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samedi, 13 février 2010

Haut patrimoine musical

Au hasard d'une émission télé de haut niveau hier soir, j'ai entendu deux animateurs massacrer une chanson d'Hervé Villard. Je me suis d'ailleurs  aperçu que je connaissais cette chanson quasiment sur le bout des doigts, c'est affreux (alors que j'ai seché lamentablement sur le grande tube de Larusso, mais que m'arrive-t-il ...). Mon opinion sur les qualités musicales d'Hervé Villard est plutôt réservée mais entendre cette chanson m'a rappelé une foule de samedis après-midi ou dimanche matin à entendre (supporter ?) les rengaines yéyé qui plaisaient tant à mon père.

 

Ces pensées m'ont donné l'envie d'aller passer un petit moment sur Deezer. Je me suis amusé à retrouver deux trois petites choses et, tout à coup, le grand frisson avec les premières paroles de La maison où j'ai grandi de Françoise Hardy. Je me suis revu un après midi de printemps dans le salon, un de ces premiers jours où l'on se permettait de laisser ouverte la porte-fenêtre. On venait d'acheter la chaine avec notre premier lecteur CD, je devais avoir onze ans. Ma mère s'était offert une compilation de Françoise Hardy trouvée au hasard je ne sais plus vraiment où. Je revois encore très bien la pochette. Mise en abyme improvisée, les paroles de la chanson me parlent bien plus aujourd'hui qu'à l'époque.

 

Celà doit faire quinze ans que je n'ai plus entendu cette chanson et pourtant les mots me reviennent facilement (fort heureusement j'étais seul dans l'appartement hier pour effectuer mes vocalises). Quelques soient les qualités de ces chansons, je garderai toujours une tendresse particulière pour cette chanteuse du fait de l'attachement qu'avait ma mère. Il me vient alors une douce envie de printemps, d'un léger vent qui viendrait agiter les rideaux pendant que le jardin s'habille de couleurs tendres et que je tarde à commencer mes exercices de conjugaison. J'ai toujours préféré la grammaire.

 

Je passe ensuite à Marie Laforêt que mon père aimait tout particulièrement et confie mes impressions en direct par écran interposé. Mon interlocuteur me répond alors que, vraiment, je ne pouvais finir autrement que pédé. Rhhoooo ! Tu trouves que les Vendanges de l'amour ça fait un peu pédé, toi ? Moi je vois pas.

 

(tu as les vendanges de l'amour dans la tête pour la fin de la journée ? pas la peine de me remercier, tout le plaisir est pour moi)

samedi, 06 février 2010

Une beurre-sucre

(mais plutôt avec du beurre salé, si on en a)

 

Depuis que je n'habite plus chez Papa et Maman, dans la boîte à souvenirs des choses que je n'ai pas encore retrouvées, il y a les crèpes à la maison. Dans mon enfance, on les faisait le samedi en fin d'après-midi en février ou en mars. Nous nous tenions, mon frère et moi, chacun d'un côté de ma mère, elle-même affairée devant les fourneaux. Ma mère faisait aussi des bottereaux, une chose que je n'ai jamais trouvée ailleurs que chez moi.

 

Je me souviens bien sur des odeurs, des sons. Le bruit de la pâte versée dans la poële chaudement huilée, celui de la crèpe qui reprennait sa cuisson juste après le retournement. Le goût,  aussi, évidemment, celui de mon doigt discrètement trempé dans la pâte liquide. Il m'arrivait de me demander pourquoi on faisait cuire la pâte plutôt que de la boire comme une soupe tellement c'était bon. Tout le rez-de-chaussée de la maison allait sentir le graillon le reste de la soirée mais c'était une chose agréable. L'odeur d'un rituel qui me paraissait immuable, aussi immuable qu'une famille réunie, une fin d'après midi d'hiver, au chaud, dans la cuisine illuminée.

 

Par ailleurs, une autre sensation dont je me souviens le plus, c'est le sucre en poudre qui craque entre mes dents : j'aimais manger ma dernière crèpe avec du beurre et du sucre, du beurre salé quand il y en avait. C'était croustillant et fondant, sucré et salé, bien plus intéressant qu'une banale crèpe au Nuuutella. C'était mes crèpes à moi, ça les rendait d'autant meilleures.

