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dimanche, 02 septembre 2012

Indiana Joss et et les aventuriers de la plage perdue - Bon baiser de Lisbonne (1)

 

On n'était pas vraiment pressé. La seule aventure au programme de la journée c'était d'aller à la plage 19, un endroit réputé pour ... euh ... la qualité de ... son sable. Une broutille pour des aventuriers de notre trempe au milieu de ces vacances lisboètes qui avaient débuté dans la sérénité et la douceur malgré une rencontre périlleuse avec l'infâme Fcranky. Nous sommes partis en tout début d'après-midi.

Le voyage débute par une sage escapade dans le métro de Lisbonne jusqu'à la gare de Caïs do Sodre.  Nos indicateurs nous avaient orientés vers des pistes différentes pour la suite du trajet, l'un nous parlant d'un train, l'autre d'un bus. Nous savions donc que nous allions devoir exploiter au mieux notre sens aigu de la déduction et notre débrouillardise face à ces plans de transports en commun par toujours très bavards et ces bornes de paiement pas vraiment accueillantes pour identifier le chemin le plus rapide. Bref, on s'adresse à un marchand de journaux. Qui ne parle pas anglais mais parvient à nous faire comprendre que nous devons prendre un bateau (!?). Quelques instants plus tard nous faisons donc face à un guichet pour y quérir les billets nous permettant de rejoindre l'autre rive du Tage. La préposée à la vente des tickets nous indique avec une certitude implacable qu'après la traversée en bateau, il nous faudra trouver le bus 124 et l'emprunter jusqu'à son terminus, Costa do Caparica. Elle précise aussi que nous faisons la queue à son guichet pour rien, mais passons.

Nous embarquons donc, la mine songeuse et l'esprit embué, à bord d'un frêle esquif pouvant transporter à peine un demi millier de personnes pour traverser le Tage, ce fleuve sauvage et imprévisible, infesté des sardines et morues grelhados les plus féroces d'Europe. Au cours de cette traversée risquée et riche en rebond... - ah non en fait - nous commençons à repérer avec finesse d'autres voyageurs étant eux-mêmes probablement en quête de cette fameuse plage 19. Dans le milieu des agents secrets on appelle ça le Gaydar, je crois. Grâce au courage et à l'abnégation qui nous animent, nous tenons jusqu'au bout de la traversée. Hélas, il nous faut peu de temps pour perdre la trace des autres chercheurs de plage 19 qui semblent s'éparpiller vers d'autres lignes de bus,  nous prenons prudemment place à bord du bus 124. Assis, tout à l'avant et à droite du bus, nous sommes idéalement placés pour contempler la côte que nous allons longer tout en jetant de temps à autres des regards dédaigneux à ces manants restés piteusement debout. Mais aucun autre voyageur susceptible de rejoindre la plage 19. "C'est étrange...".

Et le trajet du bus 124 débute. Et le trajet du bus 124 dure. Et le trajet dure. dure. dure. dure. "J'en ai un peu plus je vous l'mets quand même ? : dure dure dure", presque une heure au cours de laquelle nous n'apercevons absolument rien qui puisse s'apparenter de près ou de loin à une plage ou de la mer. D'ailleurs, si nous quittons le bus 124 à un moment c'est avant tout parce que le chauffeur nous  indique que c'est le terminus. Deux fois. Nous sommes donc à Costa do Caparica. C'est... c'est... pas exactement comme on se l'était imaginé...

Ultime étape du périple, trouver le petit train desservant les dix-neuf plages de Costa da Caparica les unes après les autres, la plage 19 étant la dix-neuvième, comme c'est bien pensé. Nous trouvons la première plage mais point de train, pas vraiment d'idée de ce à quoi il peut ressembler. Pendant ce temps, la météo prend grand soin de se gâter et les nuages épars font place à un plafond sombre et généreux diffusant même un brouillard de plus en plus intense. Un barman nous renseignera avant même la fin de notre question, le train se trouverait après le dernier bar de la longue qui s'étale sous nos yeux. A croire que des gens lui demandent régulièrement comment accéder à la plage 19, comme c'est surprenant.

Après le dernier bar de l'interminable série en question le long de ce début de plage se trouve en effet un petit train digne des parcs d'attractions gentiment désuets dont les rails s'enfoncent à perte de vue au loin dans le sable, pour ce que le brouillard nous laisse entrevoir. Le brouillard qui justement n'en finit pas de s'épaissir. Devant nous une petit brochette de voyageurs attend patiemment que l'engin veuille bien se mettre en branle. Nous finissons par prendre place sagement. Nous avons quitté notre point de départ il y a maintenant deux heures trente. Une broutille, on disait. A quelle heure le train démarre ? Aucune idée, aucun moyen de le savoir.

