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mardi, 24 juin 2008

24 juin 2003

C'est un jour de grand soleil. Le grand jour tant attendu et aussi tant redouté depuis deux ans. L'échéance qui vous classe et vous aiguillera, en cas de bonne fortune, vers la réussite espérée ou en cas d'échec à la case départ (ce n'est pas tout à fait vrai, peut-être même pas du tout, mais c'est ainsi que j'avais envie de voir les choses à l'époque). Je suis venu, fébrile, comme bien d'autres, partagé entre un grand espoir et une angoisse évidente.

 

Je me rappelle m'être isolé au moment où on l'on commençait à voir les grandes feuilles de résultats affichées le long des fenêtres à l'heure annoncée. Les administrations sont cruellement ponctuelles ces jours-là. Il y a eu une première vague d'étudiants au comble du suspense qui ss sont approchés, j'ai choisi de ne pas en faire partie, pour repousser un peu plus l'échéance et aussi ne pas me mèler à la panique ambiante.

 

C'est un beau jour de juin. Je n'ai quasiment pas dormi la nuit précédente et c'était bien prévisible. Je suis redoublant, je n'ai donc pas droit à l'erreur. Selon l'usage, la sentance sera "admis" ou "exclu", à moins d'une hypothétique possibilité de tripler pas vraiment réjouissante. C'est l'évènement le plus stressant que je connaîtrai dans toute ma vie d'étudiant. J'ai franchement peur mais au fond de moi j'y crois.

 

C'est un moment que j'avais rêvé tant de fois. J'avais imaginé le sentiment de délivrance qu'on pourrait ressentir après deux années passées avec l'idée de ce concours toujours dans un coin de la tête. J'avais imaginé la soirée de fête qui allait pouvoir suivre, pour profiter du temps, laisser libre cours à sa joie et pouvoir envisager un été serein en attendant une rentrée studieuse mais détendue. J'avais imaginé dans quels endroits nous irions promener nos sourires et nos regards illuminés jusqu'à la fin du jour et bien après évidemment.

 

Les premiers rangs se sont dispersés entre éclats de joie et mines abbatues, le passage est ouvert devant moi pour que j'aille à mon tour consulter mon avenir placardé trois mètres devant mon nez...

 

Exclu.

 

Exclu. Exclu. Exclu. Il n'y a pas grand chose d'autre que ce terme rude sur la ligne en face de mon nom. Une moyenne et un classement honorables, pas si loin du numerus clausus fatidique. Mais exclu.

 

J'ai du mal à réaliser. Tous ces efforts, tous ces espoirs, ces projections. Exclu. C'est le sol qui se dérobe. Ce sont les regards de ceux qui sautent dans les bras les uns des autres juste à côté. C'est le soleil qui est devenu aggressif tout à coup. C'est l'envie d'aller se cacher. Mais ne pas rentrer pour retrouver des parents aussi inquiets. Ne pas rester pour éviter d'assister à de cruelles effusions de joie. Je suis allé m'asseoir sur l'un des petits coins de pelouse à l'ombre devant la fac avec d'autres déçus. Quelques mots pour montrer que le moral ne s'est pas totalement enfuit. Assis dans l'herbe, les doigts machinalement occupés à maltraiter quelques malheureux brins...

 

Nous sommes six ou sept, je ne sais plus trop. Les heureux élus sont conviés à une réunion. Nous commençons à discuter de ce qui va nous attendre, la solution de rattrapge qui nous est proposée dans l'établissement d'à côté et qui, moi, me convient tout à fait. Je sais donc que j'ai encore une seconde chance si je suis convaincant à l'entretien de recrutement programmé debut juillet, que tout n'est pas perdu.

 

Alors voilà, j'ai raté ce concours il y a cinq ans et je ne serai jamais pharmacien. Ce n'est pas bien grave, j'ai trouvé une autre voie en saisissant cette seconde chance. Simplement, cinq ans après, j'avoue nourrir un certain regret, un goût d'inachevé qui restera :

 

Je n'ai jamais connu ce moment de libération, cette journée que j'avais passé tant de soirées à appeler de mes voeux au fond de mon lit au moment de m'endormir. J'ai eu bien d'autres motifs de satisfaction par la suite en tant qu'étudiant et c'est bête mais je crois que, ce moment , il comptait aussi, rien que pour le souvenir.

