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mercredi, 02 novembre 2011

Mon homologue

Cette voix qui résonne
C'est la voix des parents
Cette voix qui vous somme
Ne sois pas différent

 

podcast

Mon homonyme, Guillaume Aldebert, Simon Mimoun

 

Je l'ai vu dans son regard. C'était une évidence. Et quand bien même je me tromperais... En fait non, je ne me trompe pas, j'en ai la certitude. Ils sont trois sur le quai de cette station de métro à quelques mètres, ils ont treize ou quatorze ans et je sais, je le vois chez l'un des trois, je m'y reconnais. C'est comme déjà gravé dans son regard et son attitude. Sans que je puisse exactement dire ce qui le trahit.

A quinze ans je mentais. Plutôt bien. Le collège et la vie de famille m'avaient bien formaté. Eux c'était des connards, les pédés. Qu'il fallait dénigrer pour ne pas en être. Et veiller à ne pas laisser dans l'esprit de quiconque s'immiscer un doute éventuel. Je savais que ma voix ne jouait pas pour moi, j'essayais d'y faire attention. Et si l'un des profs avait des intonations suspectes il fallait s'en moquer. Il le fallait. Comme pour ne pas être exclu par le reste de la meute. Comme pour survivre, presque. J'ai toujours su que je mentais. A moi en premier lieu. Et ça, au moins, ça fonctionnait plutôt bien. Tout finirait par aller. Je ne serai pas comme ces gens, j'en étais convaincu. Chaque soir je me répétais les plans échafaudés dans ma chambre. Je choisissais celle qui me paraissait la plus en mesure de me plaire si j'étais normal. Ou plutôt lorsque je serai normal. A force de rapprochements, à force de grandir, ça deviendrait naturel.

Sur le quai ils ont une conversation d'adolescents au sujet d'une actrice qui éveille chez eux quelques ébullitions. Le troisième sourit sans que des mots vraiment audibles ne sortent de sa bouche, comme pour juste donner le change.

Je n'étais pas toujours très bon pour donner le change. Un jour, un de mes copains de collège avait confié son adoration pour Gillian Anderson. J'étais resté pantois à chercher ce qui pouvait bien plaire chez elle. Puis j'avais dit que moi aussi, je la trouvais "pas mal". Avant de citer Tonya Kinzinger, un peu au hasard. Je ne serai pas comme ces gens. Dans le lotissement flambant neuf pas très loin de chez ma grand-mère, l'une des maisons avait été achetée par un couple de pédés. Elle n'était pas encore habitée qu'elle était déjà estampillée : "ici c'est la maison des deux pédés". C'était de notoriété publique. Mes parents, mes oncles, mes tantes, tous s'en amusaient. Je ne pouvais pas être comme ça, c'était trop honteux. Plutôt crever.

Toujours sur le quai, les deux autres parlent d'une fille. Du collège ou du quartier, sans doute. 

Moi, je voulais toujours que les conversations de ce genre passent aussi vite qu'elles avaient débuté. Par pitié, qu'ils arrêtent de parler des formes de Fanny, Nathalie ou Vanessa. Mais rien n'y faisait. Et j'avais l'impression que plus les mois passaient, plus ces conversations revenaient fréquemment sur le tapis. Pourtant depuis le cours d'éducation sexuelle j'avais pris sur moi et j'avais progressé. Grâce à ce qu'avait dit l'intervenante j'avais réussi à sortir la tête de l'eau en sachant que je pouvais encore être normal, avec un tant soit peu de volonté.

Le métro a fini par arriver. Ils sont montés dans une voiture et moi dans la suivante. Je crois c'était un peu trop dur de poursuivre toutes ces projections. Il fera ses choix, en espérant qu'il ne fasse pas exactement les mêmes que moi. Moi j'ai perdu au bas mot six années. Pour des conneries. Et, parfois encore, il m'arrive d'en vouloir à la terre entière.

Commentaires

Ces akward discussions où l'on n'a rien à dire. « Oui, elle a des seins jolis... enfin, je suppose... »

Quand on en parlait/e je ne me rendais pas compte que ta famille était aussi arriérée sur le sujet (pardonne le terme). Bien que ce n'ait jamais été évoqué particulièrement chez moi, mes parents n'ont jamais été sévères envers "les pédés". Mais bon, tu avances, tu te construis. Et eux aussi, ils avancent. Tu pourras peut-être un jour leur dire que tu es heureux avec lui, là, ce type qui t'accompagne. Peut-être ils prépareront même un lit. N'abandonne pas, ne leur laisse pas le dernier mot. Tu es assez grand pour leur tenir tête maintenant.