Contre toute attente, le chauffeur finit par faire rugir le moteur de la bête et nous partons à un rythme modeste droit vers cette barbe à papa de brouillard qui se fait une joie de tout masquer aux alentours. Sur la droite, on ne voit plus la mer, on distingue simplement le sable à quelques mètres. Sur la gauche, rien, aucune idée de ce qu'il peut y avoir. Devant et derrière, les rails se perdent rapidement dans la purée de pois. Tu le sens bien le décor digne d'une bon film fantastique ? Après quelques minutes, une bruine légère vient compléter le tableau. Nous grelottons copieusement sur les bancs de bois de notre drôle d'embarcation de fortune.

Commence alors à trotter dans mon esprit le fameux syndrome de Keskejefailà. Devant nous un touriste italien cherche à nous faire la conversation, il commence par nous demander à quelle plage nous nous rendons. Il a compris. Nous avons compris qu'il a compris. Il a compris que nous avons compris qu'il a compris. Je crois qu'on s'est fait un copain. En plus, on a de la chance, il est aussi perdu que nous. Nous arrivons à plage 10. Le train s'arrête. Tous le monde descend pour s'assoir dans un autre train sur la voie d'à côté. On a froid, on ne voit plus rien, on n'est pas encore sûrs d'arriver à bon port. Mais l'essentiel c'est de ne pas penser que nous atteignons désormais les trois heures de trajet, que nous ne sommes pas arrivés et qu'il va bien falloir penser au trajet retour. Non non, on n'y pense pas du tout... Une broutille je te dis.

Et pourtant, à force de courage et détermination, le petit train avale le plages les unes après les autres et aussi incroyable que cela puisse paraître nous finissons par deviner dans la brume un petit panneau rouge portant fièrement le numéro 19. La population descendant à cet arrêt laisse encore moins de doute sur le lieu. Nous gagnons la plage assez vite (parce que bon, douze degrés en débardeur ça encourage à se remuer un peu).

Et puis comme dans les meilleures productions hollywoodiennes un petit miracle se produit. Le sable est agréable, la plage est assez belle et on a même l'impression que le temps commence à s'éclaircir. Vingt minutes plus tard les héros ont leur récompense. Le vent nous balaie gaiement les nuages et le soleil nous réchauffe tout ça. La plage 19 s'offre joliment aux regards gourmands qui la parcourent avec ses quelques bonnes surprises. C'est un bel après midi qui débute sous le soleil, aux environs de 17h30.

Finalement, c'était pas si compliqué tu vois. Il reste plus qu'a faire la broutille en sens inverse et nous serons déjà revenus. Un vrai bonheur.

Nous allons même revenir le lendemain avec un moyen de locomotion autrement plus rapide. Mais attention aux rapaces et autres écrevisses, la plage 19 n'est pas toujours fréquentée par les personnes les plus subtiles qui soient...

 

... to be continioud

Commentaires

Mon héros!
Vous êtes formidable. A un moment du récit j'ai très peur et puis je me suis raisonné. Tu écris sur ton blog c'est que tu es rentré.

Écrit par : PascalR | dimanche, 02 septembre 2012

Je sais pas quoi craindre le plus, soit que une suite comme dans le film piranhas avec des morues à leur place ou une scène relevant de la population "joyeuse" locale

Écrit par : Mers | lundi, 03 septembre 2012

19 ça paraissait pourtant un bon chiffre.

Écrit par : laplumequivole | lundi, 03 septembre 2012

J'espère au moins que tu as ramené un peu de ce sable exceptionnel!

Écrit par : Ditom | mardi, 04 septembre 2012

Tiens tiens, il me semblait pourtant y être allé "normalement", enfin tout simplement et assez rapidement avec le p'tit train, mais c'était moins pittoresque!!

Écrit par : nigloo | vendredi, 07 septembre 2012

PascalR : mais enfin !! veuillez ne pas casser le suspense des épisodes suivants !!

Mers : hélas, pas grand chose à craindre pour le lecteur

laplumequivole : mais C'ETAIT un bon chiffre

Ditom : oui oui naturellement. Tu en trouveras dans ma poubelle.

Nigloo : par beau temps, ce petit train est une belle invention ;)

Écrit par : joss | vendredi, 07 septembre 2012

Les commentaires sont fermés.