autre roman d'Agatha Christie adapté par Pascal Thomas. Le crime est notre affaire joue avec les clichés du genre et s'en sort à merveille.
Ce film est un délice. C'est une ambiance, c'est un jeu, un amusement. Catherine Frot est pétillante. Il y a cette ambiance délicieusement sombre, toujours habitée par des touches de dérision tout en subtilité et en finesse. Je n'ai jamais été particulièrement doué pour parler de cinéma, je me contenterai donc de vous dire que si vous avez l'occasion d'y aller, n'hésitez pas.
Et ce week-end j'ai donc découvert Têtu. Si, je vous assure, je n'y avais jamais touché auparavant, et pourtant, Têtu et moi, c'est tout une histoire.
Une histoire qui a duré des années. Je ne sais plus trop à quel moment j'ai commencé à repérer la couverture de Têtu dans les étalages et les vitrines de marchands de journaux mais j'ai vite pris l'habitude de chercher des yeux la couverture aux abdos exposés à chaque passage devant une maison de la presse. Au tout début, je ne savais même pas que le magazine s'adressait aux coins-coins (et même coins-couines mais ça je l'ai su encore bien plus tard), je le croyais simplement destiné aux hommes attentionnés à eux comme les Men's Health et autres... euh... non pas FHM, il ne faut tout de même pas exagérer.
Têtu et moi, c'était presque devenu une sorte de balet dans mes trajets angevins. A l'époque où mes envies et ma conscience se livraient encore une féroce bataille dans mon esprit, je choisissais mon itinéraire pour aller en cours et même la place que je prenais dans le bus afin de voir les couvertures exposées autant de fois et d'aussi près que possible, le tout en restant, cela va de soi, dans une discrétion toute hermétique.
Je connaissais naturellement par coeur l'emplacement des marchands de journaux qui se trouvaient sur le chemin que j'effectuais en partie à pied en partie en bus. Je savais même à quel emplacement de leur vitrine Têtu serait exposé. J'avais noté par exemple que pour voir au mieux l'exemplaire du kiosque situé à l'angle du boulevard Foch et de la rue d'Alsace, il fallait s'assoir plutôt à l'arrière, juste après la partie en accordéon et sur la gauche. La meilleure conjoncture arrivait lorsqu'un groupe de piétons intrépides se permettait de traverser la rue, obligeant le bus à s'arrêter ou passer à l'extrême ralenti. En me débrouillant bien, je pouvais réussir à entrevoir le cover boy et les titres jusqu'à six fois dans mon trajet. Tout devait aller très vite, je devais regarder rapidement la photo, le visage, le corps (oui, un peu) et les titres mais surtout sans m'attarder, ne pas jamais être pris en flagrant délit d'observation appuyée. D'ailleurs, considérant le nombre d'occasions restant sur le trajet, je ne lisais qu'une partie des titres à chaque fois. L'essentiel étant d'avoir vu l'ensemble de la couverture lors de la semaine où elle était exposée avant de devoir attendre le numéro du mois suivant.
Et que se passait-il alors ? A la fois tout et rien. La couverture de Têtu était devenue avec le temps le symbole de cette vie qui me paraissait interdite. C'était le trou de serrure par lequel je pouvais apercevoir de très loin une bribe de représentation homosexuelle mais c'était aussi des monceaux de frustations qui se déversaient sur moi lorsque je me persuadais que je n'en verrai, n'en vivrai jamais plus. C'était la petite montée d'adrénaline de l'adolescent qui s'autorise une pensée prohibée suivie par la tristesse de penser que les choses en resteraient là.
Et puis le temps est passé, les choses n'en sont pas restées là.
Mon copain s'est fait prêté par une collègue quelques numéros dudit magazine que j'ai donc eu le loisir de feuilleter ce week-end (mais si, je vous assure que c'est vrai, on lui a prêté).
