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lundi, 18 novembre 2013

Résurgence

 

 

C'était la même rue - un passage en l'occurrence si tu veux les détails - et ça je le savais déjà. Et puis en levant le nez devant la porte en question j'ai réalisé que c'était le même immeuble. Je m'en suis un peu voulu de ne pas avoir fait le rapprochement avec le numéro.

Un beau jour de l'été 2008 (quasi sûr qu'il faisait beau. Mais si), je vivais encore à Mouetteland et j'avais franchi pour la première fois la porte de cet immeuble à la suite d'une rencontre si peu probable que les scénaristes de Plus Belle La Vie n'auraient pas osé l'écrire :

"- Et si on disait qu'il le reconnaitrait à la terrasse d'un café à l'autre bout de la France à partir de la demi photo qui est en ligne sur son blog et qu'après il le contacterait, mais trois mois plus tard seulement, et qu'ils se mettraient ensuite en couple ? Et que l'un des deux serait en fait parisien ? Pas mal, nan ?

- Ouais t'es mignon Jean-Pierre. Va prendre tes gouttes."

Et donc je suis là un peu connement devant cette porte à souffler pour réchauffer mes mains en attendant le message porteur du précieux digicode. C'est bête d'ailleurs, je crois presque pouvoir me rappeler celui d'il y a cinq ans. Je ne sais pas si chaque porte émet un son qui lui est vraiment propre lorsqu'on la pousse ou si j'exagère la sensation mais c'est comme ouvrir à nouveau les volets d'une maison de campagne que l'on retrouve des années après. La surprise de découvrir un endroit connu. Ah mais oui c'était comme ça, la petite marche, la lumière pas vraiment punchy.

A l'époque je fréquentais le cinquième étage. Je suis attendu cette fois au troisième. La cage d'escalier est toujours aussi glauque, mais elle a le charme de mes souvenirs un peu naïfs de l'époque. J'ai presque la conviction de reconnaitre le bruit des marches sous mes pieds, l'illusion de l'odeur de son appartement, le souvenir d'un verre de vin entre mes mains lorsqu'il terminait ses cigarettes à la fenêtre. Hélas je gravis trop vite les escaliers et me voici au troisième, devant le même genre de couloir un peu étroit. La porte de l'appartement s'ouvre avant que je n'ai le temps de projeter tout ce à quoi j'aimerais penser.

Quelques temps plus tard je sors à nouveau, je me remets à dévaler ces escaliers familiers un peu vite comme il y a cinq ans et pour faire comme si. Comme si j'allais encore remonter ces mêmes marches (avec lui ?) les bras chargés de sacs de courses. Pour jouer à me mentir quelques secondes.

 

Time is a liar...

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samedi, 02 novembre 2013

Chuchotements

 

 

La pluie frappe au carreau avec une force inhabituelle. Une petite ruse trouvée en s'aidant d'un vent complice - il est déjà novembre. Tapis sans doute pas très loin dans l'ombre de l'oreiller, veillant à la façon d'une fée pas si bienveillante, quelques petits démons rodent peut-être.

L'immeuble date des environs de 1850. En tout cas c'est ce que m'ont dit les voisins un soir où je les écoutais benoitement. J'avais probablement dû lever les sourcils en dessinant un joli O avec ma bouche, n'ayant aucune autre source d'information. L'hypothèse m'a paru plausible, appuyée par la qualité si relative du parquet. Je n'irai pas jusqu'à prétendre que mon parquet aurait pu assister aux aventures d'Adèle Blanc-Sec, mais ... oh et puis après tout. Je tapote sur mon clavier à la lueur de deux bougies que j'ai animées grâce à mon avant-dernière allumette - j'rai bien craquer la toute dernière au milieu de la rue pour la beauté du récit, mais il pleut.

Je me demande souvent ce qu'a pu abriter ma chambre dans ses autres vies. Avant de devenir le repère de gens plutôt aisés qu'il est aujourd'hui, le quartier a longtemps servi de dortoir à des populations d'ouvriers et d'artisans de Paris, que j'imagine levés continuellement bien avant le soleil dans le froid d'hivers aussi cruels qu'éternels. Vidocq est mort à moins de cinq minutes à pied d'ici, en 1857. Mon appartement existait donc vraisemblablement déjà, l'imaginaire ne peut pas en rester indemne. Occupé donc par tant de propriétaires et surtout locataires successifs, combien de rideaux posés sur la fenêtre avant le mien, combien de lits, de couples, de bougies presque renversées... à quoi pouvaient ressembler les premières ampoules ? le premier poste de télévision ? 

