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lundi, 19 mars 2007

On peut être un gros con et aimer Aldebert

Attention, chers lecteurs, ce que vous allez lire risque de vous faire croire que je peux parfois être méchant, ce qui serait une malencontreuse méprise, bien sûr.

Jusqu'à la semaine passée, je croyais que les gens qui aimaient le chanteur Aldebert étaient nécessairement des gens bons. Cette croyance s'est donc effondrée mardi dernier alors que j'étais entré depuis quelques instants dans la salle de concert.

J'étais dans la salle depuis quelques minutes en compagnie de ma copine Louloute et son mari lorsque mon regard prodigieusement perçant a distingué à quelques mètres de nous le visage de l'infâme P.. Savoir qu'il était là, ça m'aurait presque gâché le concert. Nan mais c'est vrai, quoi.

Tenez vous prêts, nous partons pour quelques instants de pure méchanceté gratuite récit poignant.

P. était dans ma classe au lycée. Le hasard Une malédiction a voulu pour une raison inconnue que je sois son voisin de classe pendant quasiment la moitié de ces trois ans.  P. n'était pas méchant, non. Il était juste con, bête, vantard et mythomane. Et collant aussi (et moche). Cerise sur le gâteau, c'était aussi un footeux (et pratiquant en plus). P. était aussi un fervant amateur de bonnes blagues bien viriles parce que, lui, c'est un vrai mec.

Je n'ai jamais vu quelqu'un faire à ce point l'unanimité contre lui sans qu'il ne s'en soit jamais rendu compte, c'est peut-être ça qui était le plus drôle. Personne, absolument personne ne le supportait (rien que d'y repenser, ça me rend heureux) (comment ça, je suis méchant ? moi ?). 

Au lycée il m'arrivait très souvent d'aller en cours même lorsque j'étais malade (je suis un champion de la rhino-pharyngite). Il m'est donc arrivé trois fois de venir en cours en étant malade et de constater chez moi un certain talent involontaire pour la contagion. "Oh zut, P. n'est pas là aujourd'hui, il a dû attraper quelque chose, c'est balo". Et hop voilà, deux jours sans P., le bonheur :-) . Je vous assure que d'autres dans la classe m'étaient reconnaissants.

Pour ma défense, je tiens à raconter en ces lignes le préjudice que je subissais pour ma part du fait de la présence de P. : comme il habitait près de chez moi, nous prenions le même bus. Du coup, pour éviter les conversations footeuses, moi j'étais obligé de rester 10 minutes plus tard au lycée après les cours, le temps que lui prenne un bus et moi le suivant (merci d'adresser vos messages de solicitude en commentaires).

Soyons bon joueur. Il est certainement devenu quelqu'un de très bien aujourd'hui, la preuve, il était au même concert que moi. Oui, bien sûr, la maturité et tout et tout, ça a bien dû faire son effet... ou pas. 

Simple constat rapide suite à l'écriture de ces quelques lignes : il est tellement bon parfois de se défouler en disant du mal de quelqu'un... S'autoriser un peu de méchanceté ressentiment, ça soulage :-)

A part ça, le concert, c'était vraiment grandiose. Un grand moment de musique et d'humour, je conseille très vivement. 


mardi, 16 janvier 2007

Un instant ailleurs

21 juin 2006. Je déambule avec deux copines dans les rues de ma ville entre les différents concerts plus ou moins improvisés pour ce soir si particulier. L'une d'elles propose de nous rapprocher de la cathédrale où doit jouer le grand orgue ce soir là. Nous escaladons les nombreuses marches qui mènent là-haut vers le double clocher.
 
Sur le parvis, au milieu des gens qui circulent dans tous les sens, nous apercevons trois étudiants de notre école, des deuxièmes années. Ils ont détalé presque comme s'ils nous fuyaient (pour une raison qui nous echappe totalement). Se sentant pobablement acculés et ne voyant certainement pas d'autres solutions pour échapper aux redoutables criminels assoiffés de sang qu'ils semblent fuir (nous ?), ils se sont engouffrés dans la cathédrale. Ni une ni deux, juste pour la curiosité du moment, nous entrons comme eux à l'intérieur.
 