Premier constat, je trouve le magazine un peu cher et puis c'est plein de photos et de pub... Oui, pas très surprenant, je suis d'accord mais ça devient presque pénible à feuilleter à la longue.
Mais on n'imagine pas, en deux jours, le nombre d'occasions que l'on a de piocher de la façon la plus anodine qui soit l'un des numéro et y mettre le nez... Mon second verdict est moins sévère. Après un énième feuilletage, je dirais même que c'est mieux que ce à quoi je m'attendais. Certains articles ont fini par déclancher chez moi un véritable intérêt, je mentirais si je disais le contraire. Il reste simplement un communautarisme auquel j'ai du mal à me faire. Mais peut-on reprocher à un magazine coin-coin de parler de coin-coin essentiellement ? Non, bien sur.
J'éprouve simplement une certaine satisfaction à l'idée d'avoir tenu entre mes mains ce que je m'autorisais à peine à croiser du regard il y a quelques années.
15:37 Publié dans Blablablog, Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
dimanche, 07 septembre 2008
Le stand de tir
Mon père n'a jamais été un adepte de remarques graveleuses au goût quelque peu douteux. Certains de mes oncles compensent plus que largement cette lacune toute relative. Cela reste bon enfant, sans arrière pensée aucune, simplement, on ne peut pas dire qu'ils fassent dans la dentelle.
Ce week-end, en plus de mes parents, je reçois chez moi pour la première fois depuis mon installation trois couples d'oncles et tantes (ils dorment à l'hôtel tout de même, hein). Visite rapide de mon appartement, le séjour, mon coin cuisine, ma chambre...
C'est en entrant dans la chambre que l'oncle n°1 s'exclame la bouche en coeur "alors il est là, ton stand de tir, pas mal, hein...". "Stand de tir", je crois que je n'avais encore jamais entendu cette expression pleine de subtilité dont le sens n'est toutefois pas bien difficile à cerner. C'est pour le moins cocasse comme image. Je me suis contenté de sourire. C'est alors qu'arrive l'oncle n°2 qui était resté dans le séjour : "t'es quand même drôlement bien installé. Il te manque plus qu'une copine. Ah oui et puis voilà le stand de tir, bah y en a bien quelques unes qui ont du passer par là depuis que t'habites ici..."
Moi qui n'avait jamais entendu cette expression, j'ai eu droit à deux salves en trente secondes. Je me contente de sourire bêtement à nouveau. D'une part parce qu'au fond ce n'est pas bien méchant (et même plutôt gentil). D'autre part aussi parce que je ne sais absolument pas ce que je peux faire d'autre... Je m'imagine furtivement en pleine séance de ball trap, ce que je chasse aussi rapidement de mon esprit. A peine le temps de me retourner, l'oncle n°2 est parti en remettre une couche auprès de ma mère sur les filles qui ont pu passer ici depuis mon arrivée... Ma mère a d'ailleurs un don assez remarquable pour éluder ce genre de remarque sans pour autant laisser paraître un quelconque malaise. Je l'en félicite.
Il y a peu de temps, ce genre de scènes me mettaient affreusement mal à l'aise, le mot n'est pas trop fort, vraiment. Désormais, cela me procure simplement une irresistible envie de rire... Mais comment font-ils pour ne rien voir, même pas une petite idée. Tout ça me dépasse joyeusement. L'essentiel, quoi qu'il en soit, je crois que c'est de pouvoir le prendre avec suffisament de détachement. Je vous écris donc en direct de mon stand de tir, ça me laisse songeur. A vrai dire, ça m'amuse.
J'oubliais, l'essentiel, c'est aussi qu'ils m'ont fait passé une bonne journée.
00:06 Publié dans Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (14) | Envoyer cette note
mercredi, 13 août 2008
Au fait, j'aurais pas oublié de dire quelque chose ?
