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samedi, 19 février 2011

Table basse, portillon et petits pincements



CIMG0136.jpgC'est fou tout ce que mes parents ont changé dans la maison depuis que je l'ai quittée il y a un peu plus de trois ans. Ils ont fait installer des volets roulants électriques parce que c'est tellement plus pratique. Ils ont fait refaire la salle de bain de fond en comble, ma mère en rêvait depuis si longtemps "et puis ces sèche-serviette c'est vraiment bien pensé ". La cuisine est désormais équipée d'une batteries de petits appareils électriques dont je serais à peine capable de te dire le rôle exact. Toutefois, au milieu de ces appareils modernes trône toujours ce grille-pain dont ma mère avait fait fondre une partie du plastique il y a quelques années, un jour où elle avait introduit du papier alu à l'intérieur pour ne faire griller qu'une face de son pain (mes talents culinaires sont un précieux héritage).

Mes parents ont aussi eu l'idée saugrenue de remplacer la table basse du salon, support de nos gribouillages d'enfants (aaaah le jour où j'avais entrepris de redécorer le canapé à coups de feutres...), par cet autre meuble qui me fait bondir chaque fois que mon regard se pose dessus. Notre table à nous avait tellement plus de charme avec sa surface pas vraiment plane et ses pieds grossièrement taillés. "Ah oui mais tu vois, celle-là elle a deux grands tiroirs, c'est tellement mieux pour ranger les télécommandes ". Mes parents ambitionnent de coloniser MA chambre pour y installer la leur ce qui me laisse une impression mi-figue mi-raisin. Elle y a déjà posé une horrible paire de rideaux, signe avant-coureur de l'inexorable invasion. Je pense parfois avec amusement aux quelques surprises qu'ils auront le jour où il se décideront à vider méticuleusement le placard que je garde encore copieusement rempli. 

Ils ont également fait refaire la toiture, ils ont remplacé le portillon qui avait du mal à tenir debout et s'apprêtent à changer le papier-peint du séjour (ça, au moins, je ne saurais leur en tenir grief). Chaque fois que je reviens ici le temps d'un week-end, je débarque à taton en cherchant d'un regard presque craintif, lesquels de mes souvenirs matériels ils auront eu l'idée de faire disparaître ("on a mis ton ancien bureau dans l'autre chambre puisqu'il ne sert plus à rien "). Mes parents font vivre comme il se doit leur maison, en entretenant d'une main de maître tout ce qui, de-ci de-là, pourrait donner des signes de fatigue et je ne peux que les en féliciter. C'est sans conteste la meilleure chose à faire même si, à chaque nouveauté, j'ai le sentiment qu'on nous arrache un lambeau d'histoire familiale.

Je me réfugie dans le petit jardin dont l'aménagement n'a jamais cessé de s'étoffer avec le temps et je console tous ces pincements avec un solide frisson de réconfort: sur le ciment de la terrasse, à travers une flaque d'eau, je distingue encore facilement l'empreinte de patte que la chienne de mon enfance avait laissé malicieusement le jour où mes parents avaient coulé le ciment, quelques années avant ma naissance.

 

Françoise Hardy, La maison où j'ai grandi

lundi, 05 avril 2010

La suite comme on la vit

(Attention ce billet devrait avoir un fort parfum de mièvrerie, tu ne pourras pas dire que tu ne savais pas. Promis, après j'arrête avec les niaiseries)

 

En février en 2009, j'ai écrit ici un billet que j'avais si brillamment appelé La suite comme on la rêve. J'y exposais mes états d'âme en te disant que je vivais alors depuis un an à Mouetteland et que je regrettais de n'avoir pas trouvé un cadre de vie plus urbain et plus socialisant. Exactement un an après avoir écrit ce billet, je débutais ma vie parisienne. (ah tiens, je l'ai pas mis sur ma page à propos)

 

Il y a deux jours, j'ai eu 27 ans (vite, mettre à jour ma page à propos). Professionnellement et personnellement, j'ai connu de loin l'année la plus intense que j'ai vécue. Moi qui n'avais jamais pris l'avion, je me suis rendu seul en guadeloupe puis en Californie, j'ai remporté un prestigieux concours de mollet, j'ai démémagé, j'ai trouvé un autre boulot, j'ai donc démissionné et redéménagé au bout de trois mois et je suis arrivé ici pour en découvrant les joies de la vie à deux. J'ai aussi fait une multitude de rencontres (dont une particulière) qui me rendent aujourd'hui de plus en plus heureux d'être ce que je suis et heureux de ce qui m'attend.

