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vendredi, 25 mars 2011

Une passe, un crochet et on a marqué

Ce vendredi soir, pour raisons professionnelles, je suis privé de sortie. Avant de prendre un bouquin en fin de soirée, je vais nécessairement trainer sur internet et je vais nécessairement laisser la télévision en presque sourdine. J'aime lui laisser jouer ce rôle de discrète décoration sonore. Par élimination, ou plutôt par dépit, ce sera un match de foot, ça fait si longtemps. Je sais bien toutefois que je finirai par couper le son puisque, par nature, les commentaires me sont insupportables (je serai tellement meilleur avec un micro).

stade.jpg

La première fois que je suis allé au stade je devais avoir dix ou onze ans, c'était un match du championnat de D2 (oui, à l'époque on disait D2). Je me rappelle avoir été fasciné par les projecteurs et dérangé par le bruit presque incessant de certains autres spectateurs. Et puis j'avais bien aimé mon sandwich, aussi. Je crois qu'on avait fait match nul mais, si je l'ai su, c'est essentiellement parce que j'avais entendu mon frère le répéter à ma mère lorsque nous sommes rentrés. Pendant des années j'ai entendu mon père raconter à qui voulait l'entendre ce fameux soir où, décidément, j'avais tant aimé regarder les projecteurs.

J'ai grandi avec un père et un frère passionnés de foot et, quoiqu'on en pense, ça laisse des traces culturelles. Au boulot ou en famille je suis tout à fait capable de tenir une conversation solide et étayée sur le sujet. Contrairement à bon nombre d'autres sports, le foot n'a jamais suscité chez moi le moindre intérêt mais, après avoir dû tant de fois me taire parce qu'on annonçait les scores à la radio ou parce que Miss Potiche 97 allait procéder au tirage au sort des trente-deuxièmes de finale de la coupe du Bas-Poitou, j'ai fini par intégrer un certain nombre de choses. C'est un peu comme entendre chaque jour la même chanson pendant des mois, même si on ne la trouve pas attrayante pour deux sous (ni même trois, en l'occurence), on finit par connaître les paroles sur le bout des doigts. Il y a quelques semaines, alors que je peinais à trouver le sommeil, je me suis pris au jeu de lister dans mon esprit les joueurs de la fameuse équipe de France de 98. J'en ai retrouvé dix-sept sur les vingt-deux avant de m'en remettre à compter les moutons.

Comme beaucoup, j'ai de douloureux souvenirs des séances de foot au collège. Nous étions deux compagnons de galère à faire tapisserie au fond du terrain, entre honte et détachement. Je le prenais malgré tout déjà avec une certaine dérision. Moi j'attendais surtout que la prof d'histoire-géo nous rende enfin le contrôle d'il y a deux semaines et que j'étais certain d'avoir si bien réussi. Pour le reste, les autres garçons semblaient se bousculer à l'autre bout du terrain, grand bien leur fasse. Curieusement, je me souviens pourtant avoir réussi à l'adolescence quelques gestes techniques qui tenaient du miracle. Une fois, en Angleterre j'avais réussi à mon grand étonnement à dribbler un copain de mon correspondant qui - ébahi, mais pas autant que moi - a fini par me surnommer Cantona. C'est là le seul fait de gloire de ma carrière. Mais au moins, j'en ai un.

Je suis souvent consterné de voir l'importance que le foot peut avoir dans l'actualité. 12 000 morts dans un tremblement de terre en Asie cette nuit, MAIS, l'Olympique Lyonnais s'est qualifié hier soir pour les quarts de finale de la ligue des champions. Youpi. 

L'âge (et surtout l'homo-acceptation) venant, on finit par trouver à ce sport un autre attrait (là je te dis ça parce que Gourcuff vient de tirer un corner). Au moment où je t'écris, je viens d'avoir un flash. Je me revois, à dix-huit ans, me repassant à n'en plus finir une interview de joueurs réalisée dans les vestiaires à la fin d'une vidéo enregistrée par mon père. On y voyait très distinctement une belle brochette de torses et même une paire de fesses puis un joueur cachant juste trop tard l'essentiel de sa virilité avec sa main. J'en étais tout ému. Avais-je vraiment bien vu ? Il valait mieux que je revois une fois de plus la vidéo pour en être pleinement certain.