Revenu chez mes parents quelques jours pendant ma semaine de vacances, j'en profite pour récupérer dans le placard de ma chambre certains de mes bouquins dont je trouve qu'ils auront désormais plus leur place dans mon appartement avant de repartir pour mon chez moi demain matin. C'est forcément dans ces moments que l'on tombe sur des petites choses bien enfouies que l'on avait précieusement cachées (non, pas de revues licencieuses, je n'ai jamais eu de ça chez moi).
Si bien caché d'ailleurs que leur existence avait même fini par disparaître de ma mémoire. Quelques brochures que m'avait remises le membre d'une asso gay de ma ville à propos de la sortie de placard et autres évènements qui peuvent jalonner la vie d'une bonne partie des gens qui passent sur ce blog. Une brochure de l'association Contact intitulée "Notre enfant est homosexuel". Curieuse ironie, je l'avais bien soigneusement dissimulée dans mon placard derrière deux piles de gros livres.
J'ai passé ces quatre jours ici sans même que cela ne me vienne à l'esprit, pas un moment où j'ai eu une petite pointe douloureuse d'envie de me mettre à table. Je nage toujours (en eaux troubles) entre les "il faudra bien", les "ce serait déjà bien plus facile si j'avais quelqu'un dans ma vie", les "y a-t-il un moment plus propice qu'un autre ?", les "le plus tôt serait le mieux" et aussi, il faut bien le dire, le fameux "putain, qu'est-ce que ça me fait peur, j'ai pas envie de leur faire ça".
Je n'y pensais plus depuis un moment mais je crois bien que ça va me ronger un peu cette nuit.
23:32 Publié dans Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
vendredi, 20 juin 2008
Et bien figurez vous que...
16:39 Publié dans Blablablog, Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note
lundi, 19 mai 2008
Mes années manquées
18, 19, 20 ...
Il y aura toujours ces années vides. J'ai beau me dire qu'il ne faut pas y penser, j'ai beau me dire que c'est peut-être mieux ainsi, elles viennent toujours à mon esprit. Elles viennent toujours comme un interminable sablier, symbole du temps écoulé jusqu'à l'éclosion si tardive.
Je fais ma vie et j'avance comme je peux pour rattrapper un peu de retard mais je ne reprendrai pas une once de terrain. Jamais. Alors parfois je m'en veux, j'en veux aux autres, j'en veux à la vie. J'en pleurerai presque mais cela ne vient jamais. Pourquoi être resté emmuré si longtemps, pour des raisons qui aujourd'hui ne paraissent pas en valoir la peine. J'enrage seul d'avoir gaché toutes ces années glissées entre mes mains, passées à arpenter le sol de ma chambre en attendant que les soirées s'écoulent.
Je sais bien que ce n'est pas si grave, qu'il y a des choses plus importantes mais je n'arrive pas à faire comme si ça ne comptait pas. Ces années que j'ai regardées défiler sans réussir à changer, sans vraiment vivre. Je les ai toujours là. Et rien n'y fait.
21, 22, 23. Mes années manquées.
21:46 Publié dans Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
lundi, 10 mars 2008
à demi soi
Aujourd'hui j'ai fait la connaissance d'un de mes collègues avec qui je vais beaucoup travailler, il revenait après un mois de vacances et de formation. J'ai appris au cours de son absence qu'il est homo et qu'il l'assume apparemment très bien. Il a un peu plus de quarante ans, vit en couple et son ami rencontre régulièrement mes collègues féminines avec qui tout se passe très bien.
Depuis un mois que j'ai fait mes débuts dans mon travail, les choses se passent bien avec mes collègues. Très bien, même. Comme lors de mes études j'arrive assez facilement à m'intégrer dans les milieux féminins (oui ben comme beaucoup de garçons sensibles, quoi...). Toutefois, je me suis bien gardé évidemment d'en dire trop sur ma vie personnelle. Ne rien dire, pas d'allusions. Rien.
