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lundi, 13 juin 2011

La maison de vacances, la nuit et le rêveur solitaire

Le jeu de cartes ramassé, les volets baissés et les lumières en sourdine, chacun est allé se coucher et le lave-vaisselle qui bientôt achèvera son office est déjà le dernier à donner encore de la voix dans cette jolie maison de vacances peu à peu assoupie. Le ciel chargé porte une teinte rouge sombre un brin mélancolique.

Dans la poubelle, une armée de spaghettis tente de règler son compte à un trognon de pomme pourtant innocent alors que sur la table le dernier verre encore empli de martini sanglote d'avoir été définitivement oublié par son propriétaire de la soirée. A l'étage, quelques voyants lumineux permettent tout au plus de feindre un semblant d'activité humaine. Dans les chambres voisines, les couples d'amants repus d'étreintes et de caresses cherchent peut-être le juste sommeil qu'ils n'ont pas encore trouvé. 

Dans la bibliothèque les livres bien ordonnés sont une mine inépuisable de scénarios nocturnes pour le lecteur solitaire qui se laisse aller à caresser d'un doigt quelques couvertures choisies au hasard. A cette heure-ci toutefois, l'épouvante l'emporte sans effort sur la romance ou l'aventure. La nuit sera froide et tourmentée. 

A l'instant, le lave-vaisselle jette son dernier soupir. Il est l'heure pour le fantasme de gagner la partie. A travers les carreaux, l'obscurité incomplète (la lune, cet objet récalcitrant...) dessine aux arbres de grandes silhouettes sombres prêtes à s'animer et prendre des formes menaçantes ou tourmentées au moindre signal. C'est un rodeur qui se faufile dans le jardin à pas feutrés, le couteau à la main et le regard sanglant, c'est un chat perfide et maléfique qui s'aventure à gratter sournoisement à la porte, c'est une menace indéfinie qui erre, sans forme exacte à la recherche d'une proie qui s'ignore. Le rideau devient un rempart bien désuet face à cette multitude de dangers. 

Le regard cherche partout un signe ou un mouvement et le veilleur angoissé s'est presque résigné : un cri de terreur ne tardera pas à déchirer ce silence trompeur. Et pourtant les minutes s'égrainent, et rien. A l'extérieur les silhouettes s'agitent de façon pernicieuse pour conseiller au veilleur de rester aux aguets. Ne te réjouis pas si vite mon enfant, les croque-mitaines viendront bientôt te perscécuter. L'angoisse atteint son apogée lorsque le voile nuageux finit par masquer complètement la lune, dernier compagnon d'infortune du veilleur solitaire. 

Plus rien. Il ne reste guère qu'un battement de coeur et une respiration saccadée. Dans la fenêtre toute proche le veilleur distingue faiblement son propre reflet devenu lui-même une menace face à laquelle il préfère détourner le regard.

Les minutes s'écoulent à nouveau. Des autres chambres proviennent désormais des bruits de respiration régulière et apaisée. Les couples semblent dormir tranquillement. Dehors le vent balaie les rideaux de nuages et la lune refait une apparition. Les silhouettes assassines sont à nouveau des arbres joliment agencés et l'on se prend à imaginer dans les craquements de l'escalier de bois une présence bienveillante. 

Le faisceau blafard de cette lune incomplète éclaire de sa tristesse compatissante l'amertume de ces nuits trop solitaires.

Commentaires

Écrit par : BisB | lundi, 13 juin 2011

Les nuits à la campagne sont les nuits les plus angoissantes qu'un parisien puisse connaître: aucun son familier de moteur, de cri ou de rire alcoolisé.
Les nuits de province sont pour moi toujours fidèles au tableau que tu nous dresses.

Écrit par : Vinzniv | lundi, 13 juin 2011

Tout ça à la Gaule (-les-glands) ? Beau billet.

Écrit par : Al West | lundi, 13 juin 2011

Vraiment, BisB m'enlève les mots de la bouche...

Écrit par : Rouge-cerise | lundi, 13 juin 2011

ca fait flipper ....

Écrit par : fiuuu | lundi, 13 juin 2011

Qui s'est qui a fait fumer le petit? Il est tout agité maintenant et ne dort pas?!!!

Écrit par : PascalR | lundi, 13 juin 2011

Alors comme ça petit tu es parti avec ton papa, ta maman et leurs amis et tu te masturbes dans le lit en écoutant leurs étreintes... ce n'est pas sale, mais j'espère au moins que tu as fait attention à ne pas tacher les draps...

Écrit par : Jacques Martin | lundi, 13 juin 2011

@ Jacques Martin : Ce n'est pas sale, c'est la carte de France.

;)
Al.

Écrit par : Al West | lundi, 13 juin 2011

@Al. tss tss jeune homme, le terme "carte de France" est réservée aux pollutions nocturnes non désirées. Dans le cas du petit Joss, et bien... il se masturbe!

