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vendredi, 13 janvier 2012

Deux.


(attention, cette fois, c'est un peu mièvre, un tout petit peu...)


podcast

 

On doit se retrouver quelque part auprès du Château. Je ne connais pas très bien l'endroit, j'aperçois un rempart et, de peur de le perdre, je m'empresse bien vite de le longer. Dans le mauvais sens. Je finirai par faire un tour quasi-complet de l'enceinte (pas vraiment un must see...). C'est une manifestation qui rassemble en ce dimanche après-midi des voitures anciennes - et même un peu plus qu'anciennes pour certaines. Beaucoup de gens déambulent - en famille pour une bonne partie - dans leurs manteaux d'hiver, offrant ainsi une palette variée allant du noir au gris foncé. Les attroupements s'attardent devant des modèles joyeusement anachroniques aux lignes exotiques et aux tableaux de bords gentiment désuets. La bande originale de La Délicatesse qui se joue encore dans mes écouteurs fait un peu écran entre le monde et moi.

Je commence à les chercher du regard. Une minute. Deux minutes. Je commence à fulminer doucement. J'aperçois enfin le plus grand des deux à une petite quarantaine de mètres puis l'autre tout proche à ses côtés alors que tant de spectateurs qui piétinent ça et là nous séparent encore. Je me dirige lentement dans leur direction sans toutefois les quitter du regard.

Trente mètres. Comme chaque fois ils se tiennent la main dans une attitude si naturelle que, semble-t-il, rien ne parait étrange à personne aux alentours. Pas même une grand-mère à caniche pour leur jeter un regard assassin. Je me demande si comme moi les passants ressentent cette sorte de douce sérénité qui se dégage, comme s'il flottait autour d'eux un parfum d'évidence. J'avance toujours au rythme d'un flâneur distrait. On pourrait croire à une publicité, une belle image de propagande créée de toute pièce pour montrer à quel point un couple de garçons trouve facilement sa place parmi la plèbe, même un jour de sorties familiales. Ils se regardent, ils échangent quelques mots, se déplacent à leur tour et examinent une à une les voitures qui se présentent à leur yeux avec des gestes qui semblent accompagner des commentaires imagés et chaque fois leurs mains se retrouvent.

Vingt mètres. Je repense aux si rares fois où il m'est arrivé de tenir moi aussi quelqu'un par la main - essentiellement dans les rues de Lyon - avec toute l'ambivalence que cela suscitait en moi. Je m'étais senti fort, j'étais fier d'en être capable, de regarder les gens en face, affirmer qui j'étais. Et j'étais fier, aussi, de celui aux côtés duquel je marchais. Et pourtant j'avais si peur. J'avais peur de croiser un regard réprobateur, j'avais peur de faire des vagues, j'avais peur qu'on se retourne pour pointer vers lui et vers moi un doigt malveillant. Peur d'être cloué au pilori. Pour deux mains jointes. Eux semblent ne même pas envisager ce genre de préoccupations. On dirait le geste normal, évident, simple.

Dix mètres. Ils poursuivent une discussion émaillée de sourires qui semble traiter des deux voitures qui les entourent. Les cabriolets paraissent recueillir leurs faveurs, comme pour la majorité des gens présents ce dimanche. Je m'écarte de l'allée centrale pour rester dans ma lune quelques secondes de plus et ainsi profiter encore un peu de mon poste d'observation. Presque un petit pincement.

Cinq mètres. Ils sont là à contempler avec une attention toute particulière l'une des voitures exposées : un petit roadster anglais que j'imagine sorti tout droit des années soixante avec sa belle robe vert foncé, deux places, et ce look typiquement british. Ils sont penchés vers l’habitacle, à faire peut-être quelques hypothétiques projets de week-end cheveux aux vents lorsque la belle saison sera venue.

Deux mètres. Je suis derrière eux, je peux les entendre se parler. Cette voiture et eux, dans un autre décor, on en aurait fait une jolie scène de cinéma, à Deauville, au Touquet ou en haut de belles falaises, avec un vent léger et un soleil tendre.

