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lundi, 18 avril 2011

Fourmis, barbotage et angoisse

Une armée de féroces fourmis a entrepris il y a quelques jours de conquérir le monde. Pour parvenir a ses fins, elle avait manifestement choisi de coloniser comme premier bastion la machine à café située dans le hall d'accueil de mon lieu de travail. Cette stratégie s'est révélée toutefois assez peu fructueuse. Plusieurs d'entre elles ont en effet été répérées alors qu'elle étaient visiblement parties en mission-éclaireur dans un gobelet de capuccino sans sucre. Pas malines, les fourmis. La tentative de putch a ainsi rapidement été détectée et un employé de l'équipe d'entretien est intervenu en urgence à grands renforts d'eau de javel. Je ne suis pas particulièrement convaincu que l'eau de javel soit l'arme la plus adaptée mais elle a toutefois eu son petit effet sur l'envahisseur qui est rapidement retourné jouer à GI Joe dans son bac à sable.

L'effet secondaire de cette intervention fut l'ambiance olfactive du lieu pendant une petite demi-journée. Rien qu'en traversant le hall, je suffoquais presque sous le poids des souvenirs d'angoisse qui me parcouraient malgré moi (foutue programmation neuro-linguistique). Le hall sentait la piscine à plein nez. Je dirais même plutôt qu'il puait la piscine. Affreusement.

ligne d'eau.jpegMon premier souvenir de piscine remonte à l'école primaire. Je devais être en CE1, l'époque bénie où je commençais ma politique de délation qui aurait fait la fierté des meilleures recrues de la Stasi. Mon souvenir est assez précis, affublé de mon sac à dos dont j'avais vérifié pas moins de soixante-deux fois le contenu, je descendais du car et j'entrais avec mes petits camarades dans ce bâtiment à la forme étrange et dont l'odeur venait instantanément alerter mon esprit.

Le vestiaire était un premier supplice. Ils s'agissaient de vestiaires collectifs dans lesquels il fallait se mettre nu devant les autres élèves. Etant d'une pudeur maladive dans mon enfance, je le vivais comme une intrusion cruelle et contrainte, je crois ne pas exagérer en disant que le passage du vestiaire me traumatisait. Le stress était à son apogée. Il y avait tout ce bruit, des cris d'enfants, ces couloirs immenses, la première douche qui déjà me coupait violemment la respiration et cette odeur insupportable qui me donnait l'impression de ne respirer qu'à moitié un air malsain. J'arrivais avec ma serviette autour du bassin, déjà presque essoufflé. Je ne redoutais pas les exercices en petit bassin, j'y avais pris mes repères et je savais que j'y survivrais sans grande difficulté mais chaque semaine, la boule au ventre rodait dans mes entrailles en prévision du final effrayant. Chaque séance ou presque - en tout cas c'est ainsi que je me le rappelle - devait s'achever par un passage dans le terrible "deux mètres". Un grouffre. Probablement aussi haut que l'école entière avec ses deux étages.

Je me revois à chaque fois tenter l'impossible. Y croire. Se lancer. S'agiter. Suffoquer. Choir. Se débattre. Perdre le contrôle. Se contracter. Se sentir défaillir. Agripper piteusement le rebord. Essuyer des regards moqueurs. Essayer à nouveau. Echouer. Essayer à nouveau. Echouer.

Echouer. Ressortir de l'eau honteusement à l'autre bout du bassin parcouru à la façon d'un chemin de croix. Eviter de croiser les regards. Rejoindre le vestiaire aussi vite que possible. Prendre mon courage à deux mains pour ce second supplice du vestiaire et remonter dans le car avec un soulagement relatif : c'est terminé. En redoutant la prochaine séance.

De mon point de vue, le maitre-nageur avait autant d'empathie pour les élèves ne sachant pas nager qu'un marteau pour un clou en porcelaine. La cerise aigre sur le calvaire est arrivée lors d'une séance, en CM1, où j'avais aperçu mon institutrice en train de rire en me regardant alors que je me débattais autant que je le pouvais au milieu du raz de marée. J'étais ressorti avec l'envie de pleurer de rage mais j'étais resté stoïque par orgueil. Avec le recul, à l'heure où je t'écris, j'ai une petite envie de prendre ma plus belle plume et lui adresser un courrier gentiment salé (Mme Jubien-Neau, si tu me lis...). Par la suite j'ai rencontré un peu plus de succès dans mes essais en matière de natation au lycée (tout est TRES relatif), mais je n'ai jamais remis les pieds dans une vraie piscine depuis 1999.

Il y a quelques semaines je me suis dit que, quitte à faire du sport, je me lancerais bien le défi... j'ai même commencé à en parler autour de moi. Et puis, finalement, ce jour où l'odeur de javel a envahi le hall avec toute sa cohorte de souvenirs pesants et de sensations traumatisantes je me suis dit que reprendre le badminton est vraiment la meilleure chose qui pourra m'arriver.

