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lundi, 26 septembre 2011

Les petites roulettes

Je me déplace beaucoup à pied dans Paris. L'émerveillement du néoparisien que je suis pour le métro a fini par s'essouffler (hélas, je suis finalement quelqu'un de normalement constitué) et lorsque je peux éviter de voyager sous-terre je ne m'en prive pas. J'ai la chance de vivre dans un quartier proche du centre et puis je suis un bon marcheur avec les mollets qui vont bien. Il y aurait bien une autre solution, le vélib'. Mais voilà...

Mon tout premier vélo était blanc. Dans mon souvenir il était étonnament grand mais mon petit doigt me dit que je manque peut-être d'objectivité. D'ailleurs celui de mon frère était plus grand encore si j'y réfléchis bien. J'ai assez vite aimé mon vélo même si au début il était avant-tout l'objet qui sonnait le glas de mes virées tant vénérées sur le porte-bagage maternel. Et puis, je vais le dire d'emblée, il était aussi équipé de deux merveilleuses roulettes, prodiges de techologie assurant stabilité et sécurité ultime. Ah ce que je les aimais, mes roulettes. Mon frère - et toutes les grandes personnes - avait l'idée saugrenue d'occulter les bienfaits évidents de ces bienheureuses petites roues. Un manque consternant de sens pratique. Moi j'allais fièrement à quatre roues dans les rues du lotissement et aussi sur les chemin de terre proches de la maison de ma grand-mère, les semaines où nous y allions en vacances.

Tous n'avaient de cesse de répéter qu'un jour on me retirerait mes roulettes mais, pour être honnête, cette menace n'avait pas plus de sens que celle selon laquelle je devrais un jour dire adieu à l'école primaire. Ils pouvaient toujours causer. Mais un jour, les rustres ont mis leur plan à exécution. Je ne sais plus comment ils s'y sont pris mais je me suis retrouvé, le souffle court et le coeur battant, à tenter de faire bonne figure. Faire du vélo sans mes roulettes, c'était comme boire du café sans lait, pas vraiment un plaisir, juste la sensation pas très agréable de faire des choses de grands. C'était un exercice d'équilibre mais c'était aussi une façon de me pousser à grandir sans mon consentement (mais alors, le collège, ça arrivera vraiment un jour ?). Ce fut laborieux mais j'y suis parvenu. Au prix de nombreuses gamelles. Si mes genoux pouvaient parler.

La vitesse me faisait peur. Et puis que je crois qu'entendre en permanence mes parents dire que je n'étais "vraiment pas doué" ne me rendait pas trop service. J'étais plutôt à l'aise dans les montées, je m'en sortais dans les virages pour peu que je sois concentré mais pour une raison qui m'échappait, il fallait toujours que nous passions par des satanées descentes. Mon coeur avait une facheuse tendance à s'emballer dès que la vitesse augmentait et la seule solution de secours que je parvenais à adopter était de sauter de vélo. C'était tout de même plus original et stylé que freiner comme les manants sans imagination. J'avais même réussi à développer un talent étonnant dans la maitrise du saut. J'étais capable, je ne sais comment, de sauter de mon destrier en retombant debout sur le trottoir alors que le vélo blanc (puis son remplaçant rouge) terminait piteusement son chemin quelques mètres plus loin. L'autre grosse difficulté à laquelle j'étais confronté était le respect du code de la route. Combien de fois ma mère m'a-t-elle ressassé l'épisode où j'ai percuté son pneu arrière parce que je n'avais pas vu le stop auquel elle s'était arrêtée ? J'avais déjà bien assez de mal à me concentrer sur mon équilibre, il aurait fallu en plus que je regarde la couleur des feux ? Laisse moi rire (et rouler sur le trottoir). Je t'épargne mes souvenirs de ronds-points, et surtout, jamais, au grand jamais je n'ai été capable de lacher un bras du guidon pour indiquer de quel côté j'allais tourner, je faisais toujours appel à la perspicacité (ou aux talents divinatoires) des automobilistes environnants.

Pourtant j'ai continué à faire du vélo - de façons très épisodique certes - sans qu'il ne m'arrive rien de grave. La pire chose qui me soit arrivée fut une très grosse gamelle dans laquelle j'avais laissé pas mal de la peau de mon épaule droite : à l'époque mon premier copain m'avait dit qu'il se déplaçait beaucoup à vélo et, n'écoutant que mon coeur vaillant, j'avais entrepris de m'excercer les dimanches matins pour ne pas avoir l'air ridicule à ses yeux, c'est alors qu'un rebord de trottoir se jeta sauvagement sur ma roue avant. J'ai eu vraiment très mal mais pour lui j'avais poursuivi mes efforts et j'en fus récompensé.

