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lundi, 28 janvier 2013

Vulgaire, indigne et outrancier


Je n'ai pas de souvenir de mes premières petites virées à l'église, j'étais évidemment bien trop jeune. Ce n'était pas tous les dimanches et la fréquence était même assez aléatoire. Parfois trois dimanches de suite, parfois rien pendant deux mois, je crois que cela dépendait des envies de ma mère et du besoin en main d’oeuvre urgente que requérait la situation du jardin potager. Il y avait cependant les quelques grandes étapes immanquables qui jalonnent l'année des chrétiens lambda (les rameaux, Pâques, la Toussaint et autres Pentecôte...). Pendant l'office j'aimais beaucoup parcourir du regard les voutes des églises où nous allions - celles des communes où habitaient ma grand-mère et mes oncles et tantes, en plus de la nôtre. 

Je n’ai pas le souvenir qu’un jour on ait discuté à la maison du « Pourquoi ». Pourquoi nous allions à la messe ? C’était quoi être chrétien ? C’était ainsi, c’était tout. Et nous devions être d’accord avec tout ce qui était dit dans le micro. C’était ainsi, c’était tout.

C’était simple et reposant, quand on y pense. On écoutait, on pensait « amen » à tout et on ne (se) posait pas de question. En dehors des textes gravés dans le marbre et repris d'une année sur l'autre, il y avait bien les sermons des prêtres qui orientaient leurs pensées et celles de l'assistance dans une direction ou une autre, mais pour quel débat ? quelle réflexion ? Amen. Bref, mon frère et moi n'avions pas grand-chose de plus à faire qu’attendre la fin en nous occupant comme nous le pouvions. Étant rarement en panne d'imagination, je trouvais toujours de quoi faire, mais la substantifique moëlle des discours proférés au micro ne parvenait pas vraiment à pénétrer mes jeunes méninges. Ecouter passivement, c'était ça, être chrétien ? Pour beaucoup oui, manifestement.

Bien plus tard, alors que je devais avoir une vingtaine d’années, mon père dit au milieu d’une conversation au sujet de l’armée : « dans l’armée on dit toujours que chercher à comprendre, c’est déjà commencer à désobéir ». Je lui ai répondu qu’on pouvait en dire autant de l’église. Après un petit silence, il m’a donné raison. Mais quelles questions lui-même s’était-il posé ? Mon père nous a raconté à plusieurs reprises comment, dans sa jeunesse, la messe – en latin – était l’immuable passage obligé de chaque dimanche, il nous disait alors à quel point cela lui apparaissait comme une pénitence dénuée de sens. Mais pourquoi diable faire le choix de poursuivre ? Pourquoi maintenir sa propre progéniture dans le même tunnel sans en expliquer à un moment la moindre raison ? Ce serait simplement un comportement moutonnier qui viserait à éviter les questions aux réponses embêtantes ? Je n'ai pas trouvé d'explication.

Au début du printemps, il y avait toujours ce moment grandiloquent de la veillée Pascale avec le récit de la Genèse. Pour la faire courte et en zappant les effets spéciaux : il y eut quelques soirs, il y eut quelques matins (sept pour être exact), Dieu ajouta de-ci de-là la terre, le ciel, les oiseaux et les hommes, puis il vit que cela était beau. J’avais neuf ans et mon grand questionnement à moi c’était « oui, mais, ET LES DINOSAURES ? ». Mais je n’ai jamais posé la question, parce qu’on ne posait pas de question. Et au fond, peut-être que je savais. Mais dans quelle mesure on devait prendre ces récits comme quelque chose de symbolique ? Dans quelle mesure mes parents entendaient cela comme quelque chose de symbolique ? Et les autres gens qui ne mouffetaient pas plus dans les rangées autour de nous, ça voulait dire quoi pour eux ?

Peut-être se dit-on au début qu’un enfant est trop jeune (à juste titre ?) pour qu’on lui explique ? Peut-être est-il trop difficile de saisir ou cerner le moment idéal pour en parler avec un enfant ? Peut-être se dit-on que le catéchisme est là pour ça ?

