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vendredi, 07 septembre 2012

j.OSS 117 : Lisbonne, gare à l'écrevisse d'ébène - Bon baiser de Lisbonne (2)

 

Le sable est juste assez chaud pour brûler les pieds et me rappeler mes douceurs d'enfance, ces après-midi d'août sur les plages des Sables d'Olonne ou de Saint-Jean-de-Monts. Mes pieds ignorent encore naïvement ce qui les attend. Pour cette seconde tentative nous avons atteint la plage 19 grâce à une sympathique connaissance lisboète munie d'un moyen de locomotion furieusement rapide et pratique : une voiture. Une révolution.

Un soleil radieux arrose la plage de lumière, un petit vent espiègle fait flotter quelques serviettes, la mi-journée est prometteuse. Enfin, tu vois la carte postale, quoi, je vais pas te faire un dessin pendant quinze lignes non plus. Nous commençons discrètement mais surement à détailler la population variée et légèrement clairsemée. Il ne s'agirait pas de se laisser importuner par je ne sais quel individu mal intentionné.

Nous prenons le soleil depuis quelques temps. Notre accompagnateur portugais est parti prendre la température de l'eau lorsqu'il commence à s'approcher. Il, c'est celui que nous appellerons par la suite l'écrevisse d'ébène (ce nom de code est peut-être lié à l'état de son bronzage, aussi subtil qu'une bonne blague de Tonton Robert après un déjeuner trop arrosé). Comme une petite partie des occupants de la plage 19, l'écrevisse d'ébène à choisi d'être nu. Si c'est un camouflage, c'est un peu raté. Il passe à quelques mètres de nous et fait une remarque en français sur l'état d'avancement "relatif" de mon propre bronzage. Enfin je ne crois pas qu'il l'ait formulé exactement de cette façon, mais passons.

ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, la meilleure chose à faire était d'ignorer le chaland, et je suis assez bon dans le domaine, d'habitude. ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, il me suffisait de jouer au touriste néerlandais qui ne capte pas un mot. ET POURTANT, je savais bien qu'il me suffisait de fermer ma gueule. MAIS NON. J'ai répondu, de façon un peu cynique. "Et oui". Si le diable est dans les détails, la galère tient parfois en deux mots qui n'ont pourtant pas grand intérêt.

L'écrevisse d'ébène a entendu ces deux mots prononcés en français et s'approche dangereusement. Elle répète que vraiment, elle aime beaucoup mon bronzage "léger", bien plus que les peaux halées qui jalonnent cette plage. Je suis RA-VI. L'écrevisse est clairement arrêtée à côté de nous, elle finit même par s'asseoir. Nous sommes faits comme des rats.

L'écrevisse se présente, Marcel *. Il vit à Perpignan après avoir délaissé Paris il y a quelques années ("ah c'est intéressant..."). Impossible de lui donner un âge avec précision, le bronzage à outrance n'est pas vraiment l'ami des peaux matures et nous avons ici un bel exemple de bronzage Outrancier. Oui oui, avec un grand O. Notre fourchette d'estimation s'étale de 45 à pas loin de 60 ans. C'est large, ok (t'as déjà essayé de donner un âge à une écrevisse toi ?). Jusqu'ici notre ami Marcel est un peu lourd mais soyons honnête, rien de bien gênant.

Et puis Marcel qui est manifestement à l'affût d'un sujet de conversation vendeur jette un oeil sur mes pieds. Autant te dire qu'il est tombé raide dingue en pâmoison devant mes fiers petons.

- Tu as vraiment de très beaux pieds, Joss, on te l'a déjà dit ?"

- Nan, mais c'est vraiment le plus beau compliment qu'on m'ait jamais fait, merci Marceeel".

- Tu sais que j'aime beaucoup faire des massages de pieds ?

- Oh quelle chance, mais c'est prodigieusement merveilleux ! Ah.