C'est tout un contingent au potentiel illimité de disputes, d'ambitions, d'étreintes, de cauchemars qui vient chatouiller les méninges. Et aussi, des décès, avec tout le cortège de complaintes et de souffrances qu'on ose envisager avec l'esquisse d'une grimace.

Alors, peut-être le long des parois y a-t-il un petit quelque chose, un souffle, un reste de passion, un chuchotement au moins. Un quelque chose qui fait danser les flammes des bougies parce qu'on a du mal à se convaincre qu'il ne resterait rien. Comment toutes ces existences pourraient-elles être restées stériles ? Et peut-être me regarde-t-on dans mon sommeil avec une moue douteuse sur le maillon que je suis dans l'histoire de ces deux pièces. L'idée prend brutalement l'allure d'une obsession et des doigts se posent presque sur le rebord de la couette, attendant que je trouve ledit sommeil pour guider mes songes nocturnes dans une direction ou une autre, la quiétude ou la tourmente. Les murs restent muets. Les menaces les plus glaçantes sont peut-être les plus sourdes.

Je guette pourtant avec presque un air de défi un bruit qui serait l'imitation habile d'un froissement, une alerte, un dessin dans les ombres. L'idée qu'il n'y aurait rien serait rassurante. Un peu décevante, aussi. Inconcevable ?

Les flammes dansent toujours. La pluie a cessé.

 

Cause in the dark, there's monsters, they cry alone

podcast

 

 

 

lundi, 21 octobre 2013

Les amuseurs de Lune

 

 

La Lune avait allumé son disque quasi complet pour scruter ce début de soirée paisible. A quelques encablures du centre-ville, le parc avait fini par retrouver son silence nocturne. Plus un visiteur, plus un mouvement, plus rien.

La lumière ressemble de façon troublante à celle d'une scène de bande dessinée qui se déroulerait la nuit. Et pour cause, les douze coups de minuit approchent benoîtement en ce soir d'octobre. On a rarement vu un pareil ciel obscur, aussi dégagé que la Lune semble pleine. L'ambiance du parc porte un délicieux parfum d'aventure. Une enquête ? un délit ? une étreinte ? Comment croire qu'il ne va rien se passer d'un peu sulfureux, à la hauteur d'un petit roman qui débuterait une douce nuit d'octobre, tout près de la Maine ? Sur le parking une voiture gisait seule (abandonnée ?) lorsqu'elle fut rejointe par une autre à la conduite joyeusement pimpante. Deux silhouettes nuancées de gris (sur gris) en descendent, semblent échanger quelques mots puis se dirigent à une allure soutenue et guillerette vers les profondeurs du parc.

Sur son perchoir la Lune doit probablement froncer un peu les sourcils pour y voir plus clair. Les silhouettes se glissent d'arbres en arbres, prenant une sorte de petit plaisir à vouloir se c... mais oui. La Lune y voit vraiment clair, les deux promeneurs se cachent. Que font donc deux promeneurs à cette heure indue où le parc est dévolu aux oiseaux assoupis, aux chimères et aux murmures de lutins ?

Ce parc est une petite collection de scènes juxtaposées les unes aux autres, après les allées de vivaces et le ruisseau, un troupeau de chênes d'un côté, des décors de pierres savamment agencées de l'autre, qui, avec cette lumière tout de gris vêtue, se pare d'une atmosphère un rien mystique. Il fait nuit mais on y distingue les choses et les êtres comme en plein jour. L'allée de pierres se termine par ce qui pourrait ressembler à la petite scène d'un théâtre antique. Les deux promeneurs s'y sont arrêtés sans vraiment pouvoir dire pourquoi. Alors les mains se touchent puis les bouches, et les deux silhouettes se frôlent, s’enlacent et s'appuient l'une contre l'autre.

La Lune fulmine après cette unique branche qui l'empêche de voir la scène dans sa totalité. Elle qui n'en finit plus de trouver les nuits si longues et si vides, elle écarquille autant que possible les yeux pour ne pas en perdre une miette. De caresses en baisers, il lui semble bien avoir vu quelques étoffes tomber au sol. Mais alors, mais alors ...

Parfois cueillis dans l'excitation de l'instant les promeneurs qui n'en sont plus vraiment jettent des regards alertes ou prêtent l'oreille. Mais en dehors de quelques voix lointaines rien n'approche, rien ne se faufile entre les herbes. Pas un mouvement, pas une lueur en dehors de cette Lune si lointaine et si présente à la fois. Rien d'autre que les vêtements gisant à leurs pieds n'a bougé depuis leur arrivée. Ce moment dure. Une durée difficile à quantifier parce que la montre n'est plus vraiment le centre de l'attention. Et puis une fin arrive, toutefois, dans un accord de respirations essoufflées. Alors chacun retrouve dans la pénombre son lot de vêtements qui jonchent l'herbe.

