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mercredi, 10 août 2011

Dis, Maman, tu te souviens...

Le temps était très incertain mais nous sommes partis malgré tout. J'avais envie de marcher, elle était d'accord pour m'accompagner. Elle avait proposé qu'on aille voir l'avancement des travaux sur le bord de la rocade qu'on connait si bien. Le chemin nous amenait à passer par les petites rues que nous empruntions en voiture tous les matins lorsqu'elle nous emmenait à l'école. Et même lorsqu'on allait faire les courses.

En chemin, ma mère me raconte les quartiers que nous traversons, la façon dont ils ont changé, la façon dont ils ont vieilli en vingt ans. Quelques banalités réconfortantes. Il y a une sensation étrange dans le fait de poser son regard au ralenti sur toutes ces maisons qui ont traversé les vingt dernières années avec plus ou moins de bonheur. Certaines façades n'ont pas bougé d'un iota. Le quartier de jeunes couples fraîchement installés est devenu un quartier de moins jeunes couples fraîchement retraités.

Et tout à coup, le souvenir, c'était là. Je me rappelle, j'étais en maternelle. C'est pile en passant devant cette maison que je m'étais aperçu dans la voiture que j'avais oublié de mettre mes chaussures avant de partir à l'école. J'avais pleuré. Ma mère avait refusé de faire demi-tour, ça me servirait de leçon. J'avais continué à pleurer. J'avais passé toute la journée à l'école en espadrilles. Et tellement pleuré. Mes espadrilles n'y avaient d'ailleurs pas survécu. On en a tant ri par la suite.

Et un peu plus loin dans cette rue que nous croisons, la fois où, assis le porte-bagage de son vélo, je n'avais pas vu que les rayons de la roue arrière découpaient consciencieusement le choux-fleur fraichement cueilli dans le jardin que je tenais à bout de bras (mais visiblement pas assez) dans un sac en plastique dont il dépassait. Elle avait dû s'arrêter pour ramasser les morceaux au milieu de la rue en me sermonnant copieusement pendant que je m'efforçais de regarder mes pieds.

Nous passons à proximité d'un cirque installé dans le coin le temps de ce week-end. Je lui demande si elle se rappelle que je n'ai jamais trop aimé les cirques. Elle me dit que pour sa part, étant petite, elle aimait voir la Piste aux étoiles à la télévision pour les clowns. Uniquement les clowns. Et pas les jongleurs, ni "ces chinois qui se tordent dans tous les sens". C'est impressionnant mais elles s'en contrefiche. Nous sommes d'accord. Ma mère a soixante ans et pour la toute première fois j'apprends qu'elle aimait les clowns lorsqu'elle était petite.

On avait fini par croire que la pluie nous laisserait tranquilles. Faussement. Elle nous pourchasse, à grands renforts de rafales. Les parapluies souffrent et nous grimaçons. Les parapluies se retournent et nous rions. La pluie nous tombe dessus mais ce n'est pas bien grave. Comme elle me l'a dit si souvent quand j'étais gamin, t'es pas en sucre, c'est pas trois gouttes qui vont te faire fondre. Nous revenons à la maison presque secs.

C'était une belle balade improvisée. C'était simple. Avant que mes parents ne me ramènent à la gare, je récupère une paire d'espadrilles que j'avais toujours gardée et je la glisse en douce dans ma valise.

Demain, dix ans après, ma mère va de nouveau être hospitalisée pour un cancer. J'aimerais être un clown.

Commentaires

Et dans 10 ans, vous referez la même balade, et tu te souviendras tu bermuda jaune que tu portais ce jour là en te rappelant de tes goûts curieux de l'époque.

Écrit par : vinzniv | mercredi, 10 août 2011

Des bisous pour toi et ta maman.

Écrit par : PascalR | jeudi, 11 août 2011

Il est super touchant ton billet... J'en ai les larmes aux yeux.
Un gros bisous à vous deux.

Écrit par : Tambour Major | jeudi, 11 août 2011

Courage, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir
PS J'ai adoré la réplique du sucre que ta mère continuera a te dire encore longtemps

Écrit par : Mers | jeudi, 11 août 2011

J'ai tellement hâte de voir ces espadrilles!

Écrit par : Ditom | jeudi, 11 août 2011

C'est un beau billet, touchant et drôle, comme souvent ; la conclusion en est d'autant abrupte. J'espère que tout ira bien pour ta mère, cette fois encore. Et que tu vas bien, toi. Je t'embrasse

Écrit par : le lapin givré | jeudi, 11 août 2011

:-*

Écrit par : BisB | jeudi, 11 août 2011

Billet très émouvant. En tout cas, avec un bermuda jaune et des espadrilles, je crois que ta maman sait que tu es un clown. lol.
Bises à tous les deux.

Écrit par : Christophe | jeudi, 11 août 2011

Je ne vais pas redire ce que tous ont déjà dit avant moi ; c'est effectivement un très beau billet où tu trouves une fois de plus les mots pour nous toucher (bon, finalement si, je l'ai dit).

Mes pensées vont vers toi et ta maman qui aimait les clowns quand elle était petite.

Écrit par : Zéro Janvier | vendredi, 12 août 2011

Certains jours, l'on découvre que ses parents ont été petits aussi, et même qu'ils ont toujours été fragiles et humains.
Ils en deviennent plus précieux et il est alors plus facile de leur pardonner, de partager et d'engranger les bons moments passés avec eux.
Même si avec le mois d'août qu'on a par ici cette année, ce ne sont pas les espadrilles les chaussures les plus adaptées.

Écrit par : Flavien | vendredi, 12 août 2011

pensées de rétablissement à ta môôôôôman et biz à toi car quand on commence à lire on ne sais toujours pas où en sera la fin (et hier j'ai pensé à toien voyant une citroên GS breack blanche, je trouvais que cela allait bien avec ta personnalité

Écrit par : fiuuu | samedi, 13 août 2011

Courage à ta maman et tout son entourage, dont toi. Encore un billet émouvant comme tu sais si bien les écrire, chapeau.

Écrit par : Jonathan D. | dimanche, 21 août 2011

J'aime pas la fin de ce billet ... mais pas du tout !
Grosse pensée pour vous.

Écrit par : Moira | mardi, 23 août 2011

Les commentaires sont fermés.