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dimanche, 07 août 2011

"Course à pied", supplice et miracle.

Comme tu le devines aisément, je suis devenu en quatre semaines un sportif accompli (et ouais, trois immmmenses kilos perdus depuis mon retour au badminton début juillet). Pour mon retour en famille le temps d'un week-end j'ai décidé d'aller pousser le bouchon un peu plus loin encore en allant me frotter au terrible parc de Pignerolles, ce lieu que j'ai tant arpenté dans mes cauchemars, ce lieu où j'ai tant sué sang et eau lors des abominables séances d'endurance au collège.

A l'époque de mon adolescence le parc de Pignerolles était un endroit maudit et peu recommandable, un paysage de désolation jonché de boue grasse et de feuilles mortes douze mois sur douze. A la belle saison, il arrivait parfois que le crachin s'interrompe pendant quelques minutes avant de reprendre de plus belle. Il y faisait un temps invariablement gris et venteux et la nuit commençait à tomber dès quinze heures trente-deux en hiver. Surtout le jeudi. C'est ainsi dans cet antre de la souffrance et du chaos ultime que ces torsionnaires de profs d'EPS nous contraignaient, sous la menace d'un fouet, à effectuer une activité étrange et malfaisante qu'ils prenaient un malin plaisir à appeler "Course à pied".

Soyons factuels, si tu nous avais vus, moi et ma dizaine de kilos en trop de l'époque, nous trainer lamentablement dans les allées de ce parc sinistrement boisées, toi aussi tu aurais trouvé l'appellation "course" généreusement galvaudée. Les pierres et les flaques étaient de mèche et s'arrangeaient pour ne laisser aucun passage libre avant mon arrivée dans les virages. Les oiseaux (des corbeaux, à n'en pas douter), perfides créatures averties par mon pas lourd et emprunté, s'évertuaient à manigancer au moment de mon passage une mélodie humiliante et entêtante, réquiem de mes ambitions athlétiques. Le "sport" étaient une torture hebdomadaire dans ce lieu qui aurait servi mieux que nul autre de décor pour un film d'épouvante.

L'interminable boucle de mille-cinq-cents mètres avec ses deux-cent-soixante-sept virages et neuf côtes à vingt pourcent de dénivelé constituait indéniablement le supplice de Tantale des temps modernes. Le plus perturbant était de constater que les puissances occultes du parc semblaient s'acharner sur moi et laisser en paix les autres élèves, bien moins en peine que je ne l'étais.

Ce vendredi puis ce dimanche (j'y suis retourné pour en être bien certain), il était frappant de voir à quel point le parc s'est métamorphosé en un peu plus de dix ans. L'endroit est devenu un lieu fertile et aéré où le soleil joue avec malice dans les branchages. Les funestes corbeaux assoifés de sang de l'époque ont été remplacés des petits oiseaux bucoliques et gazouilleurs. On déambule avec plaisir et légèreté jusque derrière le chateau. La grande boucle et ses presque cinq kilomètres sont un parcours varié et presque amusant mais largement insuffisant pour épancher ma soif de courir. 

Après avoir vu a quel point ce parc a réussi à changer et se bonifier avec le temps, qu'on ne vienne pas me dire que les miracles n'existent pas.

Commentaires

Tiens, j aime bien ce texte ! il me conforte dans l idée que tu devrais ecrire plus souvent !

Écrit par : corto74 | dimanche, 07 août 2011

Je te comprends tellement, rétrospectivement ! Pour moi la torture c'était le Stade Jules Ladoumègue et je tiens ma revanche, le tramway va passer en PLEIN MILIEU #bwahahahaha !
Content pour ta « transformation » sinon ;) #ThumbsUp

Écrit par : Clem | dimanche, 07 août 2011

Tiens nous aussi on avait un parc à cross sombre et boueux, mais il y avait un étang et on se vengeait en allant subrepticement pêcher des têtards qu'ensuite on glissait non moins subrepticement dans la nuque de certaines pécores voire dans le sac de Madame Lequernec la prof de géo qui ne le méritait même pas. Par contre, mon grand regret est de n'avoir jamais pu en glisser une bonne poignée dans le survêt de Monsieur Fresnay le tortionnaire préposé aux activités de plein-air.

Écrit par : laplumequivole | dimanche, 07 août 2011

Tu nous parlais un jour de ta pratique de la torture respiratoire en sous-bois, qui se fait aujourd'hui avec plaisir et légèreté. A quand les JO ?
C'est plaisant de te relire enfin.

Écrit par : Rafa | dimanche, 07 août 2011

Tu devrais pas plutôt parler de punition de Sisyphe à la place du supplice de Tantale?

Écrit par : Mers | lundi, 08 août 2011

Trois kilos sur un si petit corps!!!! C'est un peu comme si on avait mis un anneau gastrique à Guy Carlier.

Écrit par : Ditom | mardi, 09 août 2011

Corto : oh merci. L'inspiration est souvent irrégulière, hélas

Clem : oh oui, je crois que c'est la meilleure vengeance dont on puisse rêver :D

Laplumequivole : plus je te lis plus je ne cesse de m'étonner en constatant l'esprit maléfique qui se cache en toi !!

Rafa : Les JO ? ben justement j'étais à Londres ces deux derniers jours en repérage !

Mers : oui mais moi je voulais un supplice !! pas seulement un mythe ;)

Ditom : mes jeans pensent comme toi !

Écrit par : joss | mercredi, 10 août 2011

La description du noir complot formé contre l'enfant que tu étais par les puissances malveillantes et néanmoins scolaires avec la nature elle-même dans ce qu'elle peut avoir de plus ésotériquement hostile glace de compassion et d'effroi le lecteur. Qui souhaite, que dis-je, qui prie pour que l'Abominable PP (parc de Pignerolles) soit rasé à jamais, anéanti, napalmé et calciné dans l'effacement définitif d'une expiation méritée.
Mais le temps dans sa sagesse a offert une meilleure happy end à l'homme que tu es devenu : Ton pardon éclairé a apaisé et fleuri le sentier aplani. Le lecteur est soulagé et ravi.

Écrit par : Flavien | vendredi, 12 août 2011

Les commentaires sont fermés.