 

Ces jours-là, il nous arrivait parfois de recevoir du monde à la maison. Et bien figure toi que quelque soit le nombre de personne présentes, je parvenais toujours à suivre une comptabilité indéfectible. Tu pouvais me demander à n'importe quel moment qui avait mangé combien de crèpes, dont combien au Nuuutella et combien à la confiture de mure, je le savais. Je comptais tout, je surveillais tout. Jusqu'à l'épaisseur de la couche de Nuuutella que mon frère pouvait mettre sur les siennes. Tout. Prêt à réciter mes statistiques, détails à la clé, au moment éventuel où on aurait demandé un volontaire pour manger la dernière (je me demande bien quel rôle j'aurais eu dans la classe du petit Nicolas, moi).

 

Il me semble que certaines fois j'avais triché juste un peu sur le nombre de celles que j'avais moi même mangées. De toutes façons, personne n'aurait pu avoir l'idée saugrenue de me soupçonner, moi, un enfant si parfait et irréprochable ça aussi, c'était immuable. Mais aussi immuables qu'elles aient pu paraître, ces choses ne sont plus.

 

Promis, demain, j'essaierai de ne pas compter.

dimanche, 24 janvier 2010

Triple flip

 

Comme beaucoup d'autres, mon collège offrait chaque année la possibilité aux parents des élèves de rencontrer le temps de quelques minutes plusieurs des professeurs de leur adolescent d'enfant qu'ils avaient préalablement choisis.

Va savoir pourquoi, l'année où j'étais en sixième, mes parents avaient eu l'idée saugrenue de solliciter un entretien avec ma prof de sport. Ceci me parait d'autant plus invraisemblable que, n'ayant que très peu de difficultés en matière scolaire, mes parents me laissaient à moi même le soin de choisir la liste des professeurs au menu de la soirée. Comment aurais-je pu proposer une telle absurdité, moi qui étais si parfait à tous points de vue ? Bref, le fait est que ce vendredi-là, mes parents et moi nous sommes retrouvés face à Mme D. (et ses dents).

Mme D. et ses dents dressèrent un rapide bilan de la situation au terme de ce premier trismestre. Il apparait que je ne suis pas un grand sportif (ah bon ?) mais que je m'en sors tout de même. Mes parents répondent qu'effectivement, je ne suis pas très sportif. La conversation se poursuit sans que personne ne trouve quelque chose de réellement intéressant à dire jusqu'à ce que Mme D. et ses dents demandent à mes parents si je m'intéresse à certains sports, par exemple à la télévision. 

Mes parents auraient pu répondre que je m'intéressais au tennis. Depuis le printemps précédent, je ne ratais pas une occasion d'avoir des nouvelles de Mary Pierce ou Arnaud Boetsch. Et bien non. Il a fallu que l'un des deux, je ne sais plus lequel, se mette à dire : "et bien, il regarde beaucoup le patinage artistique à la télévision". Mais pourquoi ? Pourquoi ? J'ai eu l'impression de tomber dans le vide. Une chute libre. J'avais toujours pensé que ce penchant que j'avais, je l'avoue, pour les pirouettes cambrées et les triples boucles étais plutôt honteux et devait absolument rester tu. Je me suis senti trahi.

Même si elles n'en montrèrent rien, j'imagine aujourd'hui qu'à ce moment Mme D. et ses dents comprirent ce que je mettraient des années à réaliser : je ne n'allais pas me contenter de glace. Immédiatement, je sus ce qu'elle était en train de s'imaginer (à tort, hurlais-je intérieurement, cela va de soi) et la honte avait gagné instantanément chacune de mes pensées. Je rêvais d'aller me cacher bien à l'abris sous le lino de cette salle de réunion ou d'autres profs et parents d'élèves circulaient dans une ambiance studieuse. Je me suis senti désespérément rouge. Rouge et consterné. Mais pourquoi avait-on eu la bêtise de venir rencontrer cette prof de sport à la dentition si ... dentaire ? Ces dix minutes figureront haut la main au palmarès de mes pires souvenirs de collège avec une note technique sans égal (légère faiblesse toutefois sur la note artistique due à une rougeur excessive des joues).

