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samedi, 05 juillet 2008
Touché
C'est un repas comme chaque jour au self. Les même convives, la même table ronde, le même genre de conversations (à propos, je crois, d'une certaine Ingrid B. qui aurait apparemment été libérée de je ne sais pas trop quoi...). Il est assis à ma gauche. Au hasard d'un changement de position, son genou est venu frôler le mien. Dans un geste naturel d'évitement, j'aurais effacé mon genou au contact du sien et chacun aurait repris une position anodine à cette table où nous sommes bien serrés, c'est un fait. Mais ce geste naturel, je ne l'ai pas eu. Nous sommes restés un certain temps genou contre genou et même jambe contre jambe, d'une façon qui laisse peu de place à la coïncidence quant au maintien de cette position.
Alors que lui vit sa vie au grand jour, il est le seul à savoir pour moi, à connaître un peu de ma vie, un peu de mes peines de ces dernières semaines. La conversation se poursuit et nos cuisses se touchent toujours. Je ne sais plus vraiment combien de temps. Je reste à mon plaisir surpris d'apprécier ce contact impromptu.
Dans ma famille, on ne se touche pas. Jamais une main sur l'épaule, jamais une main dans la main, jamais on ne se prend dans nos bras. Dans ma famille, même lorsque l'on fait la bise (jamais entre hommes, évidemment, on n'est pas des tafioles quand-même), on prend bien garde de ne pas se toucher ailleurs que la joue, pas d'épaule, pas de corps qui s'approche, rien. Le contact physique est une chose qui m'a toujours beaucoup fait défaut jusqu'au début tardif de ma vie amoureuse. Je me rappelle, au cours de mon adolescence être resté figé après avoir fôlé par accident la peau d'untel ou untel. J'avais toujours ce réflexe de m'effacer bien vite suivi d'un léger regret, un instant bref pendant lequel je m'autorisais à apprécier l'accident survenu. La peau contre la peau ou même au travers du vêtement, simplement celà, et l'envie d'y revenir. Jamais assouvie.
Retour au self, aux jambes sous la table. Ce genou appuyé, pour moi, c'est presque la représentation discrète et atténuée d'une épaule tendue pour reposer un peu de ma solitude. Une façon de dire je suis là ou peut-être bien d'autres choses. Je crois que je me suis senti moins seul. Bien mieux que des mots n'auraient pu le faire. Une petite phrase pleine d'humour de sa part est venue ponctuer l'affaire, il n'y a que moi qui aie saisi la complète portée du message.
La peau contre la peau. Ca me manque tant.
23:05 Publié dans Dans ma lune | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note


Commentaires
Tout plein d idée dans la tête, mais de lire tout ça, j'trouve plus les mots!!!! Tellement agréable à lire...on en redemanderais (d'ailleur, si je pouvais me permettre..j'en redemande!!!)
des bises
Ecrit par : Cereal_killer | dimanche, 06 juillet 2008
Très joli billet... dans lequel je me reconnais, quant à la famille "no contact"... et, dans mon cas, également "no preuves d'amour" ;-)
Et puis, j'en redemande, moi aussi !!
Bon courage :-)
Ecrit par : B. | dimanche, 06 juillet 2008
Comme quoi des petites gestes anodins en apparence peuvent faire un bien fou...
Ecrit par : ivc | dimanche, 06 juillet 2008
"la peau contre la peau"... vous ne portiez pas de pantalons....? ;-))
Ecrit par : lancelot34 | dimanche, 06 juillet 2008
Il parait qu'aujourd'hui le maillot jaune (photo en haut à doite) est le favori de l'étape.
Moi, je dis bravo ! ^^
Ecrit par : MArC-Us | lundi, 07 juillet 2008
Joli moment de complicité.
A quand les yeux dans les yeux.
Ecrit par : Christophe | lundi, 07 juillet 2008
très chouette à lire, et à ressentir...
c'est vrai que les contacts ont peut-être encore plus d'intensité quand on les a éprouvés sur le tard. Perso, depuis que j'ai découvert qu'on pouvait toucher, je ne m'en prive plus !
Ecrit par : snèv | lundi, 07 juillet 2008
moi, j'ai au contraire eu la chance d'avoir une grande facilité de contacts avec mon mère et mon frère, surtout. J'ai toujours été très calin, je le suis toujours. Et j'aime presqu'autant ça que le sexe : toucher, juste prendre contre soi. C'est certainement ce qui me manque le plus quand je suis célibataire, et c'est bien entendu, et bien plus que le sexe en tout cas, ce qui est le plus dur à avoir. Alors : comme je comprends ton émotion, et ton plaisir !
Ecrit par : lelapingivré | lundi, 07 juillet 2008
CK : et alors merci :D
B. : oui, les familles où on se touche pas, ça ne doit pas être si rare
ivc : la vie est faite de petites choses..
Lancelot : ? euh si.
MArC-Us : et j'ai même réussi une belle échappée : arriver au boulot beaucoup plus tôt pour éviter les routes barrées ;)
Christophe : c'est compliqué, je ne sais si il est souhaitable que ça arrive
Snev : ah oui, dès que je peux, je touche désormais :D
Lelapingivré : et oui ça me manque beaucoup beaucoup...
Ecrit par : joss | mardi, 08 juillet 2008
Heu, j'attend toujour un contact moi aussi...
Ecrit par : cereal_killer | jeudi, 10 juillet 2008
"Dans ma famille, on ne se touche pas" C'est beau comme du Brel ce que tu écris :o)
Ecrit par : Dominique | lundi, 18 août 2008
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