Derrière le léger voile de nuage qui commence à se tisser la Lune s'amuse comme une gamine contente de cette trouvaille venue égayer sa nuit. Elle s'est tant réjouie de voir son reflet joliment pal sur ces peaux tendres et dénudées. Le regard vif et espiègle elle regarde les deux silhouettes qui ont rebroussé chemin et tentent de retrouver les allées menant au parking avec une aisance toute relative.

Les promeneurs s'amusent de la situation et rient en scrutant la Lune, soudainement, drapée d'un petit voile. La luminosité du lieu est tombée avec la tension du moment. Il reste néanmoins une douceur rassurante comme un baiser lent et attentionné. Les acolytes regagnent le parking et passent non loin de l'autre voiture. A cet instant précis une nouvelle silhouette manifestement surprise et dérangée se relève en sursaut, fait le tour du véhicule et court se réfugier sur le siège conducteur. Les deux promeneurs ne manquent pas d'en rire en regagnant, bras sur l'épaule, leur propre carrosse.

Il parait même que, là-haut, la Lune a trouvé ça très cocasse.

mardi, 18 septembre 2012

La fille du calvaire

 

Elle est montée à la même station que moi. Filles du Calvaire. Même le lapin rose sur les autocollants des portes de la rame aurait sourcillé en voyant à quel point elle était apprêtée. Rien n'a été laissé au hasard. Toutes les chances de son côté, tous les atouts en avant. Peut-être un peu trop en avant, en fait. Disons qu'elle a fait de son mieux, et que... et que ça se voit.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?

 

Une main serrée contre l'anse de son discret sac à main, comme accrochée peut-être à un parent rassurant avant de se jeter à l'eau, elle semble chercher où mettre son autre main, visiblement de trop avec cet accoutrement aussi naturel pour elle que les cheveux bleus de ma voisine de siège. République. Elle doit s'appeler Camille. Ou Mathilde. Ce soir, donc, Camille a décidé de la jouer un peu vamp. Un peu pute, mais bon, c'est pour que Greg la remarque. Enfin. Ou un autre. D'ailleurs, son pote de la dernière fois, il avait l'air pas mal. Mais quelqu'un au moins. Avec deux-trois notions d'hygiène et qui n'habite pas chez son ex, pour changer. Camille a eu envie d'accrocher les regards un peu plus que les fois précédentes, alors oui cette jupe est un peu courte (un peu ?) et ce maquillage n'est pas un modèle de sobriété.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?


Strasbourg-St-Denis. Belle station pour discourir sur la sobriété du maquillage. Mais la sobriété ce soir ce n'est pas son mood. Pour une fois. La méthode bonne copine, ça fait quand-même deux ans qu'elle essaie, avec un succès mitigé. Enfin, les gens l'aiment bien, juste que souvent les mecs se rappellent pas son prénom et pour finir ça la gonfle un peu Math... Camille. Bonne Nouvelle. Elle a toujours aimé le nom de cette station. Une jolie cocasserie qu'on ait bien voulu donner un nom pareil à un arrêt de métro. Camille a presque brutalement le sourire aux lèvres. Elle s'amuse deux secondes à penser à ce qui viendrait à l'esprit de son père s'il la voyait ainsi affublée dans cette rame de métro. Oh et puis merde Camille a vingt-six ans. Et toujours pas de Greg. Ni même de Marcel ;) . La loose. Grands Boulevards. Elle compte les stations. C'est con, ça la rassure. Et oui, c'est con aussi, elle a besoin d'être rassurée, quand-même. Alors elle compte les stations et elle se passe la main dans les cheveux. Elle sait qu'il faut pas trop, mais au bout de la dix-huitième fois il y aura prescription.

 

So would you call my name
if i try my best?
Would you remember my face
if i try my best?

 

Richelieu Drouot. Ses chaussures. Elle les a tant voulues. Tant admirées. Elle a défilé tant de fois avec devant sa glace en se disant que vraiment c'étaient LES BONNES. Elle s'est imaginée qu'un jour après six mois de convolage avec Greg (ou son pote, parce que bon le prince charmant n'existe pas donc ils doivent être nombreux...), et bien elle se dirait que ce serait un peu grâce à ces chaussures tout ça. Alors oui, Camille se trouve bêtement superficielle, comme toutes ces filles dont elle a tant aimé dire du mal depuis... Ah ben depuis toujours. Camille se mord la lèvre en pensant qu'elle est peut-être devenue une de ces filles dont on aime dire quelques méchancetés mais qu'elle s'en tape et que, finalement, ces filles ne sont peut-être pas seulement les bécasses sans imagination qui lui ont si souvent fait lever les yeux au ciel. Putain, tout ce temps à médire pour être peut-être à côté de la plaque. Si on lui rendait ce temps perdu elle pourrait reprendre ses études, tiens.