Et bien si tu m'avais dit que quinze ans après je serais capable de rire en racontant ce moment, je t'aurais vraiment pris pour une buse, triple buse, oserais-je dire en l'occurence. Je viens de constater en cette semaine de championnat d'Europe que je sais encore parfaitement faire la différence entre un triple lutz et un triple flip. Mais je n'en ai presque plus honte.

Clarika, Les patineurs

mercredi, 16 décembre 2009

Le cours d'éducation sexuelle (2)

Le début de ce récit furieusement captivant, c'est ici

 

Elle marqua un silence avant de commencer à répondre.

Je me rappelle avoir fixé la table pour éviter tout contact visuel, pour rester aussi indifférent que possible. Elle nous expliqua que selon elle, l'homosexualité ce n'est pas naturel, ce n'est pas normal. Les homosexuels ne sont pas nés comme ça. Ils sont passés par des étapes où ils ont du beaucoup souffrir. Elle s'attarda sur ce parcours anormal, ce dérèglement et cette grande souffrance. Je compris que ça ne devait pas être. Elle se prononça aussi contre l'idée qu'un couple homo puisse élever un enfant. Avec le recul, douze ans après, je suis étonné qu'on en soit arrivé à évoquer l'adoption.

En l'écoutant, après quelques instants de fébrilité j'ai ressenti comme un grand soulagement. J'étais soulagé parce que je décidais à ce moment que je ne voulais pas être homosexuel et que, d'ailleurs, je ne l'étais pas. Puisque je n'étais pas né comme ça, il n'y avais rien d'irréversible. Une question de volonté. C'était aussi simple que ça. Je n'ai aucun souvenir du reste de la séance.

Pendant les semaines suivantes, je me suis efforcé de faire vivre dans mes pensées ma nouvelle certitude. J'avais bien repéré la façon dont les autres garçons regardaient les filles. Il n'était pas compliqué de m'en inspirer. Je n'y percevais pas grand intérêt mais dans les plans que j'avais échaffaudés, il était écrit qu'à force de regarder les filles j'allais me fondre dans la masse et les choses couleraient de source. Il était toutefois exclu que je m'exclame à voix haute "elle est trop bonne" avec un bon rire gras tous les quarts d'heure, un peu de dignité ne nuit pas.

Le comble de ma fièrté est arrivé le jour où un copain de classe m'a interpelé : "dis donc, tu crois que je te vois pas, en train de matter les jambes de Gertrude ?" Je me rappelle très bien l'endroit où nous nous trouvions. J'avais rougi et j'ai bafouillé une réponse vague et sans conviction. Toutefois, après coup, c'était une victoire. J'étais un peu comme les autres, normal, j'étais sur la bonne voie. Je voyais avec plus de certitude se profiler un avenir marié dans une jolie maison avec des allées en graviers clairs et une cabane pour la tondeuse et le barbecue.

J'y ai cru, j'y ai cru dur comme fer. Pendant tellement d'années.

Aujourd'hui, surtout après avoir lu le billet de Mr CDdB, l'envie d'écrire à mon collège me taraude. Je voudrais m'assurer qu'elle ne sévit plus et dans le cas contraire leur demander si il peuvent aller brûler sa voiture la faire taire. Enfin, il y a une question subisitera toujours : mais qui avait donc posé cette fameuse question ?

dimanche, 13 décembre 2009

Le cours d'éducation sexuelle (1)

(billet inspiré après une lecture chez Monsieur CDDB)

J'étais en quatrième, année sans histoire qui me voyait aller vers mes quatorze ans. Mr T. le prof principal nous avait annoncé que tel jour (le 32 mars ou quelque chose comme ça) nous n'aurions pas les cours prévus mais nous serions avec Mr et Mme Machinchose. Il y eut une sorte de flottement dans les rangées de tables, la populasse ne sachant si elle devait se réjouir de ce mystérieux changement. Il y eut, je crois, une question à laquelle aucune réponse ne vint en retour.