 

(ceux qui ont connu la joie de ce moment peuvent s'exprimer, bien sur, je ne les maudirai pas. Enfin peut-être pas :D)

Commentaires

Je suis désolé de cette mauvaise nouvelle... Je ne sais pas quoi dire, si ce n'est bonne chance pour ton prochain entretien !

Écrit par : ivc | mardi, 24 juin 2008

Ivc >> ah mais non :D dans ce billet, je racontais un souvenir d'il y a cinq ans. Je m'en suis largement remis !

Martinus >> ta sollicitude me touche :D , vraiment ;)

Écrit par : Joss | mardi, 24 juin 2008

C'est vrai, je rejoins "ivc", c'est bien dommage...
Mais ça marchera peut-être mieux l'année prochaine, ne perds pas espoir.

:)

Écrit par : Martinus | mardi, 24 juin 2008

oh mon pauvre... j'imagine ta déception sur le moment... l'obligation de ne pas trop se laisser aller devant les parents, les amis... Mais effectivement, la vie réserve des surprises, accidente parfois les chemins tout tracés, invite à l'aventure de réorientations insoupçonnées...

Écrit par : christophe | mercredi, 25 juin 2008

Ahlala ces concours diraient les ignorants ;-)
Comme je peux te comprendre...
Pour moi ce fut un peu différent ... C'était aussi en 2003, et fin juin aussi.
Résultat final, un chiffre devant mon nom, mon classement.
Les dernières places en médecine ne sont pas bien loin. A 3 places près. Merde. 2 ans de boulot... et j'ai dentaire.
Bon.
A moitié déçu. A moitié content aussi. Je ne sais pas quoi penser sur le moment.
5 ans plus tard, je boucle mes études ce n'est pourtant pas si vieux, mais je n'arrive plus trop à comprendre ma tiédeur du moment.
Il faut se dire que c'est comme ça et que le destin en a voulu ainsi. Point.
De médecine, j'ai gardé mes 2 meilleurs amis... Une qui est toujours en médecine, et qui vient d'en chier (pas d'autres termes) avec l'internat. Un qui est en pharma. Qui y est bien. Bref.
En même temps (et j'arrête là ce commentaire qui devient un post), beaucoup de pharma actuellement ne sont pas très heureux et sont très pessimistes pour l'avenir: entre les projets de réformes, la bataille contre Leclerc, la profession va se transformer, certainement à leur détriment!
Alors qui sait, ce fut certainement un mal pour un bien ton non-passage en pharma!!!

Écrit par : Petit-Chose | mercredi, 25 juin 2008

C'est toujours un mal pour un bien :)

Sans avoir connu le stress des concours (pas encore en tout cas...), j'ai connu il y a quatre ans (bouh les vieux :p) le stress de la sélection en CPGE, et aujourd'hui l'attente angoissante des admissions en M2... Je comprends donc un petit peu.

Mais il faut se dire que ces phases sont des passages obligés, qui certes changeront la suite, mais personne ne pourra jamais dire si c'est bien ou pas. Tu es là où tu es pour une raison :)

Écrit par : Lunaboy | mercredi, 25 juin 2008

Je connais ce sentiment, je l'ai vécu moi aussi...
Encore une fois tes mots décrivent parfaitement ce que l'on ressent dans des moments pareils...Merci.

Écrit par : Audrey | mercredi, 25 juin 2008

Je vais continuer la liste : trois échecs au PCEM1 ! Qui dit mieux ?
Le soir du troisième, j'ai cru que la Terre s'écroulait... J'ai mis des mois à m'en remettre... et je m'en suis remis...
Avec le recul, ça paraît toujours un peu dérisoire... mais on en garde invariablement une petite cicatrice.
Merci d'avoir partagé ta cicatrice-souvenir avec nous.

Écrit par : lancelot | vendredi, 27 juin 2008

snif ! ça me fait très honnêtement de la peine pour toi, je sais aussi ce que c'est et on a toujours du mal à prendre la chose du bon côté, mais prends ta deuxième chance comme un vrai renouveau, bon courage !

Écrit par : brocoly | vendredi, 27 juin 2008

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