C'est un soir de juin avec un ciel dégagé qui vient poser un léger voile orangé avant l'arivée de la nuit la plus courte. Pour ce soir de festivité la cathédrale s'est ouverte à tous et accueille le quidam sur des airs d'orgues saisissants. La chasse aux deuxièmes années s'évanouit comme un rêve chassé par l'atmosphère de la situation.
 
medium_DSCN0216.JPGLa cathédrale de ma ville ouvre sa sortie principale sur de grands escaliers descendant jusqu'à la rivière en contrebas.
 
A l'intérieur cette porte est surplombée par un orgue gigantesque que viennent soutenir quatres statues de bois.
 
Lorsque l'on se trouve près de l'autel en se tournant vers l'entrée on aperçoit uniquement à travers l'ouverture de la porte un coin de ciel avec le feuillage d'un bouleau qui se détache sur la droite. 
 
L'espace d'un instant on se prend à imaginer que la cathédrale flotte en des cieux oranges, vaisseau de pierre en lévitation. L'orgue couvre tous les autres sons, comme pour nous isoler du monde extérieur. Cette vision donne immanquablement l'envie de s'approcher, venir voir de plus près ce petit prodige du hasard des perspectives.
 
A mesure que l'on avance vers la porte on redécouvre le haut des escaliers, l'arbre en entier, le petit parking et son park-mètre.
 
Le rock résonne au bas des escaliers, nous sommes revenus. 

samedi, 23 décembre 2006

Ce subtile mélange de torpeur et d'excitation

medium_DSCN0222.JPGNuit du 24 au 25 décembre, 4 heures environ. L'année ? Peu importe, j'ai six ans, sept ans, huit, ou dix, c'était tous les ans la même histoire.

Comme chaque année, le réveillon dans la famille de mon père avait trainé en longueur, ce qui ferait forcément dire à ma mère "l'année prochaine, on rentrera plus tôt" (des promesses...).

On avait débuté par le trajet de nuit pendant lequel je passais mon temps à chercher les étoiles à travers la vitre arrière gauche et les nuages avec, en fond sonore, la "cassette de la trompette" faisant son numéro dans l'auto-radio. La froide messe avait laissé la place au repas. Mes cousins étant plus agés, mon frère et moi étions les seuls "vrais" enfants. Comme souvent j'étais placé à table tout près de la cheminée. C'est peut-être notre statut de benjamins qui voulait ça. Je me rappelle la sensation du foyer sur ma joue ou dans mon dos. J'avais parfois l'impression que le feu était l'un de mes interlocuteurs, le seul qui me prêtait attention, celui que je ne me lassais pas d'écouter car nous n'avions pas de cheminée à la maison, c'était donc pour moi un vrai petit spectacle, une réjouissance lorsque l'un des mes oncles venait offrir aux flammes une nouvelle bûche à ronger. 

Au repas avait succédé immanquablement la partie de belotte, et c'est à ce moment que tout avait commencé : la lutte pour la survie de l'éveil.

Mon père avait joué avec trois de ses frères, les femmes avaient discuté entre elles sur la pertinence d'entamer ou non la vaisselle. Le panier de clémentines avait circulé de mains en mains à maintes reprises... Et je luttais. 

Ne pas s'endormir, ne pas se laisser aller, ne pas s'end...    Oh... Ohoh, secoue toi bouge... 

Les joueurs de belotte mécontents avaient donné du poing sur la table. Même le feu semblait finir par s'assoupir à force que l'on ne s'intéresse plus à lui...   Ne pas se laisser aller...

Et puis enfin, dans un dernier éclat de voix, j'avais pressenti que la partie de carte avait vécu. Un regain d'énergie était venu m'emporter le temps d'enfiler mon manteau et dire aurevoir à tout ce petit monde... La voiture avait démarré, la cassette de la trompette avait repris son concert...

4 heures environ, nous y sommes. Pendant le trajet du retour, j'ai lutté mais je n'ai pas failli, le marchand de sable n'a pas eu gain de cause et la partie va devenir compliquée pour lui car la torpeur du trajet se fond peu à peu en excitation.