 

Tu dois bien savoir ce que c'est, les gens plus jeunes (mais pas de beaucoup) qui te demandent : "alors, ça te fait pas trop mal d'avoir 27 ans ?". J'ai juste envie de répondre "après l'année que je viens de passer, je le vis très très bien. Connasse".

 

Ce à quoi je rêvassais niaisement il y a un an est aujourd'hui devenu ma réalité de tous les jours. En repensant à ces douze mois écoulés, je m'adosse contre le canapé en étendant mes jambes sur la table basse et je souris. Niaisement.

samedi, 06 mars 2010

Le bon réservoir

(Attention un jeu de mot furieusement grotesque ingénieux s'est caché à la fin de ce billet. Sauras-tu le retrouver ?)

 

Grande angoisse dans la nuit de jeudi à vendredi. J'étais au volant. En mettant le contact, mon regard rivé sur l'aiguille du réservoir d'essence constate avec effroi que ladite aiguille ne se lève pas. Ou si peu. Presque à plat. La panique. Demain matin, lorsque je serai levé, il faudra absolument que je passe faire le plein le plus rapidement de possible. Je ne sais même pas si j'ai assez d'essence pour aller jusqu'à la station la plus proche. Faire le plein de ma ... Ah ben non en fait, j'ai plus de voiture. Je suis parisien désormais. Ouf alors. Je peux m'endormir à nouveau.

 

Mais comme chaque jour ce traitre réveil finit par sonner. Enfoiré de réveil. Je t'arracherai les boutons un par un et je terminerai par l'antenne, demain un jour. Oui, mon réveil a une antenne, je trouvais ça sympa, au début. C'est la fin de ma cinquième semaine de travail. Lorsque je ne renifle pas mes classeurs je parviens à faire plutôt bonne figure même si ce n'est ni simple, ni de tout repos. A Paris ou ailleurs, c'est toujours pas facile, la vie d'artiste. Comme dans chaque nouvel endroit où je dois faire ma place, je manque toujours d'aplomb les premiers temps. J'en ai l'habitude et pourtant, je ne parviens pas à quitter rapidement le costume étriqué du petit nouveau qui prend ses pincettes pour avancer à taton et sans trop de bruit. Avant toute chose, j'ai besoin de prouver (me prouver) que je peux faire le job, être à la hauteur (de ce qu'on nous demande, ce que les autres attendent, se vouloir en vainqueur et surmonter sa peur, ça va de soi).

 

Je reste dans le lit à attendre que les dernières minutes de répit s'égrainent. Il fait apparemmet plutôt beau dehors. Mais si bon sous la couette. C'est donc un beau vendredi qui débute, il ne manque plus que la confiance. Je regarde l'heure s'afficher au plafond en cherchant comment parvenir au bout de cette journée qui s'annonce et me stresse légèrement, à la façon d'un réservoir vide. Mon réservoir d'aisance.

dimanche, 23 août 2009

L'haltérophile, les gaillards et la main sur le jean

Un samedi soir de léger désoeuvrement après une journée bien peu animée. Il est 22h et je me décide à sortir sans but précis autre que passer un peu de temps à me faire des films réfléchir en marchant avec un peu de musique dans les oreilles.

 

Je choisis une rue au hasard. Sur la gauche une allée de gravier d'une dizaine de mètres, perpendiculaire à la rue que je longe et au bout de cette allée, une dame agée assise pare-terre. Dans la pénombre, je la distingue uniquement à son pantalon blanc. Je poursuis mon chemin pendant quelques pas. Que peut bien faire une personne agée assise pare-terre toute seule dans une allée déserte d'un quartier peu fréquenté à 22h ? Je reviens sur mes pas et le bon samaritain qui est en moi prend alors le contrôle de mon cerveau. C'est rare, mais ça arrive.

