dimanche, 07 juin 2009

J'ai toujours préféré aux voisines les voisins

Ce matin, le soleil perce généreusement entre les arbres du Parc de Pignerolle. Le ciel bleu aidant, je me suis résolu à venir faire quelques foulées pour entamer ce dimanche avec bonne conscience, en plus d'être passé par le bureau de vote. Quelques mètres devant moi une brochette de trois joggueurs a fait de même. Leurs mollets ne laissent pas de place au doute : si je ne suis qu'un pratiquant occasionnel (et encore), eux sont des adeptes réguliers de la torture respiratoire en sous-bois.

Les mollets sont savamment dessinés par l'effort, bien accordés avec les cuisses tout comme leurs bras que les manches courtes laissent découvrir au grand jour. Le bronzage est également de mise, cela va sans dire, on déplorera simplement que les shorts ne soient pas un peu mieux ajustés (le cycliste a parfois du bon ;-) ). Je reste un petit moment derrière le groupe qui a choisi d'adopter une allure très modérée me permettant de les conserver dans mon champ de vision à portée de tir. Pendant quelques temps, je me sens même mu par une énergie insoupçonnée qui me permet de suivre bien plus longuement que je ne l'aurais pensé (comme c'est étonnant ... serait-ce la pratique du badminton qui m'aurait donné ce nouvel allant ? ou bien ... ).

Quelques minutes plus tard, ma brochette de joggueurs empreinte un itinéraire différent du mien et, craignant de ne plus tenir très longtemps, je préfère ne plus les suivre (rester digne, en toute circonstance). Ce sont ensuite deux filles de mon âge qui trottinent devant moi. Elles aussi ont la silhouette sportive et joliment taillée, l'une d'elle particulièrement. Mais voilà, c'est différent, c'est moins... moins attrayant ? oui, je crois que je peux le dire ainsi.

Je me suis alors souvenu l'une des conversations du week-end dernier sur la découverte de nos attirances à l'adolescence. Je me suis souvenu ce jour de quatrième ou cinquième, je ne sais plus exactement. On était en cours de sport, dans les vestiaires, l'un des garçons avait sorti de son sac de sport un magazine de cul qui devait être New Look ou l'un de ses concurents. Je me rappelle alors la ruée des autres garçons vers les photos, une sorte de mélée de rugby catégorie ado boutonneux, je me rappelle être resté complètement perdu, consterné avec mon survêtement dans les mains, seul de mon côté du vestiaire alors que les autres paraissaient en ébullition.

Que dire ? que faire ? Je voyais bien que quelque chose n'allait pas, que je ne parvenais pas à être comme les autres. Je me suis demandé si je devais faire semblant, si je devais moi aussi essayer de me méler à la cohue dans le but d'apercevoir un bout de sein que je trouverais de toutes façons sans intérêt. Dans le doute, je suis resté planté avec un sourire de façade faussement amusé et bien inutile puisqu'évidemment personne ne me prêtait attention, ils était bien trop occupés. Et puis je ne sais plus comment mais l'orage avait fini par passer, le déferlement d'hormones s'était calmé. Mais je n'ai jamais oublié ce moment, la toute première fois, je crois, que ma différence m'est apparue en pleine face, si évidente.

A la même époque, je me souviens qu'à chaque passage chez un marchand de journaux, j'essayais sournoisement de pointer mon regard dans les rayonnages les plus hauts, ceux où j'avais aperçu de temps à autres quelques clichés de garçons dénudés. Une fois, j'avais été interloqué par ce gros titre que j'étais parvenu à déchiffrer : "Les gars de la marine, on n'est pas tous des brutes". J'y avais pensé des semaines durant, essayant d'interpréter au mieux ce que cela pouvait bien vouloir dire exactement... Que c'est beau la naïveté lorsqu'on y repense dix ans plus tard.

Je me suis souvenu enfin ce jour d'été où pour la première fois de ma vie je m'étais autorisé à regarder des garçons dans la rue. C'était une libération, c'était un envol. C'était un jour de grand soleil et j'avais senti mon coeur battre lorsque sur la place du Ralliement, mes yeux s'étaient posés sur un T-Shirt blanc fort bien porté, et fort bien rempli.

Bon ben finalement la grognasse de devant, elle n'avance pas assez vite. Pour une fois, c'est moi qui dépasse. Ca me permettra de voir s'il n'y a pas d'autres jolies choses à aller voir plus loin.

Commentaires

Arfff, il va falloir consulter, on dirait que tu vois des couples partout en ce moment......

Ecrit par : Coucou(ple)... du haut. | dimanche, 07 juin 2009

c'est parfois pas évident d'accepter que l'on est "pas comme les autres", en te lisant et en y repensant je me rend compte que moi aussi finalement j'aurais pu, j'aurais du me rendre compte bien plus tôt...

Ecrit par : The 6L20 | lundi, 08 juin 2009

c'est un très joli billet Joss, très bien construit, drôle et touchant : félicitations, j'aimerais en écrire quelques-uns de cette qualité de temps à autres...
alors pour une fois je n'ironiserai pas sur les situations décrites...

Ecrit par : laping | lundi, 08 juin 2009

Tu me fais me souvenir mon comportement lors des cours de judo (bon, ça fait nettement plus de dix ans !). Perso, il me semble n'avoir jamais découvert mon homosexualité tant précocement j'étais dans le désir et le regard médusé :)

Ecrit par : Kab-Aod | lundi, 08 juin 2009

Coucou(ple)... du haut : Ohlala... suis tellement atteint que j'ai beau relire, je ne comprends point...

the6l20 : moi aussi, que de regrets

Laping : oh ben merci tout plein

Kab Aod : chez moi, tout s'est toujours passé par déclics successifs

Ecrit par : joss | mardi, 09 juin 2009

oups... bah c'est moi qui en voit partout on dirait...

Ecrit par : Coucou(ple)... du haut | vendredi, 12 juin 2009

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