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lundi, 02 avril 2012

Et bah on retourne la chaise...

 

L'autre soir, au concert d'Aldebert au Casino de Paris, le hasard des placements libres m'a assis à côté d'une dame qui doit avoir à peu de choses près l'âge de ma mère. J'ai passé les premières minutes à me dire que c'était un peu la honte ultime avant de retourner ce constat en auto-congratulation : oui, moi je vais voir des spectacles qui parlent à tous et pas seulement aux bobos parisiens trentenaires (ou en passe de l'être, dans un an et un jour exactement) (comme ça tu sauras quoi me souhaiter demain). Elle avait l'âge de ma mère mais elle en avait aussi la coiffure et le look, avec toutefois un jovial embonpoint en supplément. Dès le début du concert j'ai perçu cette femme comme une rivale. La bougresse en connaissait un rayon sur les paroles des chansons, elle chantait couplets et refrains avec une assiduité quasi-parfaite. Hey oh, Jacqueline, la personne qui connaît les chansons par coeur dans ce genre d'endroits, c'est moi et moi seul, C'EST CLAIR !?

L'humiliation véritable est arrivée sur une chanson de l'avant-avant-...-avant-avant dernier album sur laquelle j'ai séché lamentablement alors que j'entendais Jacqueline appuyer ses paroles avec perfidie pour montrer sa supériorité suffisante. Je crois que j'étais vexé. Cette femme est un monstre.

Pour connaître aussi bien ces paroles, cette femme a probablement une vie lamentablement désoeuvrée dans laquelle elle ne trouve rien d'autre à faire qu'apprendre par coeur des albums entiers de chanteurs à texte. Jacqueline est manifestement délaissée par son mari, oubliée par ses enfants. Une femme frustrée qui croit trouver des compensations en se réfugiant dans des textes musicaux qu'elle mémorise tel un robot, pathétique. J'éprouve à ce moment une certaine pitié pour Jacqueline, et je la regarde chanter avec une intention presque bienveillante.

Et vient le morceau suivant, La Dame aux Camels Light. Pour mon plus grand plaisir Jacqueline reste muette dès les premières lignes alors que je connais la totalité sur le bout des doigts. Au diable la bienveillance, pensons d'abord à la vengeance. Je me rapproche d'elle de quelques centimètres et je penche légèrement la tête dans sa direction pour qu'elle entende clairement que JE maîtrise le sujet mieux qu'elle. Oui ma petite Jacqueline, tu as trouvé ton maître aujourd'hui, t'as encore du boulot ma cocotte. A la fin de la chanson je me tourne pour la toiser avec un air de défi. Cette connasse me répond par un sourire. Je crois que j'ai à faire à une détraquée. Ma mère avec vingt kilos de plus et en version détraquée. Sympa ce concert.

L'une des chansons suivantes (Mon Homonyme) issue du dernier album raconte l'acceptation difficile de son homosexualité par un homme qui évoque notamment quelques souvenirs de son adolescence.

J'ai parfois l'impression d'avoir passé la totalité des dimanches midis de mon enfance et mon adolescence dans ces repas de famille s'étirant méchamment sur l'après midi. Les conversations passaient en revue tous les clichés indispensables du repas de famille avec une légère tendance obsessionnelle dans le cas qui me concerne : la météo, les 35h, la météo, les retraites, la météo, le salaire des joueur de foot, la météo, le sermon du curé le matin-même et la météo de la semaine prochaine. Et puis parfois, la conversation déviait sur les pédés. Il était alors question du neveu d'une collègue de la tante Monique qui venait d'avouer l'atroce vérité à sa mère. Tout le monde s'accordait à dire que c'était terrible pour les parents. Oui c'est bien pour les parents que c'était le plus dur, après tout. Et puis ces hommes qui s'embrassent, Tonton Jean-Claude en avait vus pas plus tard que six mois auparavant, c'est vraiment dégoutant.

Heureusement, pour détendre un peu l'atmosphère Tonton Didier en avait toujours une bonne à raconter sur les pédés : "On est dans une salle pour un spectacle, il ne reste plus qu'une place de libre, il y a quatre pédés qui arrivent pour s'asseoir dans le public, comment va-t-on pouvoir faire ?" (la réponse, c'est le titre de ce billet). J'avais 17 ans. Toute la tablée était écroulée de rire. Moi pas trop. Mais j'ai quand-même souri pour la forme. La prochaine fois je te raconterai comment on fait la différence entre un jeune et un vieux pédé. Tu verras, c'est sympa aussi.

Jacqueline connait si bien les paroles de cette chanson que je me tais pour l'écouter sur cet extrait de couplet :

Nous en sommes encore là je regarde mes pieds,

Deux enfants de la honte nous renvoient le passé,

Cette voix qui résonne, C'est la voix des parents,

Cette voix qui vous somme, Ne sois pas différent.

