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mercredi, 16 avril 2008

Où quand le temps qui passe devient le temps qu'il reste


De loin, sa robe laisse apparaître des jambes tristement maigres. Elle a le visage mangé par deux grandes tâches rouges, les yeux masqués derrière un voile légèrement opaque. Engoncée dans son fauteuil roulant, elle attend fermement qu'on vienne l'aider à rejoindre la salle à manger. Pourtant, à quinze heures, cela ne figure pas au programme et il y a fort peu de chance pour que son voeu soit exaucé. Mais elle ne le sait pas, elle ne le sait plus. Elle peine à se faire comprendre et finit par s'agacer.

J'ai déjà vu des gens mal en point mais je crois que c'est la première fois que j'éprouve autant de pitié. Je ne faisais que passer dans le couloir et le devoir m'appelait ailleurs. Je n'ai rien fait de plus que la laisser entre les mains de l'infirmière qui se trouvait tout près. Un sourire entendu, bien sur qu'elle veut aller dans la salle à manger. Comme souvent, comme d'habitude.

Chaque matin je longe la chambre mortuaire avec cette sensation étrange d'être au voisinage de ces fins de vie comme si c'était normal. Venir travailler chaque matin et voir comment les choses se terminent a quelque chose de désespérant.

Et qu'ont ils fait de leurs vies ? Parfois j'ai du mal à me convaincre que eux aussi ont eu vingt-cinq ans, des projets, des ambitions, un avenir. Ils ont été souriants et dynamiques, ils ont eu l'oeil malin et la répartie habile, le pas léger et l'humeur badine. Ils ont voulu être pompiers, infirmières ou artisans, ils ont élevé des enfants, les ont porté dans leurs bras...

Leur existence est devenue une routine morbide et alliénante dans l'attente d'un dénouement que personne n'ignore. Parfois, je me demande comment on fait pour être présent chaque jour et ne pas voir son moral sombrer sous ces funestes considérations.

Je ne sais pas.

 

Commentaires

perso, je ne sais pas si je pourrait me voir vieillir comme ça ...

Ecrit par : Linkiseb | jeudi, 17 avril 2008

Linkiseb : dur dur en effet. je ne sais pas.

Ecrit par : Joss | jeudi, 17 avril 2008

Il faut peut-être se forger une carapace, accepter ce qu'il y a à côté tout en prenant du recul, essayer de ne pas se laisser submerger par la peur, les doutes... Peut-être. Je ne sais pas vraiment quelle est la solution, s'il y en a une...

Ecrit par : Andesmas | jeudi, 17 avril 2008

Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait...

Ecrit par : Victor Lamb | vendredi, 18 avril 2008

Moi aussi ça me rend toute triste les maisons de retraite, tout pleine de nostalgie en pensant que tous ces gens aujourd'hui diminués par l'âge, la maladie, ont un jour été jeunes comme nous... alors je me dis que c'est la vie, et j'essaie de leu apporter un peu de bonheur, un bonjour, un sourire...

Ecrit par : Becky wincky | samedi, 19 avril 2008

Je crois que le vrai drame c'est surtout qu'on ne SE VOIT PLUS vieillir passé un certain stade. Alors, arrêter avant...? Oui mais quand ? A partir de quel seuil doit-on, peut-on décider que "Non, on peut plus"...?

Ecrit par : lancelot | samedi, 19 avril 2008

C'est tout le malentendu de l'Occident : s'imaginer que la vie n'a pas le droit de n'être que ça ! Et pourtant... la vie adulte, la vieillesse souriante, la vieillesse oublieuse, le naufrage puis la mort. Je te l'accorde, y a pas de quoi rire !

Ecrit par : christophe | dimanche, 20 avril 2008

ma grand-mère est dans une maison et c'est toujours terrible d'aller la voir, de traverser le hall où des personnes attendent on ne sait quoi, comme des jeunes filles en rang pour un bal attendent un cavalier. C'est très triste.
Et, oui : ma grand-mère et ses congénères ont été des jeunes gens, qui espéraient, désiraient - ont fait, puis attendent désormais. C'est terrifiant, proprement terrifiant.

Ecrit par : lelapingivré | lundi, 21 avril 2008

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