 

Madame Assise-pare-terre est tombée et ne parvient pas à se relever. Elle vit juste à côté et est venue à vélo (!?!) tenter de récupérer son chat parti se cacher au bout de l'allée. Madame Assise-pare-terre semble bien avoir au moins quatre-vingt ans et ne paraît pas très lucide. Mais pourquoooiii je me retrouve encore dans ce genre de galère ... Je lui fais la conversation (je suis très doué pour les conversations avec les vieilles dames) en cherchant comment je vais bien pouvoir la relever sans l'aide de personne. Je choisis de m'accroupir derrière elle et la soutenir par le dos pendant qu'elle essaie de se lever. Elle est persuadée qu'on y arrivera pas, elle pense qu'elle est bien trop lourde. Oui, bon, c'est pas faux, elle accuse certain embompoint, la p'tite dame mais il faut bien essayer quelque chose. Elle commence à se lever. Je la soutiens, nous sommes bien partis. Et puis... et puis plus rien.

 

Quelques instants qui me paraissent trois petits quarts d'heure. Elle n'arrive pas à pousser plus et moi je suis à bloc (j'entends ma voix intérieure qui dit : Gnnnnnnnééééééé !! Gnnnééééé !!). Je me sens tel l'halterophile qui a réussi à monter la barre au niveau de ses épaules et ne sait pas encore s'il pourra terminer son mouvement. D'ailleurs c'est bien la première fois que je m'imagine entrain de faire de l'haltérophilie. Le suspense est à son paroxysme.

 

Gnnnnnniiiiii Gnnnniiiii...(le changement de voyelle rend plus fort) et voilà que finalement je parviens à prendre appui sur mes jambes et deux secondes plus tard, nous voici tous les deux debout, elle toute chancelante et moi tout surpris d'avoir réussi. Je reste une minute contre elle, la tenant par les épaules alors qu'elle se plaint de la hanche. Elle finit par retrouver son équilibre, un équilibre tout de même bien précaire. Je passe dix bonnes minutes à la convaincre qu'elle peut rentrer chez elle en laissant son chat dehors pour la nuit.

 

Je remets mes écouteurs et reprends mon chemin en direction des remparts. Je n'ai plus approché les remparts de Mouetteland depuis début juin et c'est sans doute l'une des dernières fois que j'y viens avant mon déménagement pour Rennes.

 

Devant moi, trois garçons d'une vingtaine d'années, plutôt grands et larges d'épaules, je préfère conserver entre eux et moi une certaine distance de sécurité. Il est 22h30, ils sont trois et sans trop savoir pourquoi, leur tenue jean-et-sweet-à-capuche, m'invite plutôt à la prudence (je réaliserai ensuite que je porte moi aussi précisément un sweet à capuche... et un short déchiré). Ils se rendent dans la même direction que moi. Je laisse une quinzaine de mètres d'écart.

 

Tout à coup je suis étonné par le geste de l'un d'eux. Il accroche sa main au niveau de la ceinture de celui marche à sa droite. Mon regard interloqué ne peut que rester focalisé sur cet étrange marque d'amitié virile. La main finit même par descendre un peu plus bas, de telle sorte que pendant une dizaine de mètres l'un marche avec la main sur les fesses de l'autre pendant que le troisième semble s'assurer du regard de qui pourrait bien les voir, il n'y a que moi (et oui, je les vois, je ne vois que ça). Moi qui me méfiais, en fait ce sont trois copines...

 

Je n'ai jamais fait plus que tenir discrètement la main d'autres garçons dans des cadres exclusivement très urbains, je suis  grandement surpris (agréablement, s'entend) de voir celà à Mouetteland. Nan mais ho ! les pédés, on n'est pas dans le marais ici, faut faire gaffe !! En fait, vue la population croisée ensuite entre les remparts, je finirai par me dire que Mouetteland avait de forts accents de Pédéland ce soir. Avec parmi ces pédés, un haltérophile sauveur de dames âgées tombées pare-terre. Quel endroit étonnant...

dimanche, 21 juin 2009

Tunnel. Avec une jolie sortie à l'autre bout...

