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lundi, 27 juin 2011

La marche, le drapeau et le plaisir

Je saute. Je saute sur place les bras en l'air parce que lever simplement les bras ne suffit pas (un jour, c'est décidé, je porterai plainte contre mes parents qui ont eu la bêtise de ne pas me faire plus grand). Je touche, je caresse autant que possible le grand drapeau arc-en-ciel qui nous recouvre. C'est la fournaise, mais j'y suis terriblement bien. Nous sommes depuis quelques minutes (cinq ? vingt ?) sous cette grande couverture joyeuse et je ne sais plus vraiment où nous nous trouvons exactement.

Il y a de tous les côtés une joie presque palpable, un bonheur partagé qu'on pourrait couper au couteau. Le rythme des percussions toutes proches guide la cadence de mes pas, des mes sauts, de tous mes mouvements. Je regarde le ciel multicolore émerveillé comme si j'avais huit ans, ou peut-être quatre. J'ai l'impression de sentir s'échapper avec une douceur apaisante l'amertume de ces années passées à nier ou à maudire ma différence, tout ce temps perdu, tout ce temps gâché.

La fournaise et le bruit ajoutent à l'ambiance surréaliste que le drapeau couve dans toute sa largeur. Ici, je crois pouvoir le dire, on ne me veut que du bien. Je suis pleinement moi, jusqu'au bout du majeur qui tapote malicieusement la bande bleue de l'arc-en-ciel lorsque je parviens à l'atteindre. Je jette des regards partout, à la petite bande qui m'accompagne, aux inconnus qui nous entourent sous le drapeau, aux autres marcheurs présents sur le côté.

Toujours sous le drapeau, apparait devant nous l'adorable Carlton J en mission pour Yagg, sorti de je ne sais où par une magie digne de Mary Poppins. Et puis cet autre moment magique où Rouge-Cerise et Ananas Biloba, qui marchent à mes côtés depuis le début de cette gay pride, se mettent à me porter dans un accès de folie passagère. Ma tête caresse l'arc-en-ciel, je vois les autres marcheurs d'en haut et je me dis, incrédule, que je suis le plus haut du drapeau. Je finirai pas redescendre pour reprendre place parmi la masse. Nous sommes des incconus qui sourions côtes à côtes. Un garçon finira même par passer sa main du haut vers le bas de mon dos avec un sourire équivoque (l'histoire ne dira pas s'il s'agissait d'une caresse ou s'il avait juste eu envie d'essuyer sa main sur mon polo :-/ )

Il y a un an, j'avais marché écrasé par le trac et l'émotion, cette fois il y a uniquement du plaisir à être là, avec des inconnus, avec des amis qui comptent tant et toutes ces personnes croisées avec joie le long du parcours. Je marche pour ma revanche personnelle sur toutes ces années où je donnais la priorité à ce que pensaient les voisins. Je marche aussi pour ces gens qui se cherchent et espèrent peut-être, comme je l'ai fait par le passé, trouver dans cette immense diversité qu'est la gaypride des personnes auxquelles ils peuvent s'identifier.

Hélas, il est toujours un moment où l'on doit descendre de son nuage. Pour une raison que je ne m'explique pas, il est temps pour le drapeau de mettre les voiles. Il disparait presque aussi brusquement que je m'étais jeté dessous lorsque je l'ai vu débarquer, et voici que nous marchons à nouveau sous un chaud soleil éblouissant. La place de la Bastille est toute proche, la marche arrive à son terme.

 

(Il se pourrait que Monsieur Rouge-Cerise ait raconté sa vision à lui quelques instants avant moi...et vas donc lire aussi le très beau billet de Carlton)

Commentaires

J'ai vu des gens avec des chaussures compensées de bien 20 cm... Promis on se cotisera !

