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samedi, 04 septembre 2010

Roma Express : la fuite

Cher Vinzniv, mon maître, mon ami

Pour notre sécurité à tous les deux, il est préférable que vous ignoriez l'endroit où je me trouve actuellement ainsi que la façon dont ce message sera arrivé jusqu'à vous. Comme vous le supposez, les journaux de France et d'Europe ne cessent d'émettre les hypothèses les plus fantaisistes sur le massacre du Roma Express. Fort heureusement, ces benêts sont encore bien loin de la vérité tant que personne n'aura la triste idée de les aiguiller vers nos services.

A dire vrai, je ne suis pas peu fier des fausses pistes que j'ai lancées en témoignant de la scène que j'ai observée au moment du départ du Roma Express auprès de plusieurs journalistes et policiers. La version la plus en vogue reste donc le règlement de compte faisant suite à une histoire d'adultère (comme il est heureux qu'un couple illégitime se soit embarqué à bord de votre train).

Le choix que vous m'avez demandé de faire fut une difficile épreuve à mes yeux. Je resterai longtemps nostalgique de cette utopie que l'Agence représentait pour moi à sa grande époque. Hélas depuis l'ascension de ce gredin d'Albert Legrand et son mouvement extrémiste "La grandeur de la France dans la souffrance et les pleurs de ses obligés", j'ai fait une croix sur mon beau rêve. 

Comme vous me l'avez indiqué, je me suis rendu aussi rapidement que possible à Venise. Après quelques heures d'errement, ce sont les trois jeunes gens que vous m'aviez indiqués qui m'ont identifiés et se sont manifestés auprès de moi. J'ignore de quelle façon il m'ont repéré (le jaune serait-il réellement une couleur inhabituelle pour les culottes courtes ?). La rencontre fut brève et courtoise. Je leur ai remis à chacun un billet leur permettant de rejoindre discrètement la Sicile en échange du pendentif que j'ai gardé précieusement après m'être assuré de la présence du microfilm. Je tiens toutefois à vous dire que vous avez manifestement laissé un souvenir impérissable chez ces jeunes français. Tous trois n'ont eu de cesse de vanter votre bravoure, votre charme et vos qualités physiques. Ils ne se sont pas attardés toutefois sur vos choix vestimentaires. Je les laissés rapidement à leurs propres occupations afin de me concentrer sur la suite de mon périple.

Les choses se sont compliquées dans les rues et canaux de Venise où j'ai du ruser en sautant de gondoles en gondoles pour échapper à deux poursuivants. Je ne saurais dire s'il s'agissait de simples brigands attirés par la valeur marchande du pendentif (ou jaloux de mon bermuda jaune ?) ou bien s'il s'agit-là d'une menace plus informée et forcément plus dangereuse. Quoi qu'il en soit je n'ai dû mon salut qu'à la maladresse d'un gondolier coincé en travers d'un canal qui finit par faire chuter à l'eau l'un de mes poursuivants.

N'écoutant que la peur qui me taraudait je me suis enfuit aussi vite que possible pour rejoindre l'air de décollage du Biplan Latécoère que vous aviez fait apprêter à mon endroit. Le coeur battant et les cheveux au vent, le pilote et moi avons volé jusqu'aux limites des capacités de l'appareil qui coïncidèrent d'ailleurs avec mes propres limites (vous connaissez mon aversion pour les trajets aériens à bord de ce genre d'engins). Je fus satisfait et soulagé d'arriver à bon port au terme de ma première escale hors d'Europe.

Par ailleurs, sachez que j'ai recueilli avant de partir quelques informations concernant les contacts que l'agence vous a attribués pour cette opération. Je ne saurai que trop vous conseiller de vous méfier du Rouge-Cerise dont le passé m'inspire peu confiance. Son recrutement par l'Agence est bien un signe de plus de la déchéance dans laquelle est tombée notre organisation. Au contraire, le comptable qui vous accompagne me semble moins dangereux car peu au fait de la tournure réelle des évènements. Dans tous les cas, soyez vigilant je vous en conjure.

Je ne suis pas certain que nous puissions à nouveau communiquer avant longtemps. Sachez que travailler à vos côtés fut un honneur et une chance pour moi. Prenez garde.