En 2008 alors que j'en étais encore à découvrir Paris, mon copain de l'époque m'avait proposé de faire une virée à Vélib avec deux de ses amies pour voir les décorations de Noël sur les Champs Elysées. Je n'avais pas bronché mais je n'en menais pas large. Et puis je crois que rien ne s'est vu. Ni mon manque d'aisance, ni mes soucis d'équilibre. Tu n'imagines pas à quel point j'étais fier (et soulagé de remettre l'engin à sa place lorsque l'épreuve fut achevée). Depuis, j'ai rangé la case vélo dans le même tiroir que la case piscine.

Et puis, la semaine passée, par un complet hasard, alors que je me trouvais à un endroit où je n'aurais pas du être, j'ai vu passer sous mes yeux un blogueur de pas-très-grande-taille bien connu au guidon d'un Vélib. En voyant à quel point il avait l'air à la fois empoté et concentré sur son sujet j'ai senti tout le poids de ma fébrile conscience cycliste qui libérait enfin mes épaules. C'était flagrant, rien qu'en le voyant je savais qu'il saurait me comprendre. Je n'étais plus seul :D

Je crois même que désormais, je n'aurai plus peur de dire haut et fort : Mes roulettes me manquent, I love my roulettes.

Commentaires

Ah, ça, on a bien compris qu'il était pas à l'aise en Vélib' le Ditom... Juste 1 h de retard, c'est simplement énorme!! Et pourtant, il doit aimer ça, puisqu'il a poussé le vice de continuer jusqu'au 176 du Boulevard alors qu'il était attendu au numéro 76!! Sans compter qu'il ne sait pas faire la différence entre un restaurant Quick et un McDonald's.... Il a vraiment tout pour plaire. :-DDDD

Écrit par : BisB | mardi, 27 septembre 2011

Et la cession 2 roues a Santa Monica?

Écrit par : Cereal_Killer | mardi, 27 septembre 2011

est ce que ditom prends un vélo avec une selle ?

bibibiizzz

Écrit par : fiuuu | mardi, 27 septembre 2011

La piscine, passe encore, ça tient même du bon sens et de l'instinct de survie. Si tu rajoutes à ça le vélo, ça commence à faire lourd. A ce rythme quelle sera la prochaine révélation?

Vous noterez ma classe légendaire: pas l'ombre d'une vacherie sur Ditom; pas même un "il y a des velib' pour enfants? "

Écrit par : vinzniv | mardi, 27 septembre 2011

"Empoté" c'est exactement ça !

Écrit par : PascalR | mardi, 27 septembre 2011

Tu crois que cela pourrait expliquer la panique que je lis dans les yeux des automobilistes qui croisent ma route lorsque je suis à vélib'?

Écrit par : Ditom | mardi, 27 septembre 2011

L'ennui, le seul vraiment, du saut acrobatique de vélo en guise de freinage, c'est qu'il y a des endroits, genre campagne profonde, tu vois, où les trottoirs sont bêtement remplacés par des ronciers.
Ça calme.

Écrit par : laplumequivole | mardi, 27 septembre 2011

Je n'ai jamais compris ce passage des quatre roues à seulement deux, qui m'a valu d'être râpé de l'épaule au mollet, avec une légère commotion lorsque j'ai attaqué mon premier virage comme d'hab.
Sitôt adulte, je suis revenu aux quatre roues et je m'en tiens là. Les parents ont parfois de drôles d'idées.
Sinon, j'imagine que Viviane en amazone sur un vélib, ça doit ralentir.

Écrit par : Flavien | mardi, 27 septembre 2011

BisB : comme il est plaisant d'avoir ces informations dont je ne manquerai pas de me servir

Cereal Killer : c'était à la plage, c'était un peu différent. Mais j'étais très content de moi !

Fiuuu : il semble que oui.

Vinzniv : en effet ta discrétion à l'endroit de Ditom t'honore au plus haut point.

PascalR : Pas moins !

Ditom : belle lucidité

laplumequivole : à bien y réfléchir, je crois ne jamais être tombé dans un fossé, c'est même étrange

Flavien : Je vais tenter tout de même de ne pas être trop fermé au concept du deux roues (en l'honneur de mon très bon souvenir de Santa Monica évoqué dans un commentaire plus haut). Et effet, Viviane n'est pas très conciliante.

Écrit par : joss | mercredi, 28 septembre 2011

Alors, moi, le vélo, no problem. Mais, la voiture... en conduire une, c'est ma hantise !! Donc, je peux te comprendre et je compatis.

J'aime toujours avec quel talent tu trouves le moyen de reconstruire le passé et ta pensée d'enfant. Bravo !

Écrit par : Jay | jeudi, 29 septembre 2011

Jay : j'ai régulièrement fait des rêves dans lesquels j'étais incapable de conduire, la réalité est nettement meilleure c'est heureux. Parce que le vélo ne fait pas tout ... (et merci)

Écrit par : joss | jeudi, 29 septembre 2011

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