Je n'ai encore que des éléments factuels (comme dirait l'autre) en tête. Vu telle personne ici, arrêté là, boulevard Saint Wladimir après avoir longé le jardin du luxembourg, tout ça tout ça, mais je ne ressens pas (encore) « le bonheur » d'y avoir été. Mais vos billets me le font réaliser petit à petit.

Écrit par : Antoine | lundi, 27 juin 2011

Encore un que je n'ai pas croisé mais dont j'ai senti la ferveur. Joli billet !

Écrit par : Laurent | lundi, 27 juin 2011

Cette amertume qui s'échappe, ce doit être magique.

Écrit par : Rafa | lundi, 27 juin 2011

Oh, je suis "adorable" ! *rougit*

Écrit par : Carlton | mardi, 28 juin 2011

Han que c'est mignon. C'est exactement ce que j'ai ressenti ma première fois. être avec les autres, un peu foufou dans ma tête, et tellement fier du chemin parcouru pour être dessous. La symbolique est vraiment très forte.

ps) je cotise aussi pour les plateforms shoes :o)

Écrit par : PascalR | mardi, 28 juin 2011

Participer à la marche annuelle est aussi une source de plaisir. Bien dit.

Écrit par : Flavien | mardi, 28 juin 2011

J'aime ton "point de vue" plus haut que tu ne le prétends ;)

Écrit par : JC | mardi, 28 juin 2011

Je vous ai vu passé juste devant moi tous les 3 et c'est vrai que tu avais les yeux qui pétillaient. lol

Écrit par : Christophe | mardi, 28 juin 2011

Mais d'où tu les sors ces blogueurs inconnus? C'est qui ce Rouge Cerise d'abord?

Écrit par : Ditom | mercredi, 29 juin 2011

Si j'avais été informée de vos orientations sexuelles jeune homme, jamais je ne me serais aventurée à lire votre prose jeune malotru.

Écrit par : Lucienne | mercredi, 29 juin 2011

Antoine : oui mais c'est lourd, je crois... Pour le reste, peut-être simplement que cela ne te fait pas le même effet qu'à nous.

Laurent : pourtant, au milieu de à peine 36 000 personne on aurait quand même pu se trouver

Rafa : ouais, c'est pas mal je t'assure

Carlton : rien de moins !

PascalR : oh oui j'ai aussi envie de t'imaginer courant dans tous les sens en souriant bêtement

Flavien : Pour le symbole, et aussi pour s'y amuser

JC : MERCIII !!

Christophe : ah mais là je devais jouer la comédie !

Ditom : je fais du social de temps en temps en accompagnant bénévolement ce jeune délinquant qui tente de s'en sortir

Lucienne : c'était trop dur de garder le silence, ma vieille

Écrit par : joss | mercredi, 29 juin 2011

C'est sûr, tu sais vraiment nager maintenant ;)
Il est chouette ce billet, on devine ton sourire à chaque ligne.

Écrit par : Tambour Major | jeudi, 30 juin 2011

Tambour Major : oui ;) je nage vraiment de mieux en mieux, au sens figuré.

Écrit par : joss | samedi, 02 juillet 2011

Je mets au pot pour les platform-shoes.

Écrit par : vinzniv | dimanche, 03 juillet 2011

J'ai du scrupule à mettre encore mon url tant je ne blogue plus. Mais je te lis depuis si longtemps...
J'ai eu beaucoup de plaisir à te trouver par hasard, sans trop savoir quoi te dire sur le moment, je me suis senti un peu bête. Mais juste un regard échangé accompagné d'un "Joss, ah oui bien sur, ravi de te croiser", et l'envie de te revoir peut-être dans un autre contexte.

Écrit par : Dominique | mercredi, 06 juillet 2011

Vinzniv : n'oubliez pas que la couleur compte

Dominique : c'est vrai que moi en comparaison j'ai eu une répartie teeeeeellement brillante !! C'est sans doute l'infâme Rouge-Cerise qui t'a intimidé. On va bien trouver un autre contexte !

Écrit par : joss | mercredi, 06 juillet 2011

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