Opéra. Son sac parfaitement ajusté sur l'épaule, Camille est descendue, fière et convaincante. La fille du Calvaire longe le quai de la station en direction de la sortie. Son sac bringuebalant contre sa hanche, les jambes en coton - peut-être même une petite boule au ventre, va savoir - et les épaules chargées d'ambition. 

 

C'est un peu con, mais on a envie que ça marche pour elle. 

 

podcast

 

I got my bags packed,
my dresses ironed
I got my shoes ready by the door
I got my hands clean,
my lips red and my fingers done
I’ve got my best clothes on,
my best hair done

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

I’ve got my hopes up for the man i dream of
I got no tears in my serious eyes
I got plenty of ideas my dear
I got many things, many things in my head

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

I have my secrets to share My arms are ready to wrap around your neck
I have no fear of loosing this game
I have my future all figured out

So would you call my name if i try my best? Would you remember my face if i try my best?

mardi, 07 février 2012

Fièvre. Mais pas malade, hein.

 

Je sors tout juste de ce week-end de frimâts (Éveline Dhéliat - Sainte-Éveline - ne s'était donc pas trompée) où une folle et douce fièvre s'est emparée ténébreusement de mon corps. Un samedi soir dément où la température est montée en flèche jusqu'au petit matin. Le genre de soirée qui te laisse cloué au lit au réveil, un peu hagard et plus vraiment certain du déroulement des quelques heures précédentes. Ni de son bienfondé (j'ai vraiment marché une heure dehors par moins 43 alors que j'aurais pu prendre le métro ?). Je mets un pied hors du lit avec le courage d'une huître en face d'un ouvre-boite. Je le remets illico à sa place, sous la couette. Au prix d'un effort terrible je parviens à apercevoir l'heure sur le réveil. 8h30. Bénédiction, je peux à nouveau sombrer dans le marasme et les profondeurs. Jusqu'à 8h45. Misère.

Et soudain, ce dur moment où tu commences à réfléchir en te demandant si ce qui pourrait ressembler à de la fièvre combiné à un affreux mal de gorge débutant et quelques courbatures ça et là pourraient être les symptômes d'une quelconque maladie balbutiante. Hors de question. Ou alors, peut-être. Oui mais quel genre de maladie ? Le mildiou ? le Phylloxera ? Le cancer de la prostate ? Impossible. Je ne suis pas malade, je ne suis pas malade.

L'un des avantages de faire du sport c'est que tu peux toujours chercher à nier l'évidence en soutenant mordicus que cette sensation de courbatures n'est pas liée à un quelconque état grippal, non. Juste à un manque d'échauffement lors de l'une des trois séances hebdomadaires de badminton (oui, je t'ai dit que j'en faisais trois fois par semaine ?). Je finis par me lever courageusement en faisant comme si je ne tremblais pas et je parcours le long chemin qui me sépare de la salle d'eau. Quelques contractions abdominales permettent de ne presque pas tousser, c'est signe que tout va bien. Je fais bien attention à ignorer le placard dans lequel se trouve mes comprimés de paracétamol : chercher à se soigner, ce serait déjà commencer à accepter la maladie, IL NE FAUT PAS. Pourquoi pas voir un médecin pendant qu'on y est.

Je vis donc ma vie d'un dimanche normal en n'étant pas malade, en ne tremblant presque pas et en ne ressentant pas du tout ce besoin de réduire mes gestes à leur strict minimum. Et comme je ne suis pas malade, je pousse le vice en allant évidemment à ma séance de badminton du dimanche. Et là, j'aurais peut-être pas dû... Ouais parce que j'ai fait des blagues vraiment minables. Mais vraiment, hein. Limite je me serai pris pour Ditom. Le soir venu, le tremblement est devenu un état normal et accepté (Allo ? Parkinson ?). Cette douleur dans la gorge c'est sans doute parce que j'ai dormi dans une mauvaise position la nuit dernière, il n'y a pas d'autre explication.

Lundi matin. Horreur et damnation, le malin s'empare de moi et mes mains me font avaler du paracétamol. Les contractions abdominales ne suffisent plus complètement à m'empêcher de tousser toutes les minutes, je redoute que mes collègues ne commencent à s'imaginer quelque chose. Lundi après-midi, c'est un peu pire. Lundi soir, à un concert je fais presque bonne figure et je ne crois pas avoir contaminé la moitié de la salle, que je sache (cela dit, cher voisin de droite, si tu me lis, n'hésite pas à te manifester, je suis en général plus en forme qu'hier soir).