J'écoute Jacqueline, cette femme qui a l'âge et un peu l'allure de ma mère, prononcer ces mots parmi la foule et j'en ai quelques frissons. Aussi détraquée qu'elle soit, Jacqueline fait preuve de bien plus d'ouverture d'esprit que mes parents, mes oncles et tantes et l'arbre généalogique réunis. Si Jacqueline a des enfants, je me prends presque à les jalouser. Plus tard dans le concert nos bras se touchent, elle me jette un sourire furtif que je finis même par lui rendre. Allez, sans rancune Jacqueline, t'es une fille bien, je crois. Même si t'es une détraquée.

Commentaires

Bon j'avoue, j'ai pris grand plaisir à lire ce billet (je crois que Jacqueline est la maman du chanteur et donc ça aide bcp pour les paroles)

Écrit par : PascalR | lundi, 02 avril 2012

Tu parles bien, là, DU tonton Jean-Claude ? C'est à lui que tu avais fait visiter ton appartement ? Et ses enfants vont bien ?

Écrit par : christophe | lundi, 02 avril 2012

T'as pas demandé a Jacqueline si elle a un fils ? Raaah faut tout t'apprendre ..! ;) bisous!!

Écrit par : Lolotte | lundi, 02 avril 2012

Il est vraiment très très chouette ce billet :)

Écrit par : Rafa | lundi, 02 avril 2012

Il est bien ton billet, mais tu as oublié de mentionner... Oh, wait... J'ai mon prochain billet !!

Écrit par : Rouge-Cerise | mardi, 03 avril 2012

Moi les blagues de ce style j'aime pas, c'est tout !

Écrit par : Valérie de haute Savoie | mardi, 03 avril 2012

Joss, je t'intime l'ordre d'écrire un roman !

Écrit par : Pédro | mardi, 03 avril 2012

C'est bizarre, j'aurais jamais cru être le premier, au moins d'avoir mal compris, tiens maintenant j'ai un doute, (trois poses relecture) non c'est bien écrit noir sur blanc, bonne rentrée dans ta trentième année !

Écrit par : Mers | mardi, 03 avril 2012

Ah ben tiens, bon anniversaire, justement !

Écrit par : Al West | mardi, 03 avril 2012

Il est vraiment déplorable que la première idée qui te vienne sur les gens soit si méchante. Tu es vraiment un être vil. Tu me donne envie de pisser sur tes chaussures.

Écrit par : Ditom | mardi, 03 avril 2012

Vil, ça rime presque avec Joss d'Avril !

Écrit par : Pédro | mardi, 03 avril 2012

Rhoo j'ai même pas tilté. Lu trop vite. Mais que veux-tu un texte si dense, si fort, si complexe...Bref, Bon annif !

Écrit par : laplumequivole | mercredi, 04 avril 2012

PascalR : vous êtes si perspicace, c'en est énervant

christophe : ce n'est pas exactement celui auquel tu penses, c'est vrai qu'il y a plus fort parmi mes tontons...

Lolotte : tu me feras réviser ?

Rafa : merci. d'ailleurs je préviens d'avance que les prochains billets seront moins bons !

Rouge-Cerise : j'attends en tapant du pied. Toujours rien. #Jachère

Valérie de Haute-Savoie : tu aurais ADORE certains membres de ma famille :)

Pédro : mais je ne demande qu'a exécuter vos ordres

Mers : ce sens de la déduction est épatant. Merci.

Al West : justement merci.

Ditom : contentez vous donc de jeter du vin au visage des gens avec qui vous dinez, c'est déjà bien assez.

Pédro : qui croira une chose pareille ?

La plume qui vole : le mot suivant que cherchais, c'est merveilleux, je crois. Merci.

Écrit par : joss | jeudi, 05 avril 2012

Je devrais venir plus souvent... Tu me fais presque pleurer.

Écrit par : Ma fenetre | lundi, 16 avril 2012

Ma fenêtre : heureusement que c'est presque ! ;)

Écrit par : joss | lundi, 16 avril 2012

Yahou, je viens de découvrir ce blog et de lire ce billet qui ma presque décrocher une larme ...

Je ne sais pas qui tu es, ni comment tu t’appelles mais je pense que je vais adorer lire ce blog !!!

En tout cas un grand merci pour ce billet qui m'a profondément touché :D.

Écrit par : Jeune admirateur | lundi, 09 juillet 2012

Joss est un beau gosse talentueux, le problème, il n'en est pas conscient !

Écrit par : Pédro | lundi, 09 juillet 2012

Jeune admirateur : merci et bienvenue, mais je ne sais pas si tout te plaira vraiment autant que ce billet, je fais ce que je peux

Pedro : mais si mais bon, je ne sais pas trop quoi en faire de plus...

Écrit par : joss | lundi, 09 juillet 2012

Les commentaires sont fermés.