Je suis retourné au stade un nombre de fois bien trop important pour que je puisse les compter. J'ai même fini par faire assez bien semblant de me prendre au jeu parce que je savais que c'était une bonne chose pour contrecarrer certaines rumeurs ou idées tellement révoltantes et infondées que je commençais à envisager dans mon dos (tu vas au foot, tu seras un homme mon fils). Et puis, aller au stade, c'était quand même avoir une vie, quelque chose à raconter le lundi matin. Parce que bon, à dix-huit ou vingt ans, regarder France 2 les soirs de week-end, c'était un peu la honte.

Ah tiens, la France mène deux-zéro. Je ne m'en suis pas rendu compte, j'étais distrait, comme lorsque j'avais dix ans. Et puis, c'est vrai, j'ai coupé le son.

 

Pour ceux qui auront reconnu le titre de ce billet, cette musique dont l'intro me donne toujours quelques frissons.

Commentaires

Hourra, premier commentaire! (à une heure aussi tardive/matinale il n'y a néanmoins pas de quoi se vanter...)

Je me souviens qu'au lycée nous avions eu le choix entre football ou danse. Allez messieurs les professeurs, quitte à faire dans les clichés autant tomber dans les extrêmes!

Il va sans dire que j'étais -bizarrement- le seul représentant de la gent masculine (garçon sensible mais garçon quand même) dans la section danse.
J'avais pourtant presque convaincu un ou deux camarades de me suivre en évoquant des arguments tels que la présence massive et concentrée des filles de deux classes s'entrainant à des mouvements autrement plus sensuels qu'une course après un ballon.
Peine perdue, coincés dans leur orgueil de mâles et bridés par la bienséance et le qu'en-dira-t-on, ils choisirent la solution de facilité.

Ceci étant dit je n'étais pas plus inspiré par la perspective de devoir retenir et reproduire une chorégraphie devant une trentaine de personnes que par le fait de me planter sur un terrain avec un maillot fluo sentant la sueur de quelqu'un d'autre et priant pour que le ballon ne s'approche pas de moi.

A choisir j'aurais aimé que l'on propose du kendo, du tir à l'arc, ou de l'escrime, mais ça paraît capricieux non?

Écrit par : AlterJoss | samedi, 26 mars 2011

Billet proprement sublime.

Écrit par : Al West | samedi, 26 mars 2011

Le patinage, il n'y a que ça de vrai.

Écrit par : Ditom | samedi, 26 mars 2011

Merci Ditom ! Voilà un propos intelligent ! Le patinage !
J'ai jamais eu de patinage en EPS moi... :/

La chanson footeuse que je connais, c'est "shoot dans l'ballon d'foot" de la Grande Sophie. Jte la ferai écouter, elle est marrante.

Écrit par : Antoine | samedi, 26 mars 2011

Dans la catégorie de la discipline attrayante, je propose la natation, avec une mention particulière pour le plongeon.

Ton billet me rappelle ces nuits de l'été 2008, voyage télévisé à Beijing, durant lesquelles moi et mon pot de glace au caramel bavions sur Thomas Daley. Souvenirs, souvenirs...

Écrit par : Rafa | samedi, 26 mars 2011

Ce fameux été 1998 je travaillais de nuit aux ateliers d'impression d'un quotidien local. Alors qu'ordinairement les rotatives tournent à partir de 22heures, ces semaines là il était rare que l'on commence avant 23heures. Car il fallait connaitre le résultat du match en cours, que les chroniqueurs pondent leurs brillantes analyses, comptes rendus de match et fasse les pronostics tant attendus par les lecteurs. Du coup nous regardions les matches sur un écran télé installé sur une vieille table, concession des chefs d'ateliers qui venait jeter un oeil régulièrement avec nous. Je n'ai jamais autant regardé et fait semblant d'aimer le foot que cet été là.

Écrit par : Tambour Major | dimanche, 27 mars 2011

@ tambour major: moi je clamais haut et fort que j'étais pour le Brésil et je me faisais huer partout. J'adorais ça.

