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mardi, 13 décembre 2011

Bougie soufflée


podcast

 

Au téléphone. On parle vaguement des fêtes et de la façon dont elles se dérouleront tant bien que mal. Peut-être plutôt mal que bien.

Chaque année la maison vivait un peu plus en décembre. Ce n'est pas si simple à expliquer. Ce sursaut de vie ne se limitait pas aux décorations que je trouvais moi-même un peu vieillottes, à seize ans j'accrochais encore dans le sapin des guirlandes qui avaient connu plus d'hivers que moi. J'aimais y être seul et déambuler de pièces en pièces à la nuit tombée, lumières éteintes et volets ouverts. J'aimais roder dans l'ombre et regarder les pièces, les meubles. A plusieurs reprises j'avais allumé une ou deux bougies que je masquais partiellement avec de la vaisselle et que je laissais se consumer en silence en observant le salon, l'entrée ou la cuisine à la lueur de ce jour nocturne un peu étrange. Dans ce décor singulier la maison était plus protectrice, plus chaleureuse que jamais et je me sentais seul à percevoir un petit quelque chose comme une complicité tacite entre elle et moi.

Cette fois encore, pour la troisième année consécutive, la maison ne sera pas décorée - pour des raisons chaque fois différentes - et le bon vieux sapin de plastique ne doit plus en finir de s'empoussiérer dans son carton abimé. Il m'arrive de me demander ce que deviennent ces décorations oubliées, sont-elles toujours en haut du grand placard de l'étage, accessible uniquement en montant sur une chaise ? Le sapin lui-même (acheté à l'insu de mon père dont je me rappelle encore le regard consterné le jour où cet assemblage de plastique fit irruption dans la maison) a-t-il fini par laisser la place à un nouveau plus touffu ou son rôle est-il désormais voué à l'oubli ?

On ne l'avait pas vraiment officialisé mais c'était moi qui étais chargé du sapin et son installation. C'est moi qui tannais ma mère pour la décider à lancer les hostilités décoratives un peu plus tôt qu'elle ne l'aurait choisi. J'y passais un samedi matin chaque année, me demandant toutes les trois minutes si l'agencement serait suffisamment équilibré, s'il restait assez sobre. Et chaque fois je finissais par contempler mon travail avec une pincée de fierté, petite mais pas tant que ça.

Cette année, la sobriété est implacablement de mise. Les préoccupations familiales ne s'arrêtent plus à la présence d'un sapin ou de choses semblables, ce sera donc la politique de la chaise vide. Décembre est devenu un mois comme les autres pour la maison et j'en éprouve une petite nostalgie. Personne n'a plus le désir de jouer avec les lumières, personne ne cherche plus à entretenir cette complicité un peu espiègle.

Parfois je me demande si un petit fantôme de ce que j'étais parcourt avec malice le bas des escaliers, la main sur le mur et sur la pointe des pieds, en scrutant dans la rue quelques lueurs opportunes. Je pense aussi à ma nièce décédée il y a un peu plus d'un an pour laquelle on aurait pu, on aurait dû, garnir la maison des plus beaux atours et des plus doux cadeaux. Cette année encore, le salon se contentera ainsi d'une sobriété un peu navrante, un peu stérile, comme une bougie que l'on ne parvient plus à allumer. On laissera les chaussures au placard.

Au téléphone, on poursuit la conversation comme si finalement tout n'allait pas si mal parce qu'après tout ce n'est pas faux. Il y aura d'autres moments plus heureux. La maison, elle, devra se contenter de petits fantômes (le mien ?) qui s'amusent peut-être, les soirs de décembre à la nuit tombée, à jouer avec les volets entre-ouverts.

Commentaires

Noël c'est pour les enfants. Le sont-ils restés ?

Écrit par : Antoine | mardi, 13 décembre 2011

(je parle de tes parents, qui insufflent normalement l'esprit de Noël dans une maison... Perdu à ressasser mes propres pensées, j'en ai oublié de préciser de qui je parlais, c'était si évident, dans mon esprit)

Écrit par : Antoine | mardi, 13 décembre 2011

Cette maison ne reçoit plus d'enfants peut-être, ou sont-ils devenus si grands, adultes ?