Mon premier contact avec ce collègue fraîchement revenu s'est très bien passé. Je le trouve sympathique, drôle sans en faire trop et j'irai même jusqu'à dire que j'aimerais assez lui ressembler lorsque j'aurai son âge. Je me suis demandé évidemment si j'aurais remarqué son homosexualité si je ne l'avais pas su à l'avance. Je crois sincèrement que oui. Même si rien n'est flagrant.
Une seconde question vient alors immanquable à mon esprit : Et lui, va-t-il savoir pour moi ? L'a-t-il déjà vu ? Je suis bien tenté de répondre oui... Ou en tout cas que ça va finir par arriver.
C'est la toute première fois que je me trouve dans ce genre de situation. Je me doute bien que dans les semaines à venir des questions sur ma vie privée seront peut-être mises sur le tapis. C'est assez banal lorsque l'entente entre collègue est conviviale et agréable. Je ne sais pas sur quel pied danser.
Je n'ai aucune envie de m'afficher mais pourtant cela me pèse de devoir toujours me voiler, toujours éluder certaines choses, ne pas pouvoir dire avec qui j'ai visité un célèbre Mont pas très loin de chez moi, faire comme si j'étais célibataire alors que ce n'est pas le cas. J'en ai assez. Plus qu'assez. Marre. Ras le bol.
Cela ne me stresse pas particulièrement mais j'envisage tous les scénarios. Je tourne et je retourne la question (chose que je sais extrêmement bien faire !!) et je ne sais pas. J'aimerais tant que ce soit plus simple. Je tourne en rond. J'attends de voir comment les choses tourneront.
L'aspect positif, c'est que je m'autorise aujourd'hui ce genre de questions. Envisager d'être plus qu'à demi-soi.
22:07 Publié dans Homo-acceptation | Lien permanent | Commentaires (10) | Envoyer cette note
dimanche, 28 octobre 2007
Comme un baiser victorieux
C'était une fin d'après-midi, après ma journée de cours, j'étais dans le bus qui me ramenait chez moi. J'étais vers le milieu du bus, débout contre une fenêtre du côté droit. Le bus arrive au petit rond-point qui fait face à l'entrée de l'université catholique. C'est un endroit cosmopolite sorte de symbole de l'ouverture de la ville sur l'étranger. On peut y trouver toutes les langues, toutes les origines. Devant l'entrée se trouve une petite place triangulaire dont la pointe vient border le rond-point.
Comme à l'habitude les gens se croisent et défilent sur le triangle. Le Bus commence à s'écarter pour sortir du rond-point. Il y a une demi-douzaine de passants, silouhettes vétues de noir du fait de la saison encore fraîche. Des piétons traversent et obligent le bus à s'arrêter tout à côté du triangle. Et tout à coup elles sont là sur la petite place à quelques mètres du trottoir, à quelques mètres du bus.
L'une s'était approchée de l'autre rapidement. Elle avait approché son visage tout près. Si près, ça en devient étonnant.
Elles devaient avoir un peu plus de vingt ans, plutôt jolies. Le bus voyait surtout le visage de celle qui s'était approchée. Et puis comme une piqûre soudaine dans l'habitude de mon trajet quotidien, elles se sont embrassées. Le bus était toujours à l'arrêt, comme captivé par l'entorse aux règles de bonne conduite dont il était témoin. Le bus est pris au dépourvu, surpris. L'une d'elles se retourne et remarque l'étonnement qu'elle vient de susciter. Alors, heureuse de son petit effet, elle allume son plus grand sourire et se met à lever les bras en direction du bus comme pour faire partager sa joie et sa fierté.
Le bus n'avait encore jamais assisté à un baiser entre filles, ni entre garçons d'ailleurs. Il a été parcouru pas un léger murmure, il a rougi discrètement puis il a repris son chemin. Et il s'est mis à sourire.
12:15 Publié dans Homo-acceptation, Petits souvenirs et grands récits | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note