Mardi. Mes collègues s'obstinent à croire que je ne suis pas en forme olympique. Il se murmure même par endroits que je serais "souffrant". Balivernes. On finit toutefois par me proposer gracieusement quelques menus traitements (les joies de travailler dans le milieu hospitalier). De bonne grâce et pour ne pas froisser les bonnes volontés, je finis par accepter ledit traitement. La petite vacherie dans ces moments-là c'est de ne pas savoir si un comprimé est effervescent ou à avaler directement. Comme je suis ingénieux je décide de plonger le comprimé dans un gobelet d'eau, je verrai bien ce qu'il adviendra. Cet imbécile de comprimé se réduit en une poudre informe qui vient tapisser le fond du gobelet sans que je ne puisse la diluer ni l'atteindre. Le fameux fléau des gobelets trop étroits. Heureusement, comme je ne  manque pas d'idées - ni de classe - je pense intelligemment à découper le gobelet avec des ciseaux pour en lécher le fond, avec toute l'élégance possible. C'était pas mauvais.

M'enfin quatre heures après ce premier comprimé, ça ne va franchement pas mieux. C'est bien la preuve que je ne suis pas malade. Ou à la rigueur juste le mildiou.

vendredi, 13 janvier 2012

Deux.


(attention, cette fois, c'est un peu mièvre, un tout petit peu...)


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On doit se retrouver quelque part auprès du Château. Je ne connais pas très bien l'endroit, j'aperçois un rempart et, de peur de le perdre, je m'empresse bien vite de le longer. Dans le mauvais sens. Je finirai par faire un tour quasi-complet de l'enceinte (pas vraiment un must see...). C'est une manifestation qui rassemble en ce dimanche après-midi des voitures anciennes - et même un peu plus qu'anciennes pour certaines. Beaucoup de gens déambulent - en famille pour une bonne partie - dans leurs manteaux d'hiver, offrant ainsi une palette variée allant du noir au gris foncé. Les attroupements s'attardent devant des modèles joyeusement anachroniques aux lignes exotiques et aux tableaux de bords gentiment désuets. La bande originale de La Délicatesse qui se joue encore dans mes écouteurs fait un peu écran entre le monde et moi.

Je commence à les chercher du regard. Une minute. Deux minutes. Je commence à fulminer doucement. J'aperçois enfin le plus grand des deux à une petite quarantaine de mètres puis l'autre tout proche à ses côtés alors que tant de spectateurs qui piétinent ça et là nous séparent encore. Je me dirige lentement dans leur direction sans toutefois les quitter du regard.

Trente mètres. Comme chaque fois ils se tiennent la main dans une attitude si naturelle que, semble-t-il, rien ne parait étrange à personne aux alentours. Pas même une grand-mère à caniche pour leur jeter un regard assassin. Je me demande si comme moi les passants ressentent cette sorte de douce sérénité qui se dégage, comme s'il flottait autour d'eux un parfum d'évidence. J'avance toujours au rythme d'un flâneur distrait. On pourrait croire à une publicité, une belle image de propagande créée de toute pièce pour montrer à quel point un couple de garçons trouve facilement sa place parmi la plèbe, même un jour de sorties familiales. Ils se regardent, ils échangent quelques mots, se déplacent à leur tour et examinent une à une les voitures qui se présentent à leur yeux avec des gestes qui semblent accompagner des commentaires imagés et chaque fois leurs mains se retrouvent.

Vingt mètres. Je repense aux si rares fois où il m'est arrivé de tenir moi aussi quelqu'un par la main - essentiellement dans les rues de Lyon - avec toute l'ambivalence que cela suscitait en moi. Je m'étais senti fort, j'étais fier d'en être capable, de regarder les gens en face, affirmer qui j'étais. Et j'étais fier, aussi, de celui aux côtés duquel je marchais. Et pourtant j'avais si peur. J'avais peur de croiser un regard réprobateur, j'avais peur de faire des vagues, j'avais peur qu'on se retourne pour pointer vers lui et vers moi un doigt malveillant. Peur d'être cloué au pilori. Pour deux mains jointes. Eux semblent ne même pas envisager ce genre de préoccupations. On dirait le geste normal, évident, simple.

Dix mètres. Ils poursuivent une discussion émaillée de sourires qui semble traiter des deux voitures qui les entourent. Les cabriolets paraissent recueillir leurs faveurs, comme pour la majorité des gens présents ce dimanche. Je m'écarte de l'allée centrale pour rester dans ma lune quelques secondes de plus et ainsi profiter encore un peu de mon poste d'observation. Presque un petit pincement.