Ca y est, c'est noël, ces quelques heures à part, celles qui ont ce je ne sais quoi supplémentaire.

Il est 4 heures mais je veux voir le sapin, nos chaussons, la crèche, et après, j'irai me coucher. Pas pour dormir. Pour attendre. Attendre que le radio-réveil veuille bien annoncer une heure raisonnable pour se lever, pour ce moment que j'aime tant faire durer : celui où, à genou et en pyjama dans le milieu du salon, je retirerai le papier-cadeau.

 

Joyeux noël à vous tous 

mercredi, 22 novembre 2006

Horrible souvenir d'enfance (oh la la ça fait peur...)

Il y a quelques temps je suis tombé sur une chaîne du satellite qui rediffusait des épisodes de Ken le survivant de l'enfer. Pour ceux à qui ça ne dit rien, c'était un dessin animé japonais qu'on nous servait au club Dorothée au tout début des années 90. Il était réputé comme le plus violent. A l'époque, je devais avoir 8-9 ans, moi je trouvais que c'était assez triste. Je ne réalisais pas que la violence était présente à ce point. En le revoyant récemment, par contre j'ai été assez choqué de de voir qu'on nous présentait ça le mercredi matin, ni vu ni connu, entre Princesse Sarah et Juliette je t'aime (et au passage, j'ai trouvé le scénario complètement ridicule, rien que pour ça il aurait fallu l'interdire, mais ça n'engage que moi).

Et pourtant non, quand j'étais enfant cela ne me perturbait pas plus que ça. Il y a simplement une scène qui m'avait marqué et dont je me souviens très bien aujourd'hui, je l'avais trouvé très triste.

Non, moi c'est dans un autre dessin animé qu'une scène m'avait perturbé. Je n'en ai jamais parlé à quiconque, ainsi, c'est en quelque sorte un soulagement de pouvoir libérer ici ma mémoire. C'est un peu comme quand j'ai réussi à évoquer mon appréhension à l'idée de devoir revivre le moment où Oui-Oui se fait pincer le gros orteil par un crabe dans l'excellent Oui-Oui à la plage. Je me suis senti plus fort ensuite (merci les tamaris).

Ce dont je vous parle ici est lié à une scène très précise d'un dessin animé que je ne regardais pas habituellement car il ne m'intéressait pas. Mais un jour, je me suis trouvé comme happé par l'écran je vis ce qui ma glaça le sang d'effroi : un épisode de Mon Petit Poney ( ... quoi ?).

Dans ce terrible épisode, une méchante sorcière avait trouvé le moyen de s'emparer de la jeunesse de certains des poneys ce qui les faisait vieillir instantanément. Cette vision des poneys affaiblis m'a terrorisé. Heureusement, je tiens à vous rassurer, l'épisode s'est bien terminé pour nos amis les poneys (désolé de casser le suspence pour ceux qui souhaiteraient revoir la série). Toutefois, je gardais en tête ce terrible moment. J'en ai fait des cauchemars, cela m'a tourmenté pendant plusieurs jours. Voilà, je suis sûr que je vais me sentir mieux après cette confession.

Moi je me demande si on n'aurait pas du interdire Mon Petit Poney pour cause de violence excessive plutôt que de chipoter sur Ken, le survivant de l'enfer. Et oui, pourquoi croyez-vous que je n'ai aucune envie d'approcher un cheval aujourd'hui ? La réponse me paraît évidente.

(Maintenant que j'y pense, les Bisounours, c'était un peu dur aussi, le méchant il avait quand même une allure inquiétante...)

Appel à témoin : vous aussi, vous souhaitez confier vous peurs enfouies ? cliquez sur commentaires.

dimanche, 05 novembre 2006

Les jours sombres

Lorsque j'étais enfant, je passais chaque année au moins une journée de mes vacances de la Toussaints chez ma grand-mère, à la campagne. C'était chaque année la première fois que je découvrais les alentours, pourtant bien connus, avec le filtre assombrissant de l'heure d'hiver. Vous savez, quand les chemins de terre portent cette humidité tenace en surface, quand on se prend à garder les mains dans les poches et à baisser parfois la tête en marchant pour éviter que le froid ne s'engouffre trop parce que l'écharpe n'est pas encore redevenue un réflexe, quand l'obscurité vient surprendre une sortie un peu trop aventureuse.

