Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 21 octobre 2013

Les amuseurs de Lune

 

 

La Lune avait allumé son disque quasi complet pour scruter ce début de soirée paisible. A quelques encablures du centre-ville, le parc avait fini par retrouver son silence nocturne. Plus un visiteur, plus un mouvement, plus rien.

La lumière ressemble de façon troublante à celle d'une scène de bande dessinée qui se déroulerait la nuit. Et pour cause, les douze coups de minuit approchent benoîtement en ce soir d'octobre. On a rarement vu un pareil ciel obscur, aussi dégagé que la Lune semble pleine. L'ambiance du parc porte un délicieux parfum d'aventure. Une enquête ? un délit ? une étreinte ? Comment croire qu'il ne va rien se passer d'un peu sulfureux, à la hauteur d'un petit roman qui débuterait une douce nuit d'octobre, tout près de la Maine ? Sur le parking une voiture gisait seule (abandonnée ?) lorsqu'elle fut rejointe par une autre à la conduite joyeusement pimpante. Deux silhouettes nuancées de gris (sur gris) en descendent, semblent échanger quelques mots puis se dirigent à une allure soutenue et guillerette vers les profondeurs du parc.

Sur son perchoir la Lune doit probablement froncer un peu les sourcils pour y voir plus clair. Les silhouettes se glissent d'arbres en arbres, prenant une sorte de petit plaisir à vouloir se c... mais oui. La Lune y voit vraiment clair, les deux promeneurs se cachent. Que font donc deux promeneurs à cette heure indue où le parc est dévolu aux oiseaux assoupis, aux chimères et aux murmures de lutins ?

Ce parc est une petite collection de scènes juxtaposées les unes aux autres, après les allées de vivaces et le ruisseau, un troupeau de chênes d'un côté, des décors de pierres savamment agencées de l'autre, qui, avec cette lumière tout de gris vêtue, se pare d'une atmosphère un rien mystique. Il fait nuit mais on y distingue les choses et les êtres comme en plein jour. L'allée de pierres se termine par ce qui pourrait ressembler à la petite scène d'un théâtre antique. Les deux promeneurs s'y sont arrêtés sans vraiment pouvoir dire pourquoi. Alors les mains se touchent puis les bouches, et les deux silhouettes se frôlent, s’enlacent et s'appuient l'une contre l'autre.

La Lune fulmine après cette unique branche qui l'empêche de voir la scène dans sa totalité. Elle qui n'en finit plus de trouver les nuits si longues et si vides, elle écarquille autant que possible les yeux pour ne pas en perdre une miette. De caresses en baisers, il lui semble bien avoir vu quelques étoffes tomber au sol. Mais alors, mais alors ...

Parfois cueillis dans l'excitation de l'instant les promeneurs qui n'en sont plus vraiment jettent des regards alertes ou prêtent l'oreille. Mais en dehors de quelques voix lointaines rien n'approche, rien ne se faufile entre les herbes. Pas un mouvement, pas une lueur en dehors de cette Lune si lointaine et si présente à la fois. Rien d'autre que les vêtements gisant à leurs pieds n'a bougé depuis leur arrivée. Ce moment dure. Une durée difficile à quantifier parce que la montre n'est plus vraiment le centre de l'attention. Et puis une fin arrive, toutefois, dans un accord de respirations essoufflées. Alors chacun retrouve dans la pénombre son lot de vêtements qui jonchent l'herbe.

Derrière le léger voile de nuage qui commence à se tisser la Lune s'amuse comme une gamine contente de cette trouvaille venue égayer sa nuit. Elle s'est tant réjouie de voir son reflet joliment pal sur ces peaux tendres et dénudées. Le regard vif et espiègle elle regarde les deux silhouettes qui ont rebroussé chemin et tentent de retrouver les allées menant au parking avec une aisance toute relative.

Les promeneurs s'amusent de la situation et rient en scrutant la Lune, soudainement, drapée d'un petit voile. La luminosité du lieu est tombée avec la tension du moment. Il reste néanmoins une douceur rassurante comme un baiser lent et attentionné. Les acolytes regagnent le parking et passent non loin de l'autre voiture. A cet instant précis une nouvelle silhouette manifestement surprise et dérangée se relève en sursaut, fait le tour du véhicule et court se réfugier sur le siège conducteur. Les deux promeneurs ne manquent pas d'en rire en regagnant, bras sur l'épaule, leur propre carrosse.

Il parait même que, là-haut, la Lune a trouvé ça très cocasse.

Commentaires

Ce que ça peut être poétique la drague dans les buissons...

Écrit par : Ditom | mardi, 22 octobre 2013

Très joli. Un vrai plaisir à lire.

Écrit par : plumequivole | mardi, 22 octobre 2013

Ditom >> Je crois que la drague dans les buissons, c'était ton époque, mais là, relis le texte... L'étape de la drague était déjà largement dépassée...

Écrit par : Rouge-cerise | mardi, 22 octobre 2013

Ditom : Oui, monsieur Ditom, apprenez donc à lire avec attention

plumequivole : merci. :)

Rouge-Cerise : un peu de soutien n'est pas de trop avec ces petits voyous de bas étages

Écrit par : joss | mercredi, 23 octobre 2013

"De tous les sports, l'homosexualité est le plus sain. Parce que ça se passe en plein air et qu'il faut beaucoup marcher."

(Oscar Wilde)

Écrit par : Churchill | jeudi, 24 octobre 2013

Churchill : j'aime beaucoup :D sacré Oscar

Écrit par : joss | jeudi, 24 octobre 2013

Les commentaires sont fermés.