Cinq mètres. Ils sont là à contempler avec une attention toute particulière l'une des voitures exposées : un petit roadster anglais que j'imagine sorti tout droit des années soixante avec sa belle robe vert foncé, deux places, et ce look typiquement british. Ils sont penchés vers l’habitacle, à faire peut-être quelques hypothétiques projets de week-end cheveux aux vents lorsque la belle saison sera venue.

Deux mètres. Je suis derrière eux, je peux les entendre se parler. Cette voiture et eux, dans un autre décor, on en aurait fait une jolie scène de cinéma, à Deauville, au Touquet ou en haut de belles falaises, avec un vent léger et un soleil tendre.

Un mètre. On n'arrête pas les colombes en plein vol, il faut sans doute attendre qu'elles se posent. L'un d'entre eux finit par me voir, et me sourit.

mardi, 13 décembre 2011

Bougie soufflée


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Au téléphone. On parle vaguement des fêtes et de la façon dont elles se dérouleront tant bien que mal. Peut-être plutôt mal que bien.

Chaque année la maison vivait un peu plus en décembre. Ce n'est pas si simple à expliquer. Ce sursaut de vie ne se limitait pas aux décorations que je trouvais moi-même un peu vieillottes, à seize ans j'accrochais encore dans le sapin des guirlandes qui avaient connu plus d'hivers que moi. J'aimais y être seul et déambuler de pièces en pièces à la nuit tombée, lumières éteintes et volets ouverts. J'aimais roder dans l'ombre et regarder les pièces, les meubles. A plusieurs reprises j'avais allumé une ou deux bougies que je masquais partiellement avec de la vaisselle et que je laissais se consumer en silence en observant le salon, l'entrée ou la cuisine à la lueur de ce jour nocturne un peu étrange. Dans ce décor singulier la maison était plus protectrice, plus chaleureuse que jamais et je me sentais seul à percevoir un petit quelque chose comme une complicité tacite entre elle et moi.

Cette fois encore, pour la troisième année consécutive, la maison ne sera pas décorée - pour des raisons chaque fois différentes - et le bon vieux sapin de plastique ne doit plus en finir de s'empoussiérer dans son carton abimé. Il m'arrive de me demander ce que deviennent ces décorations oubliées, sont-elles toujours en haut du grand placard de l'étage, accessible uniquement en montant sur une chaise ? Le sapin lui-même (acheté à l'insu de mon père dont je me rappelle encore le regard consterné le jour où cet assemblage de plastique fit irruption dans la maison) a-t-il fini par laisser la place à un nouveau plus touffu ou son rôle est-il désormais voué à l'oubli ?

On ne l'avait pas vraiment officialisé mais c'était moi qui étais chargé du sapin et son installation. C'est moi qui tannais ma mère pour la décider à lancer les hostilités décoratives un peu plus tôt qu'elle ne l'aurait choisi. J'y passais un samedi matin chaque année, me demandant toutes les trois minutes si l'agencement serait suffisamment équilibré, s'il restait assez sobre. Et chaque fois je finissais par contempler mon travail avec une pincée de fierté, petite mais pas tant que ça.

Cette année, la sobriété est implacablement de mise. Les préoccupations familiales ne s'arrêtent plus à la présence d'un sapin ou de choses semblables, ce sera donc la politique de la chaise vide. Décembre est devenu un mois comme les autres pour la maison et j'en éprouve une petite nostalgie. Personne n'a plus le désir de jouer avec les lumières, personne ne cherche plus à entretenir cette complicité un peu espiègle.

Parfois je me demande si un petit fantôme de ce que j'étais parcourt avec malice le bas des escaliers, la main sur le mur et sur la pointe des pieds, en scrutant dans la rue quelques lueurs opportunes. Je pense aussi à ma nièce décédée il y a un peu plus d'un an pour laquelle on aurait pu, on aurait dû, garnir la maison des plus beaux atours et des plus doux cadeaux. Cette année encore, le salon se contentera ainsi d'une sobriété un peu navrante, un peu stérile, comme une bougie que l'on ne parvient plus à allumer. On laissera les chaussures au placard.

Au téléphone, on poursuit la conversation comme si finalement tout n'allait pas si mal parce qu'après tout ce n'est pas faux. Il y aura d'autres moments plus heureux. La maison, elle, devra se contenter de petits fantômes (le mien ?) qui s'amusent peut-être, les soirs de décembre à la nuit tombée, à jouer avec les volets entre-ouverts.

vendredi, 11 novembre 2011

Moulinsart

cristal.jpegC'est un détail mais c'est la trajectoire en spirale suivie par une boule de feu sur la couverture de l'album Les sept boules de cristal qui m'avait donné l'envie d'acheter mon tout premier album de Tintin un samedi matin, dans la boutique France-woisir - comme je le prononçais à l'époque - des anciennes halles d'Angers. J'avais ensuite jeté mon dévolu sur le Secret de la Licorne puis, de mine de mine *, j'ai acquis la collection complète en la terminant du côté des Picaros. N'ayant pas la place de tenir chez moi, cette collection sommeille depuis bien longtemps dans ma chambre d'enfant que j'occupe encore quelques week-ends par an et précisément celui-ci.