Ce soir, pour beaucoup c'est la fête de la musique. Pour moi c'est en quelque sorte le début du tunnel. La semaine qui s'annonce va être de très loin la plus difficile de ma carrière débutante, bien plus stressante en tout cas que tous les examens que j'ai pu passés au cours de mes études. Les festivités (appelons ça avec un terme positif) débutent mardi pour durer jusqu'à vendredi. Vendredi, j'en serai d'ailleurs à 19 jours de travail consécutifs :( . Et l'enjeu est si important qu'il me donne presque le vertige. Je vais avoir l'impression de passer ces quatre jours en apnée.

Je poursuivrai juste après en partant dès samedi matin à 5h50 pour la Guadeloupe (mais si, je vous assure que je vais en Guadeloupe pour travailler !!). Même si l'enjeu sera largement moins important, là aussi il y a un peu de stress dans l'air. Oui, moi qui vais devoir traverser la Guadeloupe seul au volant d'une camionnette alors que je n'ai encore jamais pris l'avion ni conduit de véhicule plus grand qu'une peugeot 306, j'ai du mal à y croire. Ah si, en fait j'ai déjà conduit un tracteur, mais c'est pas pareil (Certains vont vraiment se demander ce que je fais comme métier).

A peine de revenu de Guadeloupe (enfin, si j'en reviens), ce sera retour à Mouetteland pour seulement un jour avant de filer à Lyon pour deux jours puis retour à Mouetteland pour deux jours (!?!) puis Angers pendant deux jours avant de partir en vacances... mes premières vacances depuis Août dernier...

Mes vacances pendant lesquelles je vais partir là où il me faudra mon passeport tout fraîchement acquis. Et enfin, tout sera bien .... :D

(Il est donc possible cher lecteur que dans les semaines à venir j'ai un peu de mal à trouver le temps pour écrire ici, mais j'aurais toute un foule de choses hautes en couleur à raconter)

dimanche, 03 mai 2009

Pensées ferroviaires

Fraîchement installé à la place 46, côté couloir, je me saisis de mon cahier à impressions.

Deux rangs devant moi, il y a une vraie bombasse un homme au physique des plus avantageux, arrivé dans le train au dernier moment. Je le verrai bien jouer Don Diego de la Vega. La trentaine, regard sombre, brun bouclé, trop bien bronzé pour que cela puisse paraître naturel, il est vêtu d'un petit gilet blanc très ouvert et sans manche, laissant ainsi découvrir des bras parfaitement taillés (gonflés ?) par l'effort. Si j'étais honnête, je dirais que j'aime bien et même que je suis un peu jaloux mais j'ai décidé d'être de mauvaise foi, je dirai simplement que tant de gel dans cette coiffure, c'est un peu dommage.

On ne le croirait pas, mais il n'est pas si évident d'écrire dans un train entre virages et secousses.

A quelques rangs devant moi, sur la droite, un homme est en train de lire Guérir de David Servan Schreiber, il me vient alors à l'esprit que je ferai bien de faire quelques exercices pour retrouver un peu de cohérence cardiaque.

J'aime assez prendre ces postures intelligentes dans les lieux publics comme cette rame de tgv : mon index vient naturellement se loger à la commissure de mes lèvres alors que mon stylo pointe vaillamment vers le ciel et mon regard, tantôt faussement incisif, tantôt délicatement rêveur donne l'illusion de l'Artiste en plein bouillonnement de créativité. Je sens bien à ce moment que tous les passagers de la voiture 6 sont en admiration devant cette manifestation subliminale de mon génie.

Ah, tiens, Don Diego porte un boxer rouge et blanc (je ne cesserai jamais de m'étonner de ces jeans qui ne remontent pas plus haut que ça).

Je me demande si ma voisine ne cherche pas à voir d'un oeil ce que je suis en train d'écrire.

Derrière moi, un couple de jeunes adultes est installé du côté droit. Elle écrit sur un bloc-note posé sur sa tablette de la même façon que moi. Lui s'est intallé en travers et s'est assoupi, la tête sur ses genoux à elle, de telle sorte qu'elle écrit de sa main droite et caresse le visage et les cheveux de son ami de la main gauche. Une représentation furtive des moments de tendresse qui me manquent. Elle me regarde de temps à autres.