Pour en revenir à l'inconnu du métro. Et bien j'espère qu'il a internet, qu'il peut lire des forums, des blogs (le tien ?). Et qu'il a de bonnes copines. Les autres "copines" viendront sans aucun doute quand il s’acceptera. Pas trop tard on l'espère.

Écrit par : Antoine | mercredi, 02 novembre 2011

Six ans de perdu? Je ne pense pas. Quand on n'est pas prêt on se construit d'une certaine façon plutôt qu'une autre. Ça m'ennuie que tu penses ça.

Écrit par : PascalR | mercredi, 02 novembre 2011

6 ans... J'en ai perdu 25... Peut-être même 30...
Avec, à 15 ans, les mêmes craintes... À 20 ans le renoncement... À 30 ans la mauvaise décision... Et enfin autour de la quarantaine le courage, le dernier sursaut d'énergie, pour affronter enfin ma vérité...

Écrit par : Dominique | jeudi, 03 novembre 2011

mon petit Josselin, je crois qu'on ne perd jamais son temps (sauf quand on décide de le faire, bien entendu, mais ça ne dure jamais bien longtemps) : chacun a sa vitesse de développement, les choix qu'on fait (parfois inconsciemment) doivent faire leur chemin, quelquefois détourné, mais finalement on n'en finit pas d'avancer. On ne perd pas son temps parce qu'on le prend. Le si peu que je vois de ta vie ne me semble pas de nature à en vouloir à la terre entière, ni même à quiconque - ni surtout pas à toi-même... je t'embrasse

Écrit par : le lapin givré | jeudi, 03 novembre 2011

du moment où les décisions que tu as prises pendant tes 6 années "perdues" n'ont affecté personne, tu peux pas t'en vouloir, c'était juste ton rythme

Écrit par : Mers | jeudi, 03 novembre 2011

Je comprends ce que tu veux dire par "j'ai perdu 6 ans..." C'est vrai que se questionner, renoncer, refouler, se faire mal à soi-même, mentir ou se mentir, n'est pas en apparence très constructif. Pourtant il faut en passer par là (sans doute) pour être un jour certain de ce que l'on vaut et de ce que l'on veut et avoir, enfin, le courage de vivre.

Écrit par : Ek91 | jeudi, 03 novembre 2011

Qu'est-ce qu'on s'y reconnaît dans ce récit !!!
Moi aussi, je dirais qu'il ne faut pas forcément voir ces années sous l'angle de la perte. Elles nous ont aidé à nous construire, à nous assumer. Puis, il reste encore toute la vie devant nous... ! Chouette blog by the way !
Ciao ciao,
Chinchinois

Écrit par : Chinchinois | jeudi, 03 novembre 2011

C'est marrant j'ai pensé un peu la même chose en te rencontrant. Pour le reste, je suis d'accord avec pascal: les années ne sont jamais perdues. Elles sont toujours gagnées parce qu'elles t'ont permis de construire la personne que tu es aujourd'hui. Si ta vie s'était déroulée autrement, tu serais différent aujourd'hui et je pense sincèrement que tu peux être fier de l'adulte que tu es devenu. Alors, pas de regret, hein?

Écrit par : ditom | vendredi, 04 novembre 2011

Arf, encore un de ces posts où je me reconnais aussi...

Pour ma part, je me suis menti très longtemps (8 ans avec une fille et son départ à elle avant de décider d'être honnête avec moi)...
Mais même si j'aurai pu vivre autrement ces années là, je ne les regrette pas pour autant...

Écrit par : JP | vendredi, 04 novembre 2011

Antoine : je me dis que c'est peut-être un peu moins difficile pour ceux qui ont quatorze ans aujourd'hui... comme ceux qui ont quinze de plus que moi ont du le penser aussi à mon sujet. L'actualité récente montre que ce n'est pas si simple, si on peut aider...

PascalR : oui, vraiment, six ans de perdus, je persiste à le dire. Je n'ai pas passé tout ce temps à me construire, au mieux une ou deux années m'auraient suffi. Passer toutes ces années seul à refouler ou à désespérer, ça ne m'a pas apporté grand-chose de constructif.

Dominique : 25 ans... oui à l'époque où je lisais tes récits je trouvais ça fou. Partagé entre une pointe d'admiration et l'envie de me dire "quel dommage".

Le Lapin Givré : aujourd'hui je me satisfais de ce que j'ai mais ça n'efface pas ces années. Et vraiment je t'assure que non, à cette époque je n'avançais pas.