Au moins, sur un terrain de bad et raquette en main, je sais que je ne risque pas de ressembler à une fourmi buvant la tasse au milieu d'un gobelet de capuccino sans sucre.

Commentaires

Je crois que je n'ai pas remis les pieds dans une piscine publique depuis... heu... depuis très très longtemps !! Tellement longtemps que je ne m'en souviens plus. Peut être 10 ans ? Ou plus ? En te relisant j'ai senti l'air tiédasse chargé d'humidité et de cette odeur de chlore qui envahit les poumons lorsque l'on rendre dans le bâtiment. Et l'étape des vestiaires... quel cauchemar ! Merci pour cet agréable moment aux portes du purgatoire !

Oublions tout ça, vite vite vite.

Écrit par : Tambour Major | lundi, 18 avril 2011

On ne compte plus le nombre de nageurs champions du 400m papillon perdus sur l'autel de la pédagogie par la honte.

Je suis certain que mon potentiel de Michael Phelps français n'a pas été exploité correctement.

Écrit par : vinzniv | lundi, 18 avril 2011

C'est beau !

Écrit par : Pédro | lundi, 18 avril 2011

Ah la piscine, un vrai supplice pour moi aussi. La dernière fois, je devais avoir 11 ans. L'institutrice a du se jeter à l'eau pour aller me repêcher, je n'arrivais pas à atteindre le bord, je coulais dans les grandes profondeurs (2m30 quand même, un gouffre!).

Depuis je suis incapable de retourner dans une piscine publique. Et l'idée de ne plus avoir pied me panique. Mais ça ne me manque certainement pas.

PS : Encore une fois, bravo pour ton billet, toujours aussi bien écrit...

Écrit par : Serge | lundi, 18 avril 2011

Ce récit m'a fait rapidement sentir le chlore... Fort ce Joss quand même!
Inutile de préciser que le moment des vestiaires était un supplice également...

Écrit par : Waquete | lundi, 18 avril 2011

Les billets sont toujours un plaisir à la lecture, mais que sont devenus les titres ? Depuis quelques temps, l'ingéniosité d'avant a laissé place à une forme standard "A, B et C" qui devient de plus en plus fade. C'est un peu dommage.

Écrit par : Carabas | lundi, 18 avril 2011

La petite soeur est quand même un peu chochotte, hein... Moi, ça n'étonnera personne, j'adorais mater tout le monde en train de se déshabiller dans les vestiaires. Je pense même que je gardais certaines images en mémoire pour mes vagabondages imaginaires nocturnes.
Ceci dit, je ne vais pas souvent à la piscine non plus...

Écrit par : Ditom | lundi, 18 avril 2011

Tu devrai essayer le bassin des petits ...^^

Écrit par : MArC-Us | mardi, 19 avril 2011

Prend ta bouée canard et hop on y va à la piscine.

Écrit par : Christophe | mardi, 19 avril 2011

Ah la la, l'épreuve de la piscine...
J'ai toujours détesté l'eau. Même à la mer. Même à quatre ans. Il paraît qu'à cet âge, je refusais de retirer mes chaussettes sur la plage, restant adossé à la digue, pensant qu'ainsi mes frères se feraient suffisamment engueuler par ma mère s'ils se risquaient à me diriger de force vers l'eau grise et froide de la plage normande que nous fréquentions parfois....
Je me souviens bien aussi de l'arrivée sur cette plage de Jullouville, près de Granville : une dune masquait sournoisement la mer jusqu'au dernier moment, mais l'odeur déjà était là, menaçante...
Et pour revenir à mes souvenirs de piscine, mon seul plaisir était le retour vers l'école, en rangs par deux, les cheveux encore mouillés, profitant du soleil de juin pendant que d'autres copains, dans d'autres classes de l'école, étaient en cours de math ou d'histoire-géo...

Écrit par : Dominique | mardi, 19 avril 2011

Tambour Major : c'est ça ! continuons à fuir !

Vinzniv : tu réalises tous ces podiums sur lesquels on se serait côtoyé ? heureusement ça nous empêche pas d'être parfaits.

Pedro : ravi que ça vous plaise !

Serge : je t'adresse toute ma gratitude de partager ces moments avec moi. Tu vois comme ça libère de pouvoir en sourire désormais.

Waquete : on va pouvoir le dire : même ce billet pue le chlore ;)

Carabas : cette façon de formuler ainsi les titre en A, B et C est choisie et pleinement assumée. Ce n'est pas une nouveauté, je le fais depuis au moins 2008 même si c'est devenu presque systématique désormais, c'est vrai. Je ne crois pas avoir jamais été spécialement ingénieux dans mes titres.

Ditom : j'ai encore besoin de ma soeur pour m'aider à affronter les affres de la vie

MArC-Us : on va commencer par une flaque d'eau, on verra après.

