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mardi, 20 mars 2012

Le fond du panier et les autres.

 

Je suis sorti du gymnase ce dimanche avec la satisfaction du devoir accompli. Après ces quatre heures à courir rageusement après un volant, j'avais mal aux jambes, aux épaules et aux bras mais je marchais fièrement sur le chemin du retour, aux côtés d'un de mes compagnons de sueur dans les environs de la Gare de Lyon. Je croisais les regards de tous ces même-pas-sportifs, revenus d'un week-end mollasson à Flémard-les-Ombrelles, trainant lamentablement leurs valises à roulettes alors que je portais encore avec force et vigueur mon sac d'où le manche de ma raquette dépassait bien assez pour justifier à lui seul la rougeur quelque peu exacerbée de mon visage. J'étais un soldat revenant du front, un héros. Pas moins.

Sur l'emploi du temps de ma classe de quatrième je crois que les cours de sport figuraient au menu du jeudi matin (ou le mardi mais je te l'accorde, on s'en fout un peu). Ce trimestre-là on faisait du basket dans une salle rutilante située à même pas cinq minutes du collège. Jouer au basket. Autant te dire que j'étais ravi comme un canari s'apprêtant à faire un séjour dans un micro-onde. Le volley passait encore, le hand je pouvais comprendre. Mais le basket. Pourquoi ? Pourquoi j'avais encore mérité un truc pareil ? Après la gym, l'endurance et même la lutte (!!?) l'année précédente. Mais au moins j'échappais encore cette année-là à la terrible piscine et, évidemment, rien ne pourrait déjà plus jamais égaler mon pire souvenir de sport au collège, cet entretien épouvantable avec Mme D. et ses dents. Comment peut-on exiger de quelqu'un qu'il soit adroit dans le maniement d'un ballon pesant dans les douze kilos et devant être lancé dans un cerceau de plomb ferraille (très certainement rouillé et infesté de tétanos) situé à six mètres d'altitude, le tout avec une demi douzaine de sauvages boutonneux prêts à toutes les bassesses pour t'arracher des mains ce ballon dont tu ne veux même pas ? Qu'ils le prennent. Et qu'ils s'étouffent avec si c'est possible.

La classe devait être divisée en six équipes. Je te fais grâce de ce moment merveilleux où les meilleurs en sport sont désignés pour choisir ceux qui seront leurs coéquipiers tout en essayant d'éviter autant que possible le fond du panier - c'est bien connu, les profs de sport sont des tortionnaires psychopathes et pervers qui ont toujours détesté les petits mecs et filles ayant un minimum le sens de la grammaire et pas trop celui du passement de jambe. La classe fut donc divisée en six factions qui allaient s'affronter vaillamment aux quatre coins de la salle de sport. Et le premier match débuta, j'étais très concentré. Vraiment très concentré. Tellement qu'à un moment j'ai réalisé que sur le terrain il y avait quelqu'un qui n'était pas de mon équipe, ni même de l'équipe adverse. D'ailleurs mon équipe entière avait disparu. La stupeur l'emporta rapidement sur une petite joie furtive. C'était souvent comme ça les sports d'équipe pour moi : je tentais de me concentrer avec tout le sérieux possible et je réalisais quelques minutes plus tard que mon esprit avait mis en œuvre malgré moi un stratagème de fuite imparable en me plongeant dans une espèce de demi sommeil apathique dont je finissais par sortir en sursaut, comme après un rêve vaporeux.

**Dans toute l'histoire de la littérature, je t'assure que le mot apathique n'a jamais été utilisé a aussi bon escient que dans cette dernière phrase.**

J'ai fini par réaliser que mon équipe avait donc terminé son match, quitté le terrain et débuté un autre match sur le terrain d'à côté sans  - un - que je m'en rende compte ni - deux - que personne d'autre ne s'aperçoive de mon absence. C'est dire si j'étais un maillon indispensable au bon fonctionnement de cette immense concentration de talents qu'était mon équipe. J'ai couru bien vite pour reprendre ma place quelque part entre un panier et une ligne blanche et je me suis mis à faire ce que je maitrisais le mieux à l'époque. La position statique. J'étais partagé entre une forte envie de rire et une véritable honte qui me faisait espérer très fort que personne n'ait rien vu. Le match s'est terminé peu de temps après mon entrée si brillante sur le terrain. Je crois me souvenir qu'on a gagné. Sans doute en bonne partie grâce à mon art de l'évitement. Une belle victoire d'équipe, quoi. Vive le sport et mes aptitudes hors-pair.

