Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 07 juillet 2012

Trois semaines, quelques poussières et puis...

 

And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

 

Le faire-part bleu et blanc arrivé il y a un petit moment déjà a fini d'annoncer la nouvelle. Son petit frère est né il y a quelques semaines. Chacun en est à son petit bonheur fugace, tout va pour le mieux du monde et tout le monde, justement, se réjouit du manque comblé. Tous sourient, comme si la vie était de fait réparée, comme si on repartait de zéro. On tourne la page comme si ces souffrances n'avaient été qu'un mauvais rêve dont on serait sorti, comme ça, avec les éclats de voix d'un nouveau bébé venu animer enfin la maison et la chambre qui les a attendus, elle en vain, puis lui avec succès.  

Il m'arrive d'avoir peur qu'on l'oublie. Je sais bien que ses parents ne l'oublierons pas, loin de là, mais au delà, que restera-t-il d'elle dans les mémoires de ceux qui n'ont pu suivre qu'à distance les récits tourmentés d'une agonie de trois semaines, et sont avant tout soulagés que la chambre soit désormais occupée ? Mon neveu n'aura pas à vivre le fardeau de deux existences pour une seule, et c'est mieux ainsi, mais comment éviter d'évoquer - au mieux - à la façon d'un fantôme discret celle qui l'a précédé ?

Y aura-t-il une place pour elle dans les albums photo ? Ce seront uniquement ses pas à lui qui fouleront le sol du jardin. Ce seront uniquement ses cris à lui qui résonneront dans nos oreilles, pour un gros bobo ou pour un petit caprice, pas ceux d'une grande soeur au silence contraint. Evidemment, chacun, se remet comme il peut et il n'est pas question de jeter la pierre à qui que ce soit. Simplement je me demande souvent si, dans dix ou vingt ans, lorsqu'on lui parlera de ces années, elle aura voix au chapitre, si elle fera pleinement partie de son histoire et de nos vies. 

Lorsqu'il m'arrive de tomber par hasard sur la chanson que ses parents avaient choisie pour elle pendant la grossesse ou sur celle que j'ai tant écoutée pendant les trois semaines où elle a vécu, de doux frissons, presque sereins, pourtant, font briller un peu mon regard. Je ne suis pas exactement triste - j'ai fini de l'être - mais j'ai peur qu'on l'oublie.

Je ne voudrais pas qu'on l'oublie, je ne voudrais pas qu'on l'oublie.

 

podcast


And the worst days that life brings
All the bad movies and all the earthquakes
All the worst days I’ve just burried into the snow

Commentaires

Tu sais Joss, les temps ont changé, et si certains seront toujours tentés (parfois, c'est ainsi qu'on leur a appris à faire face) de se murer dans le silence, de nier autant que possible son existence, il y a ses parents, tu l'as dit, et il y a son oncle, et il y a cette vie minuscule et fragile que vous avez tenu dans vos mains. Ce n'est pas rien. Son frère ? On ne pourra pas lui faire croire qu'il est l'aîné mais la petite fille des quelques photos demeurera pour lui un mystère. Il l'agacera parfois, ce fantôme qu'il n'aura pas connu, et qui attristera sans doute le visage de ses parents les jours des anniversaires. Parfois encore, il osera des questions, d'ailleurs peut-être plus à toi qu'à ses parents.
Mais je comprends ta peine, je crois, et ta peur : qu'elle s'évanouisse des mémoires à force d'être emmurée dans le silence des vivants, ce serait comme si elle mourait pour la seconde fois.

Écrit par : christophe | samedi, 07 juillet 2012

Tu seras là, toi, sûrement avec d'autres, pour faire vivre son souvenir.
Des bises.

Écrit par : Tambour Major | dimanche, 08 juillet 2012

Accueille cet enfant tel quel, profite de lui, de ses sourires et de ses progrès, de ses blagues et de ses petites bêtises - et rien ne fera oublier sa grande soeur disparue, ni à toi ni à ses parents ni à quiconque. Tu seras là, oui, pour que vive son souvenir. Sois heureux et joyeux, Josselin : c'est un moment qui mérite de l'être pleinement. Je t'embrasse

Écrit par : le lapin givré | lundi, 09 juillet 2012

Elle restera à jamais "l'ainée".
Le petit frère ne doit pas porter ce chagrin écrasant, n'être qu'un "second".
Lapin givré le dit très...
Bises.

Écrit par : mume | mardi, 10 juillet 2012

Mon conjoint a succédé à un frère décédé d'une méningite (quelques mois de vie), un prénom fortement consonantique pour héritage. Il en aura souffert juste avant sa trentaine (comme quoi ça trotte). Ton neveu ne dois "remplacer" personne ; commence ainsi ton histoire avec lui avant d'esquinter sa place.

Écrit par : Kab-Aod | mercredi, 11 juillet 2012

Christophe : merci, je crois que c'est ... parfaitement ça.

Tambour Major : oui je serai là. Et je crois c'est ça qui m'a poussé à écrire ce billet, pour en laisser une trace de plus.

Le lapin givré, Mume, Kab Aod : vraiment, pour moi ce n'est pas antinomique. Pour moi, ne pas oublier qu'il y a eu une ainée contribue à ne pas faire du second un "enfant de remplacement". Leurs parents partagent également ce point de vue.

Écrit par : joss | mercredi, 11 juillet 2012

Je suis la marraine d'une petite fille qui a vécu 4 heures. Elle est restée ma seule filleule, et même si une petite fille est née quelques temps après, cette petite Jeanne fait partie à tout jamais de la famille.
J'ai perdu un frère, mon fils a longtemps été sur le fil ténu de la vie, je comprend ta tristesse, mais ce petit garçon permettra sans doute un peu plus à sa grand sœur d'avoir une vraie place dans la famille.

Écrit par : Valérie de haute Savoie | dimanche, 15 juillet 2012

Valérie de Haute-Savoie : "ce petit garçon permettra sans doute un peu plus à sa grand sœur d'avoir une vraie place dans la famille" , c'est ce que j'ai envie de retenir. Merci.

Écrit par : joss | lundi, 16 juillet 2012

Les commentaires sont fermés.