Toutefois, à quelques mètres de moi, je vis Brigitte qui pouffait généreusement. Brigitte avait une soeur aînée - ou un frère, je ne sais plus - qui avait déjà croisé la route des Epoux Machinchose. Elle nous expliqua avec un sourire géné que les Epoux Machinchose rencontraient les classes du collège pendant une demi journée pour une séance d'éducation sexuelle. Ce ne fut donc pas un motif de réjouissance à mes yeux. A cet âge, imaginer une séance d'éducation sexuelle, pour moi, c'était imaginer la pire des tortures, c'était comme si on allait me forcer à aller au collège en chaussons  et avec un serre-tête rose.

J'entendais bien autour de moi des récits de flirts, il y avait semble-t-il des romances qui commençaient à se former et je me demandais si pour certains la vie allait bientôt ressembler celle de Justine et Jérôme dans Premier Baiser. J'étais totalement étranger à ce genre de scénarios mais mon tour viendrait. C'était une évidence. Mais il viendrait plus tard. Plus tard, quand j'aurais enfin grandi et rattrappé les autres garçons en taille, quand j'aurais décidé de m'intéresser aux filles (parce que pour l'instant les cours, c'est quand même trop important pour se disperser avec une relation amoureuse). Et, aussi, lorsque je me serai décidé à arrêter de penser à ces garçons que je voyais à la télé. J'avais vu certains de mes copains de classe changer de comportement avec les années. Certains se mettaient à parler des filles d'une façon qui me mettait mal à l'aise. Parfois, cela semblait virer à l'obsession. J'avais fini par me dire que j'étais quelqu'un de bien plus mesuré, plus tranquille. Et ma vie amoureuse (le terme "sexuelle" eut été largement usurpé) se résumait comme tu t'en doutes à quelques vagues rêveries projetées le soir sur le plafond de ma chambre.

Le jour J arriva. Mme et Mr Machinchose semblaient avoir l'âge de la retraite. Dans mon souvenir, c'est essentiellement elle qui animait la séance. Elle arborait une coiffure que je n'avais jamais vue avant, une sorte de chignon sans noeud visible (tu ne vois pas comment c'est possible ? moi non plus). Ils ont commencé à expliquer les choses de la vie et la puberté dans une atmosphère toute bonne pensante. Ils menaient leur exposé en s'appuyant sur des diapositives. Ils en sont arrivés au sexe et au corps à proprement parler. Elle s'est mise à dire que les corps étaient beaux et que l'on ne devait pas les cacher autant qu'on a l'habitude de le faire dans notre société. Elle joignit le geste à la parole en appuyant sur la télécommande de l'appareil à diapositives.

Il y avait sur l'écran une photo avec trois hommes et trois femmes nus représentants les différents stades de l'évolution vers l'âge adulte. Je sais que je me suis mis à rougir. C'était la première fois que je voyais des corps totalement nus en photo. Elle ne laissa le cliché que quelques secondes à l'écran. Je me rappelle avoir été partagé entre le soulagement de voir disparaître ces corps intimidants et la frustration de ne pas avoir pu observer certains détails avec plus d'attention. Ce fut le moment de la pause. Elle nous dit alors que nous pouvions poser chacun anonynement la question que nous voulions sur un papier et elle répondrait à chacune des questions après la pause. J'avais déployé des trésors d'imagination pour poser une question qui ne m'engageait à rien en restant tout ce qu'il y a de plus chaste. Je m'en rappelle mot pour mot : "Est-ce que le sentiment amoureux est toujours aussi fort quelque soit l'âge" (oui, plus niais tu meurs, je sais). Je remis mon papier comme les autres et m'en fuis, soulagé, en récréation.