Ce jour, c'était souvent le mardi parce que c'était jour de marché dans le village qu'habitait ma grand-mère. Alors c'était l'occasion, le matin, d'aller chercher un peu de vie à quelques kilomètres du hameau isolé. Ambiance cliché du bourg de village un peu vieillissant avec les étalages couleur "vieille France",  les poissons qui me faisaient un peu peur dans leur glace pilée, le crémier que je trouvais gentil et puis il y avait les vêtements. Un marchand de robes, toujours un peu à l'écard, à droite de l'église. Des robes qui paraissaient déjà vieilles (à l'époque je ne réalisais même pas qu'elles étaient neuves), je ne les imaginais pas sur quelqu'un d'autre que ma grand-mère ou certaines de ses "semblables" que l'on croisait à peu près tous les dix mètres sur la place du marché. Les conversations n'en finissaient pas, de commérages en banalités météorologiques, le marché était comme un lieu d'information par excellence pour qui voulait tout savoir des moindres faits et gestes de madame Untel ou sa voisine. Ca m'amusait assez.

Ensuite, il était temps de rentrer vers les hauteurs isolées où se trouvait le lieu-dit dans lequel vivait ma grand-mère. A la saison sombre, l'endroit prenait des allures différentes. Fini, les couleurs chatoyantes d'octobre lorsque le brun des feuilles restante vient se confondre avec la terre apparente ou le bois humide et froid. Je trouve qu'à ce moment de l'année, cet endroit devient inhospitalier pour celui qui ne connaît pas. La route n'est fréquentée que de façon intermittente par de rares voitures ne faisant que passer, les fossés paraissent piègieux, le vent est le seul à se faire entendre.

Pourtant j'aimais ça. J'aimais cette ambiance sombre comme j'avais apprécié la gaieté du printemps précédent. En face de la maison de ma grand-mère se trouvait une sorte de petit manoir occupé par une dame âgée avec quelques dépendances en triste état et des arbres dont les silhouettes ajoutaient au caractère sinistre de la bâtisse que vous voyez ici de loin, à travers les chardons.

medium_Copie_de_Copie_de_DSCN0077.2.JPGMon frère se plaisait à dire qu'il y avait quelque chose du château de la famille Adams. Pour compléter le tableau, ajoutez un gros terre-neuve (c'est un pléonasme) qui se cantonnait à l'extérieur et semblait roder autour de la propriété, ajoutez enfin que la propriétaire était très souvent absente. Ma grand-mère s'occupait alors d'aller nourrir le chien enfin de journée lorsque la nuit était déjà installée. J'adorais l'accompagner.

L'endroit avait quelque chose de lugubre, c'était plaisant d'être l'un des "connaisseurs". Je me sentais plus qu'un simple passant lambda qui aurait voulu s'aventurer là, attiré par l'atmosphère mytérieuse du lieu. La nuit venue, j'aimais imaginé qu'il pouvait s'y passer des choses, sans trop savoir quoi, j'était fasciné par l'ambiance presque digne d'un cimetière.

Et puis on rentrait dans la petite maison de ma grand-mère de l'autre côté de la route, allant s'abriter à la lumière, attendant que nos parents viennent nous chercher mon frère et moi, nous ramener vers la ville, plus accueillante, mais pas aussi "habitée".

samedi, 21 octobre 2006

Sortie entre les coteaux

Petit retour sur le lieu des samedi que je décrivais ici

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mercredi, 04 octobre 2006

Ooohhh !!! Regarde Tati Monique ... !!!

La vérité sort toujours de la bouche des enfants. Cependant, comme le disait un de mes profs l'an passé, il y a plusieurs façons de concevoir une même réalité. Je ne me trompais pas simplement, je décrivais une situation avec mes yeux de l'époque, j'avais cinq ans.