Et voici donc notre ami Marcel l'écrevisse qui s'allonge nu dans le sable près de nous (AAAAAAAAAAHHH !!!), empoigne l'un de mes pieds et commence à le masser. A ce stade de la parade amoureuse, précisons que sur cette plage comme toute plage qui se respecte, mon pied est recouvert d'une petite couche de sable. Et les mains de Marcel aussi, comme ça c'est plus drôle. Et beaucoup plus désagréable. Tu vois une friction au papier de verre ? Ben c'est à peu près ça. Après une petite minute - j'ai toujours eu un patience d'ange - je parviens à préciser que ce n'est pas franchement agréable. Marcel interrompt la manoeuvre.

Il nous parle de son camping-car garé pas très loin (oh comme c'est pratique). Il nous explique aussi qu'il aime beaucoup plancher ("ça veut dire faire de la planche à voile"). Et qu'il y a des plages un peu plus au nord qui s'y prêtent parfaitement. Et d'ailleurs, une des choses qu'il aime le plus au Portugal, c'est plancher ("ça veut dire faire de la planche à voile"). D'ailleurs mercredi il ne sera pas là parce que les conditions météo seront parfaites pour aller plancher ("Enfin, faire de la pl... AH MAIS TA GUEEEUUUUUULE !!!"). Et puis Marcel finit par jeter un oeil à Mr D'aucun, mon voisin de droite. Il a de si beaux pieds lui aussi que Marcel se met à le complimenter sur ses attributs pédestres. Comme ça au moins y a pas de jaloux. Notre ami portugais revient parmi nous et regagne sa serviette sous le regard intéressé de Marcel, qui conclura que décidément nous formons tous trois une belle brochette de pieds.

Il nous demande ce que nous faisons à Lisbonne, il nous précise qu'il s'est couché à 7 heures le matin même après avoir découvert un sauna vraiment très sympa. Un ange passe. Puis un troupeau d'anges. Marcel s'en remet à une valeur sûre question sujet de conversation : le bronzage. Il se trouve trop bronzé. Il me demande si j'aimerais être aussi bronzé que lui. D'un élan du coeur profondément sincère je réponds "non, surtout pas". Il nous demande si en se mettant de l'écran total il va pouvoir débronzer plus vite. Même mon flacon de crème solaire lève les yeux au ciel de consternation. A ce moment je me dis que plus tard, on en rira. Si si, on en rira. Allez, courage.

Sentant que la partie n'est pas franchement gagnée, Marcel tente une nouvelle stratégie et décide de miser sur la sensualité : "j'adore me rouler dans le sable". Joignant le geste à la parole, Marcel se roule effectivement nu dans le sable à quelques mètres de nous. Je lutte contre les spasmes et les convulsions. C'est trop d'émotions pour moi. D'aucun et moi partons tester l'eau, laissant très courageusement notre pote portugais seul avec Marcel (comment ai-je pu croire que je ne serais pas puni un jour ou l'autre pour avoir fait une chose pareille ?). 

Nous revenons quelques temps plus tard. L'envahisseur est toujours là. Nous saurons un peu plus tard que Marcel aura tenté de masser les pieds de notre hôte et aura essuyé un refus en déclarant "j'aime qu'on me resiste". Aaah Subtilité, quand tu nous tiens... Je passerai pudiquement sur le moment où l'écrevisse d'ébène nous questionne sur notre vie sentimentale et nous demande s'il peut s'inscrire sur la liste d'attente. Je m'allonge comme pour dormir. Je sens un doigt effleurer mon pied. Je déplace mon pied. Je sens à nouveau un doigt effleurer mon pied. Je déplace à nouveau mon pied. Marcel anticipe mon éventuelle plainte : 

- Tu sais, il y a pas longtemps j'ai massé les pieds d'un mec hétéro. Un chanteur. Au début il ne voulait pas se laisser faire et puis finalement, il a beaucoup apprécié.

- Ah. Il a bien de la chance.

- Quoi ?

- Je disais "Ah, il bien de la chance".