Au retour, elle dépouilla comme prévu les questions que nous avions posées. Je trouvais que certaines étaient plutôt osées. La mienne passa comme une lettre à la poste, je regrettai finalement d'avoir demandé quelque chose de si banal. Et puis, vers la fin du dépouillement, vint LA question, celle qui est venue piquer mon esprit et le mettre dans tous ses états. "Que pensez-vous de l'homosexualité ?"

Mon coeur s'est mis à battre fort parce que je savais au fond, malgré tout ce que je me répétais  depuis quelques temps à longueur de soirée avant de m'endormir, que ce genre de chose allaient me concerner. Mon coeur se mit à battre fort aussi pour une autre raison : j'espérais de tout mon être que personne n'allait s'imaginer que j'étais l'auteur de cette question.

Elle marqua un silence avant de commencer à répondre.

lundi, 07 décembre 2009

Bouillie de souvenir

La tentation était bien trop forte. Depuis quelques mois les allusions semées par le hasard n'ont cessé de se présenter. J'avais évoqué mon attirance à plusieurs reprise cet été. J'ai fait emmergé des souvenirs d'enfance solidement ancrés en moi. Je me suis pris au jeu de me remémorer les parfums, la texture et la chaleur toujours nécessaire.

Il y a quelques semaines, par hasard à Lyon j'ai trouvé une affiche publicitaire qui trône désormais en maîtresse dans ma cuisine. Lors de sa première visite dans mon appartement, mon frère n'est pas d'ailleurs pas passé à côté. Certains se sont amusés à rendre public mes penchants. Ce week-end, j'ai finalement pris la décision d'aborder le sujet avec ma mère. Elle s'est montrée plus entousiaste que je le pensais, m'encourageant même à franchir le pas. Les choses se sont accélérées ce week-end lorsque j'en ai vu à deux reprises sous mes yeux. 

Ce soir je fais donc le grand saut. Je prends mon courage à deux mains et je le clame ici haut et fort :

 

J'AIME LA BLEDINE.

(et il est possible que j'en ai mangé jusqu'à un âge bien plus avancé que ce qu'ont peu lire sur les paquets ... ma mère avait du confondre 15 mois et 15 ans) (c'est pas ma faute, hein, ma mère me forçait)

Toute à l'heure, j'ai mis un temps fou avant de trouver enfin le rayon bébé. Je me suis réjoui en découvrant que mon parfum préféré (biscuitée !!!) était là aux premières loges à attendre que je vienne le saisir. Au moment où je la retrouve légèrement brulante sur ma langue c'est tout un monde qui s'ouvre à nouveau. Un monde de douceur où la cuillère vient caresser le fond du bol alors que, assis en tailleur sur le canapé, je souris bêtement en regardant par la fenêtre.

vendredi, 31 juillet 2009

L'incident

J'avais préféré ne pas évoquer cet épisode difficile survenu au cours de mes vacances californiennes afin de ne pas réveiller la douleur psychologique qui sommeille en moi mais après mûre réflexion, je préfère ouvrir mon coeur dans ces colonnes et éviter ainsi le retour du refoulé dans quelques années (je m'y connais déjà un peu trop en matière de refoulé). Oui, bon, en fait c'est surtout le commentaire de Mr Cereal_Killer dans le billet précédent qui m'incite à parler.


C'était un bel après-midi de juillet 2009. Cereal_Killer et moi étions partis à l'assaut des plus belles plages de Californie.

 

N'écoutant que notre soif de soleil et d'embruns, la splendide voiture rouge longea (toutes vitres ouvertes) Santa Monica puis Malibu jusqu'à ce que nous trouvions un coin à notre convenance (avec quand même un parking à $25 incluant consommation de boissons fraîches et glaces, à ce prix là on avait intérêt à se trouver quelque chose à se mettre sous la langue). Jugeant le cadre, la luminosité et le sable dignes de notre présence, nous décidâmes de nous installer dans un coin tranquille pour, dans un premier temps, toiser les vagues du regard. Au bout de quelques minutes, pris par un accès de courage soudain, nous prîmes la périlleuse décision d'aller faire trempète.

 

C'est alors avec une fierté non feinte que je chaussai prestement mon short de bain rouge qu'on dirait trop qu'il a été porté en son temps par David Charvet lorsqu'il jouait les sauveteurs.