Comme je le redoutais, mon esprit est hanté par le refrain du film vu hier au cinéma. Ce petit air qui vous suit en tout chemin, en tout lieu (et ne parle que du bon dieu, et ne parle que du bon dieeeuuuu).

Les paysages de la Sarthe puis la Mayenne se superposent vaguement aux images défilantes de ma semaine écoulée, une semaines où certaines portes se sont ouvertes et d'autres se sont fermées. Avec tant de changements pour la suite.

Le sac de ma voisine de devant a manqué de m'assommer en tombant de ... comment on appelle ça ? L'étagère ?

Je maudis les mangeurs de sandwichs qui font du bruit avec les sachets en plastique. Mon baladeur vient m'isoler quelques temps.

Mon regard tombe tristement sur mon stylo enserré entre mes mains alors que nous quittons Laval sous le soleil et que Mika me glisse à l'oreille "Say good-bye to the world you thought you lived in...". Je sens mes yeux légèrement humides, sans vraiment plus. Je ne suis pas exactement triste, j'ai du mal à mettre des mots sur l'état dans lequel je me sens. Mon esprit se perd en considérations vagues et désordonnées jusqu'à la fin du trajet.

dimanche, 22 mars 2009

Binôme de souvenirs

Je ne sais pas ce que c'est que d'être enfant unique mais je crois que parmi les choses qui me manqueraient le plus, il y aurait le fait de ne pas avoir quelqu'un pour partager toute cette batterie de souvenirs qui a servi de décor à nos tendres années. Et même si aujourd'hui nous ne partageons plus autant de choses, il y a - il y aura - toujours cette histoire commune qui me raccroche à mon frère. Témoins mutuels de nos années passées, nous sommes des binômes de souvenirs.

Le chant de la tourterelle chez notre grand-mère, les manèges et les primevères du lundi de Pâques, l'incohérence des rares engueulades paternelles, les grands prix de formule 1 regardés au beau milieu de la nuit, l'empreinte de pas du chien de notre enfance dans le ciment du dallage, les après-midi sur feu notre balançoire, les dimanches à l'arrière de la Renault 12 14, et toutes ces autres choses que je pourrais lister ici. C'est ce à quoi j'ai repensé en tombant sur le clip qui termine ce billet et dont je ne me lasse pas, ces choses que je partage si bien avec lui et uniquement avec lui.

Ce week-end, j'ai reçu mon frère et sa copine chez moi. Et sans que je ne contrôle vraiment la situation, nous nous sommes enfin mis à parler de ma vie personnelle. C'était facile, c'était comme évident, parce que c'était le moment. Aussi simple qu'une lettre à la poste, entre deux conversations anodines. Et comme on pouvait s'y attendre, ça me rend léger, ça me donne envie de siffloter joyeusement avec Emily Loizeau.

Brotheeeeeeeeer. Brotheeeeeeeeeeeeeeeer...

dimanche, 01 mars 2009

Du baladeur à la réalité

Lorsque j'étais étudiant, chaque matin et chaque soir j'effectuais un trajet d'environ trois quarts d'heure en bus et à pied. J'aimais délaisser le bus pour la fin du trajet que je coupais à pied en passant par les petites rues de la vieille ville à côté du Château puis le grand escalier qui descend de la Cathédrale vers la Maine. Comme beaucoup, j'animais ce temps quotidien en usant de mon lecteur mp3. Et parmi les voix qui venaient régulièrement chantonner à mon oreille pendant que les collègiennes se gaussaient de leur profs de math qui est vraiment un naze, il y avait La Grande Sophie.

A l'époque j'avais eu un grand coup de coeur pour l'album Et si c'était moi. C'était peut-être une période où les paroles me touchaient particulièrement, en tout cas mon printemps 2004 a eu pour décor musical essentiel cet album que je connais sur le bout du coeur. J'ai eu le sentiment de grandir avec cet album, comme si certains beaux matins d'avril, sur les marches de la Cathédrale, une Grande Sophie en miniature était assise sur mon épaule pour mettre en musique mon entame de journée.