J'étais dans une école publique en primaire. Lorsque j'étais en CE2, un garçon de ma classe m'avait demandé ce qu'était le catéchisme, et pourquoi moi j'y allais et pas lui. A cet âge on ne m'avait donc jamais expliqué ce que voulais dire être chrétien et j'ignorais même que j'en étais un. J'avais donc répondu à ce garçon à l'étrange question que les gens normaux allaient au catéchisme, que lui n'était visiblement pas normal et que s'il n'y allait pas c'était sans doute un choix de ses parents et qu'il devait leur demander. J'avais tout de même ajouté qu'au cathé on parlait de la vie de Jésus. Il savait de qui il s'agissait, c'était bien la preuve que j'avais raison.

J’ai beau chercher dans mes souvenirs de catéchisme, je ne trouve pas : je voudrais trouver à quel moment on m’aurait expliqué le rôle de la messe, celui de la foi, et dieu dans tout ça. Evidemment j'ai recollé les morceaux un à un mais j'ai trouvé des réponses seulement à partir du moment où je me suis dit qu'il fallait se poser des questions. La petite communion et peut-être même la profession de foi (assez mal nommée, en l'occurrence) étaient déjà passées par là.

A l'occasion je me rappelle avoir entendu mon père dire que ça ne nous ferait pas de mal d'aller à la messe le dimanche suivant. Pas de mal ? Pas de bien ? Je ne comprenais pas. Je crois que mes parents se sont un peu désolés puis résignés avec le temps de ma désaffection progressive (et celle de mon frère un peu plus brutale...) pour l’église. Mais jamais ils n’ont cherché à argumenter autrement qu’avec des « ce serait quand même bien que… ». Alors pourquoi s'obstiner à fréquenter l'église si l'on est pas en mesure d'en tirer ses propres enseignements ? Parce que c’est fédérateur ? Parce que c’est rassurant ? Parce que cela renforce le sentiment de faire partie d’une communauté ? Parce que c’est (c’était ?) l’un des moyens de socialisation les plus efficaces et respectables ?

Jamais je n’ai su si mes parents, les autres membres de ma famille ou même mon entourage plus large ont suivi un cheminement qui leur est propre, si leur foi a connu des hauts et des bas, ou ne serait-ce que des questionnements. Je ne sais pas que ce qui les anime, ce qui les pousse à croire ou en tout cas à se comporter comme tel, en dehors d'un héritage reçu assez passivement. Une fois, simplement, il a été question de "parfois c'est la seule chose à laquelle se raccrocher". Appeler le seigneur essentiellement lorsque tu te sens au bord du précipice, tu considères que c'est une façon pertinente et intègre de concevoir une croyance ? moi pas vraiment. Alors il restera un flou perpétuel sur l'absence de prise de conscience et de recul critique à mes yeux.

Hier 27 janvier un abbé a trouvé bon d'annoncer sur Twitter que tout à l'opposé de celle du 13 janvier qui était bon enfant et joyeuse, la manifestation en faveur de la loi pour le mariage pour tous allait être "vulgaire, indigne et outrancière". Il était 12h17, la manifestation qu'il stigmatisait ainsi n’avait pas encore débuté.

J’ai donc grandi en allant à la messe assez régulièrement, en côtoyant ses textes comme une chanson que l’on entendrait chaque jour à la radio pendant des années. Les valeurs de l'église (que je pense avoir tout de même intégrées avec le temps) ne me semblent pas exactement en adéquation avec les propos de notre ami abbé ici évoqués (attention, un euphémisme s'est peut-être caché dans cette phrase). Je suis loin de penser que le point de vue de mon pote l'abbé est partagé par une large majorité de ceux qui peuplent encore les églises le dimanche matin et je ne doute pas que ceux qui s'opposent à la loi en question le font parfois avec des idées et des arguments autrement plus nuancés et respectables.

Toutefois, lorsque je vois le peu de réflexion et de recul que prennent une partie des gens sur ce qu'on leur récite le dimanche matin, je ne peux m'empêcher d'être un peu amer à l'idée qu'il y ait des gens de l’église, formés par elle et pour elle, pour dire que la manifestation d’hier était "vulgaire, indigne et outrancière" et qu'il y ait aussi une assistance pour écouter ces prises de position sans la moindre remise en question.