 

Et bien c'est fou comme c'est froid le pacifique, dans la vraie vie. Ils nous ont bien eus pendant toutes  ces années avec leurs séries télé où l'on ne voit même pas les gens frémir en entrant dans l'eau. Moi, bien sur, j'ai pris sur moi et j'y suis allé rapidement et sans difficulté mais pour Cereal_Killer, ce fut bien plus compliqué (NDLR : il est possible que pour des raisons d'image et de réputation, la réalité soit quelque peu déformée dans ce paragrahpe, mais nous ne dirons pas où exactement).

 

Rhoooooo..... c'est frrroooooaaaa.... c'est frrrroooaaaaaa.... mais au bout d'à peine quelques secondes (600 ?), nous parvenons à nous immerger totalement puis jouer avec les vagues. Sympa ces vagues, ça bouge bien (la vague californienne, c'est pas de la vague de PD). On barbotte, on s'amuse un petit moment. C'est alors que je la vis arriver. Elle n'était pas vraiment comme les autres. En plus de faire environ 14 mètres de haut, cette vague avait un air féroce et même impitoyable. Ayant décidé fermement de l'affronter sans sourciller, je me mis à courir le plus vite possible en direction de la plage (j'eus le temps de faire au moins deux grands pas). Mais que peuvent faire les gens comme moi face à un tel déferlement ? La vague avait décidé de se concentrer uniquement sur moi. Elle s'abattit sur sa proie dans un grondement terrible et malgré la robustesse de mes appuis, elle me fit basculer et m'emporta dans les abysses.

 

Quelques instants plus tard, c'est avec la plus grande dignité que je me retrouvai dans la position du "à quatre pattes" dans au moins 18 centimètres d'eau, haletant et le genou éraflé. J'avais survécu. Je venais de vaincre. Toutefois, je resterai pour longtemps marqué par cet évènement inattendu et il me fallut du réconfort ce jour là pour ne pas sombrer dans le mutisme et la dépression.

 

Je tenais à partager ce moment difficile avec vous car comme chacun le sait, ce qui ne me tue pas... euh, ce qui ne me tue pas me rend plus... plus vivant. Ou nan, ce qui... ce qui me rend plus fort me rend plus fort. Nan, euh... ce qui ... ah oui, voilà : plus c'est fort, plus c'est bon.

dimanche, 07 juin 2009

J'ai toujours préféré aux voisines les voisins

Ce matin, le soleil perce généreusement entre les arbres du Parc de Pignerolle. Le ciel bleu aidant, je me suis résolu à venir faire quelques foulées pour entamer ce dimanche avec bonne conscience, en plus d'être passé par le bureau de vote. Quelques mètres devant moi une brochette de trois joggueurs a fait de même. Leurs mollets ne laissent pas de place au doute : si je ne suis qu'un pratiquant occasionnel (et encore), eux sont des adeptes réguliers de la torture respiratoire en sous-bois.

Les mollets sont savamment dessinés par l'effort, bien accordés avec les cuisses tout comme leurs bras que les manches courtes laissent découvrir au grand jour. Le bronzage est également de mise, cela va sans dire, on déplorera simplement que les shorts ne soient pas un peu mieux ajustés (le cycliste a parfois du bon ;-) ). Je reste un petit moment derrière le groupe qui a choisi d'adopter une allure très modérée me permettant de les conserver dans mon champ de vision à portée de tir. Pendant quelques temps, je me sens même mu par une énergie insoupçonnée qui me permet de suivre bien plus longuement que je ne l'aurais pensé (comme c'est étonnant ... serait-ce la pratique du badminton qui m'aurait donné ce nouvel allant ? ou bien ... ).

Quelques minutes plus tard, ma brochette de joggueurs empreinte un itinéraire différent du mien et, craignant de ne plus tenir très longtemps, je préfère ne plus les suivre (rester digne, en toute circonstance). Ce sont ensuite deux filles de mon âge qui trottinent devant moi. Elles aussi ont la silhouette sportive et joliment taillée, l'une d'elle particulièrement. Mais voilà, c'est différent, c'est moins... moins attrayant ? oui, je crois que je peux le dire ainsi.