J'aurais rêvé de croiser un de mes profs de sport du collège aux abords de la Gare de Lyon ce dimanche. Par exemple Mme D. et ses dents, tiens. Je leur aurais raconté que j'ai compris, je leur aurais dit à quel point je sais désormais ce que ça fait, les endorphines, le plaisir de l'effort, de construire un point, de réussir un beau geste, pour soi ou pour son partenaire. Le plaisir. On se serait tapé dans le dos avec Mme D. et ses dents, et on aurait disserté elles et moi pendant trois quarts d'heure sur le désarroi de se sentir au fond du panier, le plaisir d'en sortir, le plaisir du sport, tout simplement, et aussi les bienfaits de l'orthodontie (dont je suis la preuve vivante et elles un peu moins). Et puis elles m'auraient filé un truc contre les courbatures et ça m'aurait pas fait de mal. Ouais, j'aurais pu m'en faire de bonnes copines. Limite, on aurait fini par se programmer une petite virée tranquille. A Flémard-les-Ombrelles.

Commentaires

Ouais, pas de doute, tu es passé du côté de la force obscure.

Écrit par : christophe | mardi, 20 mars 2012

Flémard-les-Ombrelles ! J'y ai passé toute ma jeunesse !
Mais je parie qu'aujourd'hui ils ont construit une piscine un court de tennis, voire un gymnase.

Écrit par : laplumequivole | mardi, 20 mars 2012

Et ton premier panier, c'était comment ?

Écrit par : Rafa | mardi, 20 mars 2012

Nan mais tu veux nous faire croire que tu aimes le sport ?!!! Quelle rigolade ! Vraiment :)

Écrit par : PascalR | mercredi, 21 mars 2012

christophe : j'ai peur que ce soit irrécupérable

la plume qui vole : non non je t'assure, le site est protégé, les constructions y sont interdites

Rafa : mon premier panier c'était en troisième, j'ai eu du mal à y croire, j'en ai mis un deuxième immédiatement après. J'ai été fier comme Artaban tout la journée.

PascalR : oui ! sombre incrédule obscurantiste !

Écrit par : joss | jeudi, 22 mars 2012

moi aussi j'étais, avec les filles, parmi les cinq derniers lorsqu'on constituait les équipes de sports collectifs au collège-lycée (et même, je te raconterai un jour mon année, ENTIÈRE, passée dans une équipe de basket, avec une licence et tout et tout...) - et, moi aussi, j'ai découvert "sur le tard" le plaisir d'en pratiquer un, de sport. Preuve que, peut-être, l'enseignement des sports n'est pas adéquat...

Écrit par : le lapin givré | dimanche, 25 mars 2012

Comme je te comprends. J'adore l'effet des endorphines... que je ne sollicite pas assez souvent.

Écrit par : Georges | dimanche, 25 mars 2012

De mes souvenirs sportifs scolaires, je ne me souviens que de la corde lisse sur laquelle je glissais sans jamais réussir à grimper plus de cinquante centimètres. Combien je détestais le sport, que j'ai aimé bien plus tard, mais choisi.

Écrit par : Valérie de haute Savoie | dimanche, 25 mars 2012

oh, j'ai l'impression de lire mes souvenirs de sports au collège... moi aussi j'ai redécouvert le sport (et ses bienfaits) bien tardivement ensuite... mais toujours pas dans le sport collectif par contre, ça je crois que je fais un vrai blocage... ;)

Écrit par : Phil Siné | dimanche, 25 mars 2012

le lapin givré : c'est tout de même une belle revanche

Georges : oui demain je voudrais des endorphines au petit-déjeuner

Valérie de Haute Savoie : nos anciens profs auraient été tellement surpris :)

Phil Ciné : on devrait monter un club (ou une équipe !)

Écrit par : joss | dimanche, 25 mars 2012

Etrange... j'ai découvert le sport à 21 ans quand j'ai voulu perdre du poids, mais jamais l'esprit de compétition n'a réussi à s'immiscer dans mon mode de pensée. J'aime me défouler, mais pour moi-même... pas pour une équipe, pas pour battre l'(les) autre(s). Je suis sûr que même si je revenais en cours de sport, je recommencerai à être un poison pour les autres : par provocation, par flemme.

En tous cas, je suis content de découvrir cet espace d'écriture que j'ajoute à mes favoris. Ton histoire m'a beaucoup fait penser à mes propres expériences, que j'avais d'ailleurs illustré ainsi :
https://picasaweb.google.com/lh/photo/GygafvZ2WngZ3D9e6ipVt9MTjNZETYmyPJy0liipFm0?feat=directlink

Écrit par : Zep | mardi, 27 mars 2012

Zep : j'aime beaucoup l'illustration :D et oui, l'envie de perdre du poids c'est tout de même un moteur formidable pour découvrir les joies de certains sports...

Écrit par : joss | mardi, 27 mars 2012

ohhh devrais je raconter aussi mes humiliations où on se retrouve toujours choisi en dernier lors de la réalisation des équipes ????

Écrit par : fiuuu | dimanche, 01 avril 2012

Les commentaires sont fermés.