Que les couleurs soient avec vous.

Votre dévoué Joss_Davril.

mercredi, 01 septembre 2010

Roma Express : les dessous obscurs

Sitôt le Roma Express parti avec à son bord une kyrielle d'assassins potentiels, je sus qu'il fallait en toute hâte rejoindre l'agence afin d'y quérir quelques indices dans l'attente d'un hypothétique message en provenance d'Italie. Je regagnai donc quatre à quatre le 43 de la rue du Miroir aux Alouettes pour tenter au moins d'en savoir plus sur les deux accompagnateurs de mon maître.

Les locaux de l'agence sont un triste capharnaüm dans lequel une chatte ne retrouverait pas ses petits. J'y trouvai pèle-mèle sur le bureau de Vinzniv de vieux journaux malmenés dont certains avaient été découpés grossièrement, le brouillon d'une lettre inachevée, un petit sachet de papier contenant des croquettes pour chat, quelques esquisses sur lesquelles il avait cherché à dessiner une clef ainsi que des cartes des territoires parcourus par le Roma Express au cours de son trajet et dont certains points étaient cernés d'une croix rouge.

L'analyse méticuleuse de l'ensemble de ces pièces me révéla qu'un homme d'affaire helvétique de haut rang serait lui aussi du voyage. Les écrits de Vinzniv faisaient également référence à plusieurs reprises aux initiales L. T. Pour le reste, les articles regroupés faisaient état de l'instabilité politique sous-jascente des derniers mois, de la Bavière au Péloponnèse, cette immense poudrière dont le grand public ignore pour le moment la propension à se mettre en branle prochainement.

Dans l'entrée de l'agence je vis par hasard, la pile du courrier de la veille à laquelle personne n'avait visiblement prêté attention. Ce rustre de Nestor avait probablement préféré une nouvelle fois aller conté fleurette plutôt que s'atteler à la tâche. Je me jetai sur la pile et découvris une enveloppe solidement ficelée à l'attention de Monsieur Vinzniv Lecoloré. J'y découvris enfin ce que j'espérais trouver : des fiches de renseignements sur Messieurs Incipio et Rouge-Cerise (plutôt que Framboise, apparemment, pendant qu'on y est...). 

Les renseignements sur Incipio étaient assez sommaires et se limitaient à dire que l'homme était un comptable de génie très versé dans les affaires financières et dont l'aide serait précieuse une fois sur place. On apprenait de plus qu'il bénéficiait de par sa filiation d'un réseau de connaissances de premier choix. Je m'amusais d'une phrase doublement soulignée : "Méfiez vous de son goût prononcé pour les vapeurs et les liquides peu conventionnels".

La fiche de renseignements sur Monsieur Rouge-Cerise était légèrement plus fournie. On y apprenait que l'homme était une nouvelle recrue de l'agence et avait derrière lui un passé trouble et plutôt sanguinaire, s'étant fait appelé à une époque "le Barbare de Mancellie". Il était également précisé en rouge : "prenez garde, l'homme est particulièrement PEREMPTOIRE".

Je n'appris rien de plus en dehors d'une dernière note manuscrite indiquant que la mission serait effectuée sans le concours d'un nettoyeur. Vinzniv était donc prié d'opérer de façon "propre", contrairement à ses habitudes.

Je cachai précieusement l'ensemble des informations que je venais de recueillir et une longue attente commença alors avec ce doute à l'esprit : fallait-il avertir les autorités ? Je choisis de rester silencieux. Dans l'éventualité où il faudrait étouffer l'affaire Vinzniv savait pertinemment que je n'avais pas mon pareil pour mener les ambassades en bateau.

Il me fallut presque deux jours avant d'en savoir plus. Alfred m'apporta au petit matin une missive en langage codé que Vinzniv m'avait fait parvenir par un moyen que j'ignorais encore...

Les derniers évènements vécus sur place vous sont contés ici et

mardi, 31 août 2010

Roma Express : départ, soupçons et menaces

loco.jpgLes voyageurs du RomaExpress, tous plus endimanchés les uns que les autres, défilaient en tous sens dans le hall de la gare. Je ne comptais plus les haut-de-forme qui s'étaient déjà succédés devant mes yeux.