"Vulgaire, indigne et outrancière" pense donc joyeusement Monsieur l'abbé Amar. Heureux les simples d’esprits...

Commentaires

Ce qui est regrettable tout de même c'est que tous les curés ne sont pas comme lui, bête et méchant, non je retire ça; c'est insulter Hara-Kiri, ne sont pas des gros connards à vomir!

Écrit par : PascalR | lundi, 28 janvier 2013

J'adore comme d'un mot judicieusement choisi et placé, tu peux tout dézinguer. C'est bon de te relire.

Écrit par : christophe | lundi, 28 janvier 2013

Tu as bien fait de me dire HIER que tu ne savais pas quand tu reprendrais l'écriture.

Écrit par : Ditom | lundi, 28 janvier 2013

Oui, bien ravie de pouvoir te relire. Mine de rien on se faisait du souci.

Écrit par : plumequivole | lundi, 28 janvier 2013

Oui moi aussi, j'avoue, la premiere chose que je me suis dite c'est "que c'est bon de te lire a nouveau"... Je ne me lasse pas, même après ces quelques années...

Écrit par : Audrey | lundi, 28 janvier 2013

J'ai toujours été convaincu que la religion était un garde fou. Le contraire de la spiritualité que l'on nous vend à grand coup de psaumes. Moins les gens se posent de question, plus ils avancent comme des moutons ou comme un seul homme, plus la rébellion éventuelle est étouffée.
Il y en a pourtant beaucoup des chrétiens qui se posent des questions. La preuve, ils sont environ 40% à être pour le mariage gay... La preuve aussi, ma belle-mère, très investie dans sa paroisse est allée défiler ce week end. Mais ceux-là, moins bêtes que les autres, on ne les entend pas, malheureusement...

Écrit par : Ditom | lundi, 28 janvier 2013

pourquoi le baptême? .. Pour faire plaisir, peut être que c'est gravé comme un rite de passage. Parce que ça fait bien. Bref.

Écrit par : benjamin | mardi, 29 janvier 2013

La tradition d'avoir une religion est tellement ancrée chez l'homme que la plupart de mes ami(e)s se sont étonnés d'apprendre que j'avais apostasié. C'est curieux, ce souci de gens qui ne croient plus de rester quand même catholiques... Peut-être, comme tu le dis, une peur à l'heure de la mort, de se sentir abandonnés.

Écrit par : Churchill | mardi, 29 janvier 2013

Voilà qui est bien envoyé !

Écrit par : Georges | mercredi, 30 janvier 2013

Un billet à chute... qui tombe à pic.

C'est bizarre d'avoir communauté de pensée avec monsieur l'abbé, mais presque les mêmes termes me vinrent le soir du 13 janvier...

Écrit par : JC Heckers | mercredi, 30 janvier 2013

PascalR : oui, n'entrons pas dans le piège de mettre tout le monde dans un même sac

Christophe : et ça fait grand plaisir...

Ditom : c'était inattendu

Plumequivole, Audrey : j'hibernais, comme toutes les marmottes qui se respectent !

Ditom : (encore vous !) oui, certains se posent quelques question, fort heureusement. Je regrette d'avoir trop fréquenté les autres.

Benjamin : oui, le baptême, l'exemple parfait.

Churchill : et puis continuer à faire partir d'un groupe, je suppose que ça compte

Georges : j'ai visé autant que j'ai pu ;)

JC Heckers : l'effet miroir est assez troublant, en effet

Écrit par : joss | jeudi, 31 janvier 2013

C'est pourtant passionnant de reprendre l'Histoire à la source et d'étudier l'Église par la vie de ses saints et les écrits de ses Docteurs (et ça permet de suggérer que la sainte Famille est bien, à l'aune du XXIème siècle une famille recomposée). Les conciles, les encycliques animent la vie de l'Eglise, au même titre que le calendrier liturgique.

L'Église, c'est le peuple de Dieu. Quant à considérer qu'elle est une, sainte et cætera...

Écrit par : Al West | mardi, 05 février 2013

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