Écrit par : Ditom | dimanche, 27 mars 2011

... Et j'ai regardé Tess avec ma mère le soir de la finale.

Écrit par : Ditom | dimanche, 27 mars 2011

@ Ditom : tu aimais déjà ça à l'époque ! ^^

@ Joss : Woops, désolé pour toutes ces fautes de grammaire... Ribery sors de ce corps !!!

Écrit par : Tambour Major | dimanche, 27 mars 2011

AlterJoss : à vrai, la peur du qu'en dira-t-on était si forte que je ne suis même pas persuadé que j'aurais choisi la danse. Capricieux ? Oui.

AlWest : Rien que ça ?

Ditom : hier j'étais à une soirée où on a parlé de Tonia Harding et Nancy Kerrigan. Je pense que tu aurais adoré.

Antoine : alors ce sera au choix cette chanson de La Grande Sophie ou Les Patineurs de Clarika

Rafa : je ne suis pas sur que le pot de glace soit le plus à incriminer

Tambour Major : il n'est jamais trop tard pour t'y remettre :)

Ditom : ta mère a snobé la finale à contrecoeur pour te faire plaisir, c'est ça ?

Tambour Major : Encore un vibrant hommage à Maitre Capello :D

Écrit par : Joss | dimanche, 27 mars 2011

Le temps que j'ai mis à lire ce billet doit être plus grand que le temps que j'ai vu et parlé de foot dans toute ma vie, suis-je anormal?

Écrit par : Mers | lundi, 28 mars 2011

Lors de la finale de la Coupe du Monde de 98, je me souviens qu'un de mes neveux avait été bien plus captivé par le défilé hommage à Saint Laurent qui avait eu lieu en ouverture de match que par le match lui même - qu'il n'a d'ailleurs pas regardé. Il portait même un regard très "pro" pour un petit garçon de 7 ans ("Elle, elle est jolie mais la robe j'aime pas. Elle, j'aime bien sa robe, mais elle irait mieux sur l'autre, etc.").
Aussitôt après, il était allé ensuite jouer au "défilé de mode" avec ses Playmobil...
Je retrouve désormais mon neveu assez régulièrement à la LIM...
;o)

Écrit par : Dom | mardi, 29 mars 2011

Ah bon, on ne dit plus D2 ?

Le meilleur souvenir que j'en garde (puisqu'il faut en garder de bons souvenirs) c'est un beau brun sous la douche qui répondait au nom de ... (je me souviens encore de son nom, presque 3 décennies plus tard, c'est dire)

Écrit par : laurent | mardi, 29 mars 2011

Mers : je peux comprendre qu'Alexandre Despatie occupe l'essentiel de des pensées sportives qui t'animent

Dom : je dois avouer que je suis jaloux de ton neveu...

Laurent : tu t'en souviens vraiment ? t'es sûr ? prouve le !

Écrit par : Joss | mardi, 29 mars 2011

@Joss : Jaloux de mon neveu ?? Mais pourquoi donc ? :o)

Écrit par : Dom | mercredi, 30 mars 2011

Dom : à 20 ans (ou même avant) ma vie aurait été tellement différente, tellement plus facile si j'avais eu un homo dans mon entourage (je sais bien sur que ton parcours personnel n'a pas été un long fleuve tranquille)

Écrit par : Joss | mercredi, 30 mars 2011

Sois celui-là pour ce jeune cousin dont tu parlais ;o)

Écrit par : Dom | mercredi, 30 mars 2011

1. mes pensées peuvent être aussi prise par les footballeurs Yohan Mollo, Lukas Podolski ou Rafael Marquez en tenue de plongeur.
2. je suis sur qu'à tes 20 ans il y avait des homos dans dans ton entourage mais tu le savais pas

Écrit par : Mers | jeudi, 31 mars 2011

Dom : bien joué...

Mers : 1. moi j'ai une certaine tendresse pour le joueur tennis italien Simone Bolelli. 2. Je t'assure, même en y repensant quelques années plus tard et avec le recul que j'ai pu prendre, et même si ça peut sembler surprenant, je ne vois personne, vraiment personne dans ce qui était mon entourage de l'époque.

Écrit par : Joss | jeudi, 31 mars 2011

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