Un ange passe. Suivi par une ribambelle d'autres anges. Dans un éclair soudain de lucidité, nous entendons l'écrevisse d'ébène dire : "bon je vais peut-être vous laisser tranquille, je vous embête ?". Puis l'écrevisse s'éloigne lentement. Puis revient, pour préciser "ça y est je me suis enduit d'écran total, je pense que ça pourra pas me faire de mal, hein". Mon flacon de crème solaire étouffe un gémissement soudain. Un régiment d'ange passe. Marcel finira par repartir. Je crois qu'on l'a eu à l'usure. Ou au court-bouillon. 

Le reste de l'après-midi s'écoulera contre toute attente dans une douceur et une tranquilité réjouissantes. A tel point que je ne vais pas te le raconter. Nous décidons de partir au moment où j'aperçois non loin le gang des cinq twitteux parisiens qui prend possession de la plage... pile à l'heure à laquelle nous sommes arrivés la veille à la descente du petit train, comme c'est surprenant ;D

 

* Pour des raisons évidentes de JenAiRienAFoutre, le prénom n'a pas été modifié. Marcel s'appelle bien Marcel.

Commentaires

Je prendrai un air à peine pincé pour te faire remarquer qu'à la façon dont est narré votre départ, il peut s'insinuer dans quelqu'esprit chagrin que nous en aurions été la cause.... "Oh, v'là les gros lourds, remballe ta serviette, on se casse". Ou approchant. Tu as d'ailleurs omis de préciser "des cinq SUPERBES twitteux parisiens..." Une coquille, sans doutes, conséquence du gommage plantaire précédemment subi... Va en paix, je ne te hais point.

Écrit par : ZeNikko | vendredi, 07 septembre 2012

"ET POURTANT, je savais bien qu'à ce moment, il me suffisait de jouer au touriste néerlandais" : vachement crédible la couverture, sachant que -en sus du hâle marmoréen, comme dirait matoo- le touriste néerlandais mesure généralement au moins 1m87, a une crinière blonde et porte un maillot de l'équipe d'Eindhoven. Va falloir réviser vos techniques de camouflages, agent JOSS 117.

Écrit par : Solal | vendredi, 07 septembre 2012

Il va falloir jouer au bad pieds nus pour troubler ton adversaire :)

Écrit par : Christophe | vendredi, 07 septembre 2012

Alors la prochaine fois qu'un Marcel se pointe, conseil de grand-mère : bottes de pêche en caoutchouc avec chaussettes de laine. Pas réellement sexy avec le mini slip de bain mais suffisamment parfumé pour éloigner les marcels lourdement podomaniaques.
Ou bien les sandales en plastiques blancs un rien verdâtres...

Écrit par : laplumequivole | samedi, 08 septembre 2012

Tes pieds viennent de me faire perdre toute crédibilité. Ma collègue pensait que j'étais en train de bosser... Avant que je ne laisse échapper un gloussement étouffé en imaginant Marcel se rouler dans le sable.

Écrit par : Ditom | lundi, 10 septembre 2012

Sinon, un informateur sûr de cette rumeur me confirme que Marcel, c'est le pseudo de Georges Tron dans le milieu, et qu'il était effectivement en villégiature incognito chez les Lisboètes...

Écrit par : Solal | lundi, 10 septembre 2012

en fait c'était un mélange de mes hypothèses

Écrit par : Mers | lundi, 10 septembre 2012

ZeNikko : après relecture minutieuse, j'ai honte :D

Solal : là aussi, après relecture minutieuse, j'ai honte :D

Christophe : oui, on vous écrira.

LaPlumeQuiVole : je m'incline respectueusement devant une telle science de la botte

Ditom : vraiment navré de t'avoir fait tombé de ton piedestal de crédibilité. (je suis crédible ?)

Solal : oui mais Marcel avait des branches. Je t'assure.

Mers : oui, mais on allait pas casser tout le suspense !

Écrit par : joss | mardi, 18 septembre 2012

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