Chritophe : non ! je veux jouer au canard dans le jardin !

Dominique : moi la mer, j'aime. Et merci, comme avec Serge, j'aime savoir que je ne suis pas seul dans mon cas. Le soleil, de juin, j'en profite autant avec les cheveux mouillés en sortant de la douche ;)

Écrit par : joss | mardi, 19 avril 2011

Certes il y a le chlore, certes il y a l'eau qu'il faut aimer (moi j'adore personnellement) mais il y a surtout les beaux maîtres nageurs (ou les mâles qui se la pètent) aux pecs saillants, aux bras musclés et aux fesses d'enfer dans un slip de bain moulant, dans quel autre sport on voit ça à coup sur ? Juste pour eux il faut aller à la piscine!

Écrit par : Mers | mercredi, 20 avril 2011

Bonne idée ! Moi, le bad, je le pratique en short et pieds nus, dans le pré, derrière mon jardin, avec mon homme en bermuda et avec mes voisins ! En dilettante, quoi ! ;p

Écrit par : Jay | dimanche, 24 avril 2011

Tsss... Aller faire caca avant de faire comme si j'avais un corps présentable, je connais l'effet. Depuis 42 ans j'ai un super-pouvoir : celui d'avoir un squelette de plomb. Je ne sais toujours pas nager malgré la persévérance et les deux secondes de vidéo :)

Écrit par : Kab-Aod | lundi, 25 avril 2011

Mers : oui, ben non.

Jay : en dilettante et juste pour l'amusement. C'est la priorité.

Kab-Aod : à vrai dire, c'est terrible mais je crois que ça me réconforte

Écrit par : joss | lundi, 25 avril 2011

Bah il est où mon commentaire fin et spirituel ? Celui qui m'a incité à pondre un billet sur les affres du grand bleu. (y a un petit jaune aussi mais c'est une autre histoire)

Écrit par : PascalR | mardi, 26 avril 2011

PascalR : votre commentaire fin et spirituel ? c'est le nouveau Dahu ? Dans tous les cas je n'en ai pas vu de trace

Écrit par : joss | mardi, 26 avril 2011

J'ai du y penser très fort et puis je suis passé à la chasse au Dahu! Ça doit être pour ça.

Écrit par : PascalR | mardi, 26 avril 2011

Forcément, la piscine fermée, chlorée, avec des gens qui font des longueurs, c'est pas fun. Mais entre pédés, dans des bassins où on a pied, avec du soleil et sans toit si possible, on barbote, on se chamaille, et là c'est chouette ! :)

Écrit par : Diabolito | mardi, 26 avril 2011

PascalR : Elwe chasse le Dahu ?

Diabolito : tu dis ça pour La Baule, hein ? hein, dis, hein ?

Écrit par : joss | mardi, 26 avril 2011

Pourquoi remplacer le jaune par ce rouge et changer l'intitulé du blog ? Il faut s'inquiéter ??

Écrit par : Thibaut | mardi, 26 avril 2011

Thibaut : il y a toujours autant de jaune, c'est du gris que j'ai remplacé par le rouge, je l'avais déjà fait précédemment. Il y a quelques temps que j'avais envie de changer l'intitulé du blog pour le rendre plus conforme à ce que je suis sur d'autres plateformes. Je ne sais de quoi tu pourrais t'inquiéter mais vraiment il n'y a pas lieu de le faire.

Écrit par : joss | mardi, 26 avril 2011

Le rouge peut évoquer quelque chose d'agressif... signer l'arrêt de mort de ce blog par exemple...

Écrit par : Thibaut | mardi, 26 avril 2011

En fait, je crois que c'est maladif chez tous les profs de natation. Ils n'ont absolument aucune pédagogie. Et ayant fait 8 ans de clubs, j'ai eu le loisir d'en cotoyer tout un pannel. Entre la grosse qui ne pouvait s'exprimer qu'en beuglant, le tyran qui te forçait à plongeon par dessus la barre sachant pertinnement que tu n'y arriverais pas et que tu l'aurais dans le nez, celui qui te montrait du doigt si tu faisais plus d'une minute au 100m... je crois que le plus "humain" était encore celui qui te balançait ses savates quand tu nageais lorsqu'il voulait te faire une réprimande.

Aujourd'hui je ne suis plus en club mais j'en vois toujours nager à côté de moi. Et bien que se soit d'autres clubs, j'y retrouve la grosse beuglante et le petit despote en herbe qui martyrise ses troupes.

Ca m'a complètement vacciné des clubs, mais pas de l'envie de nager cependant :)

Écrit par : yuto | mardi, 26 avril 2011

Yuto : C'est vrai ça ressemble aux quelques maitres-nageurs que j'ai vus (mais tu en as vus infiniment plus que moi). Le grand bassin est un univers impitoyable. Si on y croise des savates volantes c'est encore pire que je le pensais ;)

Écrit par : joss | mardi, 26 avril 2011

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