Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 18 novembre 2013

Résurgence

 

 

C'était la même rue - un passage en l'occurrence si tu veux les détails - et ça je le savais déjà. Et puis en levant le nez devant la porte en question j'ai réalisé que c'était le même immeuble. Je m'en suis un peu voulu de ne pas avoir fait le rapprochement avec le numéro.

Un beau jour de l'été 2008 (quasi sûr qu'il faisait beau. Mais si), je vivais encore à Mouetteland et j'avais franchi pour la première fois la porte de cet immeuble à la suite d'une rencontre si peu probable que les scénaristes de Plus Belle La Vie n'auraient pas osé l'écrire :

"- Et si on disait qu'il le reconnaitrait à la terrasse d'un café à l'autre bout de la France à partir de la demi photo qui est en ligne sur son blog et qu'après il le contacterait, mais trois mois plus tard seulement, et qu'ils se mettraient ensuite en couple ? Et que l'un des deux serait en fait parisien ? Pas mal, nan ?

- Ouais t'es mignon Jean-Pierre. Va prendre tes gouttes."

Et donc je suis là un peu connement devant cette porte à souffler pour réchauffer mes mains en attendant le message porteur du précieux digicode. C'est bête d'ailleurs, je crois presque pouvoir me rappeler celui d'il y a cinq ans. Je ne sais pas si chaque porte émet un son qui lui est vraiment propre lorsqu'on la pousse ou si j'exagère la sensation mais c'est comme ouvrir à nouveau les volets d'une maison de campagne que l'on retrouve des années après. La surprise de découvrir un endroit connu. Ah mais oui c'était comme ça, la petite marche, la lumière pas vraiment punchy.

A l'époque je fréquentais le cinquième étage. Je suis attendu cette fois au troisième. La cage d'escalier est toujours aussi glauque, mais elle a le charme de mes souvenirs un peu naïfs de l'époque. J'ai presque la conviction de reconnaitre le bruit des marches sous mes pieds, l'illusion de l'odeur de son appartement, le souvenir d'un verre de vin entre mes mains lorsqu'il terminait ses cigarettes à la fenêtre. Hélas je gravis trop vite les escaliers et me voici au troisième, devant le même genre de couloir un peu étroit. La porte de l'appartement s'ouvre avant que je n'ai le temps de projeter tout ce à quoi j'aimerais penser.

Quelques temps plus tard je sors à nouveau, je me remets à dévaler ces escaliers familiers un peu vite comme il y a cinq ans et pour faire comme si. Comme si j'allais encore remonter ces mêmes marches (avec lui ?) les bras chargés de sacs de courses. Pour jouer à me mentir quelques secondes.

 

Time is a liar...

podcast




samedi, 02 novembre 2013

Chuchotements

 

 

La pluie frappe au carreau avec une force inhabituelle. Une petite ruse trouvée en s'aidant d'un vent complice - il est déjà novembre. Tapis sans doute pas très loin dans l'ombre de l'oreiller, veillant à la façon d'une fée pas si bienveillante, quelques petits démons rodent peut-être.

L'immeuble date des environs de 1850. En tout cas c'est ce que m'ont dit les voisins un soir où je les écoutais benoitement. J'avais probablement dû lever les sourcils en dessinant un joli O avec ma bouche, n'ayant aucune autre source d'information. L'hypothèse m'a paru plausible, appuyée par la qualité si relative du parquet. Je n'irai pas jusqu'à prétendre que mon parquet aurait pu assister aux aventures d'Adèle Blanc-Sec, mais ... oh et puis après tout. Je tapote sur mon clavier à la lueur de deux bougies que j'ai animées grâce à mon avant-dernière allumette - j'rai bien craquer la toute dernière au milieu de la rue pour la beauté du récit, mais il pleut.

Je me demande souvent ce qu'a pu abriter ma chambre dans ses autres vies. Avant de devenir le repère de gens plutôt aisés qu'il est aujourd'hui, le quartier a longtemps servi de dortoir à des populations d'ouvriers et d'artisans de Paris, que j'imagine levés continuellement bien avant le soleil dans le froid d'hivers aussi cruels qu'éternels. Vidocq est mort à moins de cinq minutes à pied d'ici, en 1857. Mon appartement existait donc vraisemblablement déjà, l'imaginaire ne peut pas en rester indemne. Occupé donc par tant de propriétaires et surtout locataires successifs, combien de rideaux posés sur la fenêtre avant le mien, combien de lits, de couples, de bougies presque renversées... à quoi pouvaient ressembler les premières ampoules ? le premier poste de télévision ? 

C'est tout un contingent au potentiel illimité de disputes, d'ambitions, d'étreintes, de cauchemars qui vient chatouiller les méninges. Et aussi, des décès, avec tout le cortège de complaintes et de souffrances qu'on ose envisager avec l'esquisse d'une grimace.

Alors, peut-être le long des parois y a-t-il un petit quelque chose, un souffle, un reste de passion, un chuchotement au moins. Un quelque chose qui fait danser les flammes des bougies parce qu'on a du mal à se convaincre qu'il ne resterait rien. Comment toutes ces existences pourraient-elles être restées stériles ? Et peut-être me regarde-t-on dans mon sommeil avec une moue douteuse sur le maillon que je suis dans l'histoire de ces deux pièces. L'idée prend brutalement l'allure d'une obsession et des doigts se posent presque sur le rebord de la couette, attendant que je trouve ledit sommeil pour guider mes songes nocturnes dans une direction ou une autre, la quiétude ou la tourmente. Les murs restent muets. Les menaces les plus glaçantes sont peut-être les plus sourdes.

Je guette pourtant avec presque un air de défi un bruit qui serait l'imitation habile d'un froissement, une alerte, un dessin dans les ombres. L'idée qu'il n'y aurait rien serait rassurante. Un peu décevante, aussi. Inconcevable ?

Les flammes dansent toujours. La pluie a cessé.

 

Cause in the dark, there's monsters, they cry alone

podcast