Je me suis alors souvenu l'une des conversations du week-end dernier sur la découverte de nos attirances à l'adolescence. Je me suis souvenu ce jour de quatrième ou cinquième, je ne sais plus exactement. On était en cours de sport, dans les vestiaires, l'un des garçons avait sorti de son sac de sport un magazine de cul qui devait être New Look ou l'un de ses concurents. Je me rappelle alors la ruée des autres garçons vers les photos, une sorte de mélée de rugby catégorie ado boutonneux, je me rappelle être resté complètement perdu, consterné avec mon survêtement dans les mains, seul de mon côté du vestiaire alors que les autres paraissaient en ébullition.

Que dire ? que faire ? Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, que je ne parvenais pas à être comme les autres. Je me suis demandé si je devais faire semblant, si je devais moi aussi essayer de me méler à la cohue dans le but d'apercevoir un bout de sein que je trouverais de toutes façons sans intérêt. Dans le doute, je suis resté planté avec un sourire de façade faussement amusé et bien inutile puisqu'évidemment personne ne me prêtait attention, ils étaient bien trop occupés. Et puis je ne sais plus comment mais l'orage avait fini par passer, le déferlement d'hormones s'était calmé. Mais je n'ai jamais oublié ce moment, la toute première fois, je crois, que ma différence m'est apparue en pleine face, si évidente.

A la même époque, je me souviens qu'à chaque passage chez un marchand de journaux, j'essayais sournoisement de pointer mon regard dans les rayonnages les plus hauts, ceux où j'avais aperçu de temps à autres quelques clichés de garçons dénudés. Une fois, j'avais été interloqué par ce gros titre que j'étais parvenu à déchiffrer : "Les gars de la marine, on n'est pas tous des brutes". J'y avais pensé des semaines durant, essayant d'interpréter au mieux ce que cela pouvait bien vouloir dire exactement... C'est mignon la naïveté, retrospectivement.

Je me suis souvenu enfin ce jour d'été où pour la première fois de ma vie je m'étais autorisé à regarder des garçons dans la rue. C'était une libération, c'était un envol. C'était un jour de grand soleil et j'avais senti mon coeur battre lorsque sur la place du Ralliement, mes yeux s'étaient posés sur un T-Shirt blanc fort bien porté, et fort bien rempli.

Bon ben finalement la grognasse de devant, elle n'avance pas assez vite. Pour une fois, c'est moi qui dépasse. Ca me permettra de voir s'il n'y a pas d'autres jolies choses à aller voir plus loin.

mercredi, 08 avril 2009

Mon lapin, mon canard

Ce samedi dans la librairie où nous sommes entrés par hasard à la recherche d'un livre que nous finirons par ne pas trouver, je me suis attardé  quelques instants sans intention particulière dans le rayon des livres pour enfants et même pour les tout petits. Les personnages étaient des animaux. Il y avait Zou le zèbre, il y avait aussi des oiseaux, des chiens, des petits lapins. Ce sont des inepties, que l'on fait croire aux enfants, les lapins ne vivent pas dans les livres, ils vivent dans des clapiers. Et pas pour longtemps. Cette vérité m'est revenue en lisant un billet de Chondre.

Pendant les vacances scolaires, quand mon frère et moi allions passer une semaine chez ma grand-mère, j'aimais assez m'attarder devant le clapier des lapins. Il se trouvait tout au fond à droite quand on entre dans le jardin, au fond de la cour. Il n'était pas toujours plein, il y avait le plus souvent six ou huit adultes et quelques petits qui tournaient autour d'eux dans la paille qui ne couvrait pas toujours bien le ciment. J'ai n'ai jamais vraiment découvert le clapier, je ne m'en suis jamais étonné. Il était là bien avant moi, ses habitants aussi. Ah, ces mignons petits lapins, j'avais une préférence pour les marrons parce que les blancs ont parfois les yeux rouges et cela ne me plaisait que modérément. Je m'amusais de la nervosité dont certains faisaient preuve en parcourant le clapier dans la largeur et je m'étonnais de ces drôles de granulés que ma grand-mère leur donnait à manger.