Il y eut ensuite l'album suivant (le bien nommé La Suite) qui occupa mon début d'année 2006. Je ne m'étais en revanche pas encore procuré le tout dernier, Des vagues et des ruisseaux, mais ce sera chose faite dès demain.

Parce qu'hier je l'ai vue.

Pendant la première partie, je n'ai eu de cesse de me demander comment j'allais vivre le moment où elle allait apparaître sur la scène. En quelque sorte, j'ai eu le sentiment de retrouver une amie perdue de vue depuis quelques temps. Je l'ai trouvée drôle, inspirée, je l'ai trouvée belle, aussi. Et puis il y a eu ces chansons que je connais si bien, celles que j'ai fredonnées tant de fois joyeusement, seul sur les marches de la Cathédrale. Elle n'était plus une miniature imaginée sur mon épaule, elle était là, en face de moi.

Et son regard croisait le mien de temps à autres. Et je souriais. Et j'avais envie de lui dire merci.

A la sortie du concert, un des amis qui m'accompagnaient s'est moqué gentiment avec un : "Ooooh comme c'est mignon, il a des étoiles plein les yeux". Et c'était vrai.

lundi, 02 février 2009

La suite comme on la rêve

Lorsque j'étais adolescent, je ne m'imaginais pas vraiment vivre dans une autre région que celle où je me trouvais. A quinze ans, j'aimais me projeter vingt ans plus tard installé dans une belle maison d'un bourg de la campagne angevine avec le tryptique femme-enfants-chien (rayer la mention éventuellement inutile), un ruisseau au fond du jardin, une belle véranda - j'ai toujours adoré les vérandas -,  des voisins sympas et des petites allées de gravier gris clair reliant le portail, le garage, la porte d'entrée de la maison et la cabane en bois où seraient rangés les indispensables tondeuse et barbecue.

J'ai également eu ma période bord de mer. Régulièrement, notamment à chaque rentrée de septembre, j'aimais me persuader que je finirai par trouver une jolie habitation près des embruns qui rendraient alors la vie plus douce avec un semblant de parfum estival permanant.

Plus tard, j'eus comme une révélation : je serai un citadin. Même le pavillon de quartier résidentiel ne suffirait plus à combler mon bonheur, il me faudra un appartement le plus proche possible d'un centre-ville avec les commerces et transports en commun en bas de chez moi (mais un garage réservé tout de même, ne sacrifions pas la voiture, ça peut servir). Dans mes rêves, le voisinage était peuplé de quelques restaurants, mais aussi de cinémas et de librairies. J'y mènerai une vie assez occupée mais tranquille avec une copine qui apprécierait mes parents tout en étant assez indépendante vis à vis des siens et sans trop savoir si nous vivrons ensemble à temps complet dès le début.

Plus tard encore, j'eus une autre révélation : une femme ou une copine, ce n'est peut-être pas si indispensable...

Le 1er février 2008, je récupérais les clés de mon tout-premier appartement. Il ne ressemblait pas à ce à quoi j'avais révassé tout ce temps. J'avais passé des années à imaginer un appartement plutôt petit, en hauteur, assez lumineux, situé dans un quartier bruyant d'une ville que je n'identifais pas mais que je voulais proche (au propre comme au figuré) de la ville où j'ai grandi.

Il y a un an, j'ai donc posé mes cartons dans mon premier chez moi. Un chez moi que je trouve parfois trop grand pour moi lorsque j'y suis seul, en rez-de-chaussée d'une résidence aux allures d'ancienne ferme rénovée dans une rue que l'on peut difficilement imaginer plus calme. Même la gare toute proche ne parvient pas à animer le fond sonore, ce sont encore les mouettes et goëlands qui s'en chargent le mieux. L'effet "bord de mer = illusion d'été = sourire toute l'année" s'est tout de même révélé extrêmement limité. Mais avant toute chose, même si la ville compte ce qu'il faut de commerces et lieux de sortie, je ne suis pas tout à fait dans le cadre très urbain que j'avais tant appelé de mes voeux.