 

A l'époque je me rappelle que la cours de l'école maternelle était fraîchement équipée de tobogans. J'adorais les tobogans. Cette sensations de se laisser aller dans le vide, sentir ce petit risque. Enfin voilà, tout ça pour dire que les tobogans était très présents dans mon esprit d'enfant.

 

A cet âge, j'étais un enfant tout ce qu'il y a de plus bavard et spontané, ce qui a bien changé par la suite. On peut dire simplement que je n'avais pas ma langue dans ma poche comme beaucoup d'enfants de cinq ans. J'étais un petit garçon de la ville qui venait passer avec son frère ainé une semaine de vacances à la campagne chez sa tante. Fin d'après midi, nous nous trouvons dans une ferme chez des gens que je ne connaissais pas. Une discussion ennuyeuse d'adulte qui devait tourner autour du lait caillé ou quelque chose comme ça. Dans le pré voisin, un troupeau de vache.

 

Il est parfois des phrases lachées comme ça par surprise sans qu'on sache vraiment pourquoi, surtout à cinq ans. Des phrases qui vous poursuivrons toute votre vie parce qu'à chaque réunion de famille, le cousin untel ne manquera pas de vos rappeler ce jour fameux jour où vous avez dit LA phrase. Quelques mots pour faire remarquer mon étonnement qui auront fait rire comme rarement. L'hilarité. La plus totale. Sauf pour moi. 

 

Je me rappelle m'être senti honteux. Je n'avais pas compris pourquoi ils riaient, je croyais avoir dit quelque chose de mal.

 

Nous étions donc à côté du pré ce jour-là. Eux discutaient entre eux, moi je scrutais les vaches, j'avais rarement l'occasion d'en voir de si près. Deux vaches s'étaient rapprochées l'une de l'autre. Quelques années plus tard, je saurais que l'une de ces vaches était un taureau. Mais à cinq ans, c'est pas franchement évident, vous en conviendrez. Elles s'étaient tellement rapprochées que l'une d'elles commençait à essayer de monter sur l'autre. Je suis complètement éberlué par ce spectacle inédit. Mais qu'est-ce qui leur prend à ces vaches ? J'étais le seul à avoir remarqué ce qui se tramait.

 

Elles continuent à se positionner bizarrement et puis tout à coup je perçois la silouhette formée par ces deux corps qui n'en font qu'un et une idée me vient en tête lorsque je vois l'inclinaison prise par le dos de celle qui monte sur l'autre. Je m'imagine glisser à califourchon le long du dos de la vache.

 

"Ooohhh !!! Regarde Tati Monique, les deux vaches, elles font un tobogan !!!" 

 

 

 

** Pour qui le centième commentaire sur ce blog ? ** 

mardi, 26 septembre 2006

Un samedi entre les coteaux

C'était une tradition, un rituel de la fin de mon enfance puis de mon adolescence qui se répétait deux ou trois fois chaque année, des samedis d'octobre. Mon père allait participer aux vendanges chez son frère. Ma mère en profitait pour aller passer la journée chez sa mère dans un village proche et elle m'emmenait, parfois mon frère venait aussi. Nous allions donc d'abord déposer mon père.

Je me revois au départ du trajet matinal à l'arrière de la voiture. Je chérissais tant cette journée, je l'avais attendue toute la semaine durant. La buée sur les vitres au démarrage, de légers frissonnements dûs aux premières fraîcheurs automnales qui donnaient du plaisir à venir se blottir contre la banquette. Les premiers kilomètres, la route vers Brissac avec le soleil rasant, subtilement orangé qui venait de la gauche.

Après la demi-heure habituelle de trajet, nous arrivions dans le domaine viticole. Petite balade entre les rangs de vigne ou dans les caves. J'ai longtemps associé ces souvenirs à la chanson Octobre de Cabrel. La fumée devant la bouche quand on parle, je souffle doucement pour en faire plus. J'aimais sentir ces premières fraîcheurs qui fouettent le visage et viennent me sortir de la torpeur intallée par le trajet.