Je crois bien n'avoir jamais porté une malle si lourde et si copieusement remplie. Monsieur Vinzniv avait passé les quatre dernières journées à discuter et tergiverser avec lui-même au sujet de la garde-robe qu'il lui semblait le plus opportun d'emporter pour ce voyage au long cours. Comme à son habitude, il avait fini par choisir cette sempiternelle chemise heptacolore et sa redingote forcément dépareillée (comment aurait-il pu en être autrement ?).

Monsieur Vinzniv était comme toujours resté scandaleusement sibyllin sur l'objet réel de son voyage, tout juste nous avait-t-il annoncé que dans le cadre de cette opération il devait retrouver un contact dont le nom me fit poliment sourire : un certain Monsieur Rouge-Framboise.

Après avoir été bousculé plus qu'à mon tour par d'autres porteurs de bagages peu scrupuleux et quelques jeunes femmes volages cherchant vainement à dissimuler leur identité, nous arrivâmes enfin sur le quai. Quelques mètres plus loin, un homme corpulent, vêtu d'un costume de tweed flambant neuf, ne parvenait pas à cacher l'angoisse qui semblait le tarauder au plus profond de son être. Le front perlant de sueur, il ne cessait de retourner nerveusement entre ses doigts une petite clé dorée.

Monsieur Vinzniv jetait des regards inquisiteurs à chacun des passants pendant que, levant les yeux au ciel, je me demandais dans quelle sordide galère il s'était à nouveau embarqué. Il s'attarda, la mine songeuse, sur un homme étrangement coiffé d'une toque de cuisine. Moi-même je fus bien étonné de trouver un voyageur affublé de ce couvre-chef.

Nous repérâmes aisément le Rouge-Framboise à sa chevelure de feu et il en fit de même, probablement du fait de l'accoutrement singulier de mon maître. Il nous rejoint prestement, la mine concentrée. Je déduisis qu'il s'agissait bien là d'un être du même acabit que le Vinzniv. Le monde n'a donc pas fini d'avoir du souci à se faire. A ses côtés un homme légèrement plus petit se faisait remarquer par son teint de porcelaine. Il se présenta sous le nom incongru de Incipio (allons bon...). Mon regard affuté comprit rapidement que le bougre ne voyait pas d'un très bon oeil les quinze heures de trajet qui allaient débuter quelques minutes plus tard.

J'entassai solidement les malles les unes et contre les autres avant que le personnel de la société de chemin de fer ne vienne enfin recueillir les bagages et me débarrasser ainsi de mes fardeaux du jour. Quelques minutes plus tard encore, j'entendis de la bouche de Monsieur Vinzniv cette phrase dont je me languissais : "Messieurs, il faut y aller". Alors, dans un curieux empressement, chacun grimpa les marches du wagon pour aller s'enfermer dans cette cage de fer qui les tiendrait éloignés de nous pour quelques semaines peut-être.

Dans un vacarme désagréable, la locomotive au bout du quai se mis à trembler avant de cracher un brouillard pestilentiel. Je me tins dignement en place quelques temps de plus à regarder sans être vu un couple manifestement illégitime se serrer fougueusement dans le compartiment le plus proche. Le bruit se fit plus aigu encore et le monstre de feraille commença enfin à se mouvoir et ainsi entamer son laborieux périple.

C'est alors que je fus violemment percuté par deux hommes vêtus de noir dont je devais manifestement obstruer le passage. Me retrouvant à terre, je les regardai s'accrocher au wagon en marche. Un employé des chemins de fer tenta de les retenir à quai, l'un des hommes lui asséna un violent crochet qui le laissa sans réponse. Ils échangèrent alors un sourire perfide et quelques mots que je reconnus comme étant du grec (j'ai passé quelques temps dans les Balkans à l'époque où j'accompagnais Monsieur Vinzniv lors de sa formation d'espion). J'aperçus alors dans la main du plus grand des deux un poignard acéré qui aurait rebuté tout autre personne ayant le courage de s'interposer.

Toujours au sol et l'esprit interloqué, je regardai le train s'éloigner inexorablement. Dans quel nouveau péril Monsieur Vinzniv et son contact s'étaient-il donc laissés entrainer ?

La suite ici, et  , puis  et à nouveau