Un mètre. On n'arrête pas les colombes en plein vol, il faut sans doute attendre qu'elles se posent. L'un d'entre eux finit par me voir, et me sourit.

Commentaires

Je m'accroche aux boiseries du lit du palace dans lequel je me trouve pour ne pas projeter mes tripes sur mon téléphone. Heureusement, VIP et moi nous nous engueulons sans arrêt.

Écrit par : Ditom | vendredi, 13 janvier 2012

C'est pas mièvre du tout, contrairement à ce que tu disais !!... C'est très choupinet... :o)

Écrit par : Dominique | vendredi, 13 janvier 2012

Sympa cette musique. En plein vol c'était deux femmes si je ne m'abuse. Là, ces deux hommes se tiennent normalement, comme tous devraient avoir l'audace de le faire. Douce évocation.

Écrit par : Flavien | vendredi, 13 janvier 2012

Ah ouais c'est mièvre, c'est même super mièvre. Mais c'est zoli ;)

Écrit par : CDDB | samedi, 14 janvier 2012

Toi tu es allé voir "La Délicatesse" récemment ;-)

Écrit par : Thibaut | samedi, 14 janvier 2012

moi aussi j'ai tenu des mains, et aimé ça. Moi aussi j'ai vu des gens que j'aimais bien dégager une impression de simple sérénité. Que tout cela est bien écrit !

Écrit par : le lapin givré | samedi, 14 janvier 2012

Beuark ! Je viens de dégueuler mon petit déjeuner sur le clavier! C'est qui qui va nettoyer maintenant? Hein? Dis?

Écrit par : PascalR | dimanche, 15 janvier 2012

Ditom : tenez bon, ça finira pas passer

Dominique : mais si, c'est un peu mièvre mais j'ai décidé que ce n'était pas grave

Flavien : dans l'idéal, ce ne serait même pas de l'audace

CDDB : me voici rassuré

Thibaut : en effet, et j'ai beaucoup aimé

La lapin givré : et encore mieux lorsque c'est corrigé ;)

PascalR : toi ! bon appétit.

Écrit par : joss | dimanche, 15 janvier 2012

J'ai connu la même sensation de fierté et de force mêlée de peur et de manque de confiance. Manque de confiance, non pas en ce que j'estimais être normal mais plutôt dans la capacité des autres à comprendre que l'amour ne doit connaître aucune barrière.

Écrit par : Ek91 | lundi, 16 janvier 2012

Tu postules pour être le successeur d'Ana Torroja?

Écrit par : Ditom | lundi, 16 janvier 2012

humm ça se déguste comme du loukoum, ça transpire la guimauve, c'est écœurant comme un paquet de dragibus avalé en 5min.
Que celui qui ne sait jamais goinfré de ces sucreries me jette la première pierre
Oui oui moi j'adore, et tu as eu bien raison de décider que ce n'était pas grave un peu de mièvrerie ne tue pas, les plaisirs tout simple comme ceux-là c'est tellement bon, moi je ne m'en lasse jamais et marcher au bras de mon homme est une des douceurs dont je ne me lasse pas non plus

Écrit par : dB | lundi, 16 janvier 2012

Après avoir lu le billet qui présentait la vision "interne", que j'aime beaucoup, j'adore ta vision "externe" et je m'en fiche si c'est mièvre !

Écrit par : 1loup | jeudi, 19 janvier 2012

@1loup : Mais tout le monde adore! On n'a pas à s'en foutre de ce billet mièvre. Ça se déguste! Manque plus qu'une photo d'un joli chat et ce serait parfait.

Écrit par : PascalR | jeudi, 19 janvier 2012

Ek 91 : oui les autres, il faut sans doute les habituer à ce genre de choses

Ditom : oui, et je ne vois pas comment quelqu'un d'autre que moi pourrait être choisi

dB : je me contenterai de te souhaiter un bon appétit, mon grand ;)

1loup : et puis on précise que Mr Interne et moi on ne s'est pas concerté !

PascalR : ah un chat ! je me disais bien qu'il manquait quelque chose.

Écrit par : joss | jeudi, 19 janvier 2012

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