Là, dans mon souvenir, on est à côté des pêchers, un peu à l'écart de la propriété et, devant, les vignes s'étendent à n'en plus finir.

Discussion formelle autour du café, sur le déroulement de la semaine, comment s'annonce le cru, les nouvelles du hameau. Ma mère et moi reprenons la route. Je crois que c'est le moment de la journée que je préférais. Je suis sur le siège passager, il est un peu plus de 9 heures, nous allons traverser la campagne, celle des cartes postales. Des vignes, des bois, des champs, des fermes, les intallations de la coopérative...

Et puis des clochers, plusieurs, et pour finir, le bon. Il ne reste que quelques minutes. Dernier petit bourg avec ses rues étroites, et au loin, plus haut, dans un hameau isolé, les arbres qui entourent le manoir voisin de la petite maison de ma grand-mère.

Je venais souvent chez ma grand-mère mais les samedis de vendange, c'était différent. Pourquoi ? Je n'en sais rien.

La chienne qui aboit et court partout en attendant que j'arrive à ouvrir la barrière rouillée et ainsi libérer le passage pour la voiture. La chant de la tourterelle, le sourire de ma grand-mère, le klaxon du facteur dans sa Renault Express. Discussion pour la fin de la matinée, un tour dans le jardin, combien de lapins dans les clapiers cette année ?

Retour dans le pièce principale qui servait de cuisine. Regarder la télévision chez ma grand-mère ça n'avait pas la même saveur qu'ailleurs. Peu importe ce qu'il y avait sur l'écran, j'étais là et j'essayais de me rappeler ce que j'avais vécu, plus jeune encore, dans cette même pièce. Je suis sur une chaise auprès du vieux poêle dans le milieu du passage de ma mère et ma grand-mère qui préparent le repas.

Le repas, un plaisir, même si toujours trop consistant. La maison avait une atmosphère que je n'ai jamais trouvée ailleurs. Dans mes souvenirs, même la radio avait une tonalité particulière, pas désagréable, mais différente. Je crois que rien qu'en l'entendant j'aurais su deviner dans quel lieu je me trouvais. J'imagine qu'on a tous des lieux qui ont marqué fortement notre enfance, pour moi, c'est l'un des tout premiers. 

L'après midi parfois une course puis la promenade à pied, souvent très longue sur les chemins ou les petite routes. Elles marchent assez lentement, moi je cours, je m'éloigne, je reviens. Les paysages, cliché typique de la campagne en automne ("On ira tout en haut des collines, regarder tout ce qu'octobre illumine"): le petit bourg avec son clocher aperçu d'un endroit surplombant d'un côté, et de l'autre la longue descente le long du flanc d'un coteau avec une vue sur des kilomètres. Parfois aussi, une visite chez l'une de mes tantes qui habite en bas de la descente. Un autre café, une autre discussion d'adulte, je suis fier d'y participer.

Fin de journée, nous reprenons la voiture pour revenir chez mon oncle. Comme d'habitude ma tante insistera pour qu'on reste à dîner, ma mère prostestera mais ma tante aura gain de cause. Moi j'en suis heureux, la soupe y est toujours meilleure qu'à la maison. On rentre de nuit, je me réjouis d'avoir vécu une nouvelle fois cette journée en espérant qu'il y en aura encore une autre au moins l'an prochain, à moins que ce ne soit la semaine prochaine. 

***

Je ne sais plus en quelle année ce rituel a pris fin, peut-être lorsque ma grand-mère est tombée malade, je ne veux pas savoir, en fait. Un rituel rural pour un petit garçon de la ville, un haut-lieu du patrimoine de mes souvenirs d'enfance.

J'ai eu des frissons pendant tout le temps où j'ai rédigé ce billet.