La semaine passée, comme tant d'autres, je suis allé voir ce que Spielberg avait fait de Tintin et son univers. Si je ne suis pas totalement convaincu par l'ensemble des choix scénaristiques, je suis en revanche largement séduit par la façon de restituer le monde de Tintin, très fidèle à l'image que je m'en faisais. Et fatalement, j'ai eu envie de m'y replonger. J'avais écrit en 2006 un billet dans lequel je racontais ma déception après avoir reparcouru le Sceptre d'Ottokar sans y retrouver la magie de mes plus vertes années.

Cette fois c'est un peu différent, très certainement parce qu'en cinq ans je suis devenu tellement plus mature, plus brillant, plus intelligent, plus mieux en tout. Il y a cinq ans je m'étais arrêté au strict récit de l'intrigue et j'avais parcouru l'album à un rythme échevelé, simplement à la recherche de la clé de l'énigme. J'ai trouvé cette fois que la richesse d'un album n'est pas tant dans les péripéties que dans l'univers. D'ailleurs, Tintin n'est pas un personnage particulièrement attachant à mes yeux, c'est son monde qui l'est, mais sans que je parvienne bien à décrire ce qui me plait, au delà de sa simplicité apparente. Un monde où, lorsqu'une voiture de malfrats force un barrage policier, les forces de l'ordre en questions s'exclament en qualifiant les contrevenants d'un vigoureux "CANAILLES !" **, ne peut objectivement que me plaire.

Ce tout premier album que j'avais lu - commençant alors sans le savoir les aventures dans un joyeux désordre -  débute quasiment à Moulinsart. Le château incarne la demeure à la fois vivante et pleine d'histoire aux lourdes portes refermant les plus palpitants secrets empoussiérés que nous rêvons tous de parcourir un jour. Oui oui, tous, même toi, je l'ai décidé. Il m'arrive de m'arrêter entre deux vignettes et chercher quelle pièce peut bien se trouver derrière ce mur et à quoi elle peut ressembler. Je me surprends à saisir en pensée le crayon d'Hergé et à tracer les contours de la bibliothèque puis de la salle de billard avant de m'apercevoir que je fais alors de Moulinsart le lieu idéal pour une partie de Cluédo (La Castafiore, avec la corde à linge, dans la cave). Les sous-sols du château constituent un filon merveilleux où chaque bibelot est potentiellement le point de départ d'une intrigue aux mille rebondissements. Je pourrais te décrire pendant des heures le parrallèle que je peux en faire avec les caves des exploitations viticoles que j'ai beaucoup fréquentées étant enfant mais je ne suis pas complètement certain que cela va te passionner.

Enfin voilà, tout ça parce que la fameuse trajectoire de la boule de feu sur la couverture des Sept boules de cristal m'avait fait penser à celle de la chaine nébulaire ou d'un ruban de GRS. La vie ça tient tout de même à peu de choses ;)

 

* Oui oui, de mine de mine. C'est comme ça qu'on dit et ça veut bien dire ce que ça veut dire !

** Les sept boules de cristal, page 53.

mercredi, 02 novembre 2011

Mon homologue

Cette voix qui résonne
C'est la voix des parents
Cette voix qui vous somme
Ne sois pas différent

 

podcast

Mon homonyme, Guillaume Aldebert, Simon Mimoun

 

Je l'ai vu dans son regard. C'était une évidence. Et quand bien même je me tromperais... En fait non, je ne me trompe pas, j'en ai la certitude. Ils sont trois sur le quai de cette station de métro à quelques mètres, ils ont treize ou quatorze ans et je sais, je le vois chez l'un des trois, je m'y reconnais. C'est comme déjà gravé dans son regard et son attitude. Sans que je puisse exactement dire ce qui le trahit.