Mers : Ah mais je ne m'en veux pas à moi ;) ! c'est sûr, à part moi, personne n'en a été affecté. J'en veux plutôt à la société (ma famille, le collège, le voisinage...) de n'avoir pas eu l'ouverture qui nous aurait permis à moi et tant d'autres de ne pas me sentir aussi coupable toutes ces années de ce que je n'ai pas choisi.

Ek91 : oui, je suis d'accord, il faut en passer par là, mais pas si longtemps, avec un peu d'aide j'aurais pu/du m'en sortir bien plus tôt.

Chinchinois : Et bien si, comme je l'ai dit, pour moi ça reste beaucoup de temps gâché malgré tout ce qu'on peut en dire, cette période de mensonge ne m'a pas servi. Et merci.

Ditom : je suis satisfait du chemin que j'ai eu depuis mon "éclosion" mais ça ne change pas le fait que ça aurait du avoir lieu plus tôt si mon entourage y avait été plus propice. Et même si aujourd'hui je suis plutôt bien dans ma vie, je mentirai en disant que je n'ai pas de regrets. J'ai plein de regrets sur tout ce que je n'ai pas vécu pendant cette période et que je ne rattraperai jamais. Je souhaite vraiment à ce garçon du métro de ne pas passer à côté de ces années.

JP : une relation de huit ans, je comprends que tu ne la regrette pas (et je te le souhaite !). Mes années à moi c'était le vide complet, c'est ça que je regrette.

A tous : je tiens à préciser que malgré les regrets et la frustration, aujourd'hui je suis bien dans mes baskets, hein.

Écrit par : joss | vendredi, 04 novembre 2011

Merci Joss. Merci pour la chanson. Nous aussi ça y est, on est dans l'appart des 2 pédés... C'est tellement bon. On a eu, j'ai l'impression, le même chemin d'acceptation, et regarde ce bon résultat. Au final nous avons eu quelques étapes supplémentaires sur notre parcours initiatique, et on en aura encore sur notre chemin... Au moins on ne s'ennuiera pas ;-) Bises, et encore merci.

Écrit par : petit-chose | dimanche, 06 novembre 2011

Petit-Chose : moi j'ai plutôt de la chance, c'est presque "le palier des pédés" ;) (je me disais bien que la chanson te plairait)

Écrit par : joss | lundi, 07 novembre 2011

Il faudrait sérieusement s'occuper des conditions de vie des ados à l'école, qu'ils soient gays ou incertains. C'est maintenant le lieu et le moment de la vie où l'homophobie résiste le plus. Une priorité.
J'espère que tu rattrapes le temps perdu?

Écrit par : Flavien | mardi, 08 novembre 2011

Flavien : Non. On fait avec, on ne rattrape pas.

Écrit par : joss | mercredi, 09 novembre 2011

On ne rattrape jamais non, mais profiter du présent en étant soi, c'est déjà bien. Bien sur, si c'était à refaire, on changerait des choses : pas grave, nous sommes là où nous sommes par nos façons d'agir passées. Reste à corriger le tir, pour plus tard être là où on veut, si ce n'est pas déjà le cas :)

Écrit par : Jonathan D. | jeudi, 10 novembre 2011

voilà, c'est exactement ça. Et pour ma part, je trouve que je m'en sors pas mal.

Écrit par : joss | vendredi, 11 novembre 2011

On ne perd jamais rien...A 20 ans, après deux années passées en chambre universitaire et faculté, je ne savais toujours pas qu 'on pouvait être attiré par des personnes de même sexe!
Et voila,enfants,copain,petits enfants forment une grande famille plutôt équilibrée!!

Écrit par : nigloo | samedi, 19 novembre 2011

Nigloo : effet il y a parfois des parcours de vie comme le tien qui me semblent hors de toutes référence, et tant mieux.

Écrit par : joss | dimanche, 20 novembre 2011

Je me reconnais tellement dans ton 2ème paragraphe, c'est fou...
J'aime à penser que ce parcours initiatique nous apporte quelque chose. Tous ces questionnements et cette remise en question permanente forcent la réflexion et l'analyse de soi, de la perception qu'ont les autres de nous.
ça, ce sont les bons jours. Et il y a les mauvais où je me dis, comme toi, que toutes ces années sont bel et bien gâchées !

Quoiqu'il en soi, je découvre ce blog et ça fait plaisir :-)

Écrit par : L'innocent | mardi, 29 novembre 2011

L'innocent : je crois qu'on est un certains nombre à avoir vécu ce deuxième paragraphe ou quelque chose qui y ressemble. On peut toujours dire que ça permet d'apprendre mais malgré tout, que de temps perdu !

Écrit par : joss | mardi, 29 novembre 2011

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