samedi, 17 janvier 2009

De rouge et de satin

Autour du pouce, entre les doigts, le long du menton, contre les lèvres.

Lorsque j'étais gamin, ma mère m'avait confectionné un petit coussin grand comme le poing et elle avait cousu le long d'un des bords un ruban de satin mauve (tiens donc...) qui formait des boucles dans lesquelles je pouvais glisser mes doigts. J'ai gardé mon petit coussin pendant des années, chérissant  intensément le plaisir de frotter mes doigts contre le satin, c'était le plus grand plaisir que pouvait m'apporter le sens du toucher. Ma mère remplaçait le ruban de temps à autres lorsqu'il montrait des signes de grande fatigue. Elle s'était même amusée une fois à le glisser dans mon cartable au moment de partir à l'école et j'avais été tout surpris de le trouver en classe même si je m'étais évidemment empressé de le cacher aux yeux de tous. L'adolescence arrivant, je m'étais résolu à contre coeur à remiser mon coussin au placard parce que ce n'était plus de très bon ton et j'ai fini par l'oublier.

Je devais avoir vingt ans, le voisin de mes parents était venu apporter un petit sachet de dragées, reste d'un baptême dans sa famille, le petit sac était fermé par ruban de satin beige. Je m'en étais donné à coeur joie durant une quizaine de jours avant de l'égarer à mon grand damme.

Quelques temps plus tard, mes doigts ont même mené une double vie. La semaine, ils caressaient le petit ruban bleu qui avait servi à ceinturer mon diplôme de maîtrise le jour de la cérémonie de remise et, le week-end, ils couraient le long des rubans blanc qui décoraient les rideaux de l'appartement de Monsieur Hérisson alors que je me tenais le long de la fenêtre à regarder le boulevard. J'ai gardé le ruban bleu avec moi, le perdant de temps en temps et le retrouvant à nouveau jusqu'à cet automne où il semble s'être définitivement volatilisé.

Et puis en décembre... Il décorait une boîte de chocolats appartenant à mon cher et tendre, un large ruban rouge. Sur la table de chevet pendant la nuit, sur mes genoux lorsque je conduis, au fond de ma poche en réunion, il ne me quitte plus (et j'embête ceux que cela fait sourire, vous n'avez qu'à regarder dans quelle catégorie ce billet est classé...)

Et j'éprouve toujours le même plaisir à le passer entre mes doigts, comme à l'époque du ruban mauve de mon petit coussin disparu.

Commentaires

rhooooooooooooooa le doudou de josss on l'a !

Ecrit par : fiuuu | samedi, 17 janvier 2009

Faut que tu essayes les draps en satin toi :-D

Ecrit par : Folken | samedi, 17 janvier 2009

C'est trop mignon :)

Ecrit par : Pingui | samedi, 17 janvier 2009

"le plus grand plaisir que pouvait m'apporter le sens du toucher" je suis sur que tu as maintenant quelques preference niveau tactile bien plus appréciable qu'un ruban de satin...Apres moi ce que j'en dis, apres tout, je suis célibataire hehehe.

Ecrit par : Cereal_killer | dimanche, 18 janvier 2009

Lennie dans 'Des Souris et des Hommes' de Steinbeck, tu en as entendu parler ?

Ecrit par : Lancelot | dimanche, 18 janvier 2009

moi je trouve qu'on est pas loin de Proust et de sa "mémoire inconsciente" - et je suis vraiment désolé de ne pas avoir pu t'offrir un petit ruban de satin quand nous avons failli nous rencontrer !....

Ecrit par : lelapingivré | dimanche, 18 janvier 2009

Fiuuu : voici mon doudou dévoilé à la face du monde

Folken : rien que d'y penser j'en suis tout chose !

Pingui : oh merci beaucoup

Cereal-Killer : quelle tendre époque que celle où le contact du satin paraissait constituer le plaisir ultime

Lancelot : hélas non, je ne connais pas du tout :(

Lelapingivre : oui j'imagine qu'un psy tirerait bien des conclusions sur moi en lisant ce billet.

Ecrit par : joss | dimanche, 18 janvier 2009

Petite névrose...
Contente de n'être pas seule, celle que tu décris,est aussi mon addiction!
D'après mes parents,en sortant de l'œuf mes doigts cherchaient quelque chose à tripoter en formant un cylindre (!)
Avec les années mes doigts sont devenus plus experts,il me faut de la soie,pas n'importe laquelle, du pongé, à la grande rigueur de la popeline de coton au grain serré.
Ainsi un regard attentif peut détecter ma présence dans les transports publics,je suis la nana avec son "doudou" discret(un foulard)dans une main et son bouquin dans l'autre

Ecrit par : mume | lundi, 19 janvier 2009

En te lisant j'ai pensé à ma fille qui depuis toujours tournicote une mèche de ses cheveux avec toujours le même doigt. Ce sont nos petits rituels rassurants.

Ecrit par : Marc | mercredi, 21 janvier 2009

ouaaah c'est booooo !!!
(je te rapelle, ma soeur est psy,sa porte t'est GRANDE ouverte)
;-)

Ecrit par : Gaë | mercredi, 21 janvier 2009

mume : comme j'aime ce genre de témoignage :)

Marc : moi aussi, étant petit, je faisais ça avec mon index !

Gaë : quand je pense que je cherche un bon psy depuis des mois et que j'avais juste à t'appeler ! ... mais tu m'avais pas dit que ta soeur elle suivait des patient un peu particuliers...

Ecrit par : joss | mercredi, 21 janvier 2009

c'est mignon....

Ecrit par : The 6L20 | jeudi, 22 janvier 2009

@joss : oui c'est exact (un peu particuliers)...ça ira quand même j'pense
;-) ;-)

Ecrit par : gaë | jeudi, 22 janvier 2009

Voilà une anecdote très charmante ... (et qui me fait sourire ...)^^

Ecrit par : MArC-Us | vendredi, 23 janvier 2009

Un fil à la patte, des doigts occupés sans cesse.
Eviter le vide, chercher à contenir? ou être contenu ? Cette histoire de ruban me parle bien volontiers.
Ah les névroses..nous en portons tous, l'important c'est de le savoir, après faire avec... et souvent c'est drôle; les petites névroses du quotidien.
Sincèrement votre
un lecteur du dimanche soir

Ecrit par : elliot | dimanche, 25 janvier 2009

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