Et puis parfois, ma grand mère ouvrait l'un des portes et en saisissait un. Et en quelques instants, le coup du lapin, le lapin inerte dans ses bras, ses yeux vides et figés. Dans mon souvenir tout s'enchaîne, le lapin mort suspendu au drôle d'outil qui permet de le peser et dans la foulée ma grand-mère en train de retirer la peau comme on enlèverait un pyjama... Et demain, sans doute, il sera dans les assiettes, le mignon lapin.

L'aîné de mes oncles paternels élevait des canards. Deux ou trois fois, je ne sais plus vraiment à quelle époque, mes parents nous avaient emmenés pour aller tuer les canards. Nous nous rendions dans une petite cours dans laquelle je me souviens ne m'être rendu qu'à ces occasions et alors le bal commençait entre coin-coin apeurés, coups de hache et plumes qui volent.

Mon oncle capturait un canard, lui maintenait le cou sur une souche de bois et le décapitait avec sa hache. J'étais toujours stupéfait de voir le canard sans tête courir dans tous les sens et battre des ailes pour tenter vainement de s'envoler jusqu'à finir par s'écrouler au bout d'une minute qui en paraissait plusieurs. Mort pour de bon, au milieu de son sang.

Ah c'était beau l'enfance !

Bon ben voilà les enfants. L'histoire est finie, maintenant il faut aller se coucher. Et faites de beaux rêves, surtout.

mardi, 27 janvier 2009

Les chaussures roses

Robert Post, Everything is fine

Le souvenir m'est revenu subitement ce week-end autour d'une conversation sans importance particulière. Il m'était totalement sorti de l'esprit depuis des années. Lorsque j'avais cinq ans (je me souviens, j'étais en dernière année de maternelle) j'ai chaussé pendant quelques mois une ravissante paire de baskets roses. Il s'agissait d'une paire de chaussures à scratch que j'avais choisies autant pour ce mode de fermeture que la teinte légèrement bonbonneuse. Je me rappelle avec une précision étonnante les réticences de ma mère dans le magasin, me demandant à plusieurs reprises si c'était vraiment cette paire que je voulais. J'imagine aujourd'hui toutes les pensées qui ont pu la traverser ce jour où le rose fit une intrusion si inattendue dans ma vie. Je me rappelle aussi les sourires de ma grand-mère et mes oncles et tantes lors des repas de famille qui ont suivi. Je ne saurais dire en revanche si je les avais portées à l'école, je n'en ai pas le souvenir. Je me rappelle enfin que du fait de leur couleur et aussi de leur texture, je les appelais "mes cochons" (tiens, voilà qui va encore ameuter des internautes aux mots clés imagés).

C'était une bien douce époque où je ne ressentais pas d'inhibition et n'étais pas encore convaincu par les intentions pressantes de mes parents de me voir vêtu de bleu ou de vert. A cet âge, l'essentiel de mes tourments était occasionné par la cantine de l'école.

Je me souviens que je répondais aux sourires des gens étonnés par mes chaussures avec un même sourire, pour leur dire oui c'est moi qui les ait choisies. Fièrement. J'étais un enfant des plus souriant. Et bavard, aussi.

Et puis, je ne sais plus vraiment à quel moment mais les choses ont tourné du tout au tout. Mes chaussures roses ont fini au placard de la même façon qu'on y cache un petit coussin au ruban de satin. Je suis devenu taciturne et follement introverti. Le rose a été banni de mon monde. Comme si avec le temps j'avais appris à me cacher, pour des années. Et aujourd'hui encore, même si le rose a été réhabilité, il subsiste toujours cette perpétuelle habitude de se cacher.

I remember I was young, Not that i'm old, but I was young
I have lost all my sense, I'm a bit wiser, but lost my sense...

I remember I was a smile, Now I hide, I used to smile
It is because of all hurry i have learned, To live by...