Écrit par : elliot3000 | mardi, 13 décembre 2011

J'ai perdu comme toi il y a quelques années une nièce qui était née "en plus" quelques jours avant Noel. On a toujours justement décidé de fêter Noel pour elle, pour nous et quand on décore le sapin ou que l'on allume des bougies tout le monde à une pensée pour elle. Et puis pas de sapin, c'est bête où vas tu déposé le presse purée ?

Écrit par : Christophe | mercredi, 14 décembre 2011

Noël n'est il qu'une question de décorations ? J'ai jeté mon sapin en plastique et donné à ma soeur mes décorations pour qu'elle les mette sur le sapin pour ses enfants. J'ai comme toi la nostalgie de mes noëls d'enfant, mais, pour autant, je ne me sens pas triste de ne plus décorer la maison, ou de ne plus passer le réveillon avec ma famille intégralement présente. Les temps changent et moi avec. Noël ne m'importe plus vraiment. C'est peut être dommage, ou c'est peut être normal, je ne sais pas.

Écrit par : Ek91 | mercredi, 14 décembre 2011

C'est bizarre, pendant des années je n'ai fait aucune décoration chez moi. Puis un jour une de mes petites soeurs m'a apporté un petit sapin de Noel décoré. Depuis, je le ressort de son carton, et cette année encore plus que les autres fois car la distance nous sépare. Il me rapelle le geste désintérréssé et enjoué de celle-ci et de ma surprise quand elle me l'a montré la 1RE FOIS. Un bon moment de rigolade et de complicité. Merci Joss pour ce souvenir.

Écrit par : LPR | mercredi, 14 décembre 2011

Chez nous c'est mon frère et moi qui tannions tous les ans mes parents pour que le sapin en plastique soit réinstallé avec ses boules et guirlandes dont certaines d'entre elles sont plus vieilles que moi. (si c'est possible) Cette année, on a encore eu gain de cause auprès de maman.

Écrit par : PascalR | mercredi, 14 décembre 2011

Bouhouhou ... houhouhou ?... hou ! ^^
(Bien-le-bonjour ... Je-vous-ai-fait-peur ?... Rhô !)

Écrit par : MArC-Us | mercredi, 14 décembre 2011

Très beau texte. Je te lis souvent, et commente rarement. Voilà qui est réparé.

Écrit par : toli | mercredi, 14 décembre 2011

Les Noël sans enfant peuvent être effroyables...

Écrit par : christophe | mercredi, 14 décembre 2011

C'est un gros pincement, de lire ce texte. Ta bougie et ta plume délicate éclairent doucement les souvenirs et les regrets, anciens ou plus vifs.
Pourtant j'imagine le sapin croisant ses jambes sur la chaise vide, accompagné par l'esprit de ta nièce et les rémanences du petit Joss, tapotant de la racine en vous attendant.
L'esprit de Noël revivra, il ne peut en être autrement.

Écrit par : Flavien | jeudi, 15 décembre 2011

Antoine : je n'en suis pas certain. Je ne suis plus un enfant, et pourtant...

Elliot3000 : par les temps qui courent non, si la cigogne du printemps veut bien sourire cela devrait changer.

Christophe : le problème du prese-purée est effectivement assez épineux

Ek91 : évidemment non, c'est bien autrechose que des décorations. C'est plutôt un état d'esprit qui fait défaut

LPR : c'est un petit sapin comme ça qu'il me faudrait :)

PascalR : vous devez être des teigneux insupportables.

MArC-Us : ça t'amuse d'effrayer les honnêtes gens !?

Toli : merci pour ce passage :)

christophe : c'est ce que je redoute. Encore un peu de non-dit supplémentaire.

Flavien : Effectivement, j'éprouve un petit réconforts en pensant à quelques petits fantômes malicieux (j'espère ne pas pincer trop fort ;-) ).

Écrit par : joss | jeudi, 15 décembre 2011

Tu sais, je me demande vraiment comment toute la blogosphère peut ne pas tomber amoureux de toi quand on lit des textes pareils...
Joss, je t'aime
(en tout bien tout honneur :o) )
Dom

Écrit par : Dominique | samedi, 17 décembre 2011

Dominique : je ne m'étais jamais posé cette question mais maintenant que tu le dis, moi non plus je ne comprends pas ! (l'honneur est sauf)

Écrit par : joss | dimanche, 18 décembre 2011

Les commentaires sont fermés.