Écrit par : Maître Capello | lundi, 13 juin 2011

« Des autres chambres proviennent désormais des bruits de respiration régulière et apaisée. » tu veux dire qu'ils ronflent, c'est ça ?!

« Le faisceau blafard » oui, « de cette lune incomplète » ça va, « éclaire » normal, « de sa tristesse compatissante » alors là, ça se gate ! une "tristesse compatissante", voilà quelque chose que j'ai du mal à me représenter, « l'amertume de ces nuits trop solitaires » ... Mais tu es complètement défoncé mon ami !

Écrit par : Antoine | lundi, 13 juin 2011

ce ne sont pas le bruits que je retiens mais cette dernière phrase :"...l'amertume de ces nuits trop solitaires" à rapprocher des questions du billet précédent?

Écrit par : Mers | mardi, 14 juin 2011

@ Maître Capello : pollutions nocturnes non désirées Parce que ça arrive ? °_O

Amicalement.
Al.

Écrit par : Al West | mardi, 14 juin 2011

@Al. Bien sûr, lors d'un rêve érotique. Ce n'est pas désiré et pourtant tu fais une belle carte! (les plus belles cartes de France se font bien entendues quand le rêveur est sur le ventre)

Écrit par : Maître Capello | mardi, 14 juin 2011

J'adore ces descriptions au ras des pâquerettes lorsque le verre fait du sentiment avec les spaghettis. Ça me rappelle les bons films américains où le bruit d'une bouilloire, un chat qui se frotte, évoquent toute la vie de la mère de famille qui va se faire trucider.
Bien entendu il n'était pas souhaitable que le veilleur ait un sort funeste. On n'est pas dans le gore, on le sent tout de suite. Plutôt l'insoutenable vacuité de la nuit, le frémissement tremblé de la solitude marginale.
Les romantiques allemands ne te désavoueraient pas.

Écrit par : Flavien | mardi, 14 juin 2011

As-tu vidé le lave-vaisselle au moins ?

Écrit par : Christophe | mercredi, 15 juin 2011

Tu t'es pas trop fait peur, au moins ?
Mais un joli récit :-)

Écrit par : Laurent | jeudi, 16 juin 2011

Bisb : pas mieux !

Vinzniv : pour moi toutefois les nuits de province sont loin de toutes ressembler à cela, il faut dire que j'en ai bien plus l'expérience que toi, mais tu apprendras...

Al West : Oui, enfin La Baule, quoi. En Français.

Rouge-Cerise : ouais. Bluffant.

Fiuuu : au contraire, c'est très exaltant !

PascalR : rien. C'est peut-être justement ça.

Antoine : j'ai le droit de ne pas être d'accord, hein ?

Mers : Non, vraiment il n'y pas de rapport avec le billet précédent.

Flavien : et si tu avais vu comme les spaghetti avaient l'air féroces !!

Christophe : pas cette fois.

Laurent : Non, à vrai dire, j'adore ce genre d'ambiances.

Écrit par : joss | jeudi, 16 juin 2011

Et donc tu ne me réponds plus, pouffiasse?

Écrit par : ditom | vendredi, 17 juin 2011

aah !! voilà enfin un commentaire qui mérite une réponse !

Écrit par : joss | vendredi, 17 juin 2011

ditom & Joss sont deux connasses!
Et ça c'est pas du commentaire qui claque sa race à sa mémère ?!!!

Écrit par : PascalR | samedi, 18 juin 2011

claquer son teckel c'est has been ?

Écrit par : joss | samedi, 18 juin 2011

non si tu ajoutes "à sa mémère" à la fin!

Écrit par : PascalR | samedi, 18 juin 2011

"La maison est vaste, assez délabrée, très triste, mais d'une tristesse paisible. Au dehors, il y a de grands arbres, d'essence si différentes qu'on s'étonne de les trouver rassemblés. Quand il pleut ou qu'il y a du brouillard […] on a l'impression que la maison, le parc, s'éveillent à leur vraie vie, toute chuchotante, et l'on comprend que la discrétion qu'ils observent les autres jours dégénère en malaise", Pierre Herbart, La Licorne.

Écrit par : christophe | dimanche, 19 juin 2011

christophe : rhaaa c'est pénible tous ces écrivains qui ont déjà si bien écrit ce genre de choses ;)

Écrit par : joss | dimanche, 19 juin 2011

Tu t'en sors très très bien. Et je suis tellement sensible aux objets qui semblent prêts à prendre vie à la nuit tombée... Mais ici, je les découvre possiblement tristes (sanglotants), alors que j'ai toujours un peu tendance à la imaginer menaçants.

Écrit par : christophe | dimanche, 19 juin 2011

Oui, chez moi, c'est vrai, certains objets sont très émotifs ;)

Écrit par : joss | jeudi, 23 juin 2011

Les commentaires sont fermés.