Octobre restera peut-être...

lundi, 11 septembre 2006

Ma jeunesse est naturelle

J'ai achevé il y a quelques semaines un stage de plusieurs mois. Il s'est plutôt bien déroulé dans l'ensemble. Il y a juste un petit truc qui m'a chagriné un peu. Chaque midi, le gentil monsieur du self s'adressait à moi en disant : "Alors, qu'est-ce qu'il veut le petit jeune homme ?" (Précision qui a son importance, j'ai 23 ans). Je n'aime pas qu'on insiste de la sorte sur mes airs juvéniles. Je sais, ça part plutôt d'un bon sentiment mais, dans mes oreilles, ça résonne plutôt comme une attaque perfide. Bon, c'est vrai, j'ai toujours paru un peu plus jeune que mon âge mais, pour certains, apparemment, le décalage paraît énorme. Morceaux choisis:

- J'ai 12 ans. Réunion de famille du genre qui n'arrive pas souvent (je crois que c'était un mariage). Mon cousin T. en profite pour présenter sa copine (qui deviendra ensuite sa femme, puis son ex-femme...). A un moment de la journée où nous sommes entre djeuns, mon autre cousin C. (le frère de T) propose à la nouvelle venue de jouer à deviner nos âges respectifs (tu parles d'un jeu à la con). Elle s'est plutôt bien débrouillée, sauf pour moi. Parce que, dire à un gamin de 12 ans : "hummm, toi, je dirais que tu as 8 ans", moi je trouve ça un peu limite, non ?

- J'ai 14 ans. Avec mes copains de collège, on va voir Volteface au cinéma (mais si, rappelez vous, Volteface, avec Travolta et Cage). Moi à 14 ans, je me baladais pas avec mes papiers sur moi. Et là, le coup du pasdebol, le gentil monsieur du cinéma est un consciencieux : "Ah, désolé, mais toi tu n'y va pas, le film est interdit au moins de 12 ans". Sur le moment je suis tellement étonné que je ne pense même pas à réagir. J'ai 14 ans, il ne veut même pas croire que j'en ai 12 et je ne peux pas le prouver. Et puis mes copains ont insisté, insisté, insisté... A tel point que le gentil monsieur du cinéma a fini par nous laisser passer en disant "Bon, ça va pour cette fois, faut pas me prendre pour un con, je sais que t'as pas 12 ans". (Et bah si, monsieur, t'es un gros con)

- J'ai 17 ans. Je viens retirer ma licence de tennis dans mon club. C'est mon frère (de 4 ans plus agé) qui m'accompagne. Naturellement, il reste en retrait dans l'entrée lorsque je viens quérir la petite carte auprès de la gentille madame qu'on a mise ici à cet effet. Je repars, mon frère s'éloigne avec moi. Et là, la voix de la gentille madame : "bah, il voulait rien le grand monsieur ? Ca devait être le papa du petit garçon".

- J'ai 19 ans. Je discute avec un copain de mon frère qui ne me connaît pas très bien. Il me demande où j'en suis dans ma scolarité, je lui réponds que je suis en première année de fac (normal, quoi). La réponse qui fait mal : "Oh mais c'est vachement bien ça, ça te fait combien d'années d'avance ?"

Remarquez, dans les instants qui suivent, il est toujours amusant de voir le léger malaise qui semble poindre dans l'esprit de l'interlocuteur coupable de la bévue qui tente de se rattraper (maladroitement, certes), ça fait toujours une consolation.

- J'ai 21 ans. A cet âge, c'est difficile de regarder jalousement une fille de sa promo en se disant : "oh, celle là j'aimerais tellement avoir autant de moustache avant la fin de l'année". C'est dur... (cela dit, pour elle, ça doit pas être facile non-plus...)

Je vous fais grâce de toutes les fois où ma mère s'est arrangée pour que je bénéficie des tarifs réservés aux plus jeunes (et aussi ce vieux con dans le bus qui croyait que j'avais 13 ans alors que j'en avais 20, faut pas abuser quand-même, nanmého !).

Toutefois, j'attends avec un certain amusement ce jour de 2013 où quelqu'un me dira : "Oh mais c'est pas possible, tu as trente ans ! Mais moi je te donnerais au maximum 22 ans et demi, comment tu fais pour paraître aussi jeune ?!" Et ce jour-là je répondrai : "Oh mais tu sais, chez moi, la jeunesse, c'est naturel".

...