Mais heureusement, comme lorsque j'avais quinze ans, comme lorsque j'en avais vingt (et comme lorsque j'en aurai trente), il y a une suite à venir et à imaginer. J'espère bien ne pas rester si longtemps ici, avec en tête des villes plus grandes, des appartements de deuxième étage peut-être un peu étriqués mais tant pis, des commerces en bas de chez moi et une terrasse qui fera aussi véranda (je suis prêt à faire une croix sur les chemins de gravier s'il le faut), la poste juste à côté, ma banque aussi, une FNAC ce serait bien, une gare avec...

Comme quoi, avec l'âge on devient tout de même autrement plus raisonnable.

dimanche, 28 décembre 2008

Mlle l'intello

Mercredi soir, à la messe de Noël pour laquelle je n'ai pas pu être présent, mes parents ont aperçu Mlle l'intello.

Mlle l'intello était dans ma classe au collège, elle n'a jamais su que mes parents l'ont toujours appélée ainsi. Cette dénomination dédaigneuse lui a été attribuée un soir de réunion de parents d'élève, alors que le prof parlait des filières d'apprentissage (BEP, CAP...), sa mère assise à côté d'elle juste devant ma mère s'était tournée vers elle, le regard plein de fierté en disant: "mais tu sais, ces choses là ce n'est pas pour toi, toi tu es une intellectuelle". Une petite phrase lancée comme ça sans intention particulière je crois mais qui a eu pour effet de révulser ma mère, d'autant plus que la mère de Mlle l'intello est institutrice.

Mes parents ont été choqués par cette phrase pas franchement respectueuse il est vrai pour ceux qui font le choix du travail manuel (l'apprentissage n'est pas toujours un choix, loin de là, je le sais bien). Je les comprends, mais j'ai un peu de mal avec leur rancoeur vis à vis de cette pauvre fille qui n'y est pour rien si sa mère ne jure que par les études bien menées. Mais voilà, depuis ce soir-là, cette fille  avec qui je m'entendais plutôt bien est devenue "Mlle l'intello".

Par la suite, à chaque fois que je ramenais un bulletin à la maison, j'avais droit de la part de ma mère à un cynique "et l'intello, elle a eu combien, elle ? plus que toi ?". Le fait est qu'au collège puis au lycée, je me défendais plutôt bien question notes et même si Mlle l'intello portait assez bien son surnom, mes résultats étaient un peu meilleurs que les siens. Pour le plus grand plaisir de ma mère, cela va de soi. Avec le temps, le note reporting était devenu une corvée et j'ai fini par mentir en disant que je ne connaissais pas les notes de Mlle l'intello.

Ma mère était toute fière. J'avais parfois l'impression d'être l'objet de son succès par procuration, mon fils, ses notes. Parce que ma mère a été ouvrière sans l'avoir choisi. Parce que ma mère n'a pas eu le droit d'apprendre un métier comme elle l'aurait voulu sans même penser à faire des études. Ma mère était fière sans pour autant jamais dénigrer les métiers manuels qui ont fait sa vie, et que mon frère a choisi également, en y mettant un point d'honneur. Et pourtant, son fils était tout de même meilleur que l'intello. Pour ma mère, il s'agissait là d'une grande victoire sur l'autre connasse la vie. Ces comparaisons m'ont toujours mis mal à l'aise parce que moi, je n'étais pas fier de moi, de mon comportement, de mon physique...

Les années passant, Mlle l'intello et moi nous sommes logiquement perdus de vue et je n'ai eu que de très brèves nouvelles par personnes interposées. Je sais simplement qu'elle s'est mariée cet été. Alors mercredi soir lorsque j'arrivais et que mes parents rentraient de la messe, ma mère m'a dit "tiens il y avait l'intello avec ses parents ce soir. Tu sais pas ce qu'elle devient ?"

J'ai répondu que non, je ne savais pas. Parce que je n'ai pas eu envie de lui dire, tu sais, elle s'est mariée cet été, et moi, ça ne m'arrivera pas. Et pourtant, aujourd'hui, je suis bien plus fier de ce que je suis. Mais il lui faudra tant de temps pour partager mon avis.