A quinze ans je mentais. Plutôt bien. Le collège et la vie de famille m'avaient bien formaté. Eux c'était des connards, les pédés. Qu'il fallait dénigrer pour ne pas en être. Et veiller à ne pas laisser dans l'esprit de quiconque s'immiscer un doute éventuel. Je savais que ma voix ne jouait pas pour moi, j'essayais d'y faire attention. Et si l'un des profs avait des intonations suspectes il fallait s'en moquer. Il le fallait. Comme pour ne pas être exclu par le reste de la meute. Comme pour survivre, presque. J'ai toujours su que je mentais. A moi en premier lieu. Et ça, au moins, ça fonctionnait plutôt bien. Tout finirait par aller. Je ne serai pas comme ces gens, j'en étais convaincu. Chaque soir je me répétais les plans échafaudés dans ma chambre. Je choisissais celle qui me paraissait la plus en mesure de me plaire si j'étais normal. Ou plutôt lorsque je serai normal. A force de rapprochements, à force de grandir, ça deviendrait naturel.

Sur le quai ils ont une conversation d'adolescents au sujet d'une actrice qui éveille chez eux quelques ébullitions. Le troisième sourit sans que des mots vraiment audibles ne sortent de sa bouche, comme pour juste donner le change.

Je n'étais pas toujours très bon pour donner le change. Un jour, un de mes copains de collège avait confié son adoration pour Gillian Anderson. J'étais resté pantois à chercher ce qui pouvait bien plaire chez elle. Puis j'avais dit que moi aussi, je la trouvais "pas mal". Avant de citer Tonya Kinzinger, un peu au hasard. Je ne serai pas comme ces gens. Dans le lotissement flambant neuf pas très loin de chez ma grand-mère, l'une des maisons avait été achetée par un couple de pédés. Elle n'était pas encore habitée qu'elle était déjà estampillée : "ici c'est la maison des deux pédés". C'était de notoriété publique. Mes parents, mes oncles, mes tantes, tous s'en amusaient. Je ne pouvais pas être comme ça, c'était trop honteux. Plutôt crever.

Toujours sur le quai, les deux autres parlent d'une fille. Du collège ou du quartier, sans doute. 

Moi, je voulais toujours que les conversations de ce genre passent aussi vite qu'elles avaient débuté. Par pitié, qu'ils arrêtent de parler des formes de Fanny, Nathalie ou Vanessa. Mais rien n'y faisait. Et j'avais l'impression que plus les mois passaient, plus ces conversations revenaient fréquemment sur le tapis. Pourtant depuis le cours d'éducation sexuelle j'avais pris sur moi et j'avais progressé. Grâce à ce qu'avait dit l'intervenante j'avais réussi à sortir la tête de l'eau en sachant que je pouvais encore être normal, avec un tant soit peu de volonté.

Le métro a fini par arriver. Ils sont montés dans une voiture et moi dans la suivante. Je crois c'était un peu trop dur de poursuivre toutes ces projections. Il fera ses choix, en espérant qu'il ne fasse pas exactement les mêmes que moi. Moi j'ai perdu au bas mot six années. Pour des conneries. Et, parfois encore, il m'arrive d'en vouloir à la terre entière.

mercredi, 05 octobre 2011

Petit matin

La nuit a été pleine de réveils intempestifs où j'ai tenté régulièrement de me coller discrètement à lui, mes genoux contre ses mollets, mon nez le long de son dos, nos bras l'un contre l'autre. La fenêtre ouverte ne parvient pas à enrayer la chaleur étonnante de ce début d'automne et il a rejeté la couette que je n'ai pas eu, moi, le coeur de mettre de côté. Le réveil est un supplice. Je me glisse hors du lit après avoir attendu le dernier snooze possible (le huitième) et je le vois, encore chaudement étendu, se replacer dans le lit dont il est désormais le seul occupant. Un crève-coeur.

Je me prépare un peu tristement en tentant d'accepter le funeste sort de cette journée si affreusement cruelle - mon dieu, il faut se lever et partir - et si semblable aux autres. Je le vois se pelotonner sous la couette dont il se recouvre parce que la fenêtre toujours ouverte finit enfin par disperser un peu de fraîcheur bienvenue. Dire que cinq minutes auparavant, c'est moi qui était blotti sous cette même couette. Je suis partagé entre l'envie de fondre, aller profiter quelques instants encore de cette chaleur gourmande et le désir d'arracher sauvagement cette couette devenue cocon parce que, soyons objectifs, c'est vraiment trop injuste. Un baiser dans le cou, un autre sur le front, un souhait de bonne journée. Il mettra dans sa réponse toute la conviction que son peu d'éveil lui permet.

Trois minutes plus tard, dans le métro, j'essaie de me réjouir en pensant que lui au moins goûte encore la douceur de ce beau matin à la fenêtre entre-ouverte. Je ferme les yeux, espérant sentir l'illusion de son bras autour de mon épaule. Ma voisine de métro et son regard de corbeau féroce n'invitent pas exactement à la romance des sous-couettes. Tant pis. Un samedi matin finira bien par se présenter. Alors, je saisirai ma revanche.