Quoi ? Comment ça ? Où ça, un cheveu blanc ?

samedi, 09 septembre 2006

Mea Culpa

(Voici mon premier vrai post, il est long, en plus, c'est pour les courageux, les motivés)

Je suis désormais à la tête d'un média qui me permet de parler à la Terre entière (même si la Terre entière ne m'écoute pas, pas encore) et je crois qu'il est temps de faire une chose que j'aurais du faire il y a bien longtemps. Des excuses, publiques.

Les faits remontent à mes années de CE1 et CE2 (septembre 1990 à juin 1992) (Oh la vache, ça fait loin, on pourrait presque dire qu'il y a prescription). Durant ces deux années, j'ai eu la même instit', Mme A. Moi je la trouvais très bien, Mme A., mais elle avait une habitude à l'origine de tout ce qui va suivre. Elle punissait des élèves au cours de la journée mais attendait la fin d'après-midi, le moment où l'on notait les devoirs pour le lendemain, pour déterminer la sentance exacte (souvent, recopier un paragraphe qu'on avait lu dans la journée).

Tout se passait normalement jusqu'au jour où, après avoir ajouté un nouveau nom sur la liste noire des punis, elle ajouta : "Il faudra que vous m'y fassiez penser ce soir", parce qu'il lui arrivait d'oublier.

Le mal était fait. Car elle ne savait pas sans doute à quel point j'étais assoiffé de justice et de respect de l'ordre établi. Cette remarque n'était pas tombée dans l'oreille d'un sourd, oh là non. A partir de ce jour, à chaque fin de journée, dans les cinq dernières minutes, je me tenais prêt à bondir pour parer au moindre oubli de sa part. Et cela arrivait, parfois. Alors, heureusement, je brandissais fièrement mon bras droit (celui de la justice, ça va de soi) pour rappeler que untel, untel (et unetelle, aussi) figuraient sur la liste des condamnés au paragraphe et ainsi assurer qu'ils auraient bien à repondre de leurs actes répréhensibles du jour (des trucs horribles du genre deux mots à son voisin, rire bêtement sans raison valable ou encore, comble de la mauvaise éducation, bailler sans mettre la main devant sa bouche).

C'est étonnant, moi je connaissais à chaque fois la liste sur le bout des doigts (pas besoin de prendre des notes) et, bien évidemment, je n'y figurais jamais.

Et les jours s'écoulaient paisiblement de la sorte. C'était devenu un acte rituel auxquels même les habitués de la puniton semblaient s'être résignés. Mme A. se montrait plutôt reconnaissante de mes interventions. C'est étonnant mais pas une seule fois je n'ai eu de remarques de la part des autres élèves qui auraient voulu me chercher quelques griefs. J'étais juste dans le rôle de l'assistant punisseur qui veillait au bon fonctionnement de la règle. Et pourtant (si si je vous assure) je cherchais pas du tout à être le chouchou de la prof.

Et puis un jour, je ne sais plus pourquoi, je parlais à la maison avec mon frère et ma mère de punitions scolaires. Et, bizarrement, je me suis mis à leur parler de cette habitude que j'avais prise.

Regard ahuri de ma mère : "mais c'est pas possible que tu fasses ça !". En un instant, je vois défiler devant mes yeux de neuf ans toute cette colère qui a pu habiter les punis. Et j'ai honte. Quelques jours plus tard, à une réunion de parents d'élèves ma mère s'arrange pour discuter à l'écart avec Mme A. et excuser mon comportement. Réponse de Mme A. "Oh non, il ne fait pas ça sur un ton génant, pas du tout". Du jour au lendemain, j'ai cessé cette habitude, malheureusement, la fin d'année était trop proche pour que cela se remarque.

Aujourd'hui, je voudrais donc dire à toutes les victimes de mon extrémisme punitif que je m'en veux vraiment beaucoup beaucoup beaucoup. Bizarrement, je n'ai gardé aucun contact avec ces gens (comme c'est malheureux).

Le bon côté de tout ça c'est que ça m'aura fait un sujet de post. Alors au bout du compte, je sais